CONQUETE DE 1.4 HONGRIE PAR DES MA- GYARES
Le peuple magyare, originaire du nord-ouest de l’Asie, fut poussé de bonne heure, comme tous les nomades de l’Asie, à se jeter sur l’Europe. Dès le cinquième siècle il habitait vers les sources du Volga ; au huitième siècle on le trouve sur les rives du Palus-Maæotis, dans la Lébédie. Les Magyares furent attaqués dans ce pays par les Petchénègues et obligés de le quitter en 834. Sous la conduite de leur roi Almus, ils traversèrent la Russie, malgré la résistance que leur opposèrent les habitants de cette vaste contrée, et en 889 ils atteignirent la haute Hongrie, où ils sefixèrent.
Là , le vieil Almus céda le pouvoir à son fils Arpad, sous le gouvernement duquel les Magyares achevèrent de se fixer dans toute la Hongrie actuelle. Les Magyares effrayèrent l'Europe par leur réputation de cruauté et de violence; les contes que l'on débitait sur leur usage de manger la chair et de boire le sang de leurs ennemis, jetèrent une terreur profonde dans les esprits.
Comme ils étaient venus des extrémités septentrionales de l’Asie , il se répandit un bruit que les Magyares étaient les peuples de Gog et Magog, qui , suivant l’Apocalypse, doivent venir à la fin du monde. Les effroyables ravages qu’exercèrent les Magyares dans toute l’Europe qu’ils envahirent pendant un demi-siècle n'étaient pas
HONGRIE
dénaturé échanger l'opinion populaire, et ces invasions , jointes à celles des Arabes et des Normands, durent contribuer à affermir les esprits dans la croyance que le moude allait finir en l’an mil.
invasions dis hongrois en Europe.
Le désordre qui existait alors dans tous les États de l'Europe occidentale explique comment ont pu s’accomplir, pendant plus de soixante ans, les ravages que nous allons décrire (*). En 892, l’empereur d’Allemagne, Arnoulf, incapable de soumettre les Moraves sans cesse révoltés contre lui, appela à son aide les Magyares, et battit les Moraves.
Après cette victoire, Arpad conquit les pays appelés aujourd'hui le cercle au delà de la Theiss (892), le cercle au delà du Danube (893), le cercle en deçà de ce fleuve (895), l’Esclavonie, la Dalmatie, la Croatie, et fixa sa résidence à Albe-Royale. Arnoulf eut l’imprudence de laisser les Magyares, ou Hongrois, comme on les appelait (de ungern, étrangers), détruire les retranchements que Charlemagne avait élevés sur les rives du Raab pourdéfendre PAIIemagnecontre les invasions des barbares. La mort d Arnoulf et l’avénement de Louis l'Enfant donnèrent aux Hongrois toute facilité pour envahir l’empire d’Allemagne.
Ce fut en 899 que les Hongrois commencèrent leurs invasions. Ils attaquèrent d’abord l’Italie et parvinrent jusqu’à Nonentule; l’année suivante ils se jetèrent encore sur l’Italie, mais les Lombards les forcèrent, par une victoire signalée, à se retirer. Pour se dédommager, ils allèrent ravager la Moravie et la Bavière.
(*) Pour ceHe partie de l'histoire de la Hongrie, nom avons eu fréquemment recoure à l’ouvrage de M. h. Dusiieux , intitulé : Essai historique sur les invasions Aes Hongrois en Europe et spécialement en France , i vol. iu -8°, i93g. Ce travail, remarquable sous plus d’un rapport, a été couronné par l'Institut.
Les Hongrois ne se rebutèrent pas; ils retournèrent en Italie en 901 , et malgré tous les obstacles qu’ils purent rencontrer, ils pillèrent Padoue, Vérone, Milan, Pavie; enfin le roi Bérenger vint les repousser, les battit et les força à la retraite. De là, ils passèrent en Bavière, détruisirent, sur le Lech , l’armée rassemblée pour les combattre, et dévastèrent l’Allemagne méridionale tout entière. L’empereur Louis , pour obtenir leur retraite, leur donna de grandes sommes d’argent, et leur promit un tribut annuel ; ce qui ne les empêcha pas de se jeter sur la Bavière l’année suivante (902).
