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MAITEF. DE CONFÉRENCES A L'ÉCOLE NORMALE

ÉTENDUE DE d'empire AUTRICHIEN

L'EMPIRE d’Autriche, l’une des plus importantes monarchies de l’Europe, comprend aujourd’hui unegrande partie du midi de l’Allemagne et du nord de l'Italie, ainsi que plusieurs contrées habitées par la race slave. Il s’étend entre le 6“ et le 24“ de longitude orientale, de Sesto-Calende sur le Tésin ( légation de Milan ) jusqu’au confluent de la Podhor/.a avec le Dniester (dans le cercle de Czortkow, en Gallicie), sur une étendue de 760 milles; et sa plus grande largeur, comrise entre le 42" et le 51° de latitude, eTrau sur l’Adriatique (en üalmatie), jusqu’aux monts Erzbirge en Bohême (dans le cercle de Staatz), est de 442 milles.

Les bornes de cet empire sont, à l'ouest, le royaume de Sardaigne, la confédéral ion suisse , le lacde Constance et la Bavière; au nord, la Saxe, la Silésie prussienne, la république de Cracovie, le nouveau royaume de Pologne, et la Volhynie, daiis l’empire russe; à l’est, la Podolieet la Bessarabie, dans le même empire, et la Moldavie, province vassale du sultan; au sud, la Valachig et la Servie, soumises à la Porte au même

1” U r raison. ( Autriche.)

titre que la Moldavie; la Bosnie et la Croatie, provinces ottomanes; l’Adriatique, la légation de Ferrare, dans les états du saint-siège ; les duchés de Modène et de Parme.

Les principaux pays dont se compose ce vaste empire sont : l’urchiduché d’Autriche avec ses annexes, les possessions autrichiennes dans l’Istrie et la haute Italie du nord -est, l’arclievéché de Salzbourg, et toute la partie de la Bavière à droite de l’inn, depuis son confluent avec la Saltza; — le royaume de Bohême avec la Moravie, une partie de la haute Silésie et du duché d’Auschwitz; — le territoire de Venise, la Lombardie, Mantoue, la Valteline, les comtés de Bortnio et de Chiavenna, quelques territoires enclavés dans les Etats de l'Église et dans le duché de Parme, sur la rive çaurhe du Pi»; — les royaumes de Hongrie, de Slavonie et de Croatie; — la grande principauté de Transylvanie, et les provinces appelées les contins militaires ; — la république de Kaguse, le royaume de Gallicie et une partie de celui de Loudomirie. De toutes ces provinces, la seule dont nous avons à nous occuper spécialement est l’archiduché d’Autriche.

L’UNIVERS

ABCH1DCCHK d’AUTBICHE.

OÉOGRAPniE DE CETTE TROVIKCE.

L’arehiduché d’Autriche, la province qui donne son nom à toute la monarchie, est borné, à l’est, parla Bavière; au nord, parla Bohême et la Moravie; à l’est et au sud - est, par la Hongrie; au sud, par le duché de St) rie. Cette contrée , qui a près de deux mille lieues en superficie, est également partagée du sud au nord par l'Kns qui, après avoir pris sa source non loin de Radstadt, court de l’ouest à l’est, presque sur une ligne droite , à travers les montagnes, et tourne tout à coup au nord pour se jeter dans le Danube. La partie de l’archiduehé à l’ouest de l’Kns prend le nom de Haute Autriche; la partie à l’est, celui de Basse Autriche.

Les montagnes du midi de la Bohême et les Alpes noriques forment une belle et larse vallée, au fond de laquelle coule de l’ouest à l’est le Danube , ce roi des fleuves de l’Europe. Parfois ces montagnes se prolongent jusqu’aux bords du lleuve , qui alors gronde en perçant des masses énormes de rochers couvertes de forêts antiques, au-dessus desquelles on voit s’élever encore çn et là un ermitage, une vieille abbaye, ou la tour abandonnée et croulante d’un vieux château féodal. Lorsque le Danube entre en Autriche , à quelques lieues de Passau, il creuse son lit à travers les rochers. A droite et a gauche

sontdes montagnes, dont quelques unes semblent perpendiculaires au lleuve, et au milieu du courant des masses granitiques où se brisent ses vagues , et dont l’une, le Jochstein, porte une chapelle surmontée d’une croix , et marque la limite entre les possessions autrichiennes et bavaroises (*)'. Cette simple chapelle, placée dans ce lieu pittoresque pour fixer la frontière des deux Etats, n’annonce point ces longues et sanglantes inimitiés qui faisaient dire à

