‹ États de la confédération germaniqueChapitre 125 sur 261 · CHARLES VI (I7II-I · texte numérisé non relu

CHARLES VI (I7II-I

Le nouveau roi termina cette longue série de révoltes par l’acte de 1712; il convoqua la diète , fut reconnu roi par droit héréditaire, rectifia l'amnistie de Szathmar, confirma les droits et les libertés du royaume et des états, à l’exception du décret d'André II, promit d’incorporer à la Hongrie toutes les provinces qui lui avaient appartenu et qui avaient été ou seraient re-

f ri ses sur les Turcs; il reconnut qu’à extinction de la ligne masculine de sa famille, les états auraient le droit d’élire un souverain.

Dès cette année, la Hongrie fut pacifiée et devint la partie la plus importante de l’empire d’Autriche, la base et le pivot de la puissance de cet empire.

Sdr de la Hongrie, Charles VI put faire la guerreàlaTurquie.Cetteguerre, qui éclata en 17 1 6 et eut la Hongrie pour théâtre, fut signalée par la bataille de Salankemen , la prise de Temeswar (1716), la conquête du Banat, la prise

de Belgrade (1717), de Semendria et de plusieurs autres villes qui ouvraient la Turquie aux armées victorieuses du prince Eugène. La Porte fut obligée de traiter : par la paix de Passarowitz (1718), celle de Carlowitz fut complétée: les Turcs furent entièrement chassés de la Hongrie; le banat de Temeswar revint à la Hongrie, qui acquit Belgrade, la clef de la Servie, av la plus grande partie de la Servie, de la Bosnie et de la Valachie, nécessaires à fortifier les frontières, sur lesquelles on établit alors les colonies militaires dont nousavons parlé plus haut avec détail.

• L’article 13 du traité de Passarowitz mérité d’être reproduit pour son importance commerciale : « Il est permis, de part et d’autre, aux marchands et aux négociants, d’exercer en toute liberté leur commerce dans les deux empires. Les sujets de l’Empereur, de quelque nation qu’ils soient, pourront librement trafiquer par terre et par mer, dans tous les États du Grand Seigneur, en payant les droits de douane. Ils jouiront de la même faveur et protection dont jouissent les autres nations chrétiennes affranchies de tribut. L’Empereur pourra établir des consuls et des interprètes dans les États ottomans.

Il sera enjoint aux Algériens, Tunisiens et Tripolitains de ne rien entreprendre en contravention à cette paix. . . »

Un traité de commerce , signé en 1719 entre la Porte et l’Autriche, confirma, en les développant, les dispositions de cet article. Il est dit, dans les articles 2, 4, 5 de ce traité(*), « que les marchands impériaux pourrontconduire leurs marchandises sur le Danube, à Widdin , Roudschouck et autres lieux , pour les faire voiturer par terre dans toutes les parties de l’empire ottoman , où ils le jugeront à pro- >os; que, sans pouvoir entrer avec eurs bâtiments dans le Pont-Euxin, il leur sera permis de louer des vaisseaux turcs à Brada, Isaczi , etc. , à

(*) Schœll, t. XXXII, p. 33 1.

L’UNIVERS

l’effet d'y charger leurs marchandises et de les transporter de là dans la Crimée , à Trébizonde , Sinope , et dans d'autres ports du Pont-Euxin, où s’exerce le trafic; que l'Empereur pourra établir des ronsuls, vice-consuls, agents, facteurs, interprètes, dans tous les ports, Iles et lieux de l’empire ottoman où les autres nations sont en usage d’en entretenir; et s’il s’agissait d’en établir dans des endroits où jusqu’à présent il n’y en avait point, on s’adressera à la Porte pour lui demander son agrément; que. le lise ne pourra pas s'emparer des biens délaissés par des marchands qui viendront à décéder dans quelque lieu que ce soit de l’empire turc

Ce traité, la fondation de la banque de Vienne, et la création de la compagnie de commerce d'Ostende pour le commerce des Indes , donnèrent au commerce de la Hongrie une importance extrême; le Danube, artère principale de l'Autriche et de la Hongrie, et leur seul débouché sur la mer Noire, se couvrit de vaisseaux. Les événements ont, depuis cette époque, détruit ces combinaisons ; cependant le commerce de la mer Noire, par le Danube est réellement le seul que la nature indique à la Hongrie et qu’elle favorise; l’Autriche semble l'avoir oublié depuis loitgtemps; il est vrai que depuis longtemps le commerce de la Hongrie a été annulé.

Charles VI, dont toute la politique tendait à faire reconnaître sa fille Marie-Thérèse pour héritière de ses Etats, parvint , en 1722, à la faire déclarer reine future de Hongrie, malgré les •déclarations antérieures qui excluaient les femmes de la succession de Hongrie. La Hongrie occupa les dernières années du règne de ce prince: il parvint à mettre des bornes à la -ervitude des paysans, malgré l’opposition de la noblesse , et repara les fortifications de Temeswar et de Belgrade.

Nous avons raconte ailleurs!*) la guerre que Charles VI eut à soutenir contre les Turcs, comme auxiliaire de la

(*) Autriche, p. 109 et 110.

Russie, de 1736 a 1739 ; nous avons dit que cette guerre fit perdre à la Hongrie Belgrade et tout le fruitdes victoires du prince Eugène. Il nous resteà rappeler que Charles VI mourut de chagrin , à la suite de ces événements , laissant ses trois couronnes à sa fille bien-aimée Marie-Thérèse. Elle fut proclamée à Vienne, où elle se trouvait alors, souveraine de tous les Etats héréditaires de la maison d’Autriche , sous le titre de reine de Hongrie et de Bohême, archiduchesse d’Autriche.

