ANDRÉ II (I50Î-IS
André II , fils de Bêla III , succéda à son neveu Ladislas. Il essaya de placer son second fils Coloman sur le trône de Galicie, mais il ne put y
réussir. En 1217, il fit une croisade.
Il avait précédemment fait vœu d’aller en terre sainte, et comme il ne se hâtait point de partir, le pape Honorius le menaça de ses censures s’il différait plus longtemps d’accomplir sa promesse; il pariit donc, et s’embarqua sur des galères que lui fournirent Venise et les autres villes situées sur la mer Adriatique. A peine fut-il arrivé en Palestine, que refusant, malgré les menaces du pape , d’accompagner les autres croisés au siège de Damiette, il revint dans ses Etats, ne rapportant que le vain surnom de Hiérosoliinitain.
En 1222, André publia le fameux décret connu sous le nom de bulle d'or, parce qu’il fut scellé d’un sceau de ce métal. Ce décret, tout en faveur de l'aristocratie, fut rendu par André pour concilier à la royauté rattachement des grands. Il leur accorda des privilèges énormes, et leur permit de prendre les armes contre lui et ses successeurs s'ils essayaient jamais de violer leurs droits.
Les Mongols commencèrent en 1233 à attaquer la Hongrie ; mais ces ravages ne furent que le prélude de ceux que ces barbares devaient exercer plus tard.
BRCA IV (i»35-I570).
Bêla, fils et successeur d’André, paraît avoir suivi à l’égard des nobles un système de conduite entièrement opposé à celui de son père. Aussi est-il dépeint comme un effroyable tyran.
O11 l’accusa même d'avoir appelé les Cumans en Hongrie, pour la dévaster.
Mais ces débats intérieurs offrent bien peu d'importance devant le récit des dévastations des Mongols en 1241.
Commandés par Batou, petit-fils de Gengis - Khan , ils pénétrèrent dans la Hongrie en 1241, et, pendant trois ans, ils y commirent toutes sortes d’excès. Bêla ne fit rien pour les repousser , et cette lâcheté eût été funeste à la Hongrie , si le brave archiduc d’Autriche, Frédéric le Belliqueux, ne fût venu au secours des Hongrois et n’eût arrêté les Mongols.
HONGRIE
Bêla sortit enfin de l’inaction : il vint livrer bataille aux barbares près d'Aria, mais il fut battu. Dans ces granes batailles de la civilisation naissante contre la barbarie , on ne doit pas s’étonner de voir des évêques prendre part au combat et rester sur le champ debataille; il fallait bien que les ministres de la religion encourageassent les peuples nouvellement conquis au christianisme à lutter contre les ennemis de la Croix , et donnassent même leur vie pour cette cause sainte. Victimes de ce noble dévouement, deux archevêques et deux évêues trouvèrent la mort au combat ’Agria. Bêla se sauva en Dalmatie.et attendit que les Mongols , ayant tout pillé, allassent porter leurs armes dans d'autres contrées.
rtierkr rv ou v (1370-137»).
Ce prince guerrier, fils de Réla IV, battit les Bohèmes, les Autrichiens et les Bulgares, et obligea ces derniers à lui paver tribut. Depuis ce temps, les rois de Hongrie ont joint à leurs titres celui de roi de Bulgarie.
LADISLAS Ht, L* CTTM AD (l37»-I3<)0).
Ladislas accomplit les projets de son père. Il battit les Bohèmes, puis les Cumans; mais une nouvelle invasion des Mongols l’arrêta dans ses victoires, et peu après Ladislas périt assassiné.
ADDRÉ lit, L* VÏDITir.D (r3Ç)0-l 3o»),
Ladislas était mort sans postérité ; sa femme Marie , fille de Cliarlcs I" d’Anjou , roi de Naples , ne lui avait pas donné d'enfants. A la mort de Ladislas, Charles II, roi de Naples, fit valoir les droits de son fils Charlps Martel , neveu de Ladislas , à la couronne de Hongrie. Le pape Nicolas IV le fit couronner à Naples par ses légats ; mais les Hongrois élurent le petit-fils d’ÉtiennelV, André III, qui mourut sans enfants, en 1302, après un règne agité et sans intérêt.
CHAROnrirr (i3o3-i34»).
Charobert, fils de Charles Martel
succéda en 1295 à son père, qui n’avait été roi de Hongrie que nominalement; mais, à la mort d’André III, le pape Boniface VIII le plaça sur le trône de Hongrie. Les Hongrois avaient élu Wenceslas IV, roi de Bohême, petitfils de Bêla IV par Constance sa mère. Mais Wenceslas, cédant au pape, abdiqua en faveur de sou fils , puis fit abdiquer son fils lui - même (1304).
L’année suivante, les Hongrois, qui ne voulaient pas se laisser imposer un roi , nommèrent Otton de Bavière , également petit-fils de Bêla IV par sa mère Elisabeth; mais, en 1307, Otton fut fait prisonnier par le prince de Transylvanie, qui ne lui rendit la liberté qu’à la condition qu’il renoncerait à la royauté.
