‹ États de la confédération germaniqueChapitre 168 sur 261 · IIISTOIAE ANCIENNE DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

IIISTOIAE ANCIENNE DE LA PRESSE

L’histoire de la Prusse , comme celle de la Pologne, et des trois royaumes de la Scandinavie, ne commence réellement qu'avec l’introduction de la civilisation chrétienne. Avant cette époque , événements , mœurs , personnages, origines, tout est vague et incertain.

Le christianisme a produit, dans la Prusse, des résultats tout différents de ceux qui ont marqué son établissement cnez tous les autres peuples. Au lieu de modifier, de perfectionner seulement ce qui existait avant lui , en laissant subsister les institutions, les usages compatibles avec ses principes nouveaux, il a fait disparaître tous les traits caractéristiques du peuple prussien, dont lu langue même a péri. Aussi existe-t-il bien une histoire du pays, mais non pas de la nation : car les habitants ne descendent pas des Borusci ou Pruczi primitifs :

ils sont Allemands, ou tellement identifiés avec les Allemands, qu’on ne trouve plus de traces de leur origine.

L’UNIVERS

Les Grecs et les Romains n’avaient, touchant les côtes de la Baltique, que des idées fort vagues. Il n’est pas môme démontré que les hardis navigateurs de la Phénicie et de la cité de Massalie (Marseille) aient pénétré dans cette mer pour y chercher cet ambre jaune, plus précieux que l’or. Il paraît cependant que, environ 326 ans avant J. C., le Massaliote Pythéas poussa jusqu'à la côte Prussienne, qu’il dit être habitée par les Guttones ; toutefois il ne vit pas la Sambie, le pays des indigènes, celui aussi où l’ambre était le plus abondant; mais il en parle comme d’une ile nommée Abatus. Diodore de Sicile appelle cette même ile Basileia; d’autres lui donnent les dénominations de Raunonia ou d ’ Osiéricta. L’historien le plus estimé de la Prusse a fait voir que tous ces noms proviennent d'un malentendu, et qu'ils désignent tous le Romow, sanctuaire, ou le Rikaito (Osiéricta, le saint Rikaïto), résidence du chef ( PmiXeI» ), dont l'approche était interdite (à6xro<:). Vers l’époque de notre ère, la nation suève s’était étendue jusqu’à la Baltique; et, parmi ses peuplades, on distinguait dans la Marche centrale de Brandebourg sur la Sprée, le Hawel et l'Oder, les Semnottes; le long de l'Elbe inférieur, dans le pays de la vieille Marche et de Priegnitz, les Longobards ou Lombards qui, plus tard, abandonnèrent le pays pour fonder un puissant royaume en Italie.

Joruandes, l’historien des Goths, est le seul guide auquel nous puissions recourir pour connaître la population de la Prusse vers le sixième siècle. Les Guttones ou Goths , originaires des bords de la Vistule, à une époque antérieure à notre ère, s’étaient transportés en Srandîe (Scandinavie), où ils étaient restés à côté des Suiones ou Suédois. Quelques siècles après, une tribu de ces Goths, ayant à sa tête le roi Berig, retourna dans ses anciennes demeures de la Vistule. Les nouveaux venus y trouvèrent les Ulmimgiens, branche des Rugiens, Goths et Germains comme eux ; ils les soumirent, et se mêlèrent avec eux, de manière

que le nom de cette horde disparut pour quelque temps. Un peu plus tard, une seconde tribu des Goths Scandiens, les Gépides, se Gxa dans les contrées marécageuses de l’embouchure de la Vistule.

A l’est de ce fleuve, derrière le Frisches-Haff , étaient les rénédes ou Vandales, peuple d’origi ne sla ve. A u sud de ceux-ci habitaient les Galindiens ? peuple goth, qui avait pour voisins a l’est les Slaves sudénes et st a canes; ensuite, entre Osterrode et Lautenbotirg, les Igijtlions, enfin les Æstiens ou Esthoniens,quiétaientGermains,ou peut être Finois. Ainsi, deux races d'une origine toute différente occupaient le sol de la Prusse : les Slaves et les Germains.

