FAMILLE DH LUXEMBOURG
jxah ( i 3 i i-i 346).
Le nouveau roi et son épouse furent couronnés par l’archevêque de
BOHEME
Mayence, dans l’église de Saint-Veit, le 4 février 1311.
Les états de Bohême réclamèrent alors en faveur de leur nouveau roi l’Autriche, la Styrie et la Caruiole, conformement à l'investiture que Richard de Cornouailles en avait donnée à Ottocar. Mais la fermete des princes autrichiens empêcha que cette demande etlt aucune suite.
La Bohême n'eut point à se louer du nouveau roi qu'elle s'était donné, ni Elisabeth de l’époux qu'ou lui avait choisi. Brave comme son épée, Jean était passionné pour la guerre, les tournois et la chasse. Au lieu de vivre auprès de son épouse et au milieu de ses sujets , il préféra passer son temps dans son petit duché de Luxembourg, au delà du Rhin.
Ses prodigalités epuiserent la Bohême, et il l'accabla d'impôts dont les produits étaient transportes dans un autre
Says. Enfin, son caractère dur et inexihle inspira toujours la crainte plutôt que l'amour.
Bientôt un grand nombre de seigneurs se révoltèrent; mais Jean n’eut pas de peine à s'emparer de leurs châteaux, et lorsqu'il se fut rendu maître de la Moravie, il envoya au supplice une foule de nobles , et fit raser leurs forteresses.
Peu de temps après, l’Empereur partit.pour son expednion d'Italie, et Jean fut nomme vicaire de l'Empire pendant son absence ; il s’occupait de lever des troupes qu'il devait lui envoyer, lorsqu'il apprit tout à la fois qu'il était mort, et que la Moravie venait d'être attaquée par les Hongrois.
Il revint aussitôt sur ses pas, rencontra l’ennemi en Hongrie, le délit dans une sanglante bataille, et força Mathias de Trenc/in a demander la paix.
Ijà mort prématurée de Henri VU laissait le troue impérial vacant; elle ranima bientôt toutes les ambitions. Enfin, après un interrègne de dix mois, les électeurs se réunirent à Francfort; mais divisés en deux partis, ils formèrent deux assemblées. Le plus grand nombre proclama Louis de Bavière.
La minorité choisit Frédéric d’Autriche. Les armes seules pouvaient déci-
der entre les deux compétiteurs. Jean qui. par haine contre la maison d’Autriche, avait voté pour le Bavarois, ne put se dispenser de prendre parti dans cette guerre, bien que sa présence fût. plus que jamais, nécessaire en Bohême. Il confia donc le gouvernement de ses Etats, pendant son absence,.! Bertholdd'lleimeberg; mais l’énormité des impôts et l’admission exclusive des Allemands à tous les hauts emplois donnèrent bientôt lieu à des plaintes nombreuses. Pour les faire cesser, Jean remplaça Berthold par Henri de I.ippa, et nomma Jean de Wartenberg au gouvernement de la Moravie. Malgré la réputation de ces deux seigneurs comme guerriers, les sujelsde Jean ne gagnèrent pasan change.
A cette époque, on retirait par semaine six cents marcs d’argent des mines de Kuttenberg. Les nouveaux gouverneurs en donnaient seize marcs au roi, et gardaient le reste pour eux. De plus, ils levèrent des impôts qui au lieu d'être consacrés aux 1 résolus de l'F.tat, entraient directement dans leurs coffres. Leur audace n’ayant pas plus de bornes que leur puissance, ils bravaient les plaintes et les murmures, et compromettaient gravement l'autorité royale; ils furent destitués; mais, pour leur arracher le pouvoir, il fallut recourir aux armes.
Ennuyé de ces troubles, qui ne lui laissaient point de repos, Jean retourna dans son duché, après avoir mis à la tête des afiaires, en Bohême, Pierre, archevêque de Mayence. Mais ce prélat , d'un esprit juste et d'un caractère doux , ne put supporter la vie agitée à laquelle il se vit bientôt condamné par les rebellions continuelles des seigneurs; il remit ses pouvoirs à la renie, it retourna à Mayence. Cette retraite ne fit qu’accroître l’acharnement des ennemis d'Elisabeth, qui crut devoir emmener son fils Wenceslas dans la forteresse d’Kllbogen. A peine avait-elle quitté la capitale que les mécontents élurent quatre régents, qui devaient présider aux affaires jusqu'au retour du roi.
Pendant ce temps , Jean se livrait aux plaisirs, dans le Luxembourg. Il
I/UN1VERS
semblait avoir oublié sa femme ; il ne pensait pas à son royaume , et ne prenait souci que d’en toucher les revenus. Enfin , cédant aux instances de la reine, il reparut dans ses États, et reprit Wissehrad, ainsi que plusieurs châteaux. Les rebelles avaient déjà imploré leur grâce, lorsqu’un nouvel incident leur fit reprendre les armes. Le bruit courut que Jean voulait échanger la Bohême contre le haut Palatinat, et faire massacrer tous les grands. Ce fut alors comme un incendie qui enveloppa tout le pays : à peine le roi , accompagné de son épouse et de ses enfants, put-il gagner Egra , où l’attendait l'empereur Louis.
La Bohême, privée de son chef, se vit bientôt à la discrétion des rebelles, qui, maîtres des châteaux, se faisaient les uns aux autres une guerre acharnée. Enfin l’Empereur intervint , et ménagea un nouvel accommodement entre le roi et ses sujets. Jean promit de réformer tous les abus dont on se plaignait , et replaça Henri de Lippa au timon des affaires.. Mais l’esprit turbulent de ce seigneur ternissait l'éclat de ses belles qualités. Attaché aux intérêts d'Elisabeth, veuve de Wenceslas et ennemie mortelle de la reine , il parvint à persuader au roi que son épouse tramait un complot contre lui , en faveur de son fils, encore enfant. Ces calomnies ne pouvaient manquer d’être accueillies par un homme aussi crédule que Jean.
Il rassembla quelques troupes et courut assiéger le château d'ElIbogen, ou se trouvait la reine. Au lieu de faire résistance , elle lui en ouvrit les portes; mais la conscience de son innocence ne la rassurant pas contre les mauvais traitements auxquels son mari pouvait se livrer, elle se réfugia à Mclnik avec quelques amis. Le roi eut la cruauté de faire enfermer son jeune enfant, âgé de trois ans, dans un cachot où il resta deux mois sans voir le jour. Il 1’envpya ensuite à l’urglitz, sous la surveillance de Guillaume Hase..bourg. L'infortuné fut traité en prisonnier plutôt qu’en enfant royal. La reine, retirée à Prague, y excita le plus
vif intérêt. Elle implora l’assistance des Hongrois, et l’on s'arma pour sa.
cause. Jean accourut de la Moravie où il était, et s'empara du château et de la petite ville de Prague. Mais il fut repoussé dans l’ancienne ville. Des négociations s’entamèrent alors, et l’argent arrangea tout. Quand le roi eut satisfait son avarice, il confirma Lippa dans son gouvernement, et retourna dans le Luxembourg. Quant à la reine, elle vécut dans la puis grande retraite, manquant souvent du nécessaire que l'avarice de Lippa lui refusait (1 320).
