HAUTE AUTRICHE
« La haute Autriche est l’une des plus belles provinces de la monarchie autrichienne, celle qui présente le plus de sites variés, d’aspects agréables ou sauvages, mais qui, surtout, donne l’idée d’une culture avancée, d'un peuple heureux et fidèle. Si cette province était plus connue, les voyageurs viendraient la parcourir connue la Suisse et l'Italie; les hommes passionnés pour les beautés de la nature , pour ce repos, cette fraîcheur qui régnent dans les hautes régions pendant un
tpii, «ans parler, le conduisit près d'une jeune femme et d'un enfant. Le comte reconnut sa fille. La solitude lui pesait trop depuis un au; i! serra sa fille dans ses bras, la ramena au chileau, et adopta le fils de Rodolphe; puis, pour réunir tous les vieux amis, il courut à la prison de Werner; mais son pied heurta contre la trappe qui, s’ouvrant, le laissa se briser sur la pierre du racliot. Depuis lors, son ombre erre sans cesse amour des murs durant la nuit , et elle ne s’éloignera que quand la trappe sera tellement usée qu’elle se rompra d’elle-mènie en deux parties. Mais à peine y voit-on, aujourd'hui, quelques indices de vétusté; aussi y a-t-il encore des fantômes qui errent la nuit autour du château ruiné de Greiffenstein.
certain temps de l’année, viendraient y fixer leur séjour. On va chercher bien loin des émotions vives; on suit les pas de ceux qui ont signalé quelques pays et tracé, [mur ainsi dire, une roitte sur le globe, et on néglige des lieux qui renferment ces mêmes beautés , mais qui sont près de vous :
i] i/od queeris , hic est. Combien de voyageurs racontent avec enthousiasme les courses qu’ils ont faites en Suisse, sur les Apennins, dans le Hartz, en Bohême, ou dans la forêt Noire, et qui ne savent pas que le cercle seul de la Traun offre , dans un espace de douze lieues carrées, vingt iaes, dont quelques-uns ont 7 à 8 lieues de tour, des montagnes dont le sommet se perd dans les nues , des chutes d’eau aussi fortes et plus pittoresques que celles du Rhin; enfin un peuple dont les mœurs , les habitudes , les coutumes méritent une étude particulière (*).»
« La haute Autriche est arrosée par le Danube dans la direction de l’ouest à l’est; toute la partie montagneuse présente un aspect sévère et imposant,, c’est Vasperum crrlo , tristem enUu aspectuque de Tacite ; mais la vallée située entre Krensmünster, Stever, Saint-Florian et Lintz, est un jardin continuel. L’industrie des cultivateurs, jointe aux beathés de la nature , y forme partout les plus riants tableaux. Une riche végétation d'arbres forestiers répandus dans toutes les campagnes, de plus nombreuses plantations d’arbres fruitiers, des champs ornés de baies vives et cultivés avec soin, se joignent sur un sol inégal et varié avec les plus hautes projections des monts qui les dominent. I-es villages sont tres-disséminés par la grande division des propriétés, ce qui contribue à la facilité de la culture et à l'ornement du pays.
Chacun habite au milieu de son champ et ne possède guère que ce qu’il peut cultiver. Aussi les chevaux et les bœufs ne reviennent point fatigués du travail, et leur exploitation ne s’étend pas au delà d’un quart de lieue.
(*)De Laborde, Voyage pittoresque en Autriche, L I, p. 107.
L’UNIVERS
« L’activité et l'industrie sont la source principale de l’aisance du peuple : il n’est pas rare de rencontrer des paysans possédant 30,000 francs de revenu (*).