Du temps de Jornandès, les Gépides avaient quitté le pays, et, à leur place, entre les trois bras" que forme la Vistule à son embouchure, demeurait une population mixte qu’il appelle les l'idioanens. C'était peut-être une espèce de milice des Goths (*), engagée our la defense des forts ou châteaux âtis afin de maintenir les Slaves.

Le même historien rapporte encore ne llermanric, qui étendit l’empire es Goths du Pont Euxin à la Baltique, de la Theiss et de la Vistule jusqu’au Tanaïs, vainquit les Æstipus et les Vénèdes , et que toute la Prusse fut soumise à ses lois. On sait que sa domination fut renversée par les Huns; néanmoins il n’est pas certain que la côte de la mer Baltique ait fait partie des conquêtes d’Attila. Lorsque, vers le milieu du sixième siècle, ou au commencement du septième, les Lecks ou Polaniens, les Masoviens, les Pomës, miens, lesWilzes ou Lutitzes , etc., partis du Danube, vinrent occuper les contrées où l’on retrouve Vncore des traces de ces anciennes dénominations (**), les habitants de la Prusse ,

(*) Appelés souvent rites dans les historiens du moyen âge. Vidioariens ou Vidieariens serait formé de rites, comme Buioariens de Boïes , Bmctuariens de Brnrtéres , etc.

(**) Pologne , Poméranie , Lusacc , etc.

PRUSSE

parmi lesquels les Æstiens s'étaient beaucoup étendus vers la Vistule, ne furent pas troubles dans leurs possessions. La Vistule devint la frontière des/Estyens, du côté des Pomèsaniens; la Drewenz, celle des Galindiens contre les Masoviens. Cette nouvelle population wende apporta une espece de civili-ation dans les cantons déserts des races tectoniques. Des villes et des villages s’élevèrent : de ce nombre furent Brennibor ( Brandebourg), Stettiu, puis les deux Veneta et J u lin, dans Pile d’Usedom, englouties depuis neuf cents ans par les vagues de la Baltique, ou détruites par les Danois.

Dans le huitième siècle, les Wendes, établis entre l'Elbe et la Peene, eurent des rapports plus frequents avec les Germains. Charlemagne fondait alors sa monarchie. Ils se trouvèrent ainsi en lutte avec ce conquérant. Leur alliance avec lesSaxons leur avait attiré son inimitié, et ils furent attaqués en 789. Ils obtinrent la paix de leur puissant ennemi , qui fut moins arrêté par leur courage que par la nature du pays, entrecoupé partout de marais.

Ils s'engagèrent à payer un tribut annuel et lui promirent de se convertir au christianisme. Mais la mort de Charlemagne et le démembrement de ses États annulèrent ces traités. Les Wendes, Wilzes- Lutitzes et llewellieus ( habitants des bords du Hawel ) furent de nouveau soumis, lorsque Henri l’Oiseleur reconstitua l'empire. Sa colère tomba sur les IJewels, alliés des Sorbes, et leur capitale. Brandebourg , qui leur servait de forteresse, fut prise d'assaut vers 926. Il mit de la vigueur et de la sagesse dans son administration; et pour protéger les frontières et conserver les conquêtes qu'il avait faites, il rétablit les margraves et la puissante organisation militaire que Charlemagne avait fondée.

Otton le Grand, son (ils, suivit ses traces. Les Slaves, jusqu’à l’Oder, les Chrobates , depuis les Carpathes jusqu’au Bug et au Stir, reçurent ses lois. Sur les bords de l’Elbe supérieur, à partir des montagnes de Bohême, les margraves de Misnie, ou Saxe orien-