En 1322, Jean revint pour fiancer ses filles, malgré leur jeune âge. L’aînée, Marguerite, qui n’avait pas encore neuf ans, fut promise à Henri de Bavière, et Gutha à Frédéric de Misnie. La reine suivit sa fille en Bai ière, quittant sans regret un pays qui ne lui rappelait que l’ingratitude de ses sujets et la dureté de son époux. Jean resta pour conduire les Bohèmes à la guerre qui venait d’éclater entre les deux rois des Romains. A la bataille qui se livra à Muhidorf, sur le territoire de Salzbourg, Henri, frère de Frédéric, tomba outre les mains de Jean, et Frédéric lui-même se rendit à son adversaire. Le succès était dû , eu grande partie, au roi de Bohême, qui avait conseillé le combat. Il profita de cet avantage, et ne relâcha les ducs d'Autriche qu’après avoir exigé d'eux qu’ils renonceraient à toute prétention sur la Bohême , qu’ils restitueraient Znaim et plusieurs châteaux de Moravie , et qu'ils céderaient plusieurs villes dans la basse Autriche.
L’Empereur, pour prix du service qu’il avait reçu de Jean, avait promis à ce prince l’investiture du Brandebourg. Mais il oublia bientôt sa promesse, et donna ce margraviat à son propre fils. Indigné de cette mauvaise foi, Jean envahit la Lusace, se rendit maître des contrées occupées jadis par Otton le Long, et les réunit à la Bohême. Mais, au lieu de pousser lus loin ses conquêtes, il quitta suitement la Bohême , remit encore entre les mains de Lippa l’exercice de
BOHEME
son autorité, et se retira dans son petit comté. Cette fois, ii emmena son fils, qu’il envoya faire ses études a l’université de Paris, sous la direction de Robert Roger, bénédictin limousin , depuis pape , sous le nom de Clément VI. Le précepteur avait prédit à son élève qu’il ceindrait un jour la couronne impériale ; le jeune prince prit le nom de Charles, qu’il garda toujours depuis.
L'absence de la famille royale et de l’archevêque de Prague livrait la Bohême à la rapacité de son gouverneur.
Lippa avait épuisé les ressources de la nation. Quand le roi faisait quelque courte apparition dans son royaume , ce n’rtait que pour recueillir les sommes que Lippa avait amassées; et il allait ensuite lesdissiper, soita Luxembourg, soit à Paris. La reine eût voulu neutraliser le mauvais effet produit par les déprédations de Lippa ; elle vint s'établir à Prague (1325). Mais elle essaya vainement de modérer l’avidité du gouverneur; et l’avarice de son mari la mit souvent elle-même dans de grands embarras. Cependant, dès qu’il s’agissait de l’agrandissement de ses Etats , Jean n'épargnait rien.
Ainsi, quoiqu'il eût refusé Ta couronne de Pologne , qu'un parti de mécontents lui avait offerte , il prit possession du duché de Breslau , que lui avait cédé le duc Henri. Il convoitait aussi la Cariuthie et le Tyrol. Le duc avait une lille unique, Marguerite, surnommée Maultasch, à cause de sa grande bouche; il la demanda pour son fils Jean , qui n’avait que cinq ans. La proposition fut agréée , et ie jeune prince se rendit en Carinthie.
Cet arrangement eut des suites fâcheuses pour le roi et pour la Bohême.
Jean n'était pas d’un caractère à rester en repos. Il se mit en marche, au milieu de l’hiver (1329), pour secouer l'ordre Teutonique contre les Lithuaniens. Ceux-ci lurent partout écrasés ; leurs villes furent incendiées, et trois mille des leurs faits prisonniers se convertirent au christianisme pour échapper à la mort. Jean rega-
gna alors le Luxembourg ; mais il le uitta bientôt de nouveau et se rendit ans le Tyrol, où des députés vinrent lui offrir la soumission de plusieurs villes d’Italie. C'était une offre bien séduisante pour un prince aussi ambitieux que lui; aussi n’y résista - 1 - il pas. A la tête de quelques corps qu’il avait fait venir dç Bohême , il enleva Brescia , Bergame, Crémone et Milan. Beggio, Modène, Vérone et Mantoue lui remirent spontanément leursclefs. Ces succès éveillèrent la jalousie, et une ligue formidable se forma contre lui. Mais dans une entrevue qu’il eut avec l’Empereur, il parvint à conjurer l'orage, et Frédéric d'Autriche, qui était à la tète de scs ennemis , fut réduit à demander la paix.
Le roi avait laissé son fils Charles en Italie, où il se défendait vaillamment. Lorsqu'il lui donna l'ordre de revenir en Bohême , le jeune prince avait oublié sa langue maternelle; il ne trouva, à son arrivée, ni mère, ni sœur, ni parents, ni palais où il püt établir sa demeure, et d se logea dans une maison bourgeoise. Nommé gouverneur de Bohême et margrave de Moravie, il s'efforça de racheter les domaines aliénés de la couronne, et parcourut la Bohême, en rendant partout la justice. Mais les intrigues des grands parvinrent à le rendre suspect a son pere, qui lui retira le pouvoir dont il l’avait investi. Cependant, convaincu plus lard de son innocence , il le réintégra dans ses dignités.
La possession de la Carinthie et du Tyrol fut l'occasion de deux guerres après la mort du duc llenri (1335).
L'Empereur avait donné l’investiture du Tyrol à son fils Louis, et celle de la Carinthie à Otton, duc d’Autriche.
Plusieurs princes allemands prirent le parti de l’Empereur, tandis que les rois de Pologne et de Hongrie se rangèrent du côté de Jean de Luxembourg.
Charles soumit le Tyrol (1330), tandis que son père s’emparait de toute l’Autriche, depuis la Bohême jusqu’aux bords du Danube. Enfin, la paix fut signée à Ens, et le Tyrol
L’UNI VERS
resta aux fils de Jean; mais la Carinthie fut cédée à l’Autriche en payement des frais de la guerre.
Jean fut moins heureux dans une seconde campagne qu’il entreprit contre les Lithuaniens. L’hiver avait « té si doux, qu'il fut arrête, par les rivières et les marais de la Prusse. Il revint sur ses pas, et châtia, chemin faisant, l'insolence de l'évéque et du clergé de Breslau , qui avaient osé l’excommunier. Ensuite, afin de pouvoir se livrer au plaisir dans son comté, il donna le gouvernement de la Bohême à son fils , par qui il se fit payer, toutefois, cinq mille marcs d’argent, à titre de frais de voyage.