« Une partie de la haute Autriche, et principalement le cercle de la Traun ui confine avec la Styrie et le pays e Salzbourg. est coupee par de hautes montagnes qui ne laissent entre elles que d'etroites vallées. Les montagnes les plus rapprochées du Danube, où le climat est plus doux, sont fertiles et offrent partout une végétation abondante. Les sommets sont couverts de forêts, et à leur pied règne une culture active; mais il n’en est pas de même à mesure qu'on s’enfonce dans les gorges qui séparent l’Autriche de la Styrie, et surtout dans la chaîne des montagnes qui part des frontières du pays de Salzbourg, contournant à droite le lac d'Uallstadt , et se rejoint aux montagnes de la Stvrie. La on n’aperçoit plus qu’une végétation incertaine, que des plantes alpines qui couvrent a peine les rochers aigus dont les sommets sont cachés sous la neige. Telles sont les gorges de Gosa, de l’Alster et d'Isehel, et cette partie qu’on appelle Montagne de la mort à cause de sa tristesse et de son dénûment absolu de toute production. Le point le plus élevé de ces montagnes n’est habité que par les bergers avec leurs troupeaux , et seulement encore pendant une petite partie de l'été. Pendant le reste du temps ces parages sont déserts, et la mort seule, dont ils portent le nom, semble les habiter. C’est ici le point de séparation entre la haute Autriche, la Styrie et le pays de Salzbourg. Le soin des bestiaux est le seul revenu des habitants de ces contrées, qui vivent là toute l’année pour recevoir un médiocre salaire qui suffit à peine à leurs besoins. T. es pâturages sont divisés en plusieurs catégories, suivant leur hauteur sur la montagne, qui permet d’y envoyer pâturer plus ou moins longtemps'. Les meilleurs ont quarante semaines de pâture, les
(*) Idem, t. I, p. »o8.
autres seulement quatorze, d'autres enfin seulement dix. Les vaches donnent du lait, et rapportent en raison des pâturages où elles se trouvent plutôt qu’en raison de leur taille.
« Ces pauvres habitants , qui n’ont pour patrimoine que quelques landes couvertes de neiges, aiment cependant leurs montagnes , et savent trouver et mettre de la passion dans les petits événements qui leur surviennent. Après s’ètre consacrés à la pâture, le temps u'ils passent chez eux les indemnise e leurs (lénibles travaux.
« Je me suis souvent trouvé, dit Schultes, dans le moment où les vaches descendent des montagnes. C’est alors une fête pour le pays; les taureaux et les vaches ont les cornes garnies de rubans, la tête et le cou ornes de guirlandes et des plus belles fleurs alpines. Plusieurs portent au cou de grosses sonnettes qui annoncent de loin leur arrivée. Les jeunes filles qui les avaient soignées avant qu’elles n 'aient été envoyées à la montagne, vont au-devant d’elles et de leurs gardiens. Elles ont pour cela une toilette plus recherchée : elles ornent leurs grands chapeaux des rubans et des bijoux que leur ont donnés leurs amoureux le dernier dimanche qu’ils ont passé près d'elles. Dès qu’ils se rencontrent , l’air retentit de leurs cris, de leurs démonstrations de joie. Les bestiaux semblent eux-mêmes éprouver un semblable plaisir, et ils se précipitent, en sautant, dans la |>orte de leurs étables, qu’ils reconnaissent.
Les enfants , les mères earessent les vaches, et se réjouissent de les voir en bon état; elles se plaisent à considérer combien leur veau et leur taureau ont acquis de force et de poids. Le petit paysan, pendant ce temps, a été jeté parterre par le veau qu’il a voulu, comme autrefois, prendre par les cornes et monter , sans penser qu’il n’est plus aussi patient; ses soeurs et les voisines rient de sa mésaventure (*). »
les plus élevées des montagnes de la haute Autriche sont les Zachstein ( 2,426 mètres ) , le Rumèrkogel { 1 ,569
{*) Idem, t. I, p. si6.
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mètres), le Priel ( 2,182 mètres), et j'Ischel (1,188 mètres), dont on tire une très-grande quantité de sel. Le cercle de la MÜlil n’est guère moins moutueux. On y voit, au nord-ouest, le Plekenstein, qui lui servait autrefois de limites avec le royaume de Bohême.
-Ces montagnes sont, pour la plupart, formées de pierre calcaire reposant sur des couches de granit à petit grain, mêlé de schiste, qui forme la base de la chaîne qui borde la rive droite du Danube.