En 903, 905, et 906, l’Italie fut encore envahie. On les retrouve en 906, ravageant la Saxe et la Moravie ; et , en 907, la Bavière et la Bulgarie.
Arpad mourut en 907; son (ils Zoltan lui succéda; sous le commandement de ce chef les Hongrois restèrent aussi barbares que sous Arpad , etcoutinuèrent cette série de déprédations qui accumulaient chez eux d’immenses richesses en troupeaux, en esclaves et en matières précieuses.
En 908 , ils envahirent la Saxe et la Thuringe; en 909, la Souabe et la Franconie; en 910, la Bavière, la Souabe et la Franconie; de là, ils se dirigèrent sur la France. La I.orraine fut dévastée; ses monastères, ses églises furent pillés; puis la horde revint chez elle en traversant l'Italie.
C’est à peine si on peut suivre ces courses si rapides; en 911, en 912, en 913, en 915, en 917, ils ravagent l’Allemagne, malgré le tribut que les empereurs leur pavaient : en 917 , ils reviennent en France; en 919, en Allemagne; en 920, en Italie; en 922, en Saxe et en France; en 923, en Italie et en France, où ils furent taillés en pièces par le comte de Toulouse; en 925 , ils se jetèrent sur l’Italie , l'Allemagne et ia Suisse, où ils pillèrent le riche monastère de Saint-Gall.
En 926 , les Hongrois envoyèrent demander à l’empereur Henri le tribut auquel ses prédécesseurs s’étaient soumis. Henri refusa, et aussitôt la Saxe
L’UNIVERS
fut envahie. L’Empereur n’osant faire combattre son armée, composée de soldats peu aguerris, se renferma dans ses places fortes. Il eut le bonheur de faire prisonnier un chef important qu’il ne rendit qu’à la condition qu’une trêve de neuf ans serait conclue.
« Après ce traité, les Hongrois quittèrent la Saxe, s’emparèrent de l’Autriche, ravagèrent la Franconie et la Souabe, et passèrent le Rhin; pillèrent Bille , dévastèrent le Brisgau et le diocèse de Verdun. Ils incendièrent les villes et les villages, tuèrent les habitants ou les emmenèrent en esclavage, entrèrent enfin dans Verdun , prirent le palais épiscopal à l’improviste, et v brûlèrent tous les documents relatifs à l'histoire et aux privilèges des églises. Ils s’avancèrent ensuite jusqu’à Vouzy, à dix lieues de Reims , détruisant tout sur leur passage. Les habitants du diocèse effrayés se hâtèrent de retirer de leurs tombeaux le corps du bienheureux saint Remi et ceux de quelques autres saints, pour les transférer à Reims. La horde n’attaqua pas cette ville. La terreur y fut telle néanmoins, que les habitants virent la lune couleur de feu et des armees de feu se battre dans le ciel. Une peste horrible qui suivit, mit le comble aux calamités de cette année.
« Cependant le roi de France, Raoul , occupé à faire la guerre à Guillaume Tete d’Étoupes, duc d’Aquitaine , se hâta de quitter ce duché pour venir forcer les Hongrois à abandonner la Champagne. En effet, ils battirent en retraite, effrayés de l’arrivée du roi et de son armée , mais riches de prisonniers et de butin.
« En paix avec l'Allemagne , la F'rance ravagée, restait l'Italie a piller ; aussi cette contrée fut-elle envahie.
En 928, les Hongrois pénétrèrent jusqu’en Apulie. L'histoire, pendant les trois années suivantes , ne mentionne aucune invasion; mais, en 932, les Hongrois recommencèrent à pdler. Ils avaient probablement épuisé leur butin, et il fallait le renouveler. Fideles observateurs du traité conclu avec l’Empereur, ils respectèrent l’Allema-
gne , et ne croyant pas violer la trêve, ils vinrent attaquer les Soiabes, alliés de Henri. Mais celui-ci , soit pour venir au secours de ses alliés, soit pour empêcher les Hongrois d’entrer en Saxe, s’ils venaient à rompre la trêve, marcha contre eux avec une puissante armée, les battit et en fit un grand nombre prisonniers. La guerre étant aussi rallumée, les Hongrois envoyèrent réclamer le tribut à Henri ; l’Empereur donna à leurs députés un chien galeux , sans queue et sans oreilles.
