GCERBE DE LA SUISSE. BATAILLE DE
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Léopold s’était mis en marche à la tête de vingt mille hommes, parmi lesquels on remarquait une multitude de chevaliers de l’Helvétie allemande. Il s’avançait avec la certitude du triom-
he. A son approche, quatorze cents
ommes, la fleur de la jeunesse suisse, saisissent leurs armes et se rassemblent à Schwitz. Ils passent un jour entier à chanter des hymnes, et a demander au Dieu des batailles, agenouillés dans les places publiques, de soutenir leurs efforts et d’humilier l’insolence de leurs ennemis. Ayant pris poste sur les hauteurs de Morgarten, et enflammés du même courage que les Grecs aux Thermopyles, ils attendent de pied ferme l’armée autrichienne.
Cinquante montagnards, bannis de
L’UNIVERS
leur patrie par suite des factions qui régnaient dans ce siècle, où les procès n’étaient déeidés que par la force, et où les guerres intestines occasionnaient toujours de nombreux bannissements, viennent offrir leurs bras pour la défense de la chose publique, et, quoique refusés, ils occupent une hauteur qui commande l’entrée du défilé situé entre le lac et des escarpements fort élevés , et aboutissant à un terrain marécageux et presque impraticable. Le lendemain, au point du jour (16 novembre 1315), on vit paraître l’ennemi , qui se croyait assuré de la victoire. A peine sa cavalerie pesante et nombreuse se fbt-elle engagée dans le défilé, que les cinquante Bannis firent rouler sur elle d’enormes troncs d’arbres et des quartiers de rochers qui mirent bientôt le désordre et la confusion dans ses rangs. Au même instant, les Suisses s’élancent de leurs retranchements, eu poussant de grands cris, et se précipitent sur les Autrichiens, qui, épouvantés de cette attaque audacieuse , et hors d’état d’opposer de la résistance, cherchent à s’enfuir. Les cavaliers se rejettent sur l’infanterie et en écrasent une partie. Les Suisses, avec leurs larges épées, leurs masses à pointes de fer, et leurs hallebardes , firent un horrible carnage. Plus de 1,500 cavaliers périrent, et avec eux l’élite de la noblesse. Léopold luimême ne parvint qu’avec peine à échapper aux vainqueurs.
Cette victoire fut rapidement suivie de plusieurs autres avantages. Assemblés à Brunnen, les Suisses déclarèrent, dans une assemblée publique,
« que l’anniversaire du jour où le Dieu « des armées avait visité son peuple ,
« et lui avait donné la victoire sur ses « ennemis, serait un jour de fête. » Ils rendirent les droits de citoyen aux héroïques bannis qui avaient survécu à la bataille, et perpétuèrent leur alliance , que confirma le chef de l’empire, en sanctionnant aussi leurs antiques franchises dans toute leur étendue. Telle fut l'issue de l’expédition de Léopold. Elle devait anéantir la liberté renaissante des trois cantons, et elle
n’eut pour résultat que de l’affermir davantage.