« Un sol aussi inégal ne présente qu’un petit nombre de plaines : la seule qu'on y remarque commence au chemin d'F.bersherg à Lintz , et se prolonge dans une étendue de quatre piilles au midi. Les autres montagnes, quoique d'une hauteur médiocre, sont tellement multipliées, qu’il est difïicile de trouver entre elles une plaine de quelques arpents.
« Outre le Danube , qui traverse la province dans toute sa longueur, on compte dans la haute Autriche plusieurs rivières considérables qui vont payer au grand lleuve le tribut de leurs eaiix. La Traun s’y jette au-dessous de Lintz; elle prend naissance en Stvrie, traverse les lacs d’Hallstadt et de Gemund , forme à Laufen une cataracte magnili (ue qui se prolonge jusu’à Ischel,oùelle seréunitù la rivière u même nom. Elle est navigable pour les radeaux et les bateaux plats. C'est par elle que. l'on transporte à Vienne les sels de Gemund. Son cours rapide et varié présente tantôt l'aspect d’un torrent, tantôt celui d'une grande source limpide qui coulerait doucement dans un verger.
■ L’Kns, la Steyer, la Mi'ihl, la Nam, rivières moins considérables, fertilisent les campagnes qu’elles arrosent; mais elles offrent peu de ressources commerciales, puisqu’elles ne sont pas navigables. Il n'en est pas ainsi des nombreux lacs de la haute Autriche. C’est sur les bords de ceux d’Alster et de Alund, dans le cercle d’Austruck,et de ceux de la Traun, que se trouvent situés les établissements
pour la fabrication et l’emballage du sel. Le plus étendu est celui d’Alster. Il n’a pas moins de quatre lieues de large sur une lieue de long. En été, sa profondeur est de 579 mètres en plusieurs endroits. On y pèche d’excellents poissons, et, entre autres, différentes espèces de truites (*).
Ces lacs ne sont pas seulement précieux pour l’industriel, ils |e sont aussi pour le voyageur et pour l’artiste, aux yeux desquels ils forment le plus bel ornement de la contrée. « Ils sont tellement rapprochés, que des points élevés on en aperçoit plusieurs qui semblent autant de miroirs placés pour réfléchir les beautés des lieux qui les entourent. Ces lacs proviennent de rivières rapides ou d’énormes sources qui, sortant des montagnes et tombant de rocher en rocher, ont l’air de s’être arrêtées pour se reposer au milieu de charmantes vallées, qu'elles embellissent et qu’elles fertilisent. L’œil se repose comme elles sur les miroirs d’azur qu’elles forment, et où viennent se reproduire les masses énormes qui les entourent. Des chemins charmants, tracés avec cette intelligence que donne la nécessité, conduisent, à travers les sites les plus pittoresques, à tous ces lacs, et les unissent entre eux. Les principaux de ces lacs sont le Mund-See, lac de la Lune, déjà connu sous ce nom par les Romains, à cause de sa forme de croissant; le Altersee, ItrolacuSj également célèbre et le plus considérable de tous : c’est le véritable océan autrichien , où régnent des tempêtes , et qui s’étend à plus de dix lieues de longueur. Près de la, comme par opposition, on trouve les deux petits lacs de Lambach dans un vallon charmant, ombragé de hautes forêts , ressemblant à des pièces d’eau de jardin qu’on voudrait transporter dans un parc anglais, ou plutôt qui offrent à la fois toutes les beautés de la nature dans des proportions nue l’art pourrait prétendre à imiter; les lacs d’Offensee, dans une dimension à peu près semblable; celui de Wolfgang, situé dans un pays plus âpre,
(*) Idem, t. I, p. ao8.
