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RÉVOLTE DE LA SCISJC

A la mort de l’empereur Rodolphe, l’alarme s’était répandue dans toute la Suisse, divisée alors en un grand

AUTRICHE

nombre de petites souverainetés , de villes indépendantes, de domaines ecclésiastiques , 'et de cantons qui se gouvernaient démocratiquement. Le caractère d’Albert, si éloigné de la sagesse et de la modération de son père , avait donné à ces montagnards, jaloux de leur indépendance, des craintes sérieuses pour la conservation de leurs privilèges, que Rodolphe dellabsbourg avait. solennellement reconnus.

De toutes parts, on chercha à se mettre à l’abri des envahissements dont on se voyait menacé. Uri, Schwitz et Unterwald renouvelèrent leur ancienne alliance. Cependant Adolphe fut élu empereur. Les Suisses avaient embrassé son parti. Albert, pour se distraire de sa mortification , et se venger des villes et seigneurs de la Suisse qui s’étaient prononcés contre ses intérêts, vint, comme nous l'avons déjà dit, porter la guerre et la désolation dans ce pays. Adolphe de Nassau rétablit la paix, et confirma les privilèges et immunités des villes impériales et des vallées libres. Mais ce malheureux empereur ayant été déposé, Albert, qui le remplaça sur le trône impérial, ne dissimula plus son désir de former dans la Suisse une principauté pour un de ses nombreux enfants. En conséquence , on levit empiéter continuellement sur les immunités des habitants; il pensa qu’en leur donnant des gouverneurs impériaux durs et cruels qui leur prodigueraient sans cesse l’insulte et les vexations , il pousserait le peuple à la révolte , et trouverait ainsi un prétexte pour motiver l’oppression qu’il méditait, ou bien encore que ces pauvres paysans se détermineraient volontairement à rechercher la domination de la maison d’Autriche. De cette manière, il espérait atteindre son but, en conservant les apparences de la justice.

MORT d’aI.BÏRT.

Mais les cœurs étaient profondément ulcérés , et le jour de la vengeance ne devait pas tarder à luire. Ce fut le 13 janvier 1308 qu'éclata la glorieuse révo-

lution qui donna la liberté à la Suisse. Les gouverneurs furent tués ou chassés; fous les châteaux tombèrent entre les mains des insurgés; la plupart furent rasés , et il n’en resta que quelques débris pour attester seulement que là avaient été les nids de la tyrannie. Albert jura d’exterminer les paysans rebelles à sa volonté, et il se disposait à marcher contre eux à la tête d’une armée nombreuse et d’une foule de chevaliers de la Souabe et de l'Helvétie. Mais son injustice lui avait suscité d’ardents ennemis chez les grands et la noblesse , et sa vie était menacée par une conjuration.

Déjà à Bâle, l’évêque Othon de Granson, à qui il refusait l’investiture de plusieurs Uefs attachés à son siège , s’était rendu auprès de lui , et avait lait briller un poignard à ses yeux, en le menaçant de le tuer s’il ne" lui donnait pas une satisfaction immédiate. Albert, seulement accompagné de quelques chevaliers , promit tout; mais, pour ne rien tenir, il s’échappa pendant la nuit, et alla rejoindre son armée en Argovie.

Il avait près de lui son neveu et pupille, le duc Jean de Souabe, dont il retenait le patrimoine, quoique ce jeune seigneur eût atteint sa majorité.

Jean avait jusqu'à ce jour inutilement pressé l’empereur de le mettre en possession de ses États ; cette fois , il crut l’occasion favorable pour renouveler ses réclamations. Albert, joignant l'insulte à la spoliation, se fit apporter des guirlandes de Heurs , et les présentant à son neveu : « Prends ceci , lui « dit-il, qui sied bien à ton âge, et « laisse-moi le soin de gouverner tes « États. » Jean se retira, l’indignation dans le cœur, et méditant une horrible vengeance. Son gouverneur , Walter d’Ecnsenbach , et trois de ses amis, Rodolphe de W’art, Rodolphe de Balm et Conrad de Tegenfeld, s’associèrent à son injure.

