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SIÈGE DE BERNE

Rodolphe avait à ceeur d’étendre en-, core son influence en Suisse. Il résolut de s’emparer de Berne, dont les habitants, lorsqu’il avait porté la guerre chez le comte de Savoie, ne l’avaient servi qu’avec répugnance, et s’étalent trouves quelquefois dans les rangs de

L’UNIVERS

ses ennemis : il en était profondément irrité, et n’attendait qu’un préteste pour les châtier. Les juifs, à cette époque, faisaient un commerce considérable en Allemagne et en Italie. 11 est assez remarquable que, malgré le mépris dont les chrétiens se croyaient en droit de les abreuver, ils jouissaient d’une prérogative que toutes les villes et tous les seigneurs recherchaient avec empressement, celle de relever immédiatement de l’empire :

ils avaient ainsi sur la moitié des chrétiens de ce temps l’avantage de naître libres. Quelq ues juifs avaient été accusés à Berne d’avoir fait mourir un enfant; ceux qui avouèrent dans les tortures le crime qu’on leur imputait furent suppliciés, et le conseil bannit de la ville, à perpétuité, tous les individus de la même religion. Le roi des Romains , qui ne cherchait qu’une occasion d’humilier les Bernois, s'empara de celle-ci (1288), cassa l’arrêt du conseil et condamna la ville à une forte amende. Mais les Bernois n’eurent aucun égard à cette décision, laquelle fut bientôt suivie d’une seconde , qui leur enlevait toutes leurs franchises, et qui ne fut pas plus respectée que la première. Le roi des Romains vint alors à la tête de trente mille hommes mettre le siège devant Berne, et essaya inutilement de s'en emparer. L’Aar, qui l’entoure presque de tous côtes, ses murailles et surtout la valeur de ses citoyens, la défendirent si bien , que Rodolphe , qui avait anéanti le redoutable Ottocar, et humilié l’orgueil des puissantes maisons de Bourgogne et de Savoie , fut contraint dé céder à la fermeté d’une république naissante.

KODOLFnE FRRFARI LA GRANDEUR DI SA MAI SOIT FAR DIS ALLIANCES.

Rodolphe renonçant à de nouvelles tentatives contre une ville qui défendait ses droits avec tant d'héroïsme, accourut en Bohême délivrer le jeune roi Venceslas , que Othon de Brandebourg retenait captif dans une forteresse; et comme l’art de contracter

des alliances fut toujours un des principaux moyens que Rodolphe sut habilement employer pour l’établissement de sa maison, il donna sa cinquième fille, Judith, à Venceslas, à qui il restitua la Moravie. De ce mariage dérivèrent les prétentions des successeurs de Rodolphe à la couronne de Bohême.

Une autre fille de l’empereur épousa Charles Martel, fils de Charles II, roi de Naples, et de Marie, soeur de Ladislas III, roi de Hongrie. Ce mariage prépara les événements qui mirent la Hongrie sous le gouvernement des princes autrichiens. La Hongrie, continuellement en proie aux factions civiles, ou victime des déprédations de ses souverains , ne pouvait acquérir la force à laquelle la nature l'avait destinée. Ladislas III , qui s’était aliéné par ses vices le cœur de ses sujets , périt misérablement après avoir fait assassiner son frère , André d’Esclavonie. Comme ce roi ne laissait pas de postérité mâle , sa couronne fut disputée par André, dit le Vénitien, par Charles Martel et par Rodolphe, qui, considérant ce royaume comme fief de l’empire, en conféra l’investiture à Albert d’Autriche son fils. Mais André , ayant pour lui le vœu et l’appui de la nation, contraignit Rodolphe et Albert à se désister de leurs prétentions.

MORT DK RODOLPHE.

Pliant alors sous le poids de l’âge, Rodolphe convoqua en mai 1291 une diète à Francfort , dans l’espoir qu’elle transmettrait la dignité impériale à Albert, le seul fils qui lui restât. Mais son espérance fut déçue , et il en ressentit une douleur profonde, qu’il tenta de dissiper en voyageant dans ses États héréditaires. Il s'e disposait à se rendre en Autriche; mais les médecins l’invitant à prendre du repos , Rodolphe, comme s’il présageait son sort, leur dit : a Laissez - moi aller à Spire, visiter les monarques mes prédécesseurs. » Il descendit le Rhin; mais il ne lui fut pas possible de passer Germesheim. Il mourut le 15 janvier 1291, daus la soixante-quatrième anuée de

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son âge. Son corps fut transporté à Spire, et déposé dans le tombeau des empereurs.

portrait de Rodolphe.

Rodolphe , dit un annaliste contemporain, avait sept pieds de haut, la taille déliée, la tête petite, le nez grand et aquilin, le visage pâle; il était presque chauve. Dans ce siècle de rudesse féodale, de mœurs grossières et de discordes civiles, il se fit remarquer par une âme bienveillante, un esprit éclairé, des manières pleines de grâce et d’affabilité. Des soldats, un jour, écartaient de lui des pauvres : ■ Laissez-les appro- «cher, dit-il , je n’ai pas été nommé « chef de l’empire pour être séquestré « du reste des hommes. » Il était sim-

file en ses vêtements , et avait une reigion éclairée. Un jour, étant à la chasse, il rencontra sur son passage un prêtre, qui portait le viatique. Le chemin était bourbeux. L’empereur mit pied à terre, et donna son cheval au prêtre en disant qu’il lui siérait mal de s’en servir, tandis que celui qui portait le corps de Jésus-Christ serait à pied. En même temps, il ex-

Ëiima sa gratitude et son amour envers lieu, qui l’avait tiré du chaume de ses ancêtres pour le placer sur le trône de l'empire. Élevé dans les camps , il fut un belliqueux et habile capitaine.

La dignité impériale avait été avilie; les efforts et la sagesse de Rodolphe lui rendirent son éclat. Brave , prudent , politique , versé dans les affaires , jaloux de la distribution de la justice , il ne recula devant aucun moyen pour maintenir la paix et la sûreté publiques. Enfin , dit l’historien de la maison d’Autriche , si l’on examine la situation où était l’Allemagne, lorsqu’il monta sur le trône impérial , et celle où il laissa cette vaste contrée ; si l’on oppose ses actions à la faiblesse de ses moyens ; si l’on considère sa rare prudence, son habileté, son ardeur pour la gloire des armes , et cependant son amour pour la paix, sa modération dans la prospérité , sa constance dans l’infortune , scs talents dans l’art

de gouverner, et enfin les qualités aimables qui le distinguaient comme homme, on doit compter Rodolphe au nombre des meilleurs et des plus grands princes qui aient porté la couronne.

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(ia8a-i3o8.)

A la mort de Rodolphe , Albert, qui avait hérité des qualités belliqueuses de son père, mais non de ses principes d’équité et de justice générale , vit se soulever contre lui ses États héréditaires, l’Autriche et la Styric, qu’il avait déjà gouvernées avec le plus violent despotisme du vivant même de Rodolphe. A l’aide de renforts puissants tirés de Souabe et d’Alsace, il parvint à étouffer cette révolte, et aans son ressentiment, ayant forcé les insurgés à venir pieds et tête nus , lui livrer leurs chartes et leurs diplômes , il mit en pièces devant eux ces frêles monuments de leurs libertés, franchises et coutumes.

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