L’UNIVERS
se rapprochant des hautes montagnes; enfin les nombreuses flaques d'eau que dépose la Traun clans son cours rapide et majestueux , qui forment autant de lacs se succédant merveilleusement pour préparer à contempler celui de Gemund * le plus agréable de tous, tant par sa forme et la beauté de ses eaux , que par les charmantes habitations qui ornent ses bords. Ce lac a environ deux milles d' Allemagne de long et trois quarts de large. Il est bordé au nord par la jolie vallée de Gemund, et au sud par le Salskammergut. Il ne gcle jamais, et son eau est si limpide , que près de ses bords on découvre toujours le fond. l)e la ville même de Gemund, on aperçoit, à droite, le comté d’Ost, sur une petite presqu'île qui ne tient à la terre que par un long pont. Plus loin on découvre l’église pittoresque du Traunkirchen, dont les clochers se répètent dans l’eau, et coupent agréablement la ligne de l’horizon. A gauche, dans l'éloignement, on aperçoit le rocher de Traunstein, qui, sans être très-élevé, est cependant, par sa situation, aperçu de tous côtés, et semble sortir clés eaux pour se perdre dans les nuages; enfin des rochers de cinq à six cents toises d’élévation entourent de tous côtés ce lac, et réfléchissent leurs sommets gris et bleus dans les eaux vert-foncé.
« A ces beautés de la nature , à cette tranquillité admirable qui règne sur ces bords , se joignent des souvenirs touchants : c’est près de Cette église de Traun et du comté d’Ost qu’était autrefois un couvent de religieuses, fondé par Ottocar II , margrave de St vrie , en souvenir des victoires qu’il avait remportées sur les Huns, en 900. Les vaincus détruisirent le couvent, qui fut rebâti par Ottocar 1 II , en 11 15, et donné par lui à sa fille Allha, comme abbesse. G’est là qu’on raconte que fut enfermée une belle religieuse, que sa famille avait voülu soustraire aux poursuites de son aniant. Le malheureux, ne pouvant vivre sans elle ni loin d’elle, et voulant au moins mourir à la vue des lieux qu’elle habitait, bâtit un petit château près du moulin de Corbarh, de l’autre
va
côté du lac, et toutes les nuits il s’élancait à la nage, et allait trouver sa bien-aimée. Comme Léandre, il réussit complètement dans ce trajet pendant un an ; enfin , comme lui, il surcomba, et un jour on trouva son corps sur le rivage.
« Le cointé d’Ost est déjà mentionné dans les auteurs au commencement du XIV' siècle. Il fut vendu à Rodolphe II , en 1625, et Ferdinand ie donna au comte d’Herhersdorf, célèbre par ses violences dans les guerres de religion. Enfin il tomba à la couronne sous Léopold 1", et n’a jamais cessé, depuis ce temps, de faire partie des domaines des princes autrichiens.
■«Il est plusieurs points d’où l’on peut admirer la beauté de ce lac et celle de tout le pays environnant. Le premier est au nord , sur le sommet du rocher de Traun; le second, plus central et qui permet d’embrasser une plus grande etendue de terrain , est au midi , près du village d'Ebensee, au point ou la Traun se jette dans le lac, sur le sommet qu’on appelle le Kranabitsatel. Le moment le plus favorable est la fin ou le commencement du jour, lorsque les rochers de la partie orientale sont encore éclairés des rayons éclatants du soleil qui se couche derrière les montagnes occidentales , ou lorsque le soleil,se levant majestueusement derrière les monts, éclaire progressivement cette scène sublime, et citasse devant lui le voile que les nuages op. osent à la vue. U faut environ quatre heures pour arriver au sommet, et là, en s’approchant des bords de l’ablme, qui a plus de cinq cents loises de profondeur, on découvre le plus beau spectacle qu’on puisse imaginer. Sur le premier plan , mais à la distance que suppose la hauteur, se développent le l>eau lac de Traun, les deux petits lacs de Lambach et le majestueux Altersee; à gauche , plus loin , les mouvements admirables des chaînes secondaires couvertes de forêts et d’habitations arrosées de ruisseaux et de rivières sans nombre, et à l’horizon les plaines de la Bavière, celles de l’Autriche depuis Passau, et les bords admirables du Danube. Chaque place
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nouvelle qu’on choisit sur le sommet de ce mont , présente un changement de tableau , divise les lacs qu’on a devant soi, et produit de nouvelles scènes plus intéressantes , et surtout majestueuses dans les effets de nuit.