<• Cette rodomontade n’eût été que ridicule si Henri n’eût pris à l’avance toutes ses précautions pour soutenir la lutte. Pendant la trêve il avait établi plusieurs margraviats : celui de Misnie, fondé en 929, était spécialement destiné à former une barrière contre les Hongrois. Il avait ordonné que dans toute l’étendue de ses États l’ainéde chaque famille prendrait les armes, et prélèverait sur son héritage une somme nécessaire à. son équipement. Il rassembla ainsi une nombreuse armée et l’exerça en la faisant combattre contre les Slaves. Il accorda la paye fixe à chaque soldat; mais il leur déclara qu’ils ne. seraient point licenciés à l’approche de l’hiver, et qu’ils resteraient sous les armes dans leurs
?uartiers, afin de veiller à la sûreté des routières. Il fit aussi construire, dans la Westphalie, un immense retranchement, dont les vestiges subsistent encore sous le nom de Hunengrece. Il entoura les villes de remparts, et jeta les fondements de plusieurs places qui sont devenues depuis des villes florissantes.Il les offrait comme asile aux habitants de la campagne , lorsque les Hongrois viendraient la dévaster. Il força la neuvième partie des hommes libres à fixer leur séjour dans ces enceintes, dicta des lois pour la police de ces villes, accorda aux habitants d’importants privilèges et régla le partagede l’autorité municipale. Ces soins politiques ne lui faisaient point négliger les soins militaires. Il exerçait ses troupes, leur apprenait à charger avec
firomptitude, à soutenir avec fermeté e choc de l’ennemi , à se déployer et à
HONGRIE
se resserrer sans désordre. Il maintenait une discipline sévère dans son camp.
« Les Hongrois entrèrent en Saxe avec une nombreuse armée, jurant de venger l'outrage qui leur avait été fait. Ils ravagèrent la Moravie et le nord de la Bohême, dont le duc Winceslas I", avait fait alliance avec l’Empereur, et pénétrèrenten Thuringeoù ils assiégèrent la forteresse d’Iechebourg, et là, partageant leur armée en deux parties, ils en dirigèrent une sur la Westphalie. Mais Henri, aidé des Saxons et des Thuringiens, détruisit cette bande.
L’autre assiégea Mersebourg.
«L’Empereur alla bravement l’attauer et lui livra bataille sous les murs e ce château. Les Hongrois furent écrases , et 40,000 d’entre eux restèrent sur le champ de bataille. Henri ordonna qu’on représentât eu peinture ce mémorable événement , dans le réfectoire de l’abbaye. On célèbre encore chaque année, sur le lieu du combat, une fête commémorative de cette victoire.
« Après la bataille, Henri chassa les Hongrois de l’Autriche, et rétablit le margraviat que Charlemagne avait jadis fondé dans cette province (*). »
Découragés , les Hongrois se jetèrent sur l’empire d’Orient, et le ravagèrent en 934. L’empereur fut obligé de payer leur retraite. Cette même année, on les trouve encore en Itaie.
« En 935, les Hongrois se répandirent dans la Bourgogne et la désolèrent par le pillage, le meurtre et l’incendie; ils dévastèrent probablement la ville de Dole; mais cette invasion ne fut pas de longue durée : le roi Rodolphe arrivait suivi d’une armée imposante. Ils se dirigèrent alors sur l'Italie, et, chemin faisant, ils détruisirent les abbayes de Saint- Pierre et de Saint - Marcel , à Châlou - sur - Saône, celles de Tournus, de Savigny, de l’ile Barbe, près de Lyon. Ils ne purent entrer dans cette dernière ville, carie comte Guillaume se tenait sur ses gardes; mais Dieu
(*) L. Duuieux, ouvrage cité, p. 4a.
9* Livraison. (Hongbie.)
sait quels ravages ils firent dans le pays. Ils détruisirent notamment la riche abbaye d’Ainay. Enfin ils quittèrent la France, après' avoir dévasté l’abbaye de Saint-Atnand à Nantua (*). a
En quittant la France, les Hongrois entrèrent en Italie et étendirent leurs dégâts jusqu’à Capoue.
L’année suivante, ils voulurent ravager l’Allemagne, mais l’empereur Otton les battit. Chassés d’Allemagne, ils revinrent en France en 937 ; la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne, l’Aquitaine, puis la Franche-Comté, la Suisse et ritaiie furent dévastées sans obstacles. Le désordre et l’absence de toute administration étaient tels, que nulle part on n’essaya de résister à ce torrent dévastateur.
« A tant de malheurs qu'opposaiton ? De la patience et des récits de miracles. Les chroniques de l’époque sont remplies de ces naïves narrations.
Les Hongrois n’avaient pu brûler, disait-on, les murs de l’église de Saint- Maire. Dans l’église de Saint-Basle, un de ces barbares, s’efforçant de monter sur l'autel et y appuyant sa main, elle s’attacha aux pierres , sans qu’il pût l’en séparer : alors ses compagnons coupèrent la pierre autour de sa main, et le païen fut obligé de la porter ainsi. A Orbay, église de la Brie, jamais ils ne purent couper la chair d’un moine en le frappant de leurs glaives.
Exposé nu à leurs flèches, le patient ne fut point blessé; les traits rebondissaient sur son corps comme sur un diamant, sans laisser de traces. On racontait aussi qu’en 916, les Hongrois entrèrent à Brême, sous l’épiscopat de Reinward, qu’ils brûlèrent les églises, tuèrent les prêtres , brisèrent les croix et jouèrent avec leurs débris. Mais Dieu , dont la passion était ainsi insultée , ne laissa pas les païens se retirer impunément. Des toits a demi brûlés des églises sortirent des mouches qui, tourbillonnant autour de la figure et des veux des Hongrois, les forcèrent à s’enfuir en désordre : les uns se jetèrent dans le Weser, et les autres tom*
(*) Ibid., p. 4L
>gle
iitized
L’UNIVERS
bèrent aux mains des Brémois (*). >
On conçoit bien qu’avec un pareil système dê défense les Hongrois purent revenir en France aussi souvent qu'ils le voulurent; en effet, en 938, on les retrouve pillant l’Aquitaine; et, en 940, l’Italie. Cependant le terme de ces brigandages approchait ; le duc de Bavière leur lit éprouver une cruelle défaite en 942. Quelques années après, Zoltan mourut, et fut remplace par son fils Toxun ou Urzus (947).
Toxun, en homme habile, reconnut ue l’Allemagne était trop sur ses gares pour qu’il fût possible de continuer à la ravager; il savait d’ailleurs que l’Italie était toujours divisée entre Hugues et Bérenger, et il pensait qu’à la faveur de l’anarchie qui régnait dans cette contrée, il pourrait aisément y faire un riche butin. Il nese trompa point, car il put pénétrer sans obstacle jusque dans la Campanie ( 947 ). Encouragé par ce premier succès , Toxun recommença , deux ans après , à ravager l’Italie, et ne se retira qu’après que le roi Bérenger II l'eut gorgé d’or et d’argent.
En 950, les Hongrois se mirent à dévaster la Bavière, où ils furent battus, et de là ils se jetèrent sur le royaume d’Arles, dans lequel ils pénétrèrent par l’Alsace, le Jura et Besançon. Pendant ce temps , les Sarrasins établis à Fraxinet dévastaient la Provence; Conrad, pour délivrer ses États des Hongrois et des Sarrasins, usa d’un stratagème assez ingénieux : il envoya des députés aux Sarrasins, pour leur dire que les Hongrois lui demandaient de faire alliance avec lui dans le but de chasser les Sarrasins de Fraxinet. Ces députés étaient chargés de faire alliance avec les Sarrasins contre les Hongrois. D’autre part, Conrad faisait dire aux Hongrois: «Pour- « quoi , braves guerriers , me faites- « vous la guerre ? Userait mieux pour « nous d’être alliés. Allons ensemnle « chasser les Arabes, et établissezs vous à leur place dans ces contrées « fertiles. » Les Hongrois acceptèrent
(*) Ibid., p. 46.
l’offre, de sorte que Conrad se trouva l’allié des Hongrois et des Sarrasins.