taie, régnaient sur les Sorbes soumis, et protégeaient l'empire. Plus loin, étaient les margraves de basse Lusace, qui maintenaient les Slaves de la Bohême et de la Pologne. Là où le Tanger et la Biese sc réunissent à l’Elbe, les margraves de la Marche du nord , ou de la Saxe septentrionale, appartenant aux familles des comtes de Walbeck, de Stade et de Ploetz-K.au , habitaient leurs châteaux forts de Werben, de Tangermunde, d’A.rnebourg et de Salzwedel. Là , fut le berceau d’une puissance qui s'étendit peu à peu, par la fortune des armes et b bravoure et la sagesse des Hohenzollern, vers le nord, à travers le Brandebourg, jusqu’à la Surëe ou à l’Oder, et de là, apres beaucoup d'orages, à la Baltique et au Mémeu, et à l’ouest, jusqu.au Rhin et a la Saare : cette puissance devint la monarchie prussienne.

Sous le règne d’Otton , son général Gero avait lait périr trente princes wendes, et avait gagné les autres par des promesses. Pour étendre et affermir ces conquêtes et le christianisme, Otton fonda deux évêchés, l’un à Hawelberg, en 948, l’autre à Brandebourg, trois ans plus tard. Magdebourg fut érigé en évêché en 962. Ici s’efface l’histoire des Wendes, dont le dernier roi, Stoinef, après un combat sanglant, s’etait réfugié dans l'épaisseur des forêts , où il avait péri de la main d’un chevalier allemand.

IffTHODUCrtOS DD CH II I STI XIV ISM K CHEZ LES SLAVE5-WEHDES.

Les margraves préposés par l’Empereur pour repousser les attaques des Wendes, firent tous leurs effoits, nonseulement pour les soumettre, mais aussi pour les convertir au christianisme. Ceux que le fer avait épargnés dans les combats, ou qui ne s’étaient pas retirés dans l’intérieur des terres, furent obligés de se faire chrétiens ou de vider le pays. Ce furent les princes polonais, devenus chrétiens, et surtout Boleslas, qui entreprirent avec le plus de succès la conversion des Poméraniens. Ce dernier invita le chapelaip de sa mère, le pieux évêque Otton

L’UNIVERS

de Bamberg, à achever son œuvre.

Otton arriva, en qualité de légat du saint-siège, non les armes à la main, mais suivi de voitures chargées de présents ; et malgré l'opposition des prêtres païens, le prélat, appuyé du duc Wratislas et des grands de sa cour, vint à l>out de convertir et de baptiser des milliers d'habitants dans les environs de Piritz , deCamin,de Stettin et de Colberg. De là, la nouvelle doctrine se répandit sur les deux rives de l'Oder et sur les Imrds de la Peene. Cependant les Obotrites et les Lutitr.es, que peu de châteaux forts menaçaient sur leurs frontières, conservèrent leurs anciens chefs et persévérèrent dans l'idolâtrie.

Là était le pointcentral delà résistance. On leur imposa des tributs; ils furent même obligés d’envoyer des auxiliaires à- l’Empire, ce qui offrit un singulier spectacle. Car, lorsque les Lutitzes marchèrent à la suite de Henri II, contre la Pologne , ils étaient encore attachés au paganisme, et portaient avec eux leurs idoles ; grand sujet de scandale pour l’armée chrétienne!

Réunis aux Sorbes , ils se révoltèrent trois fois, et gardèrent longtemps leurs coutumes superstitieuses , même lorsque leurs princes professèrent le christianisine.

Mincit Dt IIUIDEBOtltG.

Les margraves du Nordmark (Marche septentrionale) avaient plusieurs fois pris et détruit Brandebourg, principale forteresse de ces Slaves, opiniâtres païens (*) ; souvent , les contrées du Mittelmark (Marche moyenne) et du Mecklenbourg actuel avaient été ravagées par les Allemands, lorsqu’au

(*) Les premiers margraves du Nord sur lesquels les historiens s’accordent, furent : Thierry, nommé en ÿ65, et Udon I", comte de Stade , auquel la Marche fut conférée en io56. La maison margraviale de Stade s'éteignit en n3o avec Udon IV; Conrad de Ploetzke , qui lui succéda , ayant accompagné l’empereur Lothaire en Italie, fut tué en 1 1 33 devant Monta. L'annce suivante l'Empereur nomma à sa place Albert l’thi rs.

milieu du douzième siècle (1134), le margrave Albert , surnommé par ses contemporains I Ours et le Beau , parvint à v établir la domination des Allemands et à y fixer pour toujours le christianisme. On peut le regarder comme le véritable fondateur de la Marche de Brandebourg qui , sous lui . devint indépendante du duché de Saxe.

