SOUMISSION DU PAYS
Dans cette extrémité, l’évéque Christian ne vit d’autre parti à prendre que d’appeler à son secours les chevaliers teutoniques dont il avait connu en Allemagne l’illustre grand maître Hermann «Te Salza , homme entreprenant et bon capitaine. Cet ordre , a la fois religieux et militaire comme celui du Temple, n'était qu’une branche de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, mais il ne comptait dans son sein que des Allemands, et se distinguait par un manteau blanc, avec une croix noire jointe à une croix d’or. Hermann, à qui il devait surtout sa renommée , était originaire de Thuringe; aussi brave que sage, aussi énergique que policé, il attira de toute part les regards des princes et des peuples, et gagna l’amitié du pape Honoré III et de l’empereur Frédéric II, qui accrurent les richesses et l’autorité de l’Ordre, devenu célèbre par ses exploits dans la terre sainte et eu Egypte. Le grand maître était retenu en Italie par les affaires de Frédéric II, quand il reçut, au commencement de l'année 1220, le message du duc de Masovie. On lui offrait le pays de Culm et un autre district situé entre le duché de Masovie et les frontières des idolâtres, s’il voulait combattre les Prussiens. Après avoir obtenu l’approbation de l'Empereur, il envoya , pour négocier auprès du duc , deux chevaliers , Conrad de
Landsberg et Otton de Saleiden , qui , avec dix-huit hommes armés sous leurs ordres, se mesurèrent presque aussitôt contre les Prussiens dans une bataille sanglante. Ils envoyèrent à Hermann un diplôme du 29 mai 1226, en vertu duquel Conrad abandonnait à l'Ordre . outre les districts promis , toutes les conquêtes qu’on ferait sur les infidèles; monstrueux trafic des peuples dont il serait facile de trouver des exemples, même de nos jours! Ensuite ils restèrent eux-mêmes dans le pays, et Conrad leur fit bâtir sur la Vistule, en face du lieu où est aujourd'hui Thorn , un petit fort de bois qu’ils appelèrent /' ogelsang , le premier de l’Ordre. Les Prussiens construisirent alors celui de Rogow, sur la rive opposée. Hermann , en partant pour la croisade avec l'Empereur, nomma Hermann de Balk premier maître provincial en Prusse ( 1227 ). C’était un chef digne de le représenter. Au commencement de 1228 il arriva avec cent chevaliers , et les païens furent défaits dès les premières rencontres.
Mais Christian ne connaissait pas bien les privilèges de l'Ordre qu'il avait appelé dans le pays ; il ne savait pas que les papes lui avaient accordé une complète exemption de toute juridiction épiscopale : aussi s’éleva-t-il bientôt sur la nature des concessions faites par l’évêque, une querelle qui faillit le brouiller avec les orgueilleux étrangers. Il lui fallut abandonner enfin , sans restriction et par un nouvel acte, toutes les terres qu’il devait à la libéralité du duc et de l’évêque de Plotzk ( Plock ) , qui, de son côté, céda le reste de ses possessions dans le pays de Culm.
Les chevaliers établis dans un second fort appelé Nessau , et bâti du même côté du fleuve que le Vogelsang, poursuivirent aussitôt le grand œuvre de l’asservissement des barbares , qu’enflammaient l’enthousiasme de la liberté et le fanatisme religieux. Les châteaux élevés sur la Vistule furent d’abord attaqués et détruits, et l'on fortifia contre eux une position située sur la même rive, où l’évêque Christian avait
L’UNIVERS
déjà auparavant construit une tour.
Telle fut l’origine de l'ancienne Thorn ( Thurn, tour ), située à deux lieues de la nouvelle. Cette dernière fut fondée en 1232 par des colons allemands, qui accompagnèrent 5.000 croisés arrivés en Prusse sous Burckard, bourgrave île Mngdebourg. Ce fut aussi à cette epoque que d'autres colons eievèrent la ville de Culm près du château de ce nom.
Ainsi la petite armée des chevaliers se recrutait continuellement de tous les aventuriers de l'Europe, qui accouraient pour expier des crimes, satisfaire une humeur inquiète, s’enrichir ou refaire leur fortune ; car le pape promettait ses indulgences, et les chevaliers une part dans les dépouilles et dans les terres à tous ceux qui versaient le sang des infidèles.
Plus de 20,000 croisés ne tardèrent pas à se réunir, à la voix de Grégoire IX, sous la conduite de Henri le Pieux, due de Breslau, de Swantopolk, duc de Poniérellie, et de plusieurs autres princes. La ville de Marienwerder ayant été construite dans l’îfc de Quidzin, on put entreprendre la conquête de la Pomésanie. Un combat sanglant se livra, près de Christbourg , sur la rivière de Sirguna fSorge), en décembre 1233. Enfin les Prussiens furent défaits, et, pour se venger de Swantopolk, ils passèrent la Vistule et détruisirent de fond en comble le couvent d’OIiva , le 2 janvier 1234.
La même année , le maître provincial fonda une autre ville nommée Rheden.
Cependant de nouvelles disputes s’étant élevées entre l’Ordre, d’une part, et l’évêque et le duc. de l'autre . Grégoire IX fit adjuger à l’évêque un tiers dans toutes les conquêtes des chevaliers. et la juridiction dans les deux autres tiers. La cour de Home confirma aussi en 1235 la fusion de l'Ordre de Dobrzin avec le Teutoniquc; mais le château de Dobrzin fut rendu, moyennant une indemnité, au duc de Masovie. Toutes les possessions de l'Ordre furent enfin déclarées propriétés de
saint Pierre, conférées aux chevaliers à titre de bénéfices.
La conquête de la Pomésanie s’acheva en 1236, avec l'aide d’une nouvelle arméede croisés amenée par Henri l’illustre, margrave de Misnie. L’année suivante, pour faciliter la soumission de la Pogésanie, le maître provincial bâtit Elbing à l’endroit ou la rivière de ce nom communique avec le lac de Draasen, et des Allemands, principalement des l.ubeekