GUERRE EBTRR ALBERT RT ADOLPHE
Cependant Adolphe de Nassau , qui régnait depuis six uns, avait par ses actes arbitraires autant que par ses vices iiudisposé contre lui tous les esprits, ‘même celui des électeurs qui avaient concouru avec le plus de zèle à son élévation. Né loin du trône comme Rodolphe de Habsbourg, il u’avait aucune des qualités morales qui avaient aidé celui-ci à s’y maintenir. Faible, il appela au secours de sa faiblesse la duplicité et l’injustice. Engagé dans cette route, il ne put s’arrêter; il alla
d’erreurs en erreurs, de crimes en crimes, et en reçut la punition. Albert, qui épiait l’occasion favorable pour ressaisir le sceptre que son père avait si glorieusement porté, mit tout eu oeuvre pour se concilier les nouveaux ennemis de son rival. Une diète fut convoquée à Mayence le 23 juin 1298.
à la suite de laquelle Adolphe fut déposé , et Albert nommé à sa place.
ALBERT SE nÉCOBCILIE AVEC BOBIFACB VIIL
L’Allemagne se divisa. Adolphe parvint à réunir une armée supérieure à celle de son compétiteur , et la chance semblait être en sa faveur. Les deux rivaux se rencontrèrent à Gelheim. entre AVorms et Spire. Le combat fut acharné. lo fils de Rodolphe, qui avait formé le projet d’éteindre la guerre civile dans le sang de celui dont ii avait fait prononcer la déposition, arma une troupe d’élite d’une espèce ae poignards d'invention particulière , avec ordre d’en frapper les chevaux, et de se faire jour jusqu’à Adolphe ; ce moyen réussit. La cavalerie d'Adolphe fut dispersée. Lui-même fut démonté, et reçut à la tête un coup si terrible^ qu’il fut obligé d’ôter son casque. Il s’élança sur un nouveau cheval, et parcourant les rangs, la tête découverte , il se fraya un passage vers Albert , qui animait ses troupes du geste et de la voix. «Tu vas, s’écria-t-il en « l’apercevant , quitter à la fois la « couronne et la vie. — Le ciel en dé- « cidera, répondit Albert, en lui por- « tant un coup de lance au visage. « Adolphe tomba mourant, et les partisans d’Albert l’achevèrent (2 juillet 1298).
ÉLECTIOB d'albert.
Victorieux et tout-puissant, trop circonspect d’ailleurs pour monter sur le trône en vertu d’un titre dont on lui contestait la validité, Albert sentit que c’était le cas de la magnanimité; il renonça à toute prétention à la couronne impériale, et, comme on le prévoit, il fut réélu par les suffrages unanimes de tout le collège électoral.
AUTRICHE
Son couronnement eut lieu à Aix-la- Chapelle, le 24 août 1298, et sa première diète se tint à Nuremberg avec line magnificence inaccoutumée. Les électeurs et le roi de Bohême le servirent à table; son épouse fut reconnue reine des Romains, et il donna à ses fils Rodolphe, Frédéric et Léopold, l’investiture de l'Autriche, de la Carmole et de la Styrie.
Cependant l’election d’Albert avait allumé le courroux du fougueux Boniface VIII , qui occupait alors la chaire de saint Pierre. Ce pape avait de la hardiesse dans les vues , et de la ténacité dans les résolutions. Il menaçait les souverains d’une domination temporelle; et, depuis son exaltation, il marchait avec audace dans un système qu'il n’avait point établi, mais qu'il voulait à tout prix faire prévaloir. La nomination d’Albert lui parut donc illégale, comme blessant les justes prérogatives de la cour de Rome, le chef de la chrétienté étant, disait-il, le véritable roi des Romains. Se répandant en amères invectives contre ce prince, il alla jusqu’à représenter sa victoire sur Adolphe de Nassau comme un lâche assassinat. L'orgueil d’Albert fut profondément blessé; mais ayant senti qu'avant tout il fallait détourner l’orage, il s’empressa d’envoyer à Rome, avec de riches présents , des ambassadeurs qu’il chargea de protester de son dévouement filial envers le chef de l’Église. Boniface reçut, assis sur le trône pontifical , la couronne au front et l’épée de Constantin au côté , les ambassadeurs d’Albert, et prenant le titre de vicaire général de l'empire, il somma le préteudu roi des Romains de comparaître devant lui pour se justifier du crime de trahison envers Adolphe de Nassau, pour demander pardon au saint-siège, et pour subir la pénitence qui lui serait imposée.