Les deux hordes marchèrent l’une contre l’autre, et lorsque les deux armées furent en présence, Conrad les anima, et la bataille s’engagea. Chacune des deux armées s’attendait à être secourue, mais Conrad les enveloppa et tailla en pièces les barbares.
La même annee, une autre bande envahissait l’empire grec. C’est pendant cette guerre que deux chefs hongrois, nommés Bulogud et Gylas, se firent baptiser. L’empereur Constantin VII leur donna la dignité de patrice et de riches présents. « Gylas emmena dans son pays un moine appelé Hiérothée, auquel le patriarche de Constantinople conféra l’épiscopat. Hiérothée convertit un grand nombre de Hongrois. Mais , des deux chefs, Gylas seul demeura fidèle à la religion qu’il venait d’adopter. Il s'abstint de taire, des courses sur les terres de l’empire grec. Il protégeait même les chrétiens, qu’il raclietait des autres chefs pour leur donner la liberté. La conversion de Bulogud fut de peu de durée. Il apostasia, fut pris à la bataille d’Augsbourg et pendu. Ainsi les Hongrois 11e rapportaient pas seulement chez eux l’or des peuples qu’ils dévalisaient, ils rapportaient aussi leurs idées , leur religion. Ils allaient chercher, dans les pays chrétiens, les cléments de leur civilisation future, et préparaient ainsi , sans s’en douter , leur admission parmi les peuples civilisés (*). »
En 951, les Hongrois ravagèrent l’Aquitaine; en 953, ils assiégèrent Cambrai, qu’ils ne purent prendre, et de là se répandirent dans la Champagne et jusque dans l’Aquitaine; en 954, ils revinrent encore en France , pillèrent la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne, et s’en retournèrent chez eux en traversant l'Italie.
« L’année suivante, les Hongrois essayèrent de recommencer leurs courses en Bavière et en France. Ils arrivèrent en Allemagne en si grand nombre,
(*) Ibid., p. 53.
HONGRIE
qu’ils disaient que leurs chevaux épui seraient les fleuves et la nier, et démoliraient les villes avec la corne de leurs pieds; pt qu'a moins que la terre ne les engloutit ouquele ciel ne tombât sur eux, ils ne pourraient être vaincus. Ils vinrent assiéger Augsbourg.
Toute l’Allemagne se leva en masse, et l’on se disposa pour le combat. Un jeûne solennel fut ordonné; tous *e préparèrent à la mort et se pardonnèrent mutuellement leurs injures. Otton communia publiquement, promit à saint Laurent, dont on célébrait la fête (10 août 955), une église et unévêchéà Mersebourg. L’évêque Ulrich donna la bénédict ion au peuple, et la bataille s’engagea. Plus de cent mille Hongrois furent tués ou noyés dans le Lech, et trois de leurs chefs, nommes Uulogud, Lcclus et Pulszi , pris et pendus. Après le combat , on salua Otton comme père de la patrie, et on entonna, dans toutes les églises , des cantiques d’actions de grâces (*). »
Cette victoire délivra pour toujours l’Europe occidentale des invasions des Hongrois. Ils se jetèrent encore en 959, en 907 et en 970, sur l’empire grec; mais ayant été battus, la dernière année, parles Grecs, ils cessèrent pour toujours leurs brigandages.
En 971, Toxun signa la paix avec Otton.
