‹ États de la confédération germaniqueChapitre 104 sur 261 · ABA1UE9EENT DR LA BOHEME. TRAITÉ DE · texte numérisé non relu

ABA1UE9EENT DR LA BOHEME. TRAITÉ DE

CZASI.AU. OTTO R OR BR AHDEBOURU , RE- GRET. WENCESLAS (I A l'ÉthaNOFR.

LA REINE CUNEGONDE ET ZAWI5 DE ItO-

SENicEO (e 378- 1 383.)

Jamais la mort d’un prince n’eut des suites plus funestes pour son pays que n’en eut celle d’Ottocar pour la Bohême. Rodolphe paraissait vouloir poursuivre ses succès; il entra en Moravie, et campa sous les murs de Brimn , où il reçut l'hommage pour ce margraviat.

Les avis étaient partagés en Bohême sur les moyens de conserver l’unité du royaume. La reine Cunégonde voulait qu'on se jetât dans les bras du vainqueur et qu'on lui confiât la tutelle du jeune prince; son opinion prévalut. Rodolphe accepta les propositions qu’on lui fit. Mais les grands de Bohême se défiaient de la générosité de Rodolphe , qu’ils regardaient comme la cause de tous les malheurs du pays Sa présence semblait même leur en présager de nouveaux. Bien loin de les attirer à lui, il les irritait par le ton arrogant avec lequel il leur donnait ses ordres. Otton le Long, margrave de Brandebourg, qui prétendait aussi à la tutelle, vint se mettre à la tète des mécontents , qui prirent position près de l'Elbe , sur les hauteurs de Kolin. Rodolphe était à Czaslau, et un engagement paraissait inévitable, lorsqu’un traite fut conclu :1a tutelle fut conliee pour cinq ans à Otton, et l'on abandonna à Rodolphe la possession de la Moravie pendant le même laps de temps, comme dédommagement des frais de la guerre. Wenceslas U devait prendre pour épouse Gulha ou Judith, fille de l’Empereur, et Rodolphe, fils de ce dernier, devait épou-

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ser Agnes, saur de Wenceslas.

l.es fiançailles furent célébrées à Iglau par de grandes fêtes et de magnifiques tournois (décembre 1278).

Mais ce traité, qui devait être un gage de paix , fut une source de troubles pendant toute la tutelle d'Otton , qui enferma la reine et scs enfants au château de Busing, dans le cercle de Bunzlau , où il leur fit éprouver les traitements les plus inhumains. Sa conduite fut si odieuse qu'elle fit éclater une guerre civile. Les grands reconnurent alors la nécessité de serrer leurs rangs pour résister à ce prince étranger. Hvnek de Duba et Zawis de Rosenberg se distinguèrent parmi les ennemis d’Otton, et bientôt les choses en vinrent au point que Rodolphe crut devoir intervenir. Il partit à la tête de sestroupes, et arriva au centre de la Bohême avant que personne se doutât de son départ(novembre 1280). Toutefois, le palatin Louis ménagea un armistice, et les états furent convoqués. Le margrave fut obligé d'évacuer le pays, et d’en confier le gouvernement, pendant son absence, à deux Bohèmes, l'evêque Tobie et Diepold de Riesenbourg. Entre autres conventions , le

firinee Wenceslas devait être mis en iberté, et retourner à Prague, où son éducation devait être achevée sous les yeux de l'évêque; enfin on promettait au margrave quinze mille marcs d’argent d'indemnité. Mais un traité ne suffisait pas pour faire disparaître les traces de deux années d’anarchie.

Une cherté excessive des denrées amena une famine qui moissonna les hommes et les animaux pendant tout le cours de l’année 1281; puis survinrent des maladies contagieuses qui ne disparurent qu’en 1282, après avoir enleva six cent mille victimes. Ces calamités servirent de prétexte au régent pour ajourner l’élargissement du prince. Il l’emmena on ne sait où , hors de la Bohême, et laissa manquer de vêtements , durant ce voyage, le fils d’un des plus riches et des plus puissants monarques de l’Europe; mais Wenceslas supporta sa position avec une grau-

5* Livraison. (Bohème.)

deur d’âme digne du fils d’Ottocar II.