KuRtE-THÉKiüE (i74°-r"8o).

Lorsque toutes les puissances de l’Europe coalisées contre Marie-Thérèse, a peine montée sur le trône, menaçaient la monarchie autrichienne d'une dissolution prochaine (*). la fille de Charles VI se montra supérieure à sa fortune. « Plus sa ruine paraissait inévitable, plus elle eut de courage; elle était sortie de Vienne, et elle s'était jetée entre les bras des Hongrois, si severcment traités par son pere et par ses aïeux. Ayant rassemblé les quatre ordres de l’Etat à Presbourg , elle y parut ( 13 septembre 1741 ) tenant entre ses bras son fils aîné , presque encore au berceau ; et, leur parlant en latin, langue dans laquelle elle s’exprimait bien, elle leur dit à peu près ces paroles : « Abandonnée de mes amis, «persécutée par mes ennemis, atta- « quée par mes plus proches parents, «je n’ai de ressource que dans votre « fidélité, dans votre courage , et dans «ma constance; je mets en vos mains « la lilie et le fils devosrois, qui atten- « dentde vous leur salut. » Tous les palatins, attendris et animés , tirèrent leurs sabres en s’écriant : Moriamur pro reye nostro Maria Theresia , « Mourons pour notre roi Marie- Thérèse. » Ils donnent toujours le titre de roi à leur reine (*). Jamais prin-

(*) Ibid.

(**) Celle assertion de Voltaire ne repose que sur deux exemples : Marie d'Anjou, au quatorzième siècle, et Elisabeth de Luxembourg, au quinzième, sont désignées dans des actes publics par le litre de fies. • San. pré-

ioogle

HONGRIE

cesse , en effet , n’avait mieux mérité ce titre. Ils versaient des larmes en faisant serment de la défendre; elle seule retint les siennes : mais quand elle fut retirée avec ses filles d'honneur, elle laissa couler en abondance les pleurs quesa fermeté avait retenus.

Elle était enceinte alors, et il n'j' avait pas longtemps qu’elle avait écrit à la duchesse de Lorraine, sa belle-mère:

« J’ignore encore s’il me restera une Tille pour y faire mes couches (*). »

L’enthousiasme des Hongrois ne s’en tint pas à un serment. Toute la noblesse s’arma et monta à cheval; on mit sur pied vingt-deux mille hommes de nouvelle infanterie, et l’on accorda tous les subsides pour solder ces troupes. Cet exemple entraîna jusqu’aux races les plus sauvages. Des bords de la Drave et de la Save accoururent au nombre de dix mille hommes, des peuplades jusqu’alors inconnues , qui se réunirent aux fidèles Hongrois. L’air farouche , le costume bizarre de ces talpaches , de ces pandours, de ces uhlans , de ces hussards, répandirent l’effroi presque autant que leurs cruautés.

La diète de Presbourg avait consenti à ce que le grand-ducde Toscane, époux de Marie-Thérèse, fût chargé de la corégence. Lorsque le 21 les députés se présentèrent au pied du trône pour recevoir le serment de ce

tendre affaiblir l’effet de oette scène touchanle , on peut observer que c’est à tort que l’on regarde communément le nom de roi donné ici à Marie-Thérèse comme un hommage extraordinaire de la part des Hongrois. Il u’y^avait pas vingt ans que l'empereur Charles VI avait obtenu des étais de Hongrie que le droit de succession au Irène serait étendu aux femmes, beaucoup de palatins et de nobles se rappelaient encore que ce prince lui-iuème avait reconnu, à Son aveuement, le droit d’élrrlion de Ja diète s’il mourait sans laisser de postérité mâle. Le mot de reine était inusité parmi eux ; ils voulurent seulement proclamer Marie-Thérèse l'héritière de leurs rois. » Sevelinges, Biogr. uuiv, art. Mxtvia-Tuisisc.

(*) Voltaire, siècle de Louis XV, ch. 5.

prince . François-Etienne, après avoir juré, s’écria : « Mon sang et ma vie pour la reine et pour le rovaunte ! » Dans ce moment , Marie-Thexèse prit le petit archiduc dans ses bras, et le montra aux magnats qui répétèrent l'exclamation du 13.

Nous ne reviendrons pas ici sur les détails de la guerre pour la succession d’Autriche, qui nous a occupés longuement- dans l’histoire générale de l'Allemagne (*) et dans l’histoire particulière de l’Autriche (**). Contentous-nous de rappeler que bientôt les succès des coalisés s’arrêtèrent, et

Sue cette lutte se termina par la paix ’Aix-la Chapelle (1748), dans laquelle toutes les puissances garantirent de nouveau la pragmatique sanction.

La guerre de sept ans, qui éclata huit ans après (I75G-17G3), ne présente aucun événement qui se rapporte directement à la Hongrie. A la mort de François-Étienne , qui avait été élu empereur sous le nom de François 1", Marie-Thérèse déclara la Transylvanie État entièrement indépendant de la Hongrie, et lui donna le titre de grandduché. Par cette décision elle détachait d’un royaume qui lui avait montré tant de’ dévouement , et qui l'avait sauvée d’une perte certaine , une population de un million trois cent mille âmes. C’était mal en témoigner sa reconnaissance, mais c’était suivre la célèbre maxime : Dinide ut imperes.

JOVF.rH il (1780-1790).

Élève des économistes et des philosophes français , Joseph II , à peine monté sur le trône, songea à opérer dans ses États une réforme qui offre beaucoup d’analogie avec les décrets de l’Assemblée constituante , dont beaucoup de membres sortaient de la même école. L’empire fut divisé en treize gouvernements ou provinces; toutes les contributions territoriales remplacées par une seule imposition ; une sage liberté fut accordée à la presse et aux différents cultes. Dès

(*) T. n, p. 3x8 et »mv.