O prince courageux , sage et favorisé du sort, était Gis d’Otton le Riche, comte de Bollenstædt, mort en 1123.

Albert avait hérité en Saxe de nombreuses possessions, comme issu d’une princesse héréditaire de la maison des Billung (*). Après avoir d’abord porté les armes contre l’Empereur, il avait combattu pour lui en Italie , et avait reçu en recompense la Marche du nord (1134). Lorsque Conrad III, de la maison de Hohenstaufen , devenu Empereur, eut mis au ban Henri le Superbe, il donna le duché de Saxe à Albert l 'Ours. Mais pour prendre possession de ces riches contrées, il fallait les conquérir, chose difficile pour Albert, à cause de l’attachement des Saxons pour Henri le Superbe et pour son üls Henri le Lion. A la lin de cette lutte acharnée, Albert se trouva fort heureux de conserver la Marche septentrionale. Depuis lors, il employa toutes ses forces contre les Slaves. Il se joignit à Henri le Lion, dans une croisade contre le Holstein. Si la discorde des princes alliés rendit nuis les résultats de cette expédition , il est certain, néanmoins, qu'après avoir livré de sanglants combats etavoir hérité de Przibislas, chef des Slaves -Wendes, nommé Henri depuis son baptême, et maître du pays situé enlre l'Oder et l’Elbe (1 142), Albert s’établit sur la rive droite decedernierfleuve, s’yétenditde plus en plus , et emporta d’assaut Brandebourg, la plus forte position des Hawels. Après sa victoire, il transporta dans cette ville sa résidence, qu’il

(*) Voyez Kmjsjwin et Saxi. Sa mère était Élisabeth, fille de Magnus, duc de Saxe, et dentier descendant de la maison de Billung. Lui-même fut la souche des trois lignes de la maison d'Avanie^ac/im/cAen), dites de Brandebourg, d'Anhalt et deSaxe.

PRUSSE

avait jusque-là fixée à Saltzwedel , et prit le titre de margrave de Brandebourg. Son pouvoir s’arrêta cependant à quelques milles au delà de Berlin , qui alors était un désert inconnu. Il reçut probablement la dignité ducale , et depuis lors, les Allemands demeurèrent dans ce pavs. Quant aux Slaves , ils eurent à choisir entre le baptême et l'expatriation. La noblesse fut dotée des mêmes droits que la noblesse allemande , à la condition de défendre le pays contre les invasions de l'ennemi.

Les évêques de Brandebourg et de Hawelberg, qui n'habitaient plus leurs résidences depuis cent cinquante ans , v retournèrent. Les églises, les écoles, les couvents furent reconstruits , et on fit venir des moines du fond de l’Allemagne pour les peupler. La guerre avait presque fait des déserts des pays conquis par Albert; mais si ce prince savait tenir l’épée qui conquiert, il avait aussi la sagesse qui conserve. Il attira dans la Marche, presque entièrement abandonnée par la population primitive, de laborieux Flamands, d’industrieux Hollandais, des Westphaliens , des Allemands, et leur donna, à charge de redevance, les terres les plus fertiles arrosées par les fleuves. Après la mort d'Albert (1170), ses fils se partagèrent ses États.

Otton /"eut le margraviat de Brandebourg, et son autorité égala bientôt celle des princes de l’Empire.

Il eut pour successeur (1184) Otton II, prince belliqueux, à qui l’pmpereur Frédéric I" donna la Poméranie en fief. De là, les prétentions du Brandebourg sur cette province et l’origine d’une lutte de trois siècles, au bout desquels les Poméraniens reussèrent définitivement les Brandeurgeois.