Favorisés par la paix, les chrétiens commencèrent à propager leur religion en Hongrie; mais la cruauté de Toxun arrêta les missionnaires dans leur sainte propagande.
oïvsa (97S-997Î-
Toxun mourut en 972, et son fils Geysa qui lui succéda se montra plus tolérant et moins barbare. Il engagea les Hongrois à cultiver la terre, et fit avec Otton (973) un traité de paix par lequel il accordait aux missionnaires toute liberté de prêcher la foi catholique dans son royaume. On raconte ue ce fut sa femme Adélaïde, sœur e Mieczilas, roi de Pologne, qui le décida à signer ce traité.
(*) Ibid., p. 5g.
Peu après, l’évéque dePavie, Piligriuus, arriva dans la Hongrie pour en convertir les sauvages habitants :
sa mission fut heureuse; car, en pi:U de temps, il baptisa cinq mille nobles et Geysa lui-même ( 994 ). L)u reste, il ne faudrait pas s'abuser sur le caractère de ces conversions : on sait
?|ue sous Charlemagne les Saxons se aisaient baptiser autant de fois qu’ils le pouvaient, parce que chaque fois on donnait une robe blanche à chacun des néophytes. Geysa lui-même continua d’auorer les faux dieux en même temps qu’il adorait le Christ, et disait , pour expliquer cette conduite, qu’il était assez riche pour servir tous les dieux. Néanmoins , il fit baptiser son fils tVaïk qui reçut le nom d’Étienne, et il lui fit épouser Gisèle, sœur de l’empereur Henri IL
ETiJHYNK (997~Iü38).
Étienne succéda h son père, et ce fut sous son règne que le christianisme devint la religion dominante en Hongrie ; il appela un grand nombre de missionnaires, punit sévèrement l'idolâtrie, et il partagea la Hongrie en dix diocèses.
En l’an 1000, Étienne prit le titre de roi, qui lui fut donné par le pape Sylvestre II ou par l’empereur Otton III. Il apporta de grands changements à l’état intérieur de la Hongrie, ou pour mieux dire, il organisa ce pays. Il abolit l’ancienne division de la nation par tribus, et partagea la Hongrie en comtés ou palatinats, à l’instar de l’Allemagne. Tous les gouverneurs de comtés ou palatins devaient relever du palatin de Hongrie, premier ministre du roi. La diète qui gouvernait concurremment avec le souverain fut composée des évêques et des nobles; elle élisait le roi et le palatin.
En 1016, gaint Étienne publia un code de lois ( Decretum sancti Ste hani ), dont nous avons parlé plus aut(*). Étienne se distingua aussi par les armes : son oncle Giula, duc de Transylvanie, idolâtre fanatique, lui
(*) Voyez p. 38.
UNIVERS
déclara la guerre. Étienne ie vainquit et ajouta à la monarchie hongroise les Etats de Giula. Il fit ensuite la guerre à Kean , roi des Bulgares et des Slaves, le tua et s’empara de ses États.
En 1027, il réclama de l'empereur Conrad le Salique le duché de Bavière, en faveur d'Éineric son fils, iicicu , par Gisèle, de Henri II , dont la Bavière était le patrimoine. Conrad avant refusé de céder ce duché a Émeric , Étienne fit la guerre à l’Empereur, et resta les armes à lu main jusqu’à la mort d’Émeric; alors il abandonna ses prétentions.
Apres ce règne glorieux, Étienne mourut a Bude , le 15 aoilt 1038, à l’âge de soixante ans. Il fut enterré à Albe-Royale, où il avait fait bâtir une magnifique cathédrale. L’Eglise l’a
filacé depuis au nombre des saints, et a mémoire de cegrand roi est tellement vénérée chez les Hongrois , qu’ils se servent, pour le sacre de leurs rois, de sa couronne, appelée par eux la couronne angélique, et la regardent comme le palladium national.
pierre, dit l’ellemahd (io38 ou io3g- 1041 ou 1041}.
La diète, à la mort d’Étienne, élut pour roi, Pierre, fils d’Orséolo , doge de Venise. L’élection de ce prince étranger fut entièrement due aux intrigues de la reine Gisèle, sœur de saint Étienne. Peu de temps après son avènement, le nouveau roi commença à mécontenter la noblesse, en donnant tous les emplois à des Italiens et à des Allemands, et en accablant les Hongroisde vexations. Cette conduite souleva contre Pierre la nation, qui ie détrôna. Quant à la reine Gisèle, les Hongrois, dit-on, la mirent à mort.