(*) Otte rhiprlle , qui fixait d'une manière si pittoresque les limites des deux pais, se trouve, depuis la paix de Vienne, a quelque distance de la frontière , qui a été reculée jusqu'au delà de EngclliarUel.

l’empereur Maximilien que si l’on faisait bouillir ensemble du sang bavarois et do sang autrichien, on les verrait bientôt sauter dehors, l’un à droite , l’autre à gauche.

COCAS DU DARUBI.

Les villes les plus importantes que le Danube rencontre sont Lintz, Stevcreck, Ens, près de l’emlioucliure de la rivière du même nom; Grein, que domine un vieux château; Ips, Pochlarn, Durrestein, Tulln, Vienne, Haimbourg. A Grein, se trouve le célèbre passage du Strudel. Les montagnes se rapprochant du Danube baignent leur pied dans le fleuve, et le pressent entre elles de manière à rendre sa course plus impétueuse (*). Si l’on descend une demi-lieue au-dessous de Grein, on se trouve tout à coup transporté au milieu d’une nature sauvage et terrible. Le fleuve gronde sourdement dans le lointain, et se resserre encore entre des rochers groupés d’une manière effravante, le long de ses rives, eomme s’il voulait réunir toutes ses forces pour franchir ou emporter les obstacles qu’il va trouver au Strudel.

Cette gorge étroite et obscure, qu’on appelle le "Strudel , et dont le passage est encore dangereux malgré les travaux qu’on y a exécutés en 1778, est un canal formé par les montagnes du rivage et l’île de tVerder, longue de quatre cents toises et large de deux cents. A la tête de l’ile , les rochers qui en forment la base se relèvent menaçants pour faire tête au fleuve qui vipnt se briser contre cette muraille indestructible; à droite sont des bas-fonds qui rendent la navigation impossible; à gauche le Strudel. Ce paSsage, large de quatre-vingt-dix toises , est encore partage par des rochers à fleur d’eau eu trois parties, dont la plus voisine de l’ile est seule praticable; encore

(*) Le cours du Danube est presque partout très-rapide La distance de Liuta à Vienne, qui est de soixante lieues, se parcourt aisément cil un jour et demi ou deux jours au plus.

AUTRICHE

faut-il beaucoup d’adresse pour naviuer dans cet étroit canal tout bordé 'écueils. Le Strudel passé, tout n’est point fini pour le pilote : deux cents pas au-dessous de Werder le Danube rencontre une nouvelle barre de rochers qui le force de tourner a l’est.

Ici la colère du fleuve tourmenté par tant d'obstacles devient terrible. Les eaux tourbillonnent sur elles - mêmes avec violence, puis lancent le bateau avec une effrayante rapidité hors de ce dangereux passage. A quelque distance au-dessous (lu VVirbel (c’est le nom de ce dernier tournant) , l’on voit encore aujourd'hui les ruines d'une ancienne forteresse. La position est bien choisie. Le maître du manoir dut plus d'une fois hériter du navigateur imprudent dont le navire s'était brisé contre les rochers du Strudel. Les châteaux du Rhin descendent quelquefois dans le fleuve, et semblent encore , comme au bon temps du moyen âge, demander rançon à tous ceux qui passent. Les seigneurs des bords du Danube n'avaient point tant de frais à faire, ils se plaçaient au-dessous de quelque pas difficile , laissaient faire le fleuve, et n’avaient que la peine de ramasser les bris.