La puissance toujours croissante des Danois en faisait des voisins très-dangereux pour le Brandebourg. Réunis, sous les ordres du chancel ier Pierre, aux Angiens et aux Obotrites, ils entrèrent dans l'Oder avecunegrande flotte; mais ils furent défaits par Otton, et leur chef resta prisonnier. En 1196, ce brave guerrier, d’après l’esprit du

temps, déposa les insignes de ses dignités dans le dôme de Magdebourg, et les reçut des mains de l’archevêque, auquel il fit de riches donations. Cette suzeraineté de l’Église sur le Brandebourg dura deux siècles et demi , au grand détriment du pays; ce ne fut qu’en 1449 que Frédéric II, de la famille de Hohenzollern, s’en délivra au prix de sacrifices considérables.

Otton II étant mort en 1206, son frère Albert //lui succéda. Après avoir été continuellement occupé à guerroyer soit pour Conrad , margrave de Lusace, son beau-père, soit contre les ennemis de Tempereui' Otton IV , et surtout contre l’archevêque de Magdebourg, soit avec le Danemark et la Poméranie, il laissa ses États, augmentés de la haute Lusace et de Lebus-sur-l’Oder, à ses deux fils encore mineurs , Jean l'1 et Otton lit le Pieux , sous la tutelle de leur mère ( 1221 ). Far bonheur pour eux, la puissance des Danois fut affaiblie d'abord par l’action hardiedeHenri, comte de Schwerin, qui fit prisonniers Waldemar et son fils, et ne leur rendit la liberté que contre une forte rançon ; puis, par la grande victoire remportée par les princes allemands et wendes sur les Danois, à Bornhoeft.

rorci.ATro.iç rncssmuts jusqu’* l'arrivée

DE L’ORDRE TEUTOKIQUE.

Le christianisme s’était déjà depuis longtemps étendu sur tous les Slaves, sur la Poméranie, sur l’tle sacrée de Rugen; les Prussiens seuls restaient indépendants et idolâtres.

Sous ce nom de Prucxi Borusci ou Porussi, qui apparaît pour la première fois dans les historiens vers le dixième siècle, les etrangers désignaient les anciens habitants des contrées que baignent, avant de s.’éeouler dans la mer Baltique, la Vistuie à l’ouest, et le Niémen à l’est. Il est difficile de fixer à quelle époque ce mélange de Guttones, de Wendes et d'Æstvens, se réunit en une seule nation. L’origine de leur nom même est un sujet de contestation. Les deux opinions qui semblent plus probables, c’est qu’il dérive

L’UNIVERS

de po, prés, et du fleuve Russ, branche du Memel , ou de Prusznika, qui signifie terre dure et glaiseuse.

C’est après l'arrivée des illasoviens, vers le sixième siècle, que la f.ible place l’élection d’un chef commun des Prussiens et d'un grand prêtre ou griwe.

Elle attribue cette organisation a deux frères Scandinaves, Pruten ou Brouteno et JVidewoud. Par leurs soins on plaça dans des niches pratiquées dans un "grand chêne, les images des trois divinités suprêmes : Perkounos, dieu de la lumière et du tonnerre , Pikoullus, dieu des enfers, et Polrimpos, dieu de la terre , des fruits et des animaux. Sous cette trinité, des dieux inférieurs présidaient aux différentes fonctions de la nature et de la vie.

Ainsi, Pergubrios animait la végétation ; W'aizyanlhos faisait pousser à hauteur d’homme le chanvre et le lin; Perle venoit aidait le laboureur à tracer son premier sillon; A ur/chn présidait aux festins; et Perdoyl , invoqué par les pécheurs, venait souvent s’asseoir au milieu d'eux à leurs repas de poissons.

Quelques passages des auteurs anciens semblent même indiquer qu'un cidte spécial était rendu au soleil, à la lune, aux astres et aux animaux réputés sacrés dans chaque canton. On retrouve des traces de cette antique religion dans les sacrifices secrets que les paysans lithuaniens et prussiens offraient encore au 16' siècle, au pied d'un antique tilleul sacré des bords du Russ, et dans la vénération que les Lithuaniens conservaient encore il y a deux cents ans pour certains animaux tels que les lézards, les grenouilles et les serpents.