En 1342, se formacontie Jean une seconde ligue plus menaçante que la première. Marguerite, épouse ue son fils , lit prononcer son divorce et donna sa main a Louis, fils de l’Empereur. Les princes ligués étaient l' Empereur, son fils, margrave de Brandebourg et époux de Marguerite , les rois de Hongrie et de Pologne, le duc d’Autriche, le margrave de Misais et le duc de Schweidml/.. Jean passa du Luxembourg en Bohême : il avait perdu la vue; mais cette infirmité ne lui avait rien fait perdre de son énergie. • Plus nous aurons d'ennemis, «disait-il, plus nous amasserons de « butin.» Les Polonais, ayant a leur tête leur roi Casimir, furent les premiers prêts. Jean les défit, et les poursuivit jusque sous les murs de Cracovie. 1,« roi de Pologne , voyant son pays dévasté, appela son adversaire en combat singulier. Jean lui fit repondre qu'il fallait qu’il se lit d'abord crever les deux yeux , afin que les chances lussent égalés ; puis il poussa si vigoureusement le siège de Cracovie, qu’il contraignit Casimir à demander merci.
L’Empereur prévoyant alors que tout le poids de la guerre allait retomber sur lui, proposa une entrevue. Elle eut lieu à Trêves, et la paix fut siguee.
Jean céda le Tyrol au fils de l’Empereur, et réserva pour les siens toute la Lusacc et vingt mille marcs d'argent.
Mais lorsqu’il s'agit de mettre ce traité à execution , les princes Charles
et Jean, fils du roi, refusèrent d’y adhérer et d'obéir aux injonctions de leur père. « Le roi notre père, disaient-ils, « dépensera les vingt mille mares sur
• les bords du filon, Pt la haute Lu-
• sare appartient déjà à la Bohême. »
Cette- résistance n’excita chez Jean aucun mouvement d’humeur. Au contraire, il alla trouver le pape, qui résidait alors a Avignon, et l'engagea à désigner Charles comme roi des Romains, et celui-ci fut, en eflèt, élu.
L'étroite union qui existait entre Jean et le roi de France le détermina ensuite à offrir à celui-ci le secours de son bras dans la guerre qu'il soutenait contre les Anglais. Il lit venir, a cetefiel, son fils Charles, avec un secours de Bohèmes; ils se trouvèrent à la sanglante bataille de Crécv, le 2G aodt i 3-14». Jean se tint d'abord à l’écart ; mais quand il apprit que la victoire penchait du côté des ennemis, il ordonna aux chevaliers qui l'entouraient de le mener à l’endroit où combattait son fils. On lui représenta qu’étant prive de la vue , c'était s’exposer à un danger inutile. N'importe, dit-il .je veux faire uu coup d'épée ; et il ue sera pas dit que je suis venu ici pour rien. «Sire, reprirent alors les chevaliers, nous vous accompagnerons partout; » puis, pour ne point le perdre dans la mêlée, ils attachèrent la bride de son cheval aux brides des leurs, et ils se précipitèrent avec lui au milieu des ennemis. Ils y périrent tous, après avoir fait des prodiges de valeur; Chai les lui-même eut un cheval tué sous lui , reçut deux blessures, et ne dut son salut qu’a quelques-uns de ses chevaliers qui se sacrifièrent pour lui. Ainsi finit l’un des plus grands hommes de guerre et l’un des plus habiles politiques de ce siècle ; ainsi se réalisa le vœu qu'il avait formé de périr sur un champ de bataille.
Son épousé Élisabeth l’avait précédé dans la tombe, apres avoir employé ses dernicres années en exercices de piété et en œuvres de bienfai-atice ; elle était morte en 1330, à l’âge de trente-neufans. Jean s’etait remarié en 1334, à Beatrix, fille de Louis l*r, duc
àooglc
BOHEME
de Bourbon , dont il avait eu'Wenceslas.qui fut son successeur au duché de Luxembourg. De son premier mariage, i! avait eu Charles, qui fut roi de Bohême et empereur d'Allemagne; Jean, marquis de Moravie; Ont te ou Bonne, première femme du roi Jean de France, et Anne, mariée a Otton, duc d’Autriche.
CHARLES 1er (l346-l378).
Charles, le premier roi de ce nom en Bohême, est connu dans l'histoire des empereurs d’Allemagne, sous celuide Charles IV. On |>eut dire qu’avec son règne commença pour la Bohême le siècle d’or. En effet , ce fut l’époque de la plus grande prospérité et de la plus grande puissance de ce pays.
Il n'entre pas dans notre plan de raconter ce que ce prince lit comme empereur et comme roi des Romains; nous ne dévoué le considérer que comme roi de Bohême. (Vovez I’Al- LEM4GME, t. Il, p. 33 et SUIV.)
Il fut couronné a Prague par l'archevêque Ernest ; ses premiers soins furent ensuite donnés à l'embellissement de cette capitale : elle comprenait déjà deux villes ; il y en ajouta une troisième , plus grande ue les deux autres , et qui s’etenit depuis Wissehrad jusqu’à Porsitz.
Il l'entoura d’une épaisse muraille, et voulut lui donner le nom de K.ariow ou Knristadt; mais l’usage a consacré celui de Nouvelle - / ille ( ISeu- Stadt), qu'elle porte enrore maintenant. Il jeta les fondements du château fort de Karlstein, destiné à renfermer le trésor royal, et ce monument est encore aujourd'hui l'un des plus beaux de la Bohème. Il acheva aussi l'égiise de Saint- Vcit, commencée pur son père, et lit commencer le grand pont sur la Moldau. Mais le plus importantdesétablissements dont il dota la Bohême fut l’université de Prague, fondée en 13-17, à l’instar de cellede Paris. Cette université acquit bientôt une grande célébrité, et, des son origine, elle fut fréquentée par un grand nombre d’etudiants. Charles la visitait souvent ; il prenait tant de plaisir à en-
tendre les leçons’ des professeurs, et les disputes des écoliers , qu’il y passait quelquefois plusieurs heures de suite; et quand ses courtisans, qui n’avaient nas comme lui le goût des lettres et des arts, l'avertissaient qu'il était l'heure de souper : « C’est ici « mon souper, répondait-il, je n’ai pas le loisir d’en faire un autre. « Il divisa la Bohême en un certain nombre de cercles, et, par une ordonnance donnée à Prague , le 7 avril 1348 , il confirma et expliqua les privilèges ue, dans ses lettres, l’empereur Frééric 11 avait reconnus aux Bohèmes; il y décida toutefois que l'élection des rois n'appartiendrait aux états que dans le cas où il n’y aurait plus ni (ils ni filles de la famille royale.
l.es ennemis de Charles lui opposèrent un prétendant a l’empire, G millier de Schwnrzbotirg. Mais un adversaire nui n’avait ni troupes ni territoire, était peu à craindre; Charles en fut quitte pour payer les dettes de Gunther , après là mort duquel il ne rencontra plus d’obstacles. Non-seulement il fut couronné à Rome par deux cardinaux, mais il reçut à Arles la couronne qu'aucun empereur n’avait portée depuis trois siècles.