Les États d’ Allemagne s’émurent à ces paroles ; déliés par le pape du serment de fidelité qu’ils avaient prêté au nouvel empereur , ils se liguèrent pour le détrôner. L’archevêque de .Mayence, qui d’abord avait fait élire Adolphe de Nassau au détriment d’Albert , et qui.
ensuite, offensé par cet Adolphe, avait été le premier moteur de la révolution qui l’avait chassé du trône, se trouvait à la tête de la ligue. Il y avait dans la présomption de ce prélat une arrogance telle, qu'il avait dit à Albert lui-même : « Je n’ai besoin que de « sonner du cor pour faire sortir de « terre un autre empereur. »
ALBERT s'üRIT AVEC PHILIPPE LE BEL CORTEX X/C PAPE.
Avant de chercher dans les armes la défense de ses droits. Albert combinant ses ressources avec habileté , adressa à Philippe le Bel, roi de France, non moins menacé que lui par Boniface, des propositions qui furent acceptées. Albert et Philippe s’engagèrent par un traité à faire cause commune contre quiconque entreprendrait sur les droits de l’empire et de la France. Cette union fut scellée par le mariage de Rodolphe, fils d’Albert, avec Blanche, soeur de Philippe. Albert, s’étant ensuite assuré de la neutralité des électeurs de Saxe et de Brandebourg, fondit sur l’électorat de Mayence , avec une armée formidable, en prit les principales forteresses , et contraignit l’archevêque non-seulement à renoncer à l’alliance du pape, mais à prendre l’engagement de servir l’empereur dans toutes les guerres qu’il entreprendrait pendant cinq ans.
ALBERT SE IIBCORCIUE AVIC BORITACE VIII.
Ce succès ouvrit la voie à une réconciliation entre Albert et Boniface.
l.a querelledu saint-siège avec le roi de France, relativement aux dîmes à lever sur le clergé, était alors enflammée au plus haut degré. Boniface n’ayant pu détrôner le roi des Romains , entama avec lui des négociations dans lesquelles Albert montra toute la duplicité de son caractère. Il rompit ses traités avec Philippe, reconnut formellementquereuipircd’Qcçident avait été transféré des Grecs aux Allemands en la personne de Charlemagne ; que le droit des électeurs à choisir un roi
L’UNIVERS
des Romains était dérivé du saintsiège, et que les rois et les empereurs recevaient du souverain pontife la puissance du glaive matériel. Enfin , il s’engagea par serment à défendre les droits de l’Église contre tout ennemi, fût-il roi, et à lui faire la guerre dès que le pape l’exigerait. En récompense , Boniface , par la plénitude de son pouvoir, rectifia toutes les irrégularités de l’élection du roi des Romains, et le qualifia de fils soumis de l’Église. En même temps, il fulmina une sentenced’excomraunication contre Philippe, et le déclarant déchu de tout droit a la couronne de France , il en investit Albert. On ne peut savoir jusqu'à quel point l’avide empereur aurait profité , contre son ancien allié, de cette libéralité pontificale , si Philippe n’avait mis un terme à la longue querelle du sacerdoce et de l’empire, par une scène de violences et d’humiliations envers le souverain pontife, où la force triompha sans danger et sans gloire, et où fa victime ne sut pas honorer son malheur.
ALBERT FAIT KL Kl K SON FILS ROI DE BOHEME.
A peine couronné roi des Romains, Albert mit à découvert toute son ambition. Après avoir forcé les armes à la main les princes du bord du Rhin à lui céder certains droits importants, il attaqua la Hollande , la Zélande et la Frise, les réclamant comme des fiefs de l'empire; mais une défaite complète l’obligea d’abandonner cette entreprise. Il se rejeta sur la Bohême, dont le souverain lui avait refusé le dixième du produit des mines de Kuttenberg , et ne fut pas plus heureux.
Cependant la puissance et la prospérité toujours croissantes de la Bohême irritaient sa cupidité. Jaloux d’ailleurs de réparer son dernier échec, il marcha de nouveau en Bohême à ja tête d’une nombreuse armée; mais son agression fut encore repoussée. Sur ces entrefaites, Venceslas IV mourut.
Son fils,- âgé seulement de dix-sept ans, obtint ^la paix moyennant quelques cessions au profit de l'empereur,
et en rendant hommage pour ses deux souverainetés de Bohème et de Pologne. Ce jeune prince mourut assassiné quelques mois après, et Albert parvint à faire élire, par les états du royaume , son fils Rodolphe. Une conduite modérée aurait comblé le vœu des Bohémiens. Rodolphe était d’un naturel juste et doux ; mais son père lui dictant des mesures tyranniques, les coutumes du pays furent violées , les églises dépouifléês, le clergé proscrit. Le mécontentement se propagea rapidement , et toute la nation se leva pour attaquer le despotisme autrichien.
Rodolphe entra en campagne pour soumettre la rébellion, et mourut de maladie devant Horadowitz dont il formait le siège. Albert prétendit le remplacer par son second fils, Frédéric; mais les états s’y refusèrent avec obstination , et choisirent Henri de Carinthie. L’orgueil d’Albert fut profondément blesse. Des troupes impériales s’avancèrent vers Prague ; mais elles furent battues et repoussées.