A la tête des diverses castes de prêtres était placé le griwe, à la fois grand juge et grand pontife, nommé a vie par les prêtres, et résidant à Romow, ville détruite depuis longtemps.

Après lui venaient les sigqenotes (compagnons du Sigge ou Oüin ) , nuis les waldels et tualdeloles , ou prêtres et prêtresses. Chaque village possédait des membres de cette dernière caste. Les tvaïones, enfin, étaient une espèce de

magiciens, qui prétendaient guérir les maladies par le contact de leur souffle.

Ce n’était pas dans des temples , mais sous de vieux chênes , sous des tilleuls touffus que les Prurzi venaient offrir aux dieux leurs sacrifices, où coula souvent le sang de leurs prisonniers. Plusieurs de ces sanctuaires naturels sont célèbres dans leurs annales.

Le chêne de Romow , dont les rameaux toujours verts étaient impénétrables à la neige et a la pluie, et dont les abords étaient interdits à tout mortel profane, sous peine de la vie, fut abattu par. les chrétiens. Celui de Thorn était si vaste, qu'il servit de poste de défense à plusieurs chevaliers teutoniques. Dans le tronc creux du chêne de Welau, qui périt de vieillesse au seizième siècle, un cavalier pouvait faire manoeuvrer son cheval. Enfin on citait encore à cette même epoque le tilleul sacré des bords d» Russ et celui des environs de Rastenbcrg, uni devint le Dut d’un pèlerinage catholique.

Ainsi était organisé le culte national dont Prulen lut, suivant les sagas fabuleux, le premier griwe. Après avoir gouverné dans la plus grande concorde jusqu'à un âge fort avancé, les deux frères partagèrent le pays entre les douze fils de Widevvoud ;bientôt après ils firent dresser un grand bûcher, y montèrent à la vue du peuple, et y tirent mettre le feu. Les douze chefs n’ayaut pu s’accorder au sujet de l’election d’un griwe, la guerre civile éclata entre eux, ejt chacun se rendit indépendant.

Ce mythe réunissait sans doute en un seul récit plusieurs événements arrivés successivement et depuis des temps fort recules. Néanmoins, au -dixième siècle , les Pruczi étaient véritablement partagés en onze ou douze États gouvernés par des reiks ou seigneurs, exerçant une autorité indépendante, plus ou moins limitée- par celle des prêtres et peut-être du peuple. Nous allons parcourir rapidement de l'ouest à l’est ces onze États, dont les noms se rencontrent à chaque instant dans

PRUSSE

l’histoire et se sont conservés jusqu’à ce jour :

1° La Sassovie (district de Sassen), on pays de Culrn , appartenait proprement à la Pologne. Situee entre la Vistule, le Drewcnz et l'Ossa, elle s’étendait à l’est jusqu'à Hohenstein et Neidenbourg. On y trouve aujourd'hui Culin, Thorn, Briesen, Rheden, Graudenz, Strasbourg, Lautenbourg, Osterrode.

2° La Pomêsanie , au nord du district de Culm , dont elle était séparée par' l'Ossa et par une épaisse forêt, avait pour frontières à l’est l’Elbing et le lac. de Drau^en. Ses villes modernes sont Marienwerder , Marienbourg , Christbourg, Riésenbourg.

3® La Pogétsanie, entre l’Elbing et le vaste lac de Drausen, la Weske, la Passargeet le Frisches-Haff. Là s’élevait probablement, à la place occupée ensuite par Elbing, l’ancienne ville de Truso, un des entrepôts de commerce de In Baltique.

4° La IVarmie, plus tard YFrmetand, entre la Passarge, le Frisches- Hatï et l’Aile. Ses limites méridionales s'étendaient peut-être jusqu’à Mohrungen.

5° La Xatangie, entre la Warmie, depuis Balga, le Frisches-Haff, le Pregel et l’Aile.