ABA OU OWOîl (l04l OU I042-I044 OU 1045).
Aba ou Owon, mari de Sava , sœur de saint Étienne , remplaça le roi détrôné. Mais il déplut, et pour les mêmes causes, aux Hongrois, qui se soulevèrent contre lui et appelèrent à leur aide l’empereur Henri III. Celuici , après trois campagnes , délit Aba
près de Javarin en 1044 ou en 1045.
Aba fut tué dans la déroute.
pierre (pourla seconde foi»)(io44 ou 1045- 1047).
Pierre l’Allemand profita de cet événement pour remonter sur le trône, et 11e songea plus qu’à se venger de ceux qui l’avaient renversé quelques années auparavant. Il continua à indisposer les Hongrois contre lui en protégeant le christianisme et en se reconnaissant le vassal de l’Empereur.
Une nouvelle conjuration se forma.
En 1047, les révoltés s’emparèrent de lui à Zamtir , après un rude combat, lui crevèrent les yeux, et le jetèrent dans une prison', où il mourut apres un an de captivité. A la suite de celte révolution, les Hongrois tombant sur les prêtres, en tuerent un grand nombre, et précipitèrent même un évêque dans le Danube.
ANDRÉ 1er (l047-I06x).
André, parent de Pierre, fut choisi
Pour roi. Il avait promis de rétablir idolâtrie; mais il fit le contraire, et protégea le catholicisme. Son frere Bêla lui disputa bientôt la couronne et le renversa en 1061.
BÊLA Ier (l06l-1064).
Le nouveau roi essaya de se rendre populaire. Le commerce avait été jus-
2u!alors une espèce de brigandage ; ltela tablit des marchés , fit quelques lois pour régler lesquerelles des marchands, et fit ‘battre une monnaie d’une valeur fixe et inaltérable. De plus, il convoqua à A Ibe une assembléedu peuple qui devait s’occuper avec lui d’organiser l’État.
Chaque village y envoya deux députés.
Ces députés, exprimant l'opinion de la nation hongroise , qui alors était extrêmement acharnée contre le christianisme, demandèrent au roi qu’il leur permît de retourner au paganisme , de lapider les évêques, de tuer les prêtres , dVtrangler les clercs , de détruire les églises et de briser les cloches. Pendant le temps que les députés faisaient ces propositions au roi, le peuple assemblé, dit le chroni-
HONGRIE
quenr, criait: « Fiat! fiat'. » Le roi voyantqu’une sédition était imminente, demanda trois jours pour réfléchir, et pendant ce temps, il rassembla des troupes , s’empara des chefs de la rébellion, les fit mettre à mort et força les autres à rentrer dans l'ordre.
SAr.onoü (1064-1075).
Salomon , fils d’André , monta sur le trône , avec l’appui de l’empereur Henri IV. Pour prix de ce service, Salomon se reconnut vassal de l’Empire. Quelques guerres contre les Bulgares, les Bohèmes et les Valaques, occupèrentson règne. A la suite de ces guerres, il se brouilla avec Geysa, fils de Bêla Pr, au sujet du partagé du butin. Geysa vaiuqueur fut couronné roi.
GBYAA 1" (1075-1077).
Le règne de ce prince est entièrement nul; il résista à Salomon soutenu par l’empereur d’Allemagne.
LADISLAS ln LE SAIÎTT (lO’J'J-IOgS).
Ladislas, frère de Geysa, fut élu pour lui succéder; il battit les Valaques soulevés par Salomon, toujours jaloux de reprendre le pouvoir; il vainquit aussi les Russes , les Polonais et les Bohèmes qui avaient envahi ses États, soumit les Croates, et après ces guerres , essaya de répandre quelque civilisation dans ses États ; il donna des lois à la diète de Sabloc (1002), protégea le commerce, et en élevant de nombreuses églises, encouragea le clergé à tirer les Hongrois de la barbarie.
COI.OKAK (l095-Ill4).