Tous ces châteaux sont aujourd'hui en ruine, et n'ont plus d’intérêt que pour le voyageur qui les visite avec curiosité et interroge leur histoire souvent si dramatique. Celui de Durrestein, que l'on rencontre en suivaut le cours du Danube, aurait bien des choses à raconter si l'on en croyait les vieilles traditions. C'est lui, dit-on, qui servit de prison à Richard Cœur de Lion, lorsque ce roi d’Angleterre tomba entre les mains de l'archiduc d’Autriche, dont il avait par mépris jeté l’étendard dans la boue des fossés de Saint-Jean d’Acre. Plus loin est celui d’Agstcin, construit sur un immense rocher qui s’avance comme une arche. à demi -ruinée au-dessus du fleuve. Les anciens seigneurs de ce domaine furent longtemps puissants; leur juridiction s’étendait jusqu’en Bohême et jusqu’au Markfeid. L’étaient presque des princes; tuais leur

cruauté les perdit. Profitant de l’abats*

sement des empereurs de la maison de Uohenstaufen , ils se livrèrent à tous les excès, firent révolter contre eux leurs vassaux , et se vengèrent en pii* tant impitoyablement tous ceux qui passaient à leur portée. Dans une tour dont la vue dominait tout le cours du fleuve, veillait, jour et nuit, un homme d'Agstein, qui sonnait du cor sitôt qu’un bâtiment paraissait. Alors bien heureux qui échappait! car le maître descendait avec ses hommes d’armes et emmenait tout au château , marchands et marchandises. Il se trompa cependant une fois : il croyait ne piller que des manants ; mais sous le pont étaient des chevaliers du duc d’Autriche, qui conduisirent a Vienne le seigneur d’Agstein. Une funeste destinée semblait attachée fi la possession de ce domaine ; étant passé dans les mains d'une autre famille, il continua d'étre l’effroi de la contrée, et les nouveaux maîtres ne furent bientôt connus que sous le nom terrible de Schreckenwald. Ceuxci ne se contentaient point de piller les marchands; l’un d'eux se. plaisait h les suspendre en l’air, où ils devenaient tout vivants la proie des corbeaux , ou bien il les envoyait derrière sou jardin de roses (Rosengarten) , fermait sur eux une porte de fer, et les laissait, sur la pointe d’un immense rocher perpendiculaire, choisir leur enre de mort, la faim ou un saut de eux cents pieds. Heureusement pour les marchands, une des victimes Je ce terrible châtelain échappa comme par miracle. C’était un noble homme qui avait uu bon lignage; il conta son aventure, rassembla quelques chevaliers, et s’empara par surprise du seigneur d'Agstein, qui pava de sa tète ses cruautés. Cependant ce manoir restait toujours la terreur de la contrée; mais un comte de Stharemberg, profitant de l’absence du seigneur, occupé à une expédition lointaine, s'empara par surprise de son repaire, et le château d'Agstein resta enclavé dans les possessions de cette famille.

Il reste aujourd'hui peu de chose de ce château. Pour arriver jusqu’aux

L’UNIVERS

ruines, il faut presque trois heures de marche , par un étroit sentier, le long des précipices et des rochers que les vagues du Danube battent sans cesse.

Avant de parvenir à la partie principale, l’on rencontre successivement trois enceintes assises sur des rochers, dont quelques-uns se relèvent dans la première cour, et soutenaient jadis une tour isolée, où pouvaient se retirer, par des souterrains, les troupes chargées de garder le mur et la porte extérieurs.

Cette tour défendait les approches du second mur, qui domine toute la première enceinte, et dont il fallait s’emparer pour pénétrer dans la troisième cour. Là se trouvaient un grand nombre de salles et de caves servant au besoin de prison. Maîtres des trois cours, les assiégeants ne l'étaient pas encore du château véritable , qui , placé sur la pointe des derniers rochers, ne communiquait avec les ouvrages extérieurs que par un souterrain taille dans le roc et facile à défendre. Une telle forteresse ne pouvait être enlevée que par surprise ou par famine.