L’empereur se rendait de Baden à Rhei nfeld où était l’impératrice. A rri vés sur les bords de la Reuss , les conjurés passèrent le bac lespremiers : ils furent suivis d’Albert, qui n’avait avec lui qu’un seul officier, ayant laissé surl’au-

L’UNIVERS

trerive son fils Léopold et le reste de sa suite. L’empereur traversa lentement les campagnes qui se déroulent au pied des montagnes que couronne le château de Habsbourg ; et il était à converser avec l’oflicier qui l’accompagnait , lorsque le duc Jean lui enfonce son poignard dans la gorge, en s’écriant :

« Reçois le prix ae l’injustice. » Au même instant , Rodolphe de Balm lui traverse la poitrine de son épée, et Walter d’Eschenbach lui fend la tête.

C’est ainsi que périt le fils de Rodolphe de Habsbourg (l*r mai 1308). Une pauvre femme que le hasard avait amenée là recueillit le dernier soupir du monarque, et étancha son sang avec des haillons.

Une chronique contemporaine représente ce prince comme un homme grossier , ignoble et presque féroce , homo gro.isvx , axpectu ferox, rusttcanus in persond. Il regardait le* hommes comme destinés, chacun dans son état,

A tracer tous le joug un pénible sillon .

Qüe le soldat soit brave, le prêtre dévot, la femme soumise, le paysan laborieux et rien de plus, était une maxime qu’il avait rendue proverbiale à force de la répéter. Aveuglé par l’ambition, il dédaignait ce pouvoir que donnent aux chefs des États l'affection et la confiance des peuples. Il ne voyait que deux moyens, les moins sûrs et les moins nobles, de gouverner et de conquérir , les armes et l’argent. Les moindres bornes que l’on voulait mettre à son autorité, allumaient en lui cette indignation féroce qui n’a rien de commun avec l’instinct - de supériorité d’un homme fait pour commander aux autres. Sa cupidité lui coûta la vie, et à sa maison l’empire, qui n’y rentra que cent trente ans après, dans la personne d’Albert II , gendre et successeur de Sigismond.

LK9 FILS D’ALBKBT l*r.

eredAric. i.ioroLD. aeiieat. b es ri. othob.

Albert laissa cinq fils, qui succé-

dèrent, par indivis, a toutes les possessions de leur famille, tant acquises qu’héréditaires. Trois d'entre eux étant encore fort jeunes, Frédéric l'aîné , surnommé le Iteau, administra les provinces autrichiennes, et Léopold, qui venait après lui,, prit en main le gouvernement des États de Souabe, d’Alsace et de Suisse.

OBATIMEKT DES MEURTRIERS d'aLBERT.

Le premier soin des enfants d’Albert fut de venger la mort tragique de leur père. Frédéric et Léopold surprirent et rasèrent les châteaux des auteurs et des complices du meurtre, et en égor-

f;èrent tous les habitants sans excepter es femmes et les enfants au berceau.

Dans la forêt voisine de Fahrwangen, soixante -trois chevaliers, quoiqu'ils eussent protesté de leur innocence, furent décapités sous les yeux de Léopold et de sa sœur Agnes, veuve d’André, roi de Hongrie. « Je me « baigne dans la rosée de mai , » dit cette princesse féroce en voyant la terre inondée de leur sang et jouchee de leurs cadavres. Agnès n'avait alors que vingt-six ans. L'épouse de Rodolphe de Wart se jeta a ses pieds pour implorer la grâce de son mari , niais ne put rien obtenir : il fut roué vif et resta exposé sûr la roue pendant trois jours, au bout desquels il expira. Enfin plus de .mille v ictimes furent immolées aux* mânes du monarque autrichien; et, quand elles furent bien repues, Agnès et sa mère Élisabeth fondèrent un riche monastère à l’endroit même où Albert avait été frappé. Ce monastère fut appelé depuis le Champ du Roi (Kœnigs Felden); les deux princesses s’y enfermèrent, et y passèrent en exercices de piété le reste de leurs jours. Berthold Strebel d'Ofstringen, vieux guerrier qui vivait en ermite sur des monts escarpés, ayant été invité par elles a venir cherche'r un asile au monastère: «Femmes, leur « dit-il, on ne sert point Dieu en répan- « dant le sang innocent, ni en fondant « des monastères avec le fruit des ra- « pines qu'on a commises. On le sert