(**) P. « 10 cttuiv.

L’UNIVF.RS.

1781, un édit de tolérance fut rendu en faveur des protestants et des Grecs de la Hongrie et de ses annexes. Ils étaient déclarés habiles à tous les emplois.

Un des objets qui excitèrent le plus vivement la sollicitude de Joseph II, ce fut le commerce de la Hongrie. Les principaux articles exportés de ce royaume consistent en grains, pelisses, vins et autres denrées d'un transport coûteux. Les ports de l’Adriatique étant beaucoup trop éloignés , toute l'exportation se réduisait à celle qui avait lieu par le Danube. Or, depuis le traité de Passarowitz (1718), les bâtiments autrichiens ne pouvaient pénétrer dans la mer IS'oire. Joseph obtint de la Porte des conditions plus favorables , et la déclaration du 24 février 1784 accorda aux Autrichiens la liberté de commerce dans toutes les villes et sur toutes les rivières de l’empire ottoman. Le passage du canal de Constantinople leur fut même accordé.

Pour profiter de ces avantages , Joseph concéda à une société de négociants italiens l'exemption de tous les droits , et même une prime pour les grains qu’elle exporterait de Hongrie. Ce premier essai eut un plein succès. Mais Joseph, par la guerre injuste que, quelques années après, il fit à la Porte, ferma lui-même le débouché qu’il avait ouvert aux productions dont la Hongrie n’estquetrop souvent encombrée.

Dans aucune partie de la monarchie autrichienne, les réformes et les innovations de Joseph II ne rencontrèrent plus de résistance qu’en Hongrie, où elles blessaient tant de privilèges.

L'abolition de la servitude, l’introduction d’une contribution unique , celle de la conscription militaire , la langue allemande substituée à la langue hongroise dans les tribunaux, en un mot toutes les tentatives faites pour établir l’unité dans l'Empire furent regardées par les magnats comme autant d'atteintes portées à la constitution et aux libertés de la nation. Mais aucune dg ses mesures ne causa autant de mé-

contentement que l’ordre donné par lui detransporter à Vienne la couronne angélique, regardée par les Hongrois comme un talisman national. Aussi , quand les désastres de la guerre de Turquie (1787-1788) eurent ébranlé sa puissance et que ses forces furent affaiblies par une maladie, suite de ses fatigues et de ses chagrins , des mouvements séditieux se manifestèrent en Hongrie. Les magnats réclamèrent le rétablissement de leur ancienne constitution , de leurs prérogatives et de leur langue. Joseph dut céder. Il révoqua plusieurs de ses édits , promit aux Hongrois de se faire couronner, ce qu’il avait difleréjusqu'alors, afin de ne pas être obligé de jurer le maintien des lois fondamentales ; et, pour gage de sa promesse, il fit reporter à Presbourg la couronne de saint Étienne.

Elle fut reçue avec le plus vif enthousiasme. Du reste , Joseph ne put la placer sur son front. Sa maladie se prolongea pendant toute l’année 1789, et il mourut au commencement de 1790, laissant le trône à son frère Léopold.

i.roroi.u ii (1590-179:1).

Léopold , successeur de Joseph son frère , rétablit non sans peine l’autorité de la maison d’Autriche en Hongrie. Comme Joseph ne s’était pas fait couronner roi de Hongrie, les magnats révoltés soutenaient que la succession était interrompue dans la maison d’Autriche, et que la nation était rentrée dans le droit d’une libre élection. Il fallut que Léopold abolît presque toutes les institutions de son frère pour qu’on le reconnût.

On lui imposa de plus comme condition qu’il signerait un diplôme d’inauguration renfermant des stipulations toutes nouvelles. Léopold convoqua la diète à Bude en 1790.

Excités par l'exemple de la nation française, qui donnait alors au monde entier le grand spectacle de sa régénération, les Hongrois se montrèrent exigeants dans leurs prétentions envers la royauté. Léopold n’attendit pas que la diète lui imposât des lois, il

HONGRIE

fit volontairement plusieurs concessions importantes. Il accorda que les fonctions ne seraient données qu’à des indigènes; que la diète serait triennale ; que les contributions ne seraient accordées que de trois ans en trois ans; qu’il y aurait un conseil indépendant de toute autorité autre que celle du roi, et avant pouvoir de faire au monarque des" représentations contre les mesures qui paraîtraient blesser les lois ; que les règlements relatifs à l'éducation seraient entièrement abandonnés aux états; que l’usage de la langue hongroise serait général dans le royaume; que le plus grand nombre des "officiers des régiments hongrois seraient pris parmi les nationaux.

Léopold fut enfin sacré, et consentit à ce que ses successeurs fussent obligés de se faire couronner dans le délai de six mois après leur avènement, afin d’empécher qu’un roi, pour échapper à la prestation du serment, ne se dispensât du couronnement , comme avait fait Joseph II.

La Hongrie se trouva dès lors constituée telle qu’elle l’a été constamment depuis, et telle que nous l’avons reréseutée plus haut (*). Des lors son istoire extérieure se lie intimement à l’histoire de l’Autriche. Quant à son histoire intérieure,- elle n’offre aucun événement remarquable , et se compose d’une infinité de faits , d’actes isolés, d’efforts plus ou moins énergiues qui tous tendent à réaliser le voeu es Hongrois : l’indépendance.

NOTICE HISTORIQUE sur les

rRIHCES I1E TRAKSYLVAH1E.