Toujours occupe du soin d’agrandir la Bohême , il employa dans ce but toute la puissance que lui donnait la digmte impériale. Il confirma aux rois de Rohême, par une huile d’or, le droit de concourir à l'élection des empereurs; il acheta de l'électeur palatin une grande partie du haut Palatinat, et il la réunit à la Bohême, ainsi que la ville et le cercle d'F.gra, In Silésie, la Lusace et le Brandebourg, qu'il acquitd'Ottonde Bavière, en 1373; enfin, il fit avec les ducs d’Autriche un traité pour le règlement des successions qui pouvaient leur échoir.
Mais il détruisit , deux ans avant sa mort , l’effet de toutes les peinps qu’il s'était données , et il démembra luimême ses États, en donnant la Bohême et la Silesieà son fils aîné Wenceslas, le Brandebourg à son second fils, Sigismond , et la Lusace au troisième, Jean.
L’UNIVERS
Charles mourut à Prague, le 29 novembre 1378, à l’âge de soixante-quatre ans. Jamais la Bohême n’avait été si forte, si respectée ail dehors; jamais on n'avait joui d’une pareille sécurité au dedans. Les brigands avaient été anéantis avec les châteaux qui leur servaient de repaires. Les let très fleurissaient à l’université naissante; enfin, le commerce attirait les étrangers et peuplait les villes.
Charles avait été marié quatre fois; sa première femme , Blanche , fille de Charles de Valois et soeur de Philippe VI, roi de France , 11e lui avait donné que quatre filles; de la troisième, Aime, fille de Henri II, duc de Schweidnitz, il avait eu Wenceslas; enfin, la quatrième, Élisabeth, fille de Bogislas V, duc de Poméranie, lui avait donné Sigisinond, Jean, et deux filles.
Son second mariage avec Anne, fille de Rodolphe, électeur palatin , avait été stérile. Jean, frère de Charles, laissait également trois fils, Jodok , Sobeslawet Prokob. Ainsi, à la mort de Charles l,r, il y avait six princes de la dynastie de Luxembourg; mais tous moururent sans laisser de postérité.
XVE2ICESL45 IV
Dès l’année 1363 , Wenceslas avait été, par les soins de son père , couronné roi de Bohême, et les électeurs l’avaient , en 1376 , élu roi des Romains. Il avait dix-huit ans lorsque son père mourut. Il cultivait les lettres; mais il avait, comme son aïeul, le godt de la dissipation , et comme lui il extorqua l’ai gentdesnn peuple pour le porter a l’etranger. La violence de son caractère ne lit que s'accroître par l’usage immodéré du vin, auquel il s'abandonna, lorsqu’il fut monte sur le trône. Il était excessivement sévère dans l’administration de la ju-tice, et plusieurs de ses jugements furent même dictés par la cruauté. Les chanoines de Breslan furent les premiers qui éprouvèrent l’elfet de ses rigueurs. Leur evêque avait excommunié le peuple de cette ville : il les Ut chasser, et livra leurs habitations aux fu-
reurs de la populace, jusqu'à ce qu’ils vinssent lui demander grâce( 1383).
Au retour d'un voyage qu’il avait fait en Allemagne, il conçut des soupçons sur la lideiité de la reine. Il voulut arracher au confesseur de cette princesse, Jean Népomucène, le secret de sa confession; 11 'ayant pu y parvenir, il fit précipiter ce respectable prêtre du pont de la Molaau dans le fleuve ; et ceux qui osèrent élever la voix pour protester contre cette atrocité furent décapités ou jetés dans les prisons. Une autre fois, il fit noyer le vicaire général de l'archevêque , parce qu’il avait confirmé, contre sa volonté , l'élection d'un abbé ; tandis que, par une bizarrerie inexplicable, il laissait impuni le massacre de plusieurs milliers de juifs que les bourgeois de Prague avaient égorgés pour \enger l'outrage fait, par quelques-uns de ces malheureux , a un prêtre qui portait le viatique a un moribond.
Cependant les Bohèmes, de plus en plus écrasés d'impôts, et exclus des premières places que le roi n’accordait qu’aux Allemands, adressèrent leurs plaintes au second fils de Charles l'r, Sigisinond, devenu roi de Hongrie par son mariage avec Marie, fille de Louis le Grand ( 1392). Ils lui offrirent la couronne de Bohême et reçurent de lui le conseil île s'assurer d’abord de la personne de Wenceslas. En effet, le roi fut arrêté à Beraun et conduit à Prague. Et lorsque sou second frère Jean vint avec des troupes pour le délivrer. il fut transféré à Krumau , et de la dans un château fort, eu Autriche ( 1394).
Mais les armements de son frère et de son cousin, les menaces de l'Empire et 1rs lenteurs de Sigisinond, qui n’osait se déclarer ouvertement, refroidirent les mécontents. lisse réconcilièrent avec Wenceslas et lui rendirent la liberté. Il avait promis l'oubli du passé. Mais dès qu'il se crut assez affermi sur le trône, il fit massacrer les chefs des révoltés, qu’il avait fait inviter à un banquet par Jean d’Oppelu, commandant de Karlstein.
«de
BOHEME
Sa vengeance assouvie, il se rendit en Allemagne, où il eut une entrevue avec le roi de France, dans le dessein de rétablir la tranquillité dans l'É.glise. Les deux monarques s'accordèrent sur la nécessité de faire abdiquer les deux papes, Benoît et Boniface, et de les remplacer par un autre pontife.
A son retour, Wenceslas trouva la Bohême en pleine révolte; mais des mesures vigoureuses firent tout rentrer dans l'ordre. L’Allemagne et la Bohême eussent peut-être pu alors jouir des bienfaits de la paix, si Boniface, dans l'intérêt de sa conservation, n'eût juré la perte de Wenceslas. Ce fut à l’instigation de ce pontife que les électeurs déposèrent ce prince , et lui donnèrent pour, successeur à l’empire, Ruprecht (Robert), comte palatin du Rhin(MOO).
La conduite du pape excita une vive irritation en Bohême; les prêtres protestèrent du haut de leurs chaires.
Jean Huss, professeur de l’université et prédicateur de l'église de Bethléem, se distingua surtout par l'énergie de ses déclamations. Ses moeurs étaient irréprochables , sa parole puissante et son humilité sans bornes. Après s’être élevé contre les vices de la noblesse , il attaqua ceux du clergé. En vain. Wolfram, archevêque de Prague, le dénonça-t-il nu roi, il ne put obtenir d’autre réponse que celle-ci : « Tant « que Huss a préchécontre nous . cela a « été très-bien ; aujourd'hui qu’il vous
• attaque, vous voulez que j'inter-
• vienne. Ayez donc, au moins, au- « tant de patience que nous. • Le roi laissa Huss développer ses doctrines avec d'autant plus ae liberté , que le
Çrédicateur n'épargnait pas Boniface.
nndis que tous les esprits étaient occupés de ccs querelles, Ruprecht >e mettait en mesure, de faire valoir ses droits. Il vint assiéger^' enceslas dans Prague. La capitale fut sauvée et l'ennemi chassé du territoire, mais on perdit le haut Palatinat, Pirna,et d'autres parties de la Misttie.