6° La Partonie , au sud-est de la Natangie, dont elle était séparée par l’Aile. La ville de Barthen et le château de Bartenstein en ont perpétué le souvenir.

7° La Galindie , depuis Heidenbourg et Hohenstein à l'ouest ; et , au sud , depuis Roessel et Bastenbourg jusqu'à Radsilowo er: Masovie.

8° La Sur /aide , depuis Rhein et le lac de Sainding jusqu'à la Lithuanie ; an nord jusnu'à la Pyssa.

9" La Naarovie, au nord de la Pyssa jusqu'au Mémel, avait pour frontière occidentale la Deiine.

10a La Sambie , la plus célèbre de ces provinces, pays des Prdczi indigènes, patrie de l ambve jaune, siège du Rnmow ou Rlkallo , sanctuaire commun , s'étendait entre la mer, le Prégel et la Deime. Nulle nart n’habitaient un

plus grand nombre de familles nobles, de possesseurs de districts et de châteaux, de descendants des chefs go’ths venus de la Scandinavie. Il parait que le griwe était le seul reïk de la Sambie.

1 1” La Scalovie enfin (Schalaunen ) comprenait les pays au nord du Mémel jusqu’à la Samogitie.

Toutes ces tribus n’avaient d’autre lien national connu que h hiérarchie sacerdotale, et une langue commune assez semblable à celle des Lithuaniens et dérivée sans doute de la langue des anciens YVendes ou YVenèdes. Ce dialecte, comprimé avec violence dans le 13', le 14* et le 15' siècle, s’éteignit complètement vers la fin du 17*.

. On peut penser que ces peuples sauvages. dominés par une caste de prêtres, durent s'obstiner à conserver leur culte national; néanmoins saint Adalbert, archevêque de Prague, qui avait déjà porté l’Évangile chez les Polonais et les Bohèmes, osa entreprendre l'œuvre difficile de leur conversion S'étant embarqué à Danzig avec quelques compagnons, il arriva en Sambie vers 997. Mais ses prédications furent mal accueillies, et les habitants le percèrent dt- (lèches ou moment où, entré dans le Romow interdit aux profanes, il célébrait l’ofGce divin sur les débris d'un arbre sacré qu’il venait Je faire abattre. Ses disciples rapportèrent à Gnesne en Posnanie la dépouillé mortelle du martyr, en maudissant une terre qui, pendant trois siècles encore, devait rester fermée à tonte civilisation. Après lui, Bruno, moine bénédictin, natif de Querfurt, pava aussi de sa vie, en 1008, une tentative semblable a celle d’Adalbert.

Ce fut vers cette époque que commença entre les Polonais et les Prussiens' une guerre de massacres et de rapines, continuée presque sans interruption jusqu'au commencement du 13' siècle. Les succès en furent d’abord balancés, et si VY/aldemar II, roi de Danemark , allié aux Polonais, put enlever aux Pruçzi une grande partie de là Livonie, et même de la Prusse, ceux-ci prirent bientôt leur revanche , et poussèrent bien avant dans la Ma-

L’UNIVER

sovie leurs incursions furieuses ( vers 120G). Conrad, frère du roi de Pologne Leszek le Blanc, venait de recevoir le gouvernement de cette province, érigée en duché, avec la Cujavie et les pays de Culm, de Michelau et de Dobrzin. Ne pouvant espérer de secours ni de son frère impliqué dans d'antres embarras , ni des ducs de Pomérellie , occupés à secouer la suzeraineté de la Pologne, il se voyait perdu si quelque autre allié ne venait le délivrer de ses dangereux ennemis, contre lesquels il chercha maintes fois un abri dans son château fort dePlotzk, jusqu’à ce que ces tacticiens malhabiles se retirassent chargés de butin.

