MATHIAS II
L’abdication deRodolphedevaitfaire monter Mathias sur le trône; cependant la diète, avant de l’elire, lui fit signer une capitulation par laquelle il
HONGRIE
s’engageait à respecter les libertés du royaume; les privilèges des luthériens et des calvinistes furent confirmés; les jésuites furent privés du droit de posséder des biens-fonds dans le royaume; la diète nomma un palatin et choisit un protestant. A la suite de ces concessions. Mathias fut élu.
En 1615, il signa à Vienne de f'ienne) une convention avecAchmet, par laquelle la paix de Situatorok fut confirmée pour vingt ans. Mathias mourut en 1619, sans postérité.
FERDIKAHD II (1619-1637).
Sons le règne de ce prince, la maison d’Autriche eut à soutenir la guerre de Trente ans. Des guerres continuelles contre le prince de Transylvanie, allié avec les ennemis de Ferdinand, composent l’histoire assez insignifiante de la Hongrie à cette époque.
Un événement important pour l’histoire religieuse de ce pays, c’est la publication du Kalanz (guide). Cet ouvrage composé par Pazman , archevêque de Strigonie, est écrit en magyar, et est regardé comme un chef-d'œuvre de style, d'érudition et de dialectique. Ce livre a exercé une influence telle sur les esprits, que l’on date de sa publication la décadence du protestantisme en Hongrie.
Ferdinand II, qui avait intérêt à ménager les protestants de Hongrie pour les empêcher de prendre part à la guerre de Trente ans, se montra fort tolérant envers eux , et confirma leurs privilèges à la diète d’OKdenbourg (1622).
FERDIX 1 WD tll (l637-lfi57).
Les événements de la guerre de Trente ans remplirent presque entièrement le règne de ce prince. Lorsque Ragoczv, waïvode de Transylvanie se joignit aux Suédois et se déclara ouvertement contre l’Empereur en 1644, tous les palatinats de Hongrie se joignirent à lui. Mais dès l’année suivante, tout rentra dans l’ordre , et la paix de religion de 1608 fut confirmée et étendue en faveur des protestants de Hongrie.
LÉOPOLD Ier (1657-1705).
Le règne de Léopold fait époque dans
l’histoire des Hongrois. Ce prince résolut de modifier Pétât de choses existant, et de rendre moins illusoire l’autorité des rois en Hongrie!*); pour y parvenir, il résolut d’entretenir, dans ce royaume, une armée permanente et dépendant uniquement du roi; mais le mécontentement des Hongrois, la crainte d’une révolte qui augmenterait les embarras où il était par suite de la ffterre contre les Turcs, le forcèrent à suspendre ses projets. Cependant, malgré la paix de 1664, due surtout à la victoire de Saint-Gothard, les troupes autrichiennes étaient restées en Hongrie; il était évident que l’Empereur ne cherchait qu’une occasion , n'attendait que le moment favorable pour substituer son autorité à celle de la noblesse.
Aussi, en 1667, les magnats résolurent de se révolter en masse sous la conduite du comte de Zrini, et s’entendirent avec la France et la Turquie.
Léopold agit avec une énergie qui déconcerta les conjurés ; les chefs et les principaux révoltes furent pris, condamnes à mort ou bannis, et leurs biens confisqués ;1670).
Léopold profita de la victoire pour anéantir la constitution hongroise, et rendre la couronne entièrement héréditaire. Il déclara que la nation s’étant rendue coupable de rébellion , elle était déchue de ses privilèges: il abolit la charge de palatin , et déclara que désormais le pouvoir royal serait absolu.
Pour faire exécuter ces ordres, il fit entrer trente mille hommes en Hongrie. Les protestants furent persécutés avec violence , comme auteurs principaux de la révolte. Deux cent cinquante de leurs ministres furent envoyés aux galères de Naples.
Les Hongrois subirent d’abord le joug; mais cette nation était trop brave pour se soumettre à un pareil despotisme. En 1675, une révolte, à la tête de laquelle était Émeric Tékély, éclata
(*) Yoy. l’Atrnucni, p. 98.
L’UNIVERS
dans toute la Hongrie; les Transylvains , les Turcs lui promirent leur âp-
Iiui ; l’ambassadeur de France en Poogne leva un corps de vingt mille Polonais, et marcha à son secours.
Léopold céda ; à la diète d’OEdenbourg (1680) , il rétablit la dignité de palatin ; mais il n’accorda aux protestants que des avantages si équivoques, que la guerre recommença. Tékély fit alliance avec les Turcs, qui le reconnurent maitre de la moyenne Hongrie , sous la suzeraineté de’ la Porte, avec l’obligation de payer un tribut annuel de quarante mille piastres (1682).