Il avait toujours régné beaucoup de froideur entre Sigismond et Wences-
las. Ces deux princes s'associèrent cependant pour envahir l'Allemagne et y rétablir Wenceslas sur le trône impérial. Mais Wenceslas n'obtint pas de cette expédition tout le succès qu’il en attendait ; n’ayant pas voulu exécuter les promesses qu'il avait faites, il fut fait prisonnier par Sigismond (29 août 1402), et envoyé à Vienne sous la garde du duc Albert. Sigismond exerça alors en Bohême l'autorité royale sans prendre le titre de roi. Mais il manquait de l'énergie nécessaire pour contenir la turbulence indomptable des Bohèmes. Les routes, dans les provinces, se couvrirent de brigands.
L'archevêque de Prague , le seul qui se montrât zélépourla justice et l’ordre, en lit pendre cinquante dans les environs de la capitale. Cependant, après seize mois de captivité, Wenceslas fut mis en liberté par les ducs d’Autriche eux-mémes, qui redoutaient la réunion de la Bohême et de la Hongrie dans une seule main ; néanmoins , ils firent ensuite alliance avecSigisinond.
Quanta Wenceslas, il rentra dans sa capitale, et s'enferma immédiatement à Wissehrad, tant était grande la défiance que lui inspiraient la noblesse et les bourgeois.
Les Allemands jouissaient alors en Bohême de grands avantages. Charles 1" s’était efforcé de leur donner toutes les places de l’université, et de les déterminer à fonder des établissements de commerce dans ses États. A Prague, iis nommaient seize sénateurs, tandis que les bourgeois bohèmes n’en élisaient que deux. Cette partialité excita contre le gouvernement une haine qui finit par éclater et ensanglanta les rues de la capitale. Plusieurs Allemands furent tués ( 1 106), sans qu’on inquiétât les meurtriers. Jean Huss et Jérôme de Prague, ardents patriotes, travaillèrent à diminuer la pré|iondérance que les Allemands exerçaient à l’université; et ils mirent tant de persévérance dans leurs sollicitations aupresde Wenceslas , que celui-ci fut forcé de déclarer qu’a l’avenir les Bohèmes éliraient seize sénateurs et les Allemands seulement deux. Cette
L’UNIVERS
décision produisit une grande révolution à Prague. Les étudiants allemands quittèrent l’université avec leurs professeurfc, et, si l’on en croit les chroniques , trpnte-six mille sortirent en quelques jours de la capitale, pour aller peupler d’autres académies, telles ue pelles de Leipzig, d'ingolsiadt et e Rostock. Les h dotants s’aperçurent alors de la |»erle qu’ils venaient de faire. Ils accablèrent Jérôme de reproches; mais Hnss les consola, en leur représentant qu’au moins ils étaient maîtres chezeux. Alors ce prédicateur n’avait pas encore été accuse d’hérésie, quoique déjà il eût attaqué le trafic des indulgences. En 1400, Benoît XIII et Grégoire XII se disputaient la tiare; toute l’Europe se déclara contre eux; les cardinaux s’assemblèrent pour élire un autre pape, et la dispute continua entre Huss et l’archevêque Sbinko, partisan de Grégoire. Sbinko déclara schismatiques ruu:,,er>iié et le professeur, et interdit à ce dernier la prédication. Huss n'en soutint pas moins en chaire les princq>es de VViclef, e.t continua scs cours. La noblesse et la plus grande partie de la Bohême se rangea bientôt de son eôté. L’archevéque Ut briller publiquement les écrits de Wiclef; le pape Jean XXIII excommunia Huss, mais celui-ci refusa de comparaître au tribunal du pontife, et en appela du pape au Christ et au prochain concile.
Cependant Wenceslas restait indifférent à toutes ces disputes : il pensait avec raison quêtant que les esprits seraient occupés de querelles tlicologiques , ils ne songeraient pas à se mêler des afiairrs publiques.
Son adversaire Rupreclit n’existait plus. Les électeurs se reunireut pour procéder à une nouvelle élection ; leur choix tomba sur Sigismond , et Wenceslas ini-méme donna sa voix à son frère, en ne se réservant que le titre d’Empereur.
En 1412, le pape fit publier une croisade contre Ladislas, roi de Naples. Il promit indulgence plénière à ceux qui en feraient partie. l)e son côte, Huss, dont on u’euteudait plus
fiarler depuis quelque temps, se réveila, monta en chaire dans l’église de Bethléem. et prêcha contretes indulgences, en traitant le pape d’antechrist.
Toute la ville fut bientôt eu fermentation, et les partis menaçaient d’en.vemr aux mains; mais le départ de Huss prévint de plus grands desordres. Il sortit de Prague sur i’injonrtion de l’archevêque , se retira à Hussinetz, lieu de sa naissance , et continua à prêcher dans les villes et les villages du cercle de Bechin , qui fut plus tard le centre de la secte des Taborites, les plus turbulents et les plus braves des H ussites. Des messagers furent en\ oyesau pape pour l’informer de ce qui se passait. Le concile de Constance venait d’être convoqué; Huss et Jérôme furent cités, d’après le conseil de l’empereur Sigismond, à y comparaître, pour y rendre compte de leurs doctrines et de leur conduite. Huss, muni d'un sauf conduit de l’Empereur, s’y présenta, accompagné de trois seigneurs bohèmes, Jean deCuhn, Wenceslas de Dulia et Henri de I.atzenbocli. Mais à peine lut-il arrivé que, malgré le sauf - conduit impérial , on se saisit de lui, et, lorsqu’il voulut parler pour se défendre, les clameurs de ses juges étouffèrent sa voix. Condamné a être brûlé vif, il marcha au supplice avec un courage qui frappa d’éloniiement et d'admiration ses ennemis eux-mémes ( 1415 ).
L’aimée suivante, Jérôme subit le même sort. « Tous deux , dit Æneas Sylvius, moururent avec fermeté. Ils marchèrent au bûcher comme a un festin. Aucune plainte, aucun gémissement ne trahit leurs souffrances. Il n'y a pas un philosophe qui ait montré à ses derniers moments la tranquillité qu’i s conservèrent au milieu des flammes. où ils chantèrent un psaume que la douleur ne put interrompre. »
Ges ri.ueurs n’eurent pas le résultat qu'en attendait le concile. Loin de la , la guerre embrasa la Bohême et menaça de s’étendre en Allemagne.
Les cendres de Huss avaient été jetees dans les Ilots du Rhin; ses partisans recueillirent la terre du lieu où l'on
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avait élevé son bîlcher et l'apportèrent à Prague. En même temps, un autre sectaire apparut en Bohême; c’était Jacob Miez, qui avanait que le saint sacrement pouvait tre reçu sous Ips deux especes. Il se fit de nombreux partisans dans le peuple.