Cunégonde ne montra pas dans le malheur la même constance que son fils; elle eut la faiblesse de cher cher à recouvrer une liberté que Wenceslas ne pouvait partager. Elle parvint à s’évader , se retira à lîrünn , où elle fut à l’abri des persécutions, et de là, dans son château deGraetz, près de,Troppau.

Elle y eut de fréquentes entrevues avec Zawis de Rosenberg , qui avait si indignement trahi son époux. C'était le noble le plus distingué et le pluséclai~ ré , le chevalier le plus beau et le plus brave de son pays. Trouvère aimable, il avait auprès des dames une puissance de séduction qui ne rencontrait point d’obstacles. La reine, dont la conduite jusqu'alors avait été sans tacbe, ne put résister à tant de séductions; elle le nomma grand maître de sa cour et lui donna sa main.

WIHC1SI.A5 II (1283-1 3o5).

Enfin, en 1283, le jeune roi fut rendu à son peuple. Toute la population de Prague se porta à sa rencontre , à plusieurs milles de la ville. Aux yeux de tous, les évêques Tobiè et Burkhard étaient scs conseillers intimes; mais, tant que vécut son beau-père , il n’entreprit jamais rien sans le consulter.

Il ne pouvait confier ses intérêts à de meilleures mains, car il en était aimé comme un fils.

Wenceslas permit à sa mère de paraître à la cour avec Zawis de Rosenberg, et fit célébrer leur mariage avec de grandes solennités (128-1). Bientôt, le jeuie roi fléchit sous l’ascendant de sa mère et sous la supériorité de Zawis, qui devint tout-puissant. Il ne manquait à ce dernier que le titre de régent. Du reste, la Bohème ne pouvait u’y gagner, tant il dirigeait les affaires 'une main ferme et sûre; mais il ne fallait pas moins que son génie, pour qu'il prit se soutenir dans une position si difficile, au milieu d’ennemis intéressés à sa chute. Malheureusement pour Zawis, Cunégonde mourut en 1285. Le souvenir de sa trahison se révei 1 la alors dans le cœu r de Wences-

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las. Zawis méprisa les avertissements ui lui parvinrent sur le changement u roi à sou égard, et ne se retira dans ses terres que lorsqu’il vit la reine Guta arriver à Prague et y établir sa cour (1287). Plus tard, il épousa Jutta, sœur de Cunégoude; et un fils lui étant né , il pria le roi de venir dans son château assister au baptême Weneeslas accepta cette invitation ; mais ses courtisans prétendant qu'elle cachait un guet-apens, il fut convenu, dans une réunion intime, qu’on s’em-

Earerait du coupable. En conséquence, î roi fit prier Zawis de venir Im-mëine le chercher. Zawis, qui n’avait aucun soupçon, arriva avec, peu de monde, et fut reçu à bras ouverts; mais, au moment où il se disposait à sortir de la salle, on lui déclara qu’il était prisonnier du roi. «Vous ne dites pas, si je le veux,» répondit-il, et il tira son épee. Neuf chevaliers, qui avaient ordre de l’arrêter, ne purent s’emparer de lui. Enfin, ses forces étant épuisées, il tomba et on le garrotta , car on ne devait pas attenter a sa vie. On lui fit son procès, et il fut condamné à restituer les châteaux dont il était en possession. Il protesta énergiquement qu'il ne les rendrait pas qu’on ne lui eût payé les cinquante mille marcs qu'Ottocar avait donnés à son épouse, et que celle-ci avait légués à son fils Jessek. Il n'en fut pas moins privé de tous ses biens et jeté comme un criminel dans la Tour Blanche, au-dessus de la pnrte de Hradschin,où il resta dix huit mois. Son courage ne faiblit pas un seul instant. Il n'opposa que le mépris a ses geôliers, et charma ses ennuis en composant des poésies qui étaient encore dans la bourbe du peuple plusieurs siècles après sa mort. Ses châteaux, bien défendus par ses amis, étaient restes en son pouvoir; mais, d’après le conseil de Rodolphe, on le conduisit devant ceux dont on voulait faire le siégé, et on lit dire aux garnisons que sa vie serait le prix de leur soumission. Ce moven réussit. Enfin, on vint assiéger t’rnuenberg , près de Bu- -deveis. Les troupes royales étaient commandées par Nicoias, prince de