Les affaires de Charobert n’en allaient pas mieux pour cela. Boniface VIII avait inutilement, en 1303, cité Charobert et Wenceslas à son tribunal, et avait adjugé le sceptre au premier; Clément V , après avoir publié a Poitiers, en 1307, une nouvelle bulle en faveur de ce même prince, envoya, l'année suivante, le cardinal Gentil de Monteflore en Hongrie pour la faire exécuter. Ce légat , à force d’habileté, amena les états rassemblés à Pesth, en 1310, à reconnaître Charobert pour leur roi.
Le règne de ce prince fut glorieux pour la Hongrie, et l’époque de cette dynastie française est la plus justement célèbre dans l'histoire de ce pays. Charobert soumit à un tribut les souverains de Servie, de Transylvanie, de Bulgarie, de Bosnie, de Moldavie, de Valachie et de Cumanie; il obligea même le duc de Russie à se reconnaître son vassal. Sa gloire fut surpassée par celle de son successeur.
louis lk gnakd (i34a-i38a).
«Profond négociateur, habile général , soldat intrépide , magistrat équitable, ministre fécond en ressources, zélé patriote, il eut les talents qui font l’homme célèbre et les vertus qui font le grand homme. »
A peine élu pour succéder à son père, il soumit la Transylvanie et la Vala-
L’UNIVERS
chie qui s’étaient révoltées, et repoussa (1344) lesTartares qui avaient envahi la Transylvanie; puis il dompta (1345) les Croates révoltés. En 1347, les Vénitiens enlevèrent Zara à la Hongrie, malgré tous les efforts que Louis avait faits pour conserver cette place si importante ; mais, dix ans après , il la reprit et réunit toute la Dalmatie à ses F.tats. En 1348, Louis passa en Italie pour venger la mort de. son frère André tué par la reine Jeanne, et pour faire la conquête du royaume de Naples. A peine s’en était-il rendu maître queja peste l’obligea de retourner promptfment en Hongrie. Profitant de son départ, Jeanne, soutenue par le pape, auquel elle avait donné lecomtat Venaissin , revint à Naples. Louis reparut, il est vrai, à la tête d’une armée formidable ; mais le pape avant déclaré Jeanne innocente, le roi de Hongrie dut abandonner sa conquête.
A son retour dans ses États, il apprit que les Lithuaniens dévastaient le duché de Russie ; il marcha aussitôt au secours du duc son vassal , et , après avoir battu les Lithuaniens, il les força à embrasser le christianisme.
Eu 1370, Casimir le Grand, roi de Pologne, avait désigné, avant de mourir, le roi de Hongrie, son neveu, pour lui succéder. Les Polonais confirmèrent ce choix, et Louis régna à la fois sur la Hongrie et sur la Pologne.
En 1374, Louis renouvela ses prétentions sur l’Italie : il se ligua avec Charles V, roi de France: Louis, comte de Valois, second fils de Charles, devait épouser Catherine, fille du roi de Hongrie ; et, après la mort de Jeanne, les deux époux devaient être placés sur le trône de Naples. La mort de Catherine arrêta l’exécution de ce plan.
Louis le Grand fut non - seulement un grand capitaine, mais un habile administrateur : la Hongrie lui dut des lois sages et précises; il abolit les épreuves absurdes du feu et de l'eau.
Il aimait les lettres et les protégea. Il encouragea aussi le commerce qui , connue les lettres, est un puissant moyen de civilisation.
marie, surnommée le roi marie (i38i-i3gi).
Après la mort de Louis, la noblesse proclama sa fille Marie reine de Hongrie, sous le nom de roi Marie. Comme elle était trop jeune pour gouverner par elle-même , la régence du royaume fut décernée à la reine Élisabeth, sa mère. Mais cette femme se laissa dominer par Nicolas de Gara, palatin du royaume , homme ambitieux et violent. Sa rigueur mécontenta la noblesse hongroise, qui appela Charles le Petit, roi de Naples, et le couronna (1385).
Peu de temps après , la régente fit assassiner ce rival de sa fille; mais bientôt le ban de Croatie, Jean Horwath, zélé partisan de Charles, surprend les deux reines et le palatin pendant un voyage, tue Gara et Élisabeth, et emmène prisonnière Marie. Aussitôt Sigismond, marquis de Brandebourg, à qui elle était fiancée, vole à son secours, la rejoint à Albe - Royale, l’épouse, se fait proclamer roi de Hongrie, et fait mettre à mort Horwath.
Une guerre avec les Valaques révoltés , et soutenus par les Turcs , mit au jour toute la valeur de Sigismond, qui réçna seul, après la mort de sa femme (1392).
Mais bientôt il eut un concurrent redoutable dans le roi de Pologne Ladislas , qui entreprit de faire valoir les droits de sa femme Hedwige, sœur de Marie , sur la couronne de Hongrie.