« Ce beau lac, entouré de rochers, et dont les bords sont couverts d'habitations charmantes, présente partout des aspects variés. Les points habites rappellent les lacs de la Suisse; les autres transportent le voyageur dans les solitudes du nouveau monde. C’est principalement à la partie méridionale du lac qu’on trouve un caractère sévère et sauvage. Là, cette couleur verte des eaux devient noire, par l'opposition des rochers. La roche de Traun se dessine sur ce miroir, et les nuages du soir réfléchissent les teintes sombres dans les eaux. Cette solitude n’est troublée que par le bruit continuel de quelques moulins, et de temps à autre par la chute d’arbres énormes qui, roulant avec fracas du haut des montagnes, sont lancés dans le lno*de la hauteur souvent de cinq cents toises.
«Il n’est pasinutilededireunmotstir cette singulière exploitation qui parait appartenir exclusivement à ce lieu. Les montagnes de toute cette partie, et en général de toutes les Autrichcs, sont encore si peu habitées, si peu coupees de routes, qu'une surface considérable de territoire serait sans aucune valeur, si l’on ne trouvait moyen de l’exploiter habilement. Les. arbres que l’on abattrait dans les parties élevées resteraient donc arrêtés par le tronc des autres, ou s’ils pouvaient se glisser dans les intervalles, entraîneraient avec eux les rochers et la terre végétale, qui bientôt rendrait le sol improductif. On a su remédier à cet état de choses en pratiquant sur différents
(loin ts des montagnes qui avoisinent es lacs , des espèces de (ion! s de bois, ou, pour mieux dire, des trottoirs composes d’arbres liés les uns aux autres, et décrivant des zigzags suivant le contour des montagnes. Ces arbres sont assujettis fortement , et garantis par d’autres arbres formant parapet du côté de l’abîme , et c’est dans cette espèce
d’entonnoir ou de cunettc artificielle qu’on laisse couler les arbres qu'on abat, lesquels, ne trouvant pasde résistance, descendent, avec une rapidité qui s’accroît par la pression de leur poids, jusqu’au bord des lacs vers lesquels on ajugé à propos de les diriger.
C’est un magnifique et imposant spectacle que de voir, du haut de rochers de six cents toises d’élévation, des arbres , semblables à des mâts de navire, lancés avec la force et la rapidité, d’une flèche dans ce vaste océan , et décrivant une parabole. Le bruit de leur marche dans la montagne est semblable aux grondements du tonnerre, au vent de la tempête; celui de leur chute, à des coups de canon de gros calibre , entendus d'une distance assez rapprochée. Le vallon retentit à ce bruit, et ce mélange de silence absolu et d'un bruit terrible a quelque chose d'imposant. Souvent la densité de l’eau et la force de la chute brisent l’arbre en mille pièces.
« Lorsqu’un certain nombre de ces arbres couvre la surface du lac, des ouvriers viennent en bateau les rassembler et les diriger vers les bords.
Ces ponts factices sont les seuls chemins pour s’élever dans ces montagnes solitaires, et les amateurs de botanique les suivent avec des crampons, et pénètrent par ce moven jusqu'au sommet ; niai . ce genre de voyage demande beaucoup de précautions pour ne pas être surpris par le passage des arbres et des eboulis qu’ils entraînent.
« Le lac de Geiiumd reçoit également le nom de la Traun , qui y porte le tribut de ses eaux. Cette rivière admirable mérite à elle seule une description particulière, et le voyage sur scs bords depuis sa source est, sans contredit, une des courses les plus agréables qu’on puisse faire, et qui surpasse le cours du Rhin et du Danube en beautés pittoresques et variées. La clarté des eaux , dont on voit toujours le fond, leur chute, semblable a celle de Schaft bouse, l’ombre des arbres majestueux qui de tous côtés couvrent les rochers, laissent l’âme en suspens, et représentent, dans un
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étroit espace , les effets qu’il faudrait chercher dans cent lieux différents.
« Cette rivière prend sa source en Styrie, traverse ou reçoit le lacd'Aussersee, et arrive, en tombant de rochers en rochers, au lac de Grundel ( Grundelsee), embellissant partout le pays qu’elle doit bientôt fertiliser.