Ou conçoit difficilement aujourd'hui comment des hommes riches et puissants pouvaient s’enfermer dans un si triste séjour ; et cependant toute l’Europe, au inoyenâge, était hérisséede pareils châteaux : alors l’homme s'emprisonnait lui-même volontairement ; il croyait n’avoir jamais assez de murailles pour se défendre et n’osait même s’aventurer a quelques pas de son pont-levis, s’il nes’etait couvert de cette autre murai lie de fer, de ces armures qui émoussaient les lances et brisaient les haches d’armes. C’est qu’alors tous les liens de la société étaient rompus ; c’est que tous se craignaient , et que , comme aux anciens temps de Rome , le voyageur et l’étranger étaient regardes comme ennemis (hos/>es synonyme d' h os fis ).

Plaignons ces temps où régnait la force brutale; mais rappelons-nous toutefois, pour la grande cause du progrès de l’humanité, que derrière ces épaisses murailles s’est reformée la famille, que la femme y a repris son rang , ue l’homme y a senti sa force et sa ignité.

A quelques lieues de Vienne se trouvent, sur les bords du Danube, les ruines du château de Greiflènstein , construit en 1 136. Ce n’est plus qu’une longue tour solitaire, d’où personne ne descend plus que le voyageur qui va voir encore ses portes en fer et l’entrée de ses immenses souterrains.

Là s’est passée, sans doute, plus d'une tragique histoire, mais le souvenir s’en est perdu (*).

(*) les gens du pays racontent cependant qu'il y a bien longtemps le château de Greifienstein avait un seigneur du nom de Rheiuhart. Celait un rude maitre, à la parole brève, à la main prompte, dur pour ses vassaux et pour sa douce fille , la belle Klelina. Étrlina avait dix-sept ans; tous les barons d'alentour vinrent bientôt , quittant mirasses et hau!>cris, offrir leurs fiefs et leurs ronronnes à la noble dainoiselle du manoir de GreifTenstein ; niais ee fut en vain. Ktelina avait donné son amour au jeune et pauvre chevalier Rodolphe, que Rlicinbart aurait à peine voulu pour éruyer. dépendant Rheinhart, appelé prés de l'empereur, laissa sa fille sous la garde du chapelain qui l’avait élevée. Huit mois se passèrent sans qu’on apprit aucune nouvelle du comte. Mais un matin Élelina reçut un message lui annonçant la prochaine arrivée du son père avee I epoux qu’il lui destinait. Epouvantée de celle nouvelle, elle confie son serre! à W erner, le suppliant de la sauver de répoux qu’on lui destine et de la fureur de son père. Le lion chapelain, pour gagner quelques jours, la conduit, avee Rodo'phe, dans un secret souterrain , avec un panier de pain et une cruche d'huile. Le cha|>elain espérait fléchir le comte par ses prières. Mais Khcmhart ne put rien entendre; il voulut savoir le lieu où étaient cachés les deux amants, et, sur le refus de Wemer, il le fit descendre, asec une corde, par une trappe de fer, au l'ond d’un cachot creusé à trente pieds au-dessous du sol; en mémo temps, il jura d'^ plonger sa fille, si jamais il la retrouvait. «I£t puisse -je, dit -il, mourir à l’indaut et crier jusqu'au jour du jugement , comme tm fantôme, si jamais je lui pardonne. » t ' il au s’écoula, et Rheinhart, toujfltns sombre et triste, errait dans son château, où personne ne venait plus. Or, voici qu'un jour, apres une longue chasse, il vit tout à coup devant lui, sur les bords du Danube, un homme couvet t de peaux de bêtes 9

AUTRICHE

Au delà de Vienne, le Danube quitte les montagnes pour courir à travers des plaines immenses qui annoncent déjà celles de la Hongrie. Là , plus de châteaux, plus de sites pittoresques couronnés par la vieille tour féodale; car là c’est la Marche , le pavs ouvert, incessamment dévasté par les incursions des Slaves. Le grand fleuve semble avoir (reine à quitter ces belles contrées : il tourne et retourne dans le Marckfeld: à chaque pas, il se partage pour former des îles nombreuses, entre lesquelles se remarque l’île Lobau , si célébré dans nos annales militaires. Puis, reprenant enfin sa course impétueuse, il s’en va droit jusqu’à Presbourg, et quitte l’Autriche pour la Hongrie, où il va devenir commeune mer au milieu de trois cents lieues carrées de marais.

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