Pour dompter par le christianisme de pareils voisins, Conrad avait encouragé les efforts de plusieurs hommes pieux qui avaient cherché à les convertir ; mais ces efforts avaient toujours échoué contre l’opiniâtreté des Prussiens, jusqu'au jour où vint au milieu d’eux un bernardin du couvent d’OIiva , fondé par les ducs de Pomérellie près de leur capitale. Ce moine, nommé Christian, et natif de Freyenwald en Poméranie, connaissait à fond la langue des Polonais et celle des Prussiens, et se distinguait par des mœurs douces, une vie irréprochable.

Sans se dissimuler les dangers ni les obstacles qui l’attendaient, il sut si bien gagner les esprits de ces féroces guerriers , que ses premiers travaux semblèrent lui promettre un entier succès ; plusieurs grands, parmi lesquels étaient les seigneurs de Loebau et ceux de Lanzana en Pogésanie, se soumirent au baptême; et lorsque Christian alla à Rome pour en rendre compte au pape, celui-ci, en récompense de son zèle , le nomma évêque de Prusse ( 1214). Mais pendant son absence, et après son retour, la fureur des idolâtres se réveilla plus terrible que jamais. Toutes les frontières jusqu'à la Drewenz furent ravagées, et le christianisme noyé dans le sang des nouveaux convertis. Conrad eut la douleur pe voir le pays de Culm ravagé de fond en comble, et 300 églises ou chapelles livrées aux flammes. Christian déses-

fiéra alors du succès. Cependant , à 'exemple d’Albert, évêque de Riga, qui avait établi en 1202 dans la Livonie les chevaliers du Christ ou chevaliers porte-glaive (*), il sc fit autoriser à prêcher une croisade contre ceux qu’il n'avait pas pu entraîner par la persuasion. Une formidable armée de croisés se mit en marche contre la Prusse ( 1219 ). Ils restèrent trois ans dans le pays et relevèrent le château fort de Culm. A cette occasion, le duc Conrad donna à Christian une partie du district de Culm ; l'évêque de Plotzk lui céda tout le pays entre l'Ossa, la Drewenz et la Vistule, pour être de même joint à l’évêché de Prusse. A peine rarmée des croisés s’était-elle retirée (1223), que les Prussiens tombèrent de nouveau sur le paysdeCulm, ravagèrent la M.isovie, pillèrent la ville de Plotzk , et traînèrent en esclavage une foule de chrétiens. Christian, toujours infatigable dans son zèle, sentit qu'il fallait une force permanente dans le pays pour en assurer la tranquillité ; et , voyant les heureux résultats de l’institution de l’évêque Albert, il proposa à Conrad d'en fonder une semblable en Prusse (122S).

Le duc y donna les mains avec empressement. Les chevaliers, nommés frères de la milice du Christ en Prusse, portaient un manteau blanc où étaient figurées une étoile ou une croix et une épée de couleur rouge. Ils reçurent pour résidence le château de Dobrzin, sur le Drewenz, nouvellement reconstruit. De là leur vint aussi le nom de chevaliers de Dobrzin. On leur céda en outre un territoire assez considérable dans la Masovie, sur les frontières de la Prusse, contenant près de 40 milles carrés, avec la promesse que la moitié des conquêtes qu’ils feraient sur les païens seraient leur propriété.

Irrités des excursions et des pillages auxquels les nouveaux venus se livraient en Prusse, les idolâtres marchèrent en foule contre Dobrzin. Conrad, accom-

f (*) On leur donnait ce dernier non. parce que, outre la croix, ils portaient uud épée figurée sur leur manteau.

PRUSSE

panne de toute la milice du Christ, s’étant porté à leur rencontre , on en vint aux mains sur l’emplacement où s’éleva plus tard la ville de Strasbourg ( Broduica ). I.es chevaliers déployèrent leur bravoure accoutumée ; néanmoins le succès était encore douteux, lorsque le lâche Conrad prit la fuite, suivi des Masovjens. Cinq chevaliers seulement échappèrent au carnage, et Dobrzin ne fut sauvée que par l’ignorance des vainqueurs dans l'art de conduire un siège. Ainsi l’idolâtrie était de nouveau triomphante (1225).

l'ordre TEUTONIQUE EN PRUSSE, DtrUIS

son Établissement jusqu'à l’entière

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