La Transylvanie était, avant le seizième siècle", une province dépendante des rois de Hongrie , qui y établissaient un waïwode ou gouverneur. Le premier prince indépendant de Transylvanie est Jean-Sigismond Zapolski.

JBAN-SIGISMOKD ZArOI.SKI ( 1 5 4O- I J 7 I ).

Nous avons déjà rapporté dans l’his- (*) Page s 5 cl suiv.

toire de Hongrie, que, par le traité conclu en 1538 entre Ferdinand et Jean de Zapolski , il était dit que dans le cas où celui - ci aurait un fils, la Transylvanie serait démembrée de la Hongrie, et formerait une principauté pour ce fils. Jean de Zapolski eut un fils , et cet enfant (Jean-Sigismond) fut reconnu prince de Transylvanie. A la mort de son père, il fut placé sous la tutelle de sa mère et du régent Martinusius, évêque de Warasdin. Nous n’avons pas à rappeler l’histoire de ce prince et de ses guerres avec Ferdinand. Il nous suffira de dire que, par le traité de Claudiople (1551) , Elisabeth céda la Transylvanie à Ferdinaud , moyennant un territoire en Silésie; mais, en 1556, les Transylvains , soutenus par , les Turcs , chassèrent les Autrichiens et reconnurent Jean-Sigismond ; la guerre qui s'engagea à cette occasion entre I Autriche et Jean-Sigismond se termina en 1571 par la paix de Prague , conclue sous la médiation de la Pologne : Jean-Sigismond conservait la Transylvanie et quelques comtés hongrois pour lui et ses descendants mâles ; si ceux-ci venaient à manquer, les états de Transylvanie devaient élire son successeur, qui recevait l’investiture de l’Empereur.

KTIEHSK BATHORY (l57I-l576).

Jean-Sigismond étant mort sans postérité, les états de Transylvanie élurent pour prince Étienne Bathory.

Son élection fut confirmée à Vienne et a Constantinople, a la condition qu'il se reconnaîtrait vassal de l’Autriche et tributaire de la Turquie. Quand Bathory fut élevé au trône de Pologne , il céda la Transylvanie à son frère, que les états reconnurent.

CHRISTOPHE BATHORY (l576-l58l).

Sous ce prince , qui se maintint en bonne intelligence avec l’Autriche, les jésuites se répandirent de plus en plus en Transylvanie , et enlevèrent un grand nombre d’églises aux protestants.

ÏO

L’UNIVERS

illiUMOHD BATHORY (l 58 I-I 6ül).

Ce prinee succéda à son père, mort après un règne entièrement nul. Les jésuites lui ayant inspiré des scrupules sur la protection que les Turcs lui accordaient, il s'allia avec Rodolphe, puis lui céda la Transylvanie contre le duché d’Oppeln et une pension de cinquante mille écus (1598). L’arcliiduc Maximilien fut nommé gouverneur de Transylvanie ; mais comine il tardait à venir dans son gouvernement, l'inconstant Sigismond rentra en possession de la Transylvanie. Il abdiqua de nouveau, en 1599, en faveur de son cousin le cardinal André Bathory, qui lui donnait une pension de vingt-cinq mille ducats. Rodolphe , sur ces entrefaites, envoya une armée pour s’emparer de la Transylvanie ; André fut vaincu et tué. Sigismond essaya de ressaisir le pouvoir ; mais il fut vaincu, et obligé de aider la Transylvanie au vainqueur.

RODOLrBR (i6oa-i6o5).

La tyrannie du comte Basta, gouverneur de la Transylvanie, fit soulever les habitants de cette contrée.

Moïse , prinee des Sicules , chef de la révolte, fut battu et tué. Mais la Transylvanie ayant pris part à la révolte des Hongrois, en 1604, recouvra son mdépcntiance, et se donna pour prince F.tienne Botskav, riche magnat et oncle de Sigismond Bathory.

ETIENIfE BOTMLAT (l 6u5-I 607).

L’Autriche fut obligée de reconnaître le nouveau prince, qui s’engagea, par la pacification de Vienne, à reconnaître l'Empereur pour son successeur.

miSNOHD RAGOCZY (1607).

Les Transylvains , au lieu de se soumettre à l'Empereur, se nomment un prince à la mort de Botskay ; leur choix tombe sur Ragoczy, vieillard paralytique , qui n’eut rien de plus pressé que d’abdiquer.

GABRIEL BATHORY (l6o8-l6l3).

Les états lui donnèrent pour suc-

cesseur Gabriel Bathory ; mais bientôt un rival lui disputa le pouvoir : Bethlen Gabor appela les Turcs , chassa Bathory, qui fut tué, et lui succéda.

BITHLBR GABOR (l6l3-l63o).

Les états confirmèrent son usurpation , et le nouveau prince se plaça sous la protection de la Porte. Gabor (Gabriel) fut entraîné par son zèle pour la réforme à jouer un rôle considérable dans la guerre de Trente, ans.

Nous ne donnerons ici que les détails strictement nécessaires pour faire apprécier son rôle dans ce grand événement , que nous avons raconté ailleurs (*); mais il nous semble convenable de dire préalablement à quelle époque la réforme pénétra en Transylvanie et comment elle s’y propagea.

«En 1521, les négociants de îiermanstadt apportèrent en Transylvanie, de la foire de Leipzig, différents ouvrages de Luther , qui y furent lus avec d'autant plus d'avidité , qu’une grande partie du pays était habitée par une population allemande. Cependant Jean Zapolski arrêta autant que possible les progrès du luthérianisme.