L'etincelle lancee par Huss avait allumé un immense incendie. La nation se forma en deux camps; l'un prenait le paiti du concile, l’autre, celui des dissidents. Nicolas, seigneur de Hussinetz, était à la tête des derniers. Il demanda à Wenceslas quelques églises ou l'on prtt recevoir la communion sous les deux espèces; et on lui accorda ce qu’il demandait , à condition qu’il sortirait de Prague. L'université adopta les nouvelles doctrines; alors Wenceslas vit enfin qu’il setait trompé en if attachant aucune importance à ces divisions, et il fut foicé de chercher un asile dans son ehdteau de Tocznik. Des députés vinrent le prier de retourner dans sa capitale. « Mon ■ eher Rosenberg, répondit-il à celui
• qui était a la tète de In députation,
« vous dites que les Bohèmes s’éton- « nent que je préfère ces sauvages cou-
• trées à la capitale; mais sachez que
• je crains la Tour Noire. Il n'est jias
• étonnant que je me sois éloigne de
• vous , car il n’y avait de sûreté « pour moi , ni dans mon palais , ni « au couvent de Kœnigsa.d. L’air
• est plus sain ici que dans la lourde « Vienne. » Il revint cependant ensuite à Wisselirad.
.Martin V venait d'être élu pape à Constance. Les troubles causés par les Ilussites ayant été attribués a la faiblesse de Wenceslas, on résolut d'éloigner de l’unhersité les propagateurs des doctrines de ces sectaires. cardinal Dominique fut envoyé eiiBohéme; ce prélat avait à peine passé les frontières du royaume, qu'il fit brûler un prêtre et un bourgeois schismatiques.
Ce n’était pas le moyen d’apaiser les esprits; le peuple sê souleva contre lui , et il fut obligé de se sauver à Vienne, d'où il écrivit au pape qu’il n’était pas possible de réduire les Bo-
hèmes autrement que par lés armes (1418).
Cependant Wenceslas était toujours à Wisselirad, et, redoutant une révolté des habitants, il avait ordonné que toutes les armes qu’ils avaient en leur possession lui fussent remises. Jean de TrorznoW , surnomme Ziska, était alors chambellan dé Wenceslas. Il s’etait distingué ilahs les campagnes de Prusse et de Lithuanie, et y avait perdu un œil. Ami de Huss et de Jérôme, il était, depuis leur supplice, plongé dans une morne tristesse. Un jour que le roi lui demanda la cause ae sou abattement : «.Quel est donc, ré- « pondit-il, le Bohême qui peut voir « d'un œil indiffèrent de teileschoses? » — •Que faire, mon cher Jean? répli- « qna le roi. Si tu connais un moyen
* (le Venger tes Ruliéines, emploie-le;
* Je te donne tout pouvoir. » Ziska Tt oublia pas ces paroles, et il quitta aussitôt la cour pour aller habiter Prague.
Cependant l'ordre intimé aux Bohèmes de déposer leurs armes avait exaspère les esprits. Ziska se présenta au milieu des mécontents et leur dit : « Je ne comprends pas votre ■ consternation. Jeconnaisleroi mieux « que vous ne le connaissez. Prenez
* vos armes et rendez - vous a Wis- « seiirad; Wenceslas sera charmé de v vous voir ainsi. Je Consens à me « mettre 5 votre tête, si vous voulez « Suivre mon conseil.» Sa proposition est accueillie et il les conduit auprès du roi, à qui il adresse ces paroles :
« Nous vous apportons les armes que « vous nous avez demandées, et nous
* sommes tous prêts à verser notre « sang 'pour V. M. » Le roi loua les habitants de leur zèle; Il les renvoya avec leurs armes, et depuis lors, Ziska fut en grande est ime parmi les Bohèmes.
Sur ces entrefaites, les pavsans se rassemblèrent au nombre de quarante mille hommes sur la montagne de liradisch, où s’élevait jadis le châiean de Cliomow, et à laquelle ils avaient donné le nom de Tabor. lin moment, cette multitude menaça de fondre sur Prague ; toutefois , l'orage se dissipa
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bientôt; mais il n’en fut pas de môme dans la ville, où Ziska s'était mis à la tête du mouvement. Les sénateurs ayant, de leurs fenêtres, lancé des pierres sur le peuple, la foule ameutée envahit leur palais , et treize de ces magistrats furent jetés par les fenêtres et reçus par la populace sur des pointes de lances et de javelots. Cette execution, à laquelle on a donné le nom de dêfênistratiim, était le moyen qu’employait ordinairement le peuple de Prague pour se debarrasser des magistrats qui lui déplaisaient.
Wenceslas mourut au milieu de ces troubles, le 16 août 1419 , sans laisser de postérité. Peu de rois ont été aussi maltraités que lui par les historiens. Les Allemands surtout l’ont pe ut sous les couleurs les plus défavorables. Il est vrai qu’il ne possédait pas les qualités brillantes de son père, et qu’il céda trop souvent à ses mauvais penchants; maison doit au moins lui rendre la justice de reconnaître qu’il tenait a la stricte observation des lois.
(■VERRE DES H055ITE1 (l 4 I ç)- l43G).
La mort de Wenceslas IV fut le sinal de la guerre connue sous le nom e guerre des Uussites , la plus meurtrière, la plus atroce qui ait jamais ensanglante l’Europe. Le supplice de Jean fluss et de Jérôme de Prague en fut le prétexte. Les furieux qui voulaient venger la mort de ces chefs de secte envahirent les couvents et les églises de Prague, et mirent en pièces les orgues, les statues et les tableaux. La persécution tomba de tout son poids sur les chartreux, qui avaient mis le plus d’ardeur à poursuivre Jean IIuss. Conseils modérés, emploi de la force, tout fut tenté, mais inutilement, ar la reine douairière. Ses soldats rdlèrent l’hôtel de ville; les Uussites, par représailles, mirent le feu au palais de l’archevêque , assiégèrent Hradschin , et la reine eut peine à s’échapper. On convint enfin d'un armistice; mais, tandis que la tranquillité régnait à Prague, on se battait hors
des murs avec une rage dont les guerres de religion peuvent seules fournir des exemples. Dans une seule année , les habitants de Kuttenberg jetèrent et firent périr dans les mines 1,600 Uussites.
La couronne de Bohême appartenait de droit au frère de Wenceslas, Sigismond, qui était déjà empereur d’Allemagne et roi de Hongrie: mais il était devenu un objet d’exécration pour tous les sectateurs de Jean Huss, qui lui reprochaient d’avoir livré leur chef a ses bourreaux , en lui accordant un sauf-conduit qu’il n'avait pas fait respecter. N’osant pénétrer en Bohême pour assembler les états à Prague , il les convoqua à Brünn.