Coloman succéda à son père. En 1006, la première bande de croisés, commandée par Gautier sans avoir, arriva sur ses terres ; Coloman leur accorda le passage; mais le peuple n’en tua pas moins quelques croisés.
Lorsque Pierre l’Ermite vint avec sa bande à Malleville, les Hongrois exposèrent , comme des trophées, les dépouillés de ces victimes; les croisés furieux prirent Maileville d’assaut et la livrèrent au pillage, puis passèrent la
Save, sur les bords de laquelle les Honrois leur firent éprouver une cruelle éfaite. Une autre bande , commandée par Godescalck , fut détruite par les Hongrois; une quatrième, aux ordres du comte Émilcon , voulut entrer en Hongrie malgré Coloman , et fut également détruite. L’armée de Godefroi de Bouillon, mieux organisée et plus forte que les autres, put seule librement traverser la Hongrie.
Coloman fut en guerre avec les Russes et les Valaques et avec son frère Almus. On l’accuse de cruauté, mais d’autres historiens l’absolvent de ce reproche.
ETIEHHE II, LE FOUDRE (lll4-l t3l).
Après la mort de son père , Etienne fut élu par la nation pour lui succéder. Des guerres continuelles et des actes de violence envers ses sujets remplissent son histoire. Il attaqua l’Autriche, la Bohème, la Russie, la Pologne, la Bulgarie et la Grèce et ravagea toutes ces contrées.
BÊLA II (l l3l*Il4l).
A la mort d’Étienne IL les Hongrois élurent le fils d’Almus, frère de Coloman, bien qu’il fût aveugle : son oncle lui avait fait crever les yeux. Ce fut un prince sage, bien qu’adonnéà l’ivrognerie. Un bâtard de Coloman, appelé Borich, lui disputa la couronne , et fut soutenu par les Russes et les Polonais ; mais Bêla vainquit ses ennemis. En 1 138, il fit la conquête de cette partie de la Servie arrosée par la Rama.
Il donna quelques lois utiles à la Hongrie.
GEYSA II (ll4l-Il6l).
Geysa fut élu à la mort de son père.
Bêla II lui avait donné une éducation fort au-dessus des idées de l’époque, s’il est vrai que Geysa avait pour principes que la loi est au-dessus du roi ; que les peuples ne sont pas nés pour les rois, mais que les rois sont nés pour les peuples ; que les impôts doivent être employés pour le bien du peuple et non pas pour les plaisirs du prince. Pendant son règne, Conrad,
L’UNIVERS
empereur d’Allemagne, etl.ouis VII, roi de France, traversèrent ses Etats pour se rendre en terre sainte; le premier commit des violences effroyables en Hongrie. Geysacut avec les Russes et les Grecs des guerres dont le pillage était le seul but.
biinii in (ri6r-ii74)
Le fils deGeysa. après son élection, s’allia avec l'empereur grec Manuel contre les Vénitiens, et leur enleva dans la Dalmatie plusieurs villes importantes, Spalatro, Sebenico et Trau.
Le reste de son règne se passa dans des guerres civiles sans fin, (ju’il eut à soutenir contre divers compétiteurs.
béi.a ni (1174-1196).
Bêla était frère d'Étienne III ; il fut élu par la nation pour lui succéder, et consacra son règne a établir la silreté publique dans un pays infesté de brigands, à faire fleurir la justice, et à maintenir la paix dont l’agriculture devait avoir grand besoin. En 1181 , il fit l’acquisition de l'importante place de Zara en Dalmatie, et sut conserver cette ville malgré les Vénitiens.
On lui attribue la division de la Hongrie en comtés, mais on le blâme d’avoir accordé trop de puissance aux comtes, qui abusèrent bientôt de leur autorité. Bêla III épousa deux Françaises : Agnès, fille de Renaud de Châtillon,et Marguerite de France, fille de Louis VII.
É.MRAIC (ligB-IÎOt).
Emeric fut élu pour succéder à son père ; son règne fut peu important.
Aidés par les croisés , les Vénitiens reprirent Zara à la Hongrie.