Troppau. Weneeslas arriva lui-méme au camp, pour accélérer les travaux du siège. La place était défendue ar Witek, frère de Zawis, à qui on t la même menace qu'aux autres. Il ne crut pas qu’elle serait exécutée, et il continua à se defendre. Alors le roi se retira, laissant à Nicolas le droit de faire de Zawis ce qu’il voudrait.

Le sort de ce malheureux, laissé à la discrétion d'un ennemi qui avait juré sa perte, fut bientôt décide; il fut immédiatement décapité (1290). Les chroniques ne disent pas ce que devinrent son enfant et son épouse. Quant à Jessek, fils de Cunégoude, il fut confié aux chevaliers teulomques et parvint parmi eux à un rang élevé.

En 1289, Rodolphe conféra solennellement a Weneeslas II l’investiture de lu Bohème, et lui rendit Égra, que son père avait été contraint de céder.

Dans cette entrevue, l’Empereur donna comme conseiller a son gendre , fort jeune encore, Arnold de Solm, évêque de Bamberg.

Le vaste royaume de Pologne avait été soumis durant le douzième et le treizième siècle à différents partages.

L’affaiblissement qui en était résulté explique l'attitude pacifique gardée par ce pays vis-à-vis de la Bohême , depuis la mort de Boleslas (1138).

Ottoear II avait déjà exercé une rande influence sur la Pologne ; son Is Weneeslas II y acquit des possessions importantes. Le duc Casimir d’Oppeln , avec l’assentiment de ses états , reconnut la suzeraineté de la Bohême (1189), dans l’espoir d’en obtenir des secours contre ses frères et ses cousins; et, a la mort de Lessek le Noir ( 1289 ) , Weneeslas se déclara duc de Cracovie, et Saiidomir en prit possession en son nom.

La mort de Bodolphe rendit plus sensible encore l’accroissement qu'avait ris la puissance du roi de Bohême. Son eau-frère, l’ambitieux ducd’Aulriche, aspirait à l’empire; Weneeslas, qui avait reçu île lui un affront sanglant dans une entrevue à Znnim, s’opposa par tous les moyens possibles à ce qu'il fût élu, bien que l'Empereur, en mourant,

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lui eût fait promettre de l’appuyer. Il associa à son opposition plusieurs princes de l’Empire, et leurs manœuvres forent conduites si habilement et dans un si grand secret, qu' Adolphe de Nassau fut élu le 5 mai I2<)2, nu grand désappointement d’Alhert qui , se croyant assuré de remporter , était déjà arrive jusqu'aux environs de Francfort, où les électeurs étaient assembles. Adolphe devait sa couronne à Wenceslas : la reconnaissance l’attacha a ce prince. Il fiança sou li s Rubre. ht a une fille du roi de Bohême, et celui-ci , comme garantie de la dot de cent mille marcs d’argent qu’il avança , reçut Chemnitz , Altenbourg et Zwickau.

Cependant les affaires d’Albert prenaient une tournure de plus en plus fâcheuse; ses sujets vinrent offrir le duché à Wenceslas. Guta , femme de ce prince, tremblant avec raison pour le sort de son frere. le supplia de demander à son éjioiix pardon de l'outrage qu’il lui avait fait , l’assurant que le roi était disposé à oublier ce qui s’était passé et à lui prêter son appui. Le duc céda à ces instances : ie malheur lui en faisait One loi. Il vint se jeter aux pieds de Wenceslas, et desarma sa colere, en jurant de le servir en bon et loyal vassal.