Avec un peu plus de modération et de sagesse , il n’eût peut-être pas été impossible de ramener la paix et la concorde dans ce malheureux pays; mais, tout en poursuivant à outrance les Uussites, Sigismond se retira à Breslau, comme s’il eût craint de se trouver en face du danger. Les prêtres hussites, de leur côté, maintenaient l’exaltation dans les esprits. Ils assuraient que le Christ allait descendre sur la terre , et que toutes les villes , à l’exception de Pilsen, de Saatz, de I.aun, de Schlan et de Klattau , seraient dévorées par le feu. Ils cherchèrent à s’emparer des châteaux forts. Leur quartier général était sur une montane qui dominait le Luschnitz ; ils y Atirent une ville qu’ils appelèrent Tabor , nom qu’elle a conservé jusqu’à nos jours. De là le nom de Taborites qu’on leur donna. Ziska fit de cette ville une place formidable. Ce terrible guerrier, qui ne put jamaisêlre vaincu, malgré le dénüment où setrouvaitson armée , avait l’habitude de s’enfermerdans un cercle dechariots, lorsqu’il était attaqué, et jamais ses ennemis ne purent pénétrer dans cette enceinte.
Prague s’était déclarée pour les Hussites ; mais Hradschin et Wissehrad tenaient toujours pour Sigismond. Ziska se mit en mouvement avec toutes ses forces, pour faire le siège de ces deux places. Tout ce qui s’opposa à sa marche fut renversé. Mais comme les
assiégés, auxquels Sigismond avait trouvé moyen de faire passer des provisions, pouvaient tenir longtemps, il se retira sur la montagne de Witkow, et s’y fortifia. Là , il eut à soutenir une attaque de toutes les forces de Sigismond , qui , avec deux corps de réserve, resta spectateur du combat de l'autre côté de la Moldau. Ziska laissa les ennemis s'avancer jusque sous ses fortiticatious, puis il tomba sur eux comme la foudreet les écrasa. Depuis ce temps , la montagne fut appelée Ziskaberg (montagne de Ziska ). Une réconciliation fut ensuite tentée entre Ziska et Sigismond ; mais l’Empereur ne voulut souscrire à aucune condition venant de ceux qu’il considérait comme des rebelles; il se dirigea sur Kuttenberg en dévastant tout ce qui se trouvait sur son passage , et , avant de partir, il enleva les statues d’or et d’argent de l'église métropolitaine de Prague, montrant ainsi qu’il était aussi bon Hussite que Ziska ; la seule différence qu'i I y eut en effet entre eu x , c'est que celui-ci brisait des saints de bois pour obéir à ses convictions religieuses, tandis que l'Empereur volait des statues de métaux précieux pour s’en approprier la valeur (juillet 1420).
YVissehrad ne tarda pas à se rendre; et il fut aussitôt question de choisir un autre roi. (Nicolas de Hussinetz combattit opiniâtrement ce projet; mais sa mort laissa bientôt le commandement en chef a Ziska, qui, jusque-là, avait servi sous sesordres. On en traalors eu néociation avec le roi de Pologne , Laislas Jagellou, et on lui offrit la couronne de Bohême ; mais il refusa ; d’ailleurs, chaque fois que la fortune se tournait du côté des adversaires des Hussites, Sigismond revenait ranimer les espérances de ses partisans. Les habitants de Kuttenberg lui étaiententièrementdévoués, etils traitaient avec une barbarie révoltante les Hussites qui tombaient entre leurs mains. Tantôt ils les faisaient périr dans les flammes, tantôt ils les jetaient dans les mines, où ils les laissaient mourir de misère et de faim. Les Hussi tes usaient de représailles. Ayantpris 6* Livraison. (Bohème.)
Kommotan dans le cercle de Saatz , ils en passèrent tous les habitants au fil de l’épée, et deux mille cinq cents cadavres encombrèrent les rues aecette ville. Une autre fois, ils brûlèrent, sur la place de Beraun, trente-sept prêtres catholiques. Les états s'assemblèrent plusieurs fois pour aviser aux moyens d’arrêter ces atrocités ; ils confièrent, dans une réunion qui eut lieu à Czaslau , le gouvernement de la Bohême à vingt personnes, qu'ils revêtirent de pouvoirs souverains; mais les partis s'inquiétaient peu de ces délibérations; et les villes étaient prises , reprises et saccagées sans que le gouvernement pût intervenir. Vers cette époque, Ziska perdit, au siège du château de Raab, l’œil qui lui restait; on pensait que cet accident l’éloignerait du théâtre de la guerre; mais il n’en fut rien : il continua au contraire à combattre avec plus de fureur encore et plus desuccèsqu’auparavant.
Une des armées les plus considérables que Sigismond eût mises en campagne se porta, parÉgra, sur le cercle de Saatz ; mais , à l’approche de Ziska , la terreur s’empara des Allemands, qui se débandèrent sans qu’il fût possible de les rallier. Plus tara , une autre armée, arrivant du côté de la Moravie, vint assiéger Ziska dans son camp, défendu, comme toujours, par des chariots. On croyait que c’en était fait du chef des Hussites; mais il parvint à se sauver au milieu de la nuit , sans avoir perdu un seul homme. Les armées en vinrent aux mains à Deutsahbrad ; et Ziska y eut encore l’avantage : sept drapeaux et cinq cents chariots chargés de butin furent le fruit de cette journée. Rien ne s’opposant plus alors à sa marche, il porta ses armes victorieuses jusqu’au cœur de l’Autriche.
Après le refus de Ladislas , les Bohèmes avaient offert la couronne à Korybut, son neveu. Ce prince vint en effet se faire couronner à Prague; mais son élection fut l’occasion d’un schisme politique entre les Hussites.
Ziska et ses partisans refusèrent de le reconnaître ; ceux de Prague le sou-
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tinrent; Ziska remporta sur eux plusieurs victoires signalées, et les força à se soumettre à ses ordres .'1423). On le considéra dès lors comme l’arbitre du sort de sa patrie ; Sigismond désespérant de triompher de lui par la force , entama des négociations , et lui offrit le gouvernement de la Bohême et le commandement de ses armées, avec le titre de vicaire général. Mais la mort enleva Ziska au milieu de ces négociations. Il périt, le 1 1 octobre 1424, de la peste qui ravageait son camp.
On lui érigea dans la cathédrale de Craslaw un tombeau magnifique, qui subsistait encore en 1625, lorsque Ferdinand II remporta surFrédéric V, que les Bohèmes avaient choisi pour roi, la balaiilede la montagne Blanche.
Ziska étaitde taille inoveuneet d’une constitution athlétique, il portait le costume des Slaves, et avait pour armes un sabre et une massue. Il
Eeuchait un peu en avant sa tète irgement développée ; il avaitla barbe noire , la bouche grande, le nez épais ; l’ensemble de sa ügure présentait l’empreinte des fatigues qu’il avait éprouvées. La nature vindicative et implacable de son âme se peignait dans ses traits; cependant il possédait des qualités héroïques, et il eût mérité d’étre placé au rang des plus grands hommes , s’il eût été accessible aux sentiments d'humanité et n'eût pas commandé dans une guerre civile. Quoi qu’il en soit, son nom est resté populaire en Bohême, où les jeunes gens racontaient encore avec orgueil, à la lin du siècle dernier, les grandes batailles que leurs ancêtres avaient gagnées contre les Allemands, sous le commandement de Jean Ziska.