Mais Jean Honter, qui avait étudié à Bdle, fut chargé en 1533 par le magistrat de Brassovie (Kronstadt) de diriger la reformution d’après un plan méthodique; et, depuis 1545, tout ce que dans ce pays on appelle la nation saxonne, se déclara luthérienne , dans un synode tenu à Medgyes. Jean-Sigism'ond tint, en 1556, une diète à Clausenhourg , et y établit l'exereice de la religion protestante. Toutes les fondations ecclésiastiques furent sécularisées au profit de la couronne.

Mais déjà les disputes entre les deux partis protestants avaient pénétré en Transylvanie. Un synode tenu à Hernirnstadt, en 1557, condamna toutes les erreurs des nouveaux nestoriens et sacramentaires , tels que Berenger , Wiklef, Carlstadt, Zwingli, OEcolam-

ftade, Calvin et autres Debreczin.dans e comitat de Bihar, devint le chef-lieu des réformés , et leur nombre aug-

(*) Allemachr, t. Il, p. *63 et »uiv.

HONGRIE

ri

mento tellement, qu’à un synode tenu en 1564 à Enved , il fut établi un surintendant luthérien pour les Saxons et un réformé pour les Hongrois et iesSicules. Les unitaires ou sociniens se répandirent aussi en Transylvanie, où leurdoctrine futapportée parGeorge filandrate , de Salure, fameux médecin. En 1566 , iis firent imprimer à Claudiople leur confession de foi , et la diète de Transylvanie de 1571 leur accorda les mêmes droits qu’aux luthériens et aux calvinistes, de manière qu’ils forment encore aujourd'hui la troisième religion de l’Etat. La Transylvanie est le seul pays où ils jouissent d’une existence légale (*). »

Dès le commencement de la guerre de Trente ans, Gabor se déclara l’allié des Bohèmes , entra en Hongrie à la tête d’une armée, se lit élire roi de Hongrie , et donna aux protestants de ce pays de grands privilèges.

Soutenu par le roi d’Angleterre, qui lui envoyait des subsides , il occupa beaucoup Ferdinand, qui fut obligé de signer la paix à Nickolsbourg (i62l).

Gabor renonçait à la couronne de Hongrie , mais recevait sept duchés de Hongrie et deux duchés en Silesie.

En iG23 , Gabor recommença la guerre , et fit alliance avec les Turcs. Il vpnait au secours de l'électeur palatin ; mais après quelques succès , il fut battu et obligé de signer la paix de Vienne (1624), qui confirmait celle de Nickolsbourg ; seulement il renonçait aux deux duchés de Silésie (ceux d’Ôppeln et de Ratibor).

En 1626, Gabor conclut à la Haye un traite d'alliance et de subside avec l'Angleterre , le Danemark et la Hollande; il promit de fournir aux protestants un corps de quinze mille hommes contre un subside de quarante-six mille écus par mois. Il devait se réunir à Mansfela, et attaquer l’em-

fiereur Ferdinand III par la Hongrie; e sultan devait lui envoyer trente mille hommes. En effet , les Turcs arrivèrent, mais ne s'occupèrent pas de Gabor : le pacha de Bude les employa au

(*) Schœll, t. XXI, p. Si.

siège de Novigrod. L’armée de Mansfela fut détruite. Gabor effravé demanda la paix, et l’obtint à Presbourg.

Le traité de Vienne était renouvelé.

Gabor fit élire princesse de Transylvanie sa femme , Catherine de Brandebourg (1626). Après la mort de son mari , Catherine gouverna la principauté jusqu’à la tenue des états, qui la forcèrent à abdiquer, et nommèrent George Ragoczy I".

george ragoczt Ier (1 63o -i 64 8).

Ce prince , qui se montra dès son avènement Tardent défenseur des protestants hongrois , conclut en 1644 (18 février) un traité d’alliance avec la France et la Suède contre l’Autriche.

Le sultan Ibrahim promit de l’appuyer.

Il entra en effet en campagne ; et , à l’aide de cette diversion , Torstenson accabla les Autrichiens. L’Empereur offrit la paix à George ; la France le retint par le traité de Munkaez ( 1645 , 22 avril) , qui lui accordait de nouveaux subsides. George mena la guerre avec, activité , et seconda puissamment Torstenson , qui allait écraser Ferdinand , lorsque la Transylvanie traita avec l’Empereur, et assura par cette défection le salut de la maison d’Autriche (1645, 16 décembre). Les protestants de Hongrie obtenaient quelques privilèges importants ; Ragoczy obtenait la confirmation de la paix" de Nickolsbourg (paix de Tyrnau).

GEORGE RAGOCZT II (l648-l658).

George 1er eut pour successeur son fils George II, calviniste fanatique. Le nouveau prince fit alliance avec Charles-Gustave, roi de Suède, contre la Pologne, et alla se faire battre dans ce pays. Le sultan Mahomet IV, contre la volonté duquel George II avait attaqué la Pologne, déclara la guerre à ce prince , qu’il regardait comme son vassal, et le déposa. Les états furent forcés d'élire François Rédeï (1657), qui fut bientôt renversé par George II (1658). Celui-ci battit d'abord le pacha de Bude ; mais les Turcs se jetèrent sur la Transylvanie , la dévastèrent

L’UNIVERS

horriblement , forcèrent les états à élire. ichace Bartsaï, qu’ils obligèrent à payer une amende de cinq cent mille écus et un tribut annuel de cinquante mille ducats.

ACHACB BARTSAÏ (l 058* I 66o).

Bientôt fatigué de régner au milieu d'un effroyabledésordre (1660), Acliace Bartsaï voulut abdiquer , et céda le trône à Jean Kemeny. Mais les états, dont les droits étaient si manifestement violés, ne voulurent pas reconnaître cette cession. George II reprit le pouvoir, et accusa Bartsaï de trahison; celui-ci appela les Turcs, battit et tua George II. Les Ottomans vainqueurs voulaient réunir la Transylvanie à leur empire , et sans l’intervention de l’Autriche ils auraient accompli ce projet.