La sagesse avec laquelle régna Wenceslns ferma peu à peu les blessures que le pnvs avait reçues a la lin du règne precedent. La cérémonie de son couronnement eut lieu à Prague , le 1" juiu (207 , avec un luxe inouï. Il fut sa< ré par J’archevêquede Mayence.

La couronne était d’une richesse extraordinaire; on l’évalua à deux mille marcs d’argent; le bouclier et l’epee lurent estimes trois mille marcs; le manteau . quatre mille , et la vaisselle de la salle des princes, six mille. Mais parmi les objets précieux qui figuraient dans cette cérémonie, on admira surtout les anneaux , la ceinture et le chapeau du roi, qui étaient duri prix incalculable.

Ce couronnement fut comme un congres de l’Empire; quatre ilecteurs

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y assistaient. Le duc Albert, qui espérait toujours remonter sur le trône de son pere, y étala le plus grand lasle. Ses espérances n étaient pas sans fondement, les grands avai nt plus d mi sujet de mécontentement contre Ado plie. I,a leconcili dion d’Abertet de H cnceslns fit perdre au nouvel empereur sa principale force. On délibéra alors sur les moyens de lui arracher la couronne impérial. , pour la mettre sur la tête d Albert, et I on prit jour pour arrêter a Egra les mesures définitives. Adolphe prévint cette réunion, en taisant incarcérer l’archevêque Gerhard qui était l'âme de ces complots, t outefois il ne put empêcher rassemblée qui eut lieu à Vienne sous prétexte de célébrer les fiançailles du prmee royal de Bohême. A\'euceslas, avec Elisabeth, fille unique d'André roi de Hongrie. Wenceslas promit dè torts subsides et des troupes; André y ajouta sou contingent, et Albert se nm en campagne. Adolphe succomba es armes a la main près de Gellenbeun, en Sotiabe, le 2 juillet I2U8 , et Wenceslas eut , pour sa part des dépouilles, la Misnie, la Lusac* et le Pleisnerland. Ainsi, sans qu’il eût eu besoin de recourir aux armes, ses possessions s’étaient étendues au delà de l’Erzgebirge , et il était maître de presoue tout le pays qu’ou nomme tiujouril fini la Saxe.

André venait de mourir en Hongrie (N janvier làOl); avec lui s’etait éteinte la race des Arpades. Les états oflrirent la couronne a Wenceslas. Il la relusa et voulut la faire donner à son fils, âgé seulement de douze ans, et fiancé, connue nous l'avons déjà dit a la fille du roi défunt. La nation était pour lui; mais le souverain pontife Boniface VIII, le repoussait. Wenceslas lit tout ce qu'il put pour le fléchir ; n ayant pu y parvenir, il mit tout son espoir dans ses alliés. Mais son beau-frère Albert, qui lui avait tant d’obligations, oublia tout ce qu'il lui devait et embrassa le parti du pape. II exigea que Wenceslas Se soumit aux bulles du souverain pontife, qu’il abandonnât les royaumes de Pologne et dg

Hongrie, ainsi que les territoires de Cracovie , de Meissen et d'Égra , et lui livrât les mines d’argent de Kutenberg pour sis ans, s’il n’aimait mieux lui payer quatre-vingt mille marcs.

Vainement Wenceslas entama des néociations; Albert ne voulut rien raattre de ses prétentions. Wenceslas laissa alors le soin de défendre son pays au margrave Hermann de Brandebourg, et courut au secours de la Hongrie, où son fils ne pouvait tenir contre son adversaire Carobert ou Charles-Rolrert.