I)e là, traversant cet admirable lac, l’un des plus pittoresques qu’on puisse voir, et qui rappelle les scènes d’Ossian et les mers a’Éeosse, elle continue son coursatravers les rochers, ornant le beau vallon d'Aussee, et entrant majestueusement dans le lac de Hallstudt. Ce lac est de tous côtés entouré de rochers Immenses , à travers lesquels les nuages, le matin et le soir, semblent jouer pour produire les formes les plus bizarres. Les bords sont peu habilés , mais, les jours de fêtes, ils sont couverts de barques légères qui servent aux habitants des environs pour se rendre à l’église de Traundorf et de Goisern. Non loin de là, on visite In place où Maximilien I", cet empereur dont la mémoire est si chère aux habitants de l’Autriche, s’est reposé après avoir gravi les rochers ; ce qu'il aimait passionnément.
« Ce pays ne pouvait manquer de charmer un admirateur passionné des arts et de la nature, et c’est aussi sur les bords de la Traun et dans la petite ville de Weis qu’il mourut en 1513.
« Au sortir du lac de Hallstadl, la Traun longe le vallon de Gossa et passe à Laufen , où elle se précipite tout entière par une chute enortne. De là, continuant son cours , elle entre dans le lac de Geinund ou de Traun, qui porte son nom. Elle en sort pour bientôt se précipiter de nouveau , près de Roitham , dans ce qu’on appelle le Traunthall, divisé en deux parties, dont il a été fait beaucoup de tableaux. Plus rapide et moins é'endu que la chute du Rhin, on en saisit mieux l'ensemble. Tout cela rend le court trajet de Gemund à Stadel une promenade charmante. Il faut, après avoir joui de la vue éloignée de lu citu'e, retourner pour la voir de près , et ne pas craindre de refaire les deux lieues que
l’on a parcourues pour la descendre.
« On ne trouve de Gemund à Stadel qu’un village à Roitham , qui est placé sur une petite hauteur rouverte de bois, sur les bords de la Traun. De là on peut aller à Lnmbach ou à une abhave de bénédictins, une des plus anciennes de l’Autriche. Tout le chemin en descendant la Traun, depuis Stadel jusqu’au-dessous de Wels, est charmant, et il faut l’observer en tournant toujours la vue vers les montagnes et le dos au Danube. Alors vous avez toujours en vue le Traunstein à l’est, et les admirables montagnes qui l’accom|lngnent a l’ouest.
« Bientôt on aperçoit au milieu d’un bois un château pittoresque , c’est Schasslierg; et on découvre plus loin la petite ville de Wels, charmant endroit, quoique situé dans une plaine peu fertile. C’est là que mourut, en 1513, Maximilien, si cher aux arts, aux lettres et au souvenir de la patrie. Tout le pays après sa mort eut à souffrir de la persécution contre les protestants.
« Si on va en voiture de Wels à Linlz , on a deux postes , ou huit lieues de France, à parcourir à travers une plaine aride et nue, qui fait un contraste avec les lieaux sites que l’on quitte. En suivant la rivière, on aperçoit la petite ville de Traun, et le pays est plus agréable. Ce lieu est fort aitcien , et les comtes de Traun en tirent leur nom. Déjà, en 1073, on trouve un seigneur de Traun dans l'histoire.
Plus loin, on arrive ait viilage de Saint -Denis et à ses vieilles tours, qui, semblables à leur patron, n’ont point de tète. Enfin on aperçoit F.bersberg et son éternel pont sur la Traun, et le château qui le domine. C’est ce lieu quç Frédéric d’Autriche attaqua et détruisit en 1214, et où Rodolphe de llahslmurg, en 1276, arma chevaliers cent vingt de ses guerriers avant de combattre Ollochar. Plus tard il a été immortalisé par la bravoure des Autrichiens et des Français, dans le sanglant combat qu’ils ÿ soutinrent en 1800.