Ferdinand Ier visitait un jour la cathédrale de Craslaw; il y vit une grande massue de fer suspendue près d’un tombeau, et demanda quel était le guerrier à qui avait appartenu cette arme redoutable. Personne n’osait répondre; enfin, un des assistants, plus hardi que les autres, prononça le noin de Ziska. Fil fi /s’écria l'Empereur, cette mauvaise béte, toute morte qu'elle est depuis cent ans,
fait encore peur aux vivants , et il se hâta de sorCr.
Procope le Grand et Procope le Petit se mirent après lui à la tête des Uussites. La fortune n'abandonna pas leur cause; la défaite d'Albert, uuc d’Autriche et gendre de Sigismond, en Moravie, et celle des Allemands à Bichanj ( lti juin 1426 ), où quinze mille d’entre eux perdirentia vie. prouvèrent que le fanatisme des sectaires, à défautdes talents de Ziska, suflisait pour leur assurer la victoire. L'expérience, toutefois , ne fut pas perdue pour les Allemands: ilscoinprirentledangeroù serait l'Empire, si les Hussites, demeurant unis, descendaient de leurs montagnes. En conséquence, trois corps d’armee envahirent la Bohême ; mais les Hussites n’eurent qu’à se montrer, et la terreur sembla prêter des ailes à leurs ennemis, tant leur fifite fut rapide.
Procope le Grand , marchant sur les traces de Ziska, fut partout vainqueur.
11 ruina là Saxe, la Misnie, le Brandebourg et In Lusace (1430). Un autre corps sejeta eu Franconieet en Bavière, et se porta jusque sous les murs de ftgtisbonne. Plus de cent villes furent saccagées. Le butin fut immense.
Cependant les états de l’Empire s’assemblèrent à Nuremberg, en 1430, et une croisade fut prêehée contre les Hussites; une armée de quatre-vingt-dix mille fantassins et de quarante mille cavaliers inonda les cercles de Pilsen, de Prechin,d'Ellbogen : elle était commandée par Frédéric , électeur de Brandebourg. Sous ses ordres étaient le cardinal Julien, les électeurs de Cologne et de Saxe, et les evêques de Bamberg et de Wurzbourg. Procope, qui u’avait que cinquante mille boulines d'infanterie et cinq mille de cavalerie, marcha à leur rencontre. A sa vue, les Allemands se mirent à fuir, et le cardinal eut toutes les peines du monde à les rallier à Hiesenherg. Ils s’y enfermèrent dans un cerdcde voitures; mais, quand ils virent avancer Procope, une terreur iiisurdlontable les saisi t de nouveau, ils abandonnèrent leur campet trois mille chariots pesamment charges. Douze inilled’entre eux
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demeurèrent sur la place , ou perdirent la vie en fuyant; le vainqueur ne cessa de les poursuivre que quand il fut fatigué de carnage, et il alla piller le Brandebuurg et la Saxe. L’Autriche, la Hongrie, la Moravie, la Silésie, le Brandebourg, la Franconie, la Bavière et la Saxe avaient éprouvé ce qu'il en coûtait pour se mesurer avec les Bohèmes : l’Allemagne entière tremblait au bruit de leurs armes. Le concile de Bâle résolut d'employer des moyens de conciliation
Four les faire rentrer dans le giron de Église. On convint que des négociateurs, députes de la Bohême et du concile . entreraient en couférence , d’abord à Égra, puis à Bâle. On discuta pendant deux ans avant de tomber d’accord ; et enfin un traité , connu dans l'histoire sous le nom de Coinpactata, fut conclu et approuvé, et l’on permit aux Hussites de recevoir la communion sous les deux espèces.
Les Bohèmes se réconcilièrent ainsi avec l’Eglise, et le pape Eugène les nomma ses enfants les plus chers. Les Taborites seuls rejetèrent tout accommodement , et les seigneurs bohèmes pré'oyant qu’il n’y aurait pour leur patrie aucune tranquillité tant que ces fanatiques existeraient , prirent eux-mêmes le parti de les exterminer. De son coté, Procope marcha contre la capitale, faisant un désert de tous les pays qu'il traversait. Il avait avec lui l’elite de l’armée ; dès qu’il fut instruit de l’approche des seigneurs, il lit dresser son camp à Lipan, entre Boemischbrad et Kaureim, et en face de celui que ses adversaires avaient établi à Krzib. Ses forces montaient à dix mille hommes de pied , mille chevaux et sept cents chariots ; celles des ennemis étaient à peu prés égales. Meinhart, qui les commandait, voulait livrer la batailledans la plaine. Il avança jusqu’au camp de Procope et se mit à fuir. LesTaborites, sortant aussitôt de leurs retranchements, le poursuivent; mais tout à coup Meinhart se retourne , le combat s’engage, et, après des prodiges de valeur, les Taborites sont
défaits. Procope voyant alors l’affaire oesesperée, se précipite au milieu des ennemis et meurt en héros; la plupart de ses compagnons partagèrent son sort ( 1434 ). Parmi les prisonniers, les uns furent brdles vifs, les autres faits esclaves, et la ville de Tabor, privée de ses défenseurs , ouvrit ses portes. Ainsi se trouvaient justifiées ces paroles de l’Empereur: » que les « Bohèmes ne pouvaient être vaincus « que par les Bohèmes ; » et telle fut la lin de cetteguerre où tant d’énergie, tant de talents avaient été dépensés par la Bohême à se déchirer elle-méiiie, quand elle eilt pu exciter l’admiration de I Europe en les employant dans un but utile.
Sigismond fut emiu reconnu , sous promesse d’accepter les articles sanctionnés par le concile, de maintenir les privilèges du royaume, de restituer les saintes images èt les bijoux de la couronne, de n’admettre aucun etranger, ni dans son conseil, ni dans les tribunaux, et, en cas d’absence, de ne confier le gouvernement qu’à des Bohèmes.
SIGISMOHD (1436-1437).
Sigismond était d’un âge très-avancé quand il commença son règne éphémère.
Son épouse Barbara, dans la prévision de la mort prochaine du roi, mit en jeu toutes sortes d’intrigues pour se préparer la voie des trônes de Bohème et de Hongrie. Elle sut associer à sa cause les principaux chefs des Hussites, tels que Lippa, Sternberg et George Podiehrad. Mais Sigismond s'aperçut de ses menées. S’étant rendu à Znaïm, afin d’embrasser, avant de mourir, sa fille Elisabeth, mariée au duc d’Autriche, il y fil arrêter la reine, et, par testament, désigna son gendre pour son successeur. Quelques jours après , il avait cessé de vivre (9 décembre 1437).