Les hostilités contre la Rohéme ne commencèrent que dans l'automne de 1304. Ce pays fut envahi à la fois par deux armées, l’une, venant de Hongrie , sous les ordres du duc Rodolphe d’Autriche, l’autre, commandée par Albert en personne , et qui venait du côté de Ratisbonne. Le roi des Romains assiégea Kuttenberg. La garnison était commandée par deux braves officiers , Henri de Lipa et Jean de Straz, résolus , ainsi que tous les habitants , à périr les armes à la main, plutôt que de se rendre. Us parvinrent a repousser les assiégeants , qui se retirèrent à l’approche des Bohèmes.

Albert chercha alors à son tour à entrer en pourparler; mais Wenceslas ne voulut rien entendre. Le roi de Bohême faisait ses préparatifs pour une nouvelle campagne, lorsque la mort l’enleva le 21 juin (303.

Wenceslas avait le cceur bon, mais le caractère irascible; sa constitution était délicate, et les malheurs qu’il avait éprouvés dans sa jeunesse avaient assombri son humeur et lui avaient ap-

f>ris à dissimuler sa haine. Il aimait es femmes avec excès, et l’abus qu’il fit des plaisirs le rendit timide au point d’en être ridicule. A l’approche d’un orage, il se cachait dans une châsse où étaient renfermées des reliques, et il tombait en défaillance à la vue d’un chat. Sa première épousé, Guta ou Judith, fille de Rodolphe de Habsbourg, mourut six jours après son couronnement ; il épousa , en secondes noces, Élisabeth , fille de Premyslas II, roi de Pologne.

wtwctsLAS in (i3o5-i3oG).

Quand le jeune Wenceslas prit les rênes du gouvernement , personne ne pouvait prévoir les dangers qui menaçaient l’ancienne race des Premyslides.

Déjà cependant, depuis un demi-siècle, l’existence de cette maison était attachée à la vie d’un seul homme.

Mais une prophétie, qui lui avait annoncé une durée éternelle , avait plongé le peuple et les rois dans une funeste sécurité.

Wenceslas n’avait que seize ans; sa constitution était robuste, sa beauté remarquable, et il possédait au plus haut degré les qualités du cœur et de l’esprit : tout semblait lui promettre un régne heureux. Pénétré des conseils que son père lui avait donnés à son lit de mort, il conclut la paix avec Albert : la Bohême abandonna la Misnie, qui échut à Jean, comte de Habsbourg, et Albert annula la sentence prononcée contre Wenceslas IL La facilité avec laquelle Wenceslas III avait cède le margraviat de Misnie indisposa les esprits en Bohème ;ee fut bien pis, lorsqu’il eut remis la couronne de Hongrie à Ottou de Bavière , et rompu les liens qui l'attachaient à la princesse Élisabeth ; les uns virent dans cette conduite l'influence de mauvais conseils, les autres l’indice d’une légèreté qui pouvait être fatale à la chose publique.

Le 3 octobre, Wenceslas III épousa Viola, princesse de Teschen, fille du duc Messek , dont le pouvoir était aussi borné que ses possessions étaient peu étendues. Viola était la plus belle femme du royaume; mais ses charmes ne purent modérer le penchant effréné du jeune roi de Bohême pour les plaisirs, et ses consuls ne l’empéchèrent pas de tomber de faute en faute.

Les nuits comme les jours se passaient pour lui dans les jeux, les festins et les débauches. L’anniversaire de la mort de son père étant arrivé, il alla prier sur son tombeau, au couvent de kônigssal. L'abbé Conrad, qui avait été l'ami intime du feu roi, saisit evtte occasion pour lui faire envisager les

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suites de 6a conduite, et lui représenter combien peu elle répondait à la dignité de son rang et à la gloire de ses ancêtres. Wenceslas parut attendri; depuis lors on le vit souvent pensif, et il chercha même à éviter ceux qui l'avaient entraîné jusque-là dans une route funeste.

Les succès de Wladislas Lokietek en Pologne vinrent alors le réveiller de son apathie. Le duc Nicolas de.