« C’est dans ce lieu, si l'on veut juger de l’état florissant de l'agriculture
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dans quelques parties de l’Autriche, qu'il faut faire une excursion à Kremsmunster et a Saint-Florian. On traverse toujours des champs admirablement cultivés, qui n’ont ni le pittoresque des montagnes, ni la richesse de la plaine, mais qui participent de l'un et de l’autre. Les bestiaux sont plus beaux ; tout est planté d’arbres fruitiers; tout respire l’aisance, le bienêtre et la liberté. Il y a des paysans qui, sous les dehors grossiers de leur costume et de leur ameublement, jouissent pourtant de toutes les recherches du luxe et de l’abondance; leurs enfants sont élevés comme ceux des gentilshommes : eux- mêmes en ont les manières et le ton , et ressemblent parfaitement à ce qu’on connaît en Angleterre sous le nom de gentilshommes fermiers, yen t/eman -fa rm ers (*).
« Le climat de la haute Autriche est généralement froid et humide; les sources innombrables et les rivières qui la sillonnent, les barrières que les montagnes opposent au vent du sud en sont la cause, et la température y varie suivant la disposition du sol.
Près du Danube elle est assez douce; elle devint plus âpre à mesure qu’on s’élève ; les plantes alpines suivent la meme proportion. Les observations faites à Lintz présentent une t.mpérature moyenne de 1° T 4", à peu près la même que celle de la basse Autriche.
« La principale richesse de la province se trouve, sans contredit, dans les belles mines de sel gemme du canton de Salzkammcrgut . ainsi nommé à cause de sa principale production.
Il est situé dans le cercle de Traun, entouré de hautes montagnes et couvert de lacs pittoresques. Son étendue est à peine de onze myriamètres carrés. Il forme la partie sud-ouest de la haute Autriche sur les frontières du pays de Salzbourg et de la Stvrie. I.a plus considérable de ces salines fut découverte, à la fin du Xlir siècle, par Élisalieth , é|K>use d'Albert I'r, duc d’Autriche. Avant ce temps, l’Autri-
(*)Idem, 1. 1, p. an et suiv.
che achetait le sel des archevêques de Salzbourg, qui le tiraient des mines de HaHem (*).
" L’industrie manufacturière est depuis longtemps dans un haut degré de prospérité. Les fabriques de fer y sont en si grand nombre, surtout dans les deux cercles qui bordent la gauche du Danube, qu’elles nourrissent près de cinq mille familles. Elles fournissent au commerce une immense quantité d’ouvrages de quincaillerie et toutes sortes d’instruments pour les arts mécaniques.
« Depuis le XVI* siècle la ville de Stever fait un grand commerce de fer avec; l’Allemagne, la Hongrie et le pays de Venise. Ses scies doivent à la trempe et à la qualité de l’acier ia grande réputation dont elles jouissent.
C’est à Steyer aussi que se trouve une des meilleures fabriques de fusils et de baïonnettes pour le compte du gouvernement, et dans les environs des manufactures de faux et de faucilles, d’aiguilles, d’alênes, et généralement de tous les instruments d’un usage habituel. Ces différents genres de travail occupent plus de quarante mille ouvriers.
« Les autres fabriques ne sont pas dans une proportion égale avec celles de fer. Celle de drap cependant occupe quinze mille ouvriers ; mais aujourd'hui les débouchés ne sont plus aussi étendus. Celle de toile en occupe quatre mille: ses produits, généralement grossiers, sont peu exportés. Ijes succès de la bonneterie ont beaucoup diminué. En général, tous les genres d’industrie de cette province paraissent devoir diminuer, par la raison que chaque peuple cherche maintenant à pourvoir a ses propres besoins.
« D’ailleurs, ia haute Autriche a peu de débouchés extérieurs , quoiqu’elle soit traversée par quatre grandes routi s et un fleuve navigable pour les gros bateaux. Sun commerce n'a une importa ce. réelle que dans l’intérieur du pays. Ses marchés et ses foires sont tres-fréquentés. Le transit et
(*) Idem, t. I, p. aoç.
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les commissions lui donnent des bénéfices considérables ; et si les propriétaires des biens-fonds et les possesseurs des fabriques ne dépensaient pas hors du pays leurs revenus et leurs liénéfices, on peut croire que la balance du commerce serait en laveur de la province, malgré le grand nombre d’objets qu’elle est obligée de tirer de l’étranger (*). »