JEAH AIMER Y (l 660-I 66 l).

Jean Kemeny fut élu au milieu des troubles. Menacé par les Turcs , il se hâta de remettre entre les mains de Montécuculli , général de l’Empereur, les seules places qui lui restaient; mais les Turcs le déposèrent, et nommèrent à sa place Michel Abaffi. Bientôt Kemeny fut tué en combattant les Turcs.

MICHEL ICT ABAFFt (l 66 1-I 690).

Après la défaite des Turcs devant Vienne, Léopold continua à mettre à exécution ses projets sur la Transylvanie. En 1686 , une armée autrichienne força le prince Michel à recevoir garniso'n dans plusieurs villes et à signer un traité avec l’Empereur.

" L’Empereur reconnut Michel comme

Prince de Transylvanie , et confirma élection de son Gis , qui en 1681 avait été nommé son successeur ; promit d’assister le père et le (ils ainsi que la nation contre tous leurs ennemis, par des troupes qui seraient sous les ordres du prince. Les états conservèrent leur droit d’élection , les trois nations (hongroise , saxonne et sicule) et les quatre religions ( catholique , luthérienne, calviniste et socinienne) leurs privilèges. Excepté le cas d’une nécessité absolue, les habitants sont dispen-

sés du logement des gens de guerre.

L’Empereur ne lèvera pas de contributions dans le pays, et ne prendra ni le titre , ni les armes de prince de Transylvanie. Il comprendra ce pavs dans sa paix avec la Porte, et le délivrera du tribut qu’il paye au sultan.

Toutes les dépendances' de la principauté occupées par les troupes impériales, et toutes les conquêtes que fera le prince , seront réunies à la principauté. Ou payera annuellement vingtcinq mille ducats pour la protection impériale. Les deux tiers des garnisons de Claudioplc et Diva seront composés d’Autrichiens , mais payes et entretenus par le prince (*). »

Cette première victoire de l’Autriche sur la Transylvanie fut complétée en 1688. Dès 1687, le duc de Lorraine était venu prendre ses quartiers d’hiver en Transylvanie. Il força les habitants à renoncer formellement à la protection des Turcs , et à prêter serment à l’Empereur comme roi de Hongrie. On leur conserva leur constitution ; on leur laissa l’élection du prince , mais cette élection fut sou* mise à l'approbation de l’Empereur.

MICHEL II ABAFFI (169O-1699).

Le prince de Bade, général de l’Empereur, avait, en 168!), conduit son armée, victorieuse des Turcs, en Transylvanie , et y avait levé des contributions. Les Transylvains s'allièrent secrètement avec les Turcs pour résister à l’Autriche. Michel 1" étant mort , la cour de Vienne reconnut son Gis Michel 11 pour prince de Transylvanie ; mais les Turcs nommèrent Émeric Tékéli , et lui donnèrent une armée pour conquérir sa principauté.

Après quelques succès , Tekéli fut chassé par le prince de Bade , qui installa Michel 11, encore mineur, lui donna un régent (le général Frédéric Veterani) et un conseil de régence. La victoire de Zentha fournità l’Empereur les moyens d'achever la soumission de la Transylvanie. Michel II, après avoir résisté aux propositions qu’on lui fai-

(*) Schœll, t. XXXII, p. »66.

HONGRIE

sait pour l’abandon de ses États, fut obligé, en 1699, de céder à l’empereur la Transylvanie contre des terres en Autriche et une pension de dix mille florins. Cette principauté fut donc annexée à la Hongrie; mais en 1765, Marie-Thérèse, jugeant que cette contrée était assez importante pour former une division de l’empire indépendante de la Hongrie , la sépara de ce royaume et lui donna le titre de grand-duché.

La Transylvanie n’a pas depuis changé son état politique ; elle est encore aujourd’hui gouvernée par la chancellerie royale antique de la Transylvanie, résidant à Vienne.

APPENDICE

sur la

LITTKIATCRE HÜSC.ROISI.

Dés le onzième siècle, la civilisation avait jeté chez les Magyares d’assez profondes racines pour qu’une littérature nationale pdt fleurir sur la sol fécondé par les puissantes mains de Geysa et d’Étienne I*r. Malheureusement, le pieux réformateur avait voulu hâter le développement de son œuvre en donnant partout la préférence aux étrangers, en accordant une suprématie exclusive à la langue latine dans l’Église, dans les écoles et dans les affaires de l’État, un tel système fut nécessairement préjudiciable et à cet idiome qu'aucun législateur ne pouvait ressusciter, et à la littérature hongroise. On vit, il est vrai , éclore çà et là de beaux germes littéraires ou scientifiques; mais toutes ces productions auraient bien plus sflrement atteint leur maturité si elles avaient eu des racines plus profondes dans le sol de la patrie , si le développement n’en avait pas été factice et forcé.

Ainsi , nous ne parlerons en détail ni des nombreuses écoles et sociétés savantes fondées en Hongrie depuis six ou sept siècles , et encouragées par la munificence des souverains, ni des anciennes chroniques latines dont un grand nombre sont encore ensevelies

11" Livraison (Honobie.)

en manuscrits dans les archives, et dont beaucoupd’autres ont péri au milieu des ravages de la guerre ; ni des savants historiens , tels que Tubéro , Olaüs , Sambucus, Istvansi, Ratkai, etc. ; ni des médecins, naturalistes, économistes, comme Clusius, Kramer, Jessenius, Torkos, etc. ; ni des philosophes et des mathématiciens , tels que Pierre de Dacie, Boscowich, Segner, Rausch, Micovinii,etc.; ni des orateurs et des poètes, comme Janus Pannonius, Zalkan, François Huniade, Dobner , Pallya , etc. En effet, toutes les connaissances que renfermaient leurs ouvrages, écrits dans une langue antipathique au génie national, restèrent le partage exclusif d’une classe privilégiée, et leur portée fut si faible, qu’en 1491, sous LadislasII, plusieurs grands dignitaires ne savaient encore ni lire ni écrire.