Sigismond se maintint sur le trône à force de sévérité envers les seigneurs, et opposa une armée au roi de Polone , qui fut obligé de renoncer à ses esseins.
Effrayé des conquêtes des Turcs, Sigismond résolut de leur résister; et c’est lui qui détermina ainsi le rôle que la Hongrie était appelée à jouer , par sa position stratégique, dans les guerres de l’Europe continentale contre les Ottomans.
Sigismond était trop faible pour lutter seul contre les Turcs; d’ailleurs le souvenir des croisades était encore assez récent pour qu’il pût se flatter
HONGRIE
d’être soutenu par de nombreux auxiliaires ; il appela donc à son secours les divers peuples de l’Europe. La France , malgré la guerre qu’elle soutenait contre l’Angleterre , ne déserta pas la cause générale de la chrétienté ou de la civilisation, et envoya ses chevaliers au secours des Hongrois. Le 28 septembre 1396, Sigismond livra à Bajazet la bataille de Nieopolis; les chrétiens furent vaincus, et cette victoire des Ottomans eût été suivie des plus déplorables résultats, si Tamerlan n’eût envahi l’empire turc et fait prisonnier Baiazet lui-même a la sanglante journée df’Ancyre. La défaite des Turcs ajourna pour un moment la chute de l'empire grec et les dangers de la Hongrie. Sigismond , qui avait pu échapper à la défaite de son armée , tomba entre les mains des nobles hongrois irrités de sa tyrannie; il fut emprisonné, et on nomma à sa place Ladislas, roi de Naples (Ladislas IV, 1403) ; mais , peu de temps après’, Sigismond parvint à se sauver en Bohême, où il rassembla une armée avec laquelle il chassa son compétiteur.
En 1411 , Sigismond fut élu empereur d’Allemagne. L’année suivante, il fut encore vaincu à Semendria (1412) par les Turcs; mais cette défaite fut compensée par l’acquisition de Belgrade : celte place importante, qui devait devenir le boulevard de la Hongrie, fut cédée à Sigismond par le despote de Servie. Les nombreuses affaires de Sigismond en Allemagne et en Italie ne le détournèrent pas du soin de ses Etats. Il prit des mesures vigoureuses contre les abus que la cour pontificale faisait delà puissance spirituelle, en interdisant la publication de toute bulle , constitution et grâce papale sans son approbation préliminaire. Par des lois fondamentales, du 15 avril et du 4 août 1405, il introduisit l’uniformité des poids et mesures, interdit les guerres privées, mit des bornes à l’exercice du droit de propre défense , augmenta les droits des paysans, régla les douanes , revendiqua à la couronne la prérogative ex-
clusivede battre monnaie, accorda aux propriétaires de terres l’exploitation des mines qu’elles renfermaient (*).
A la diète de Presbourg, de 1435, Sigismond publia une loi pour organiser le système militaire du pays, et régler le service des milices féodales.
ALBEBT (l437-l439).
A la mort de Sigismond, Albert, son gendre, et Elisabeth, sa fille, furent élus roi et reine de Hongrie ; mais Albert mourut peu après.
ïtlSABETB (1439-1440).
La reine Élisabeth régna alors seule , et les états exigèrent quelle donnât sa main au roi de Pologne, Ladislas III.
Ces alliances continuelles entre la Hongrie et la Pologne, et ces tentatives de réunir deux pays dont les intérêts étaient alors semblables , s’expliquent par la nécessité de se défendre contre les Turcs qui menaçaient également l'un et l’autre de ces’ deux États. En conséquence, on envoya des ambassadeurs au roi de Pologne pour négocier le mariage. Sur ces entrefaites , la reine accoucha d’un fils, qui fut nommé Ladislas le Posthume. La nation élut cet enfant.
Les ambassadeurs envoyés à Ladislas III , roi de Pologne , dépassant leurs instructions et se hâtant de négocier , avaient signé un traité par lequel le roi de Pologne devait avoir la couronne de Hongrie avec la main d’Élisabeth, quel que fût le sexe de l’enfant qu’Élisabeth mettrait au monde.
Le traité signé, Ladislas III ne tint pas compte de l’élection antérieure de Ladislas le Posthume et de la volonté de la nation hongroise : il s’avança en Hongrie , se fit proclamer roi sous le nom de Ladislas V. 1
LADISLAS V (l440-l44a).
Élisabeth s’était enfuie avec son fils en Autriche. Ses partisans firent la guerre à Ladislas; et, au bout de deux ans, la guerre se termina, en
(*) Schirll, Histoire des États européens, t. XI, p. 89.
1412, par un traité conclu a Rude, sons la médiation d’Eugène IV. Ladislas V renonça à la couronne , mais fut chargé de la régence pendant la minorité de Ladislas VI, et nommé son succtsseur éventuel pour le cas où ce prince mourrait sans héritier.