« par la compassion et l’oubli des in- « jures. »

Frédéric et Léopold , sur qui reposait alors la fortune de la maison d’Autriche, n’avaient de commun entre eux que cette rare valeur héréditaire dans leur famille. Frédéric était d’une taille élevée et bien prise, son caractère était lein de bienveillance et de douceur.

1 passait pour le prince le plus accompli de l'Allemagne. Léopold était petit et difforme, et d’un caractère inquiet et fougueux ; mais quoiqu’il élit a peine seize ans, il s’était déjà signalé par cette bravoure à toute épreuve ui dans la suite le fit appeler la gloire e la chevalerie. Une ancienne chronique le compare au Tydée de Lucain.

''m Major in exiguo rcgnabat corpore virtus. » HENRI DK LAXEMBOURG EST ELU EMPEREUR.

Le trône impérial était vacant. Frédéric sollicita la couronne; mais la dureté du gouvernement de son père avait inspiré aux esprits un tel éloignement pour la maison d’Autriche, que, maigre les qualités aimables de Frédéric, les électeurs donnèrent la préférence au comte de Laxembourg , qui devint Henri VII. Cette élévation fit échouer les projets des princes de la maison d’Autriche , au sujet de la Bohême, dont, par un heureux concours de circonstances, le nouvel empereur put faire passer la couronne sur la tête de son fils. Les États réclamèrent en faveur de leur nouveau roi l’Autriche, la Stvrie et la Carniole, conformément à l’investiture que Richard de Cornouailles avait donnée à Ottocar. L’empereur ayant fait sommer les possesseurs de' rendre ces fiefs, Frédéric répondit avec fierté : « Dites « à Henri de Laxembourg que depuis « cinquante ans l’Autriche a été le « tombeau de cinq princes souverains, a et qu’il y pourra aussi trouver le « sien, s’il tente de nous ravir notre « héritage. » Ce différend se termina sans recourir à la voie des armes. Frédéric acquiesça à tout ce qui s’était fait en Bohème, "et, de son côté, l’empereur accorda publiquement aux prin-

ces d’Autriche l’investiture de leurs États, et leur transféra les possessions du meurtrier de leur père , contre lequel il prononça une sentence de mort.

iLKCTion ni logis iv.

Mais la mort prématurée du chef de l’empire vint bientôt replonger l’Allemagne dans le trouble et la désolation. Les ducs d’Autriche conçurent l’espérance de placer l’un d’eux sur le trône impérial. Après un interrègne de dix mois, les électeurs se rendirent à Francfort; mais, divisés en deux partis, ils formèrent deux assemblées.

Le plus grand nombre proclama Louis de Bavière; la minorité choisit Frédéric d’Autriche : les deux compétiteurs coururent aux armes. Durant le cours des hostilités , Frédéric et Léopold célébrèrent leurs noces , l’un avec Élisabeth d'Aragon , et l’autre avec Catherine de Savoie. Au lieu de réunir leurs efforts contre l’ennemi, ils perdirent un temps précieux en fêtes et en tournois. Énlln, Frédéric marcha contre Louis, tandis que son frère attaquait les trois cantons suisses qui avaient épousé les intérêts du prince bavarois

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