Tous les progrès qu’a faits jusqu’à nos jours la ' culture intellectuelle du pays sont dus principalement à l’influence de la littérature vraiment nationale. La langue latine n’était jamais parvenue à etouffer complètement l’idiome magyare, qui se conservait dans les relations de la vie commune, dans les camps, dans les fêtes domestiques ou populaires et dans les assemblées politiques. Ainsi, les prêtres et les missionnaires etrangers durent le plus souvent se faire accompagner par un interprète. Il existe encore des fragments d’hymnes guerriers, de chants populaires et de sermons eu hongrois , et l'on conserve , dit-on , la Bulle d’or d’André II, écrite en original dans cette langue. Ce ne fut toutefois que sous le sage gouvernement des princes de la maison d’Anjou que la littérature natioriale sortit pour quelque temps de son état de proscription et prit un plus libre essor. Alors on écrivit des annales dans la langue du pays, on entreprit des traductions des lois et de la Bible (*). Parmi les écrivains qui suivirent cet exemple , nous

(*) Il existe à la bibliothèque impériale «le 'Vienne im manuscrit d’une linduction semblable cpii date de fan i38a. •

L'UNIVERS

citerons Ladislas Bathori en 1450 , et Bertalan en 1508. Après ces premiers essais, Janus Pannonius put s’occuper en 1465 de la rédaction d'une grammaire hongroise, dont on a malheureusement a déplorer la perte.

.Mais, des le seizième siècle , s’ouvrit une période plus favorable au perfectionnementde la littérature magyare ( 1527 - 1576). Les discussions et les conférences religieuses , les chants pieux , guerriers ou populaires développèrent (jeu à peu une langue et une litteratureadmirablement riches, polies et vigoureuses. Alors on s'empressa d’enseigner au peuple, dans un idiome qu’il put comprendre, les exploits glorieux de ses ancêtres, et c'est dans ce but que furent rédigées les chroniques hongroises de Szekéli (1559), de Tesmeswari (1569), de .Zringi (1660), de Bartha(1604i,deLisznyai(i692),etc.

Les traductions des saintes Écritures se multiplièrent. Ainsi l’on vit successivement paraître celles de Komiati (1533), de Pesti ( 1536), de Sylvestre (1541), de Zsefceli (1548), de Karolgi (1590), d’une association de théologiens protestait ts(l 661), etc., et toutesfurent réimprimées et publiées dansdes villes différentes, et mémeétrangères,commc Amsterdam, Cassel, Utrpcht, Nuremberg , Hanau. Des prosateurs et des orateurs éloquents se révélèrent encore à cette époque. Tels furent, de 1558 à 1032, Gaal, Davidis, Bornemisza, Telegdi , Pazman, Zwonaritz, Raidi, Margitai, etc. La poésie religieuse offrait aussi des chefs-d'œuvre; les prouesses des héros de la nation et les vieilles traditions étaient perpétuées dans d'innombrables chants populaires par les Tinodi ( 1540 ), les Tsanadi (1577), les Balassa (1580), etc. Au-dessus de toutes ces productions s'élevèrent d’un vol plus hardi les épopées du comte Nicolas Zrinyi (1652), dont la Zrinyade occuperait une place honorable dans toutes les littératures; celles de Liszti ( 1653), de Pascos ( 1663), du comte Cohari ( 1699 ), et surtout les poèmes de Gyœngyœsi ( 1664-1734 ), qui, maigre son goût peu judicieux pour l’antiquité et ses

éternels emprunts à la mythologie païenne, se distingue par beaucoup de sentiment et de talent descriptif.

Parmi les poètes lyriques, Rimai, Baiassa, Benitzki, méritent d’être cités.

En 1653, Jean Tsere Apotsai publia en hongrois une Encyclopédie de toutes les sciences , et une logique en 1656, alors qu’aucun écrivain etranger n'avait encore tenté de rédiger un livre de cette nature dans sa langue maternelle. De nombreux ouvrages de grammaire et de lexicographie publiés a cette époque à Lyon , à Debreczin, à Venise , à Pesth , etc. , et souvent réimprimés , prouvent qu’on s'appliquait avec grand soin au perfectionnement de l’idiome magyare.

Toutefois ce développement de la littérature nationale qui promettait tant de fruits, fut bientôt étouffé , et, de 1702 à 1780, le latin redevint plus florissant que jamais. Ce fut en 1721 qu’après quelques essais insignifiants, parut écrit d'un style barbare dans cet idiome , le premier journal public en Hongrie. En 1781 parut le premier en langue hongroise, grâce aux efforts de Mathieu Rath, savant distingué dont l’exemple a trouve des imitateurs.