Troppau , gouverneur de Cracovie, et Henri de Lippa , gouverneur de la Grande Pologne, lui déclarèrent que, sans le secours de la Bohême, il leur était impossible de détendre les provinces qui leur étaient confiées. Les états décrétèrent une levée en niasse; les troupes devaient se concentrer à Olmutz. Le roi s’y rendit en personne, et descendit chez le doyen du chapitre. On était au milieu de l’été ; il faisait une chaleur étouffante ; apres le dîner , Wenceslas se débarrassa de ses vêtements, et entra dans une galerie ouverte pour y prendre l’air. A peine y avait-il fait quelques pas, qu’il tomba frappé de trois coups de poignard. Les gardes accoururent au bruit, et apercevant un homme armé d'un poignard ensanglanté, ils se jetèrent sur lui elle massacrèrent, de sorte que la cause de cet abominablealtentat resta couverte d’un voile impénétrable. Tout ce qu’on put découvrir, c’est que le meurtrier était de la Thuringe, et qu’il s’appelait Conrad de Potenstein. Ainsi finit l’antique dynastie des Premyslides , après avoir donné à la Bohême vingt-trois ducs et sept rois, depuis 722 jusqu'à I30G.

RODOI.FHE l'r (|3o6-i3<>7).

Après la mort de Wenceslas III l’assemblée des états de Bohême appela au trône Rodolphe, fils de l’empereur Albert. Le parti autrichien triompha, malgré les trois princesses, sœurs de Wenceslas , Anne , épouse de Henri de Carinthie , Marguerite et Élisabeth, mariée plus tard a Jean de Luxembourg, qui se mirent sur les rangs, en priant les députésde ne point oublier qu’elles étaient de la race qui, durant tant de siècles , avait régné

sur la Bohême. Rodolphe avait choisi pour épouse Élisabeth, belle-mère de Wenceslas III , et veuve de Wenceslas IL C’était un prince modéré, et il edt pu faire le bonheur de ses sujets s’il ne se filt laissé aller aux conseils violents de son père. Bientôt il s’attira l’inimitié du peuple, et mécontenta le clergé, en dépouillant les églises et en per>écutant l’évêque Jean, qui s'était opposé à son élection. Une foule de seigneurs se déclarèrent alors contre lui, et se renfermèrent dans leurs châteaux. Il marcha contre eux, mit le s'ége devant Horazdiowitz, qui fut défendu courageusement par Baxvor de Straz; et fut atteint d’une dyssenterie à laquelle il succomba, après un règne de moins d’un an.

HEÎCRI DR CARIÏTTB [K (l307*l3ll).

La conduite de Rodolphe avait indisposé les Bohèmes contre la maison d’Autriche ; le parti national réunit tous ses efforts pour écarter cette maison du trône apres la mort de Rodolphe, et pour y taire monter le duc de Carinthie; mais de son côté le parti autrichien mit tout en œuvre pour s’opposer à l’élection de ce prmee.

Thobius de Bechiua avait proposé le prince Frédéric, second fils de l’Empereur. L’opposition qu’il rencontra lui fit tenir d’imprudents propos.

« Il faut, dit-il avec un sourire insul- « tant, aller au village de Staditz, d’où « est sortie votre ancienne dynastie, « chercher un paysan et l’asseoir sur « le trône. » Ces paroles lui coûtèrent la vie, à lui et à deux de ses amis, et Henri fut élu. Un pareil échec révolta l’orgueil d’Albert. Les armes lui parurent le meilleur moyen de le réparer, et il pénétra en Bohême par Egra , pendant que son fils envahissait la Moravie. Les deux armées se réunireut entre Kollin et Kuttenberg, et elles commencèrent le siège de cette dernière ville. Tandis que les assiégés, se défendant avec vigueur, faisaient traîner le siège en longueur, le nouveau roi se, tenait tranquille à Prague, comme s’il eût été étranger à ce qui se passait. Cependant plusieurs grands, entre autres ie célèbre Henri de Lippa,

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se mirent en campagne et harcelèrent les Autrichiens. A la fin , ceux-ci , épuisés de fatigue, effectuèrent leur retraite, après avoir mis des garnisons à Kernigsgrn tz, à Chriidiin et à Jaromir. L'intention d'Alhert était de revenir avec des forces plus considérables, et il se rendit en Souabe, afin de s'y préparer; mais il y fut assassiné de la main de son propre neveu, Jean d’Autriche ( 1 30») (*). Cet événement décida les Autrichiens à évacuer entièrement la Bohème.