Léopold fut obligé de faire la guerre; en 1683, le grand vizir Kara-Moustapha entra en Hongrie avec trois cent mille hommes, et marcha droit sur Vienne, qu’il assiégea ; le roi de Pologne Sobieski le força à lever le siège, mit en déroute son armée, acheva de la détruire en Hongrie, enleva Strigonie aux Turcs, puis se retira, ne voulant pas aider Léopold à soumettre les Hongrois.
Les campagnes suivantes ne furent pas plus heureuses pour les Turcs ; iis furent battus à Strigonie (1683) ; Bude leur fut enlevée (1686), après avoir été pendant cent cinquante-sept ans entre leurs mains. Ils perdirent , en 1687, la bataille de Mohacz, à la suite de laquelle l’Esclavonie se rendit aux Autrichiens , qui, en 1688, prirent Albe- Royale, Belgrade, Semcndria; la même année, Munkats, principal siège des révoltés hongrois, tombait au pouvoir des armées de Léopold.
Vainqueur des Turcs et de Tékély, Léopold écrasa la Hongrie ; le comte Carat'fa, gouverneur de ce pays, institua un tribunal (1687) charge de juger les coupables ; les exécutions de ce tribunal sont connues sous le nom de Boucheries d’Êperies. Le résultat de cette terreur fut que la diète de 1687 décréta l’hérédité du trône dans la branche masculine de la maison d'Autriche, et abolit le privilège d’insurrection accordé, par le roi André. Léopold, satisfaitd'avoiratteint le but que se proposait depuis si longtemps l’ambitieuse maison d’Autriche, confirma
les privilèges de la nation et même ceux des protestants.
La guerre continuait toujours avec les Turcs. En 1689, ils étaient battus à Batudjina, à Nissa; Widdin, la Servie et la Bosnie tombaient au pouvoir des Autrichiens ; malgré les efforts de Kiouprili, les Turcs étaient vaincus à Salankemen (1691), et enfin à Szentha (1697). Cette dernière victoire fut décisive. La paix fut signée à Carlowitz (1699).
La Transylvanie restait à l’Autriche; la province de Temeswar, aux Turcs; mais l’Autriche conservait l’F.sclavonie, les comtés et les villes de Hongrie qu'elle avait enlevés aux Turcs pendant la guerre. Tékély s’était retiré en Turquie, et finit par mourir cabaretier à Constantinople, et catholique.
Pendant cette guerre , une foule de Grecs de Bosnie et de Croatie s’établirent en Hongrie (1689). Léopold accueillit avec empressement ces nouveaux venus , et leur donna des terres que les ravages de la guerre avaient rendues désertes. C’est de cette époque que date l'établissement de la religion grecque en Hongrie.
Après la paix de Carlowitz, Léopold profita de la victoire pour accomplir le grand projet qu’il avait toujours médité, la destruction du protestantisme en Hongrie. La conduite de ses agents amena une nouvelle révolte.
Léopold Ragoczy, l’un des principaux magnats de Hongrie , entra en négociation avec Louis XIV, au moment où la guerre de la succession d’Es-
K allait éclater. Le roi de France ■omit son appui. Sur ces entrefaites, Ragoczy fut arrêté, s'échappa et se rendit en Pologne, auprès de l’ambassadeur français; en 1703, lorsque l'armée française, qui fut vaincue à Hochstædt, s’avança en Allemagne, Ragoczy entra en Hongrie , et appela les Magyares aux armes. Afin de se maintenir dans l’alliance de Louis XIV, il ne fit rien pour les protestants; il demandait le rétablissement de l’éligibilité du trône, du décret d’André II, l’expulsion des jésuites, la destitution
HONGRIE
des fonctionnaires allemands, et enfin qu’on rendît aux protestants les temples qu'on leur avait enlevés : Léopold refusa. Alors Rngoczy commença la guerre; il se fit nommer prince de Transylvanie; Louis XIV lui envoya de l’argent et des officiers ; et bientôt, à la tête de soixante et quinze mille hommes , il prit plusieurs villes et marcha sur Vienne.
josefb ict (1705-1711).
La mort de Léopold et la bataille de Bibersbourg (1705), perdue par Ragoczy, amenèrent des négociations.
Joseph Ier aurait voulu la paix; mais il fut impossible de s’entendre; enfin, en 1707, la diète déclara que la Hongrie était un royaume libre et que le trône était vacant. Les Hongrois ne surent, cette fois , encore, que faire de leur liberté; ils se disputèrent, et le peuple ne secondant pas ces mouvements tout aristocratiques, la guerre fut bientôt terminée; la paix fut signée à Szathmar, en 1711. L’Empereur accorda une amnistie aux coupables.