En même temps que l’indépendance politiquerenaissaitsous le règne de Marie-Thérèse, on vit se développer avec une vigueur nouvelle la culture littéraire de la nation. Dès lors commencèrent à se dessiner les trois écoles qui se sont succédé sans interruption, même sous Joseph II, où elles furent menacées d’être frappées de proscription : l’école française, l’école latine et l’école moderne. La première se mouvait dans un cercle étroit de traductions ou d’imitations serviles et décolorées de noschefs-d'œuvre, triste symptôme d’une littérature encore peu sûre d’elle-mérae. Elle avait été fondée en 1772 par George Bcssengei, profond et patriotique penseur, qui, sorti d’une condition fort humble, avait su se conquérir une place honorable parmi les nobles et parmi les littérateurs. Alexandre Barotzi (1774), Baresai (1777), les comtes Adam et Joseph Teleki, et plusieurs autres sui-

HONGRIE

virent ses traces. Mais si cette école ii’avaitaucunechanced'avenir, elle prépara du moins une ère plus florissante.

En 1778, le moine Angvs ouvrit la série des poètes de l’école latine. Mêlant avec bonheur les souvenirs d’une jeunesse passionnée à un enthousiasme vraiment poétique pour l’antique gloire desonpavs. il fut le premier poète élégiaque de son temps (*). Le jésuite François Faladi (1741), qui avait mérité, comme prosateur, le surnom de Cicéron hongrois et s’était distingué par ses travaux philologiques, acquit après sa mort une gloire plus brillante encore comme poète lyrique et bucolique (**). L’école latine proprement dite avait été fondée en 1 740 par le comte Raday, et soutenue par Kasinczy et Virag. A côté de ces chefs, zélés partisans de la prosodie et du style des anciens classiques de la Grèce et de Rome, figurèrent avec assez d’éclat Berzsengi , Rêvai , Dobreutei , etc. , pour la poésie lyrique; Vitkovics pour f’épître , et Szeutmiklossy pour répigramme. ,

A la tète de la troisième école nous voyons combattre avec ardeur, pour les progrès de la langue et de la littérature nationale, Kasinczy, Verseglii, Raday Gédéon, qui unissent les préceptes aux exemples ; Gabriel Davka, émule d’Angys , poète anacréontique des plus distingués; Szeutzobi, aux chants doux et gracieux ; Czokonai , lyrique, populaire qui excelle surtout dans les chants bachiques; Kœlesey, célébré comme critique, et aussi trèsestimé pour ses charmantes ballades.

Nous citerons eneorelesdeuxKisfaludi, qui ouvrirentledix-neuvièmesiècle par la publication de leurs poésies lyriques, de leurs sonnets amoureux, et surtout de leurs récits traditionnels en vers , tout empreints d’un cachet d'originalité nationale; puis les deux plus grands poètes épiques de la Hongrie, Czuczor

(*) Ses œuvres ont été publiées à Vienne en 1798, in-8», sous le titre d ’Anyot Pal ' Munknji .

(**) a vol. in-8», Raab, 1786, et 1 vol. in-8», Prrsbourg, 1787.

et Voerœsmarty, que l'enthousiasme patriotique a salués des surnoms i' Homère et de Tasse hongrois.

La première scène nationale fut établie en 1790 à Bude et à Pesth ; mais les nombreuses pièces qui s’y sont produites n’ont pour la plupart qu’une médiocre valeur.

La prose, comme nous l’avons vu , dut nécessairement rester longtemps négligée. Ce ne fut que sous le successeur de Joseph II qu’elle put se relever de son abaissement , alors que 1s langue allemande fut supprimée, qu’un plan d'éducation nationale fut adopté dans toutes les écoles, que de nombreux écrivains unirent leur zèle et leurs talents pour cette œuvre de régénération.

Des feuilles politiques, des recueils littéraires et scientifiques , tels que l’Aurora , l’Urania, l'Orplieus, le Tudomanyos Tar, malgré la censure sévère à laquelle elles sont soumises, secondèrent le mouvement. La noblesse elle-même produisit des auteurs distingués , et à côté des Nyéri, des Kalia}', des Giceri, des Bajza, etc., vinrent se placer les comtes de Szechenei, de Vesselenyi, le baron Josika, M. de Fay, et plusieurs autres gentilshommes.

Jusqu’à présent la littérature hongroise, vivant presque exclusivement de patriotiques souvenirs, n’a pas pris un essor assez vaste pour enfanter des productions qui puissent répandre son éclat hors des limites du pays. Espérons toutefois que tant de louables efforts , en entretenant dans la nation la vie intellectuelle, les nobles sentiments, les mœurs douces et polies, les habitudes libérales, feront faire des progrès toujours croissants à une langue qui ne le cède à aucune autre pour l’énergie, la richesse, l’harmonie et la flexibilité, et placeront la littérature hongroise à un rang distingué parmi les littératures contemporaines {*). Bannie jusqu’à

(*) Divers ouvrages ont etc publiés sur l'histoire de celte littérature : eu hongrois par Spangar (>738), Bod (1768), Saudor, Papai, Jankovik, etc.; en latin, par Rota-

L’UNIVERS

présent des affaires, la langue lion-

ride, (1745), Bel.Haner, Ileliiai , etc. ; enfin en allemand parWindiïh, Seivert , Miller, Schwarmer, R®sler , et beaucoup d’autre».

Voyez aussi le Manuel de. la poésie hongroise ou choix de morceaux extraits des poètes hongrois (depuis Tinodi, i54o), et disposés dans l'ordre chronologique, recueil public par Stellner et Seliedcl sous les pseudonymes de l''anyeri etToldi, à Pesth et à Vieuue, i8a8, a vol. in-8°.

groise remplacera bientôt entièrement dans les actes publics le latin barbare qu’on y a employé jusqu'à ce jour, et bientôt servant d’interprète au dévouement patriotique, elle se vengera par d’éclatants succès de l’abandon où elle a été laissée si longtemps. L’ardiiduc palatin en a pris l’engagement à la diète de 1836, et l'opposition a enregistré cette promesse qu’elle saura sans doute rappeler au besoin.

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