Henri , qui n’avait donné aucun sujet de plainte tant que les ennemis occupaient ses Etats, et étaient près de s’emparer de sa couronne, s'abandonna à ses passions désordonnées, dès qu'ils eurent quitté le pays. Il lit mettre à mort une partie de ceux qui avaient appartenu au parti autrichien, et jeter le reste dans des cachots. Il n’adiuit aux places importantes que ses compatriotes. Tout l'argent qu'on put extraire des mines de Kuttenberg lut envoyé en Uarinthie. Les vases sacres des églises reçurent la même destination ; enfin, son avarice n’étant

fias encore ainsi assouvie , il accabla e peuple d'impôts Irrite des murmures qui se firent alors entendre, il convoqua l'assemblée des états , mais à peine étaient-ils réunis, qu'il fit décapiter les principaux membres et emprisonner les autres.

Ces violences firent éclater une révolte, qui ne put être comprimée ni par les troufies que Henri appela de Cariuihie, ni par celles qui lui vinrent de la Misnie. Elisabeth, belle-sœur de Henri et soeur de Wenreslas III, était alors a Prague; « lie pleurait les malheurs de sa patrie, et cette noble douleur irritait Henri. Il voulut lui faire épouser Hei kn , baron bohème; elle refusa énergiquement un parti indigne du sang dont elle était sortie, et menaça son beau-frere d'opposer à la violence , s’il tentait de l’employer, toute la force d'âme dont elle était capable. Henri la fit enfermer dans une tour de Wissehrad; ce fut le signal du soulèvement : les grands

(*) Voyez Ai.i.tja acïne , t. I.

jurèrent de renverser le tvran ; un serviteur fidèle, Béranger, chapelain de Wenceslas, fit evader Elisabeth , qui s’enfuit avec lui et une dame de la cour, à Nimbourg, sur rKlbe{retcle de BunzIauJ.La, les grands vinrent se réunir autour d'elle et lui servir de lempart. b ville était forte et la princesse courageuse; elle avait déjà résolu de chasser son lieau-lrere de la Bohême. Des envoyés furent dépêches à l'empereur Henri VII de la famille de Luxembourg, pour offrir à son fils la couronne et la main de la princesse. La réponse fut telle qu'on le desirait. Mais il s'écoula encore deux ans avant que les noces se célébrassent à Spire. Élisabeth avait dix-huit ans, une taille admirable, et une grande fraîcheur. Jean, quoiqu’il n’eüt que quatorze ans, paraissait plus âgé qu'elle. L'Empereur, en présence des états de l’Empire, lui conféra la dignité de roi, et prononça la déchéance de Henri.

Sur la fin de l'automne (1310), Jean passa en Bohême a la tête de trois mille hommes. Lorsqu'il fut parvenu à Budin, Jean, archevêque de Prague, vint, avec ses vas-aux , lui faire sa soumission ; les Bohèmes accoururent en foule au-devant de lui. Les habitants de Prague lui ouvrirent les portes de leur ville : mais Bradsrhin tenait toiijouis pour Henri.

Cependant lorsque ce dernier vit Jean de Luxembourg faire ses préparatifs pour livrer l'assaut , il se sauva avec son épouse Anne, à la laveur de la nuit et se retira dans son pays. La délivrance de la Bohême avait ctè chèrement achetée. Les auxiliaires que Henri avait fait vemr de Misnie et de Cariuihie avaient plutôt songé au pillage qu'à défendre sa cause. - Couvents, églises, palais, rien n’avait été a l'abri de leurs rapines, et pendant deux ans Prague ressembla bien plutôt à une caverne de brigands qu’a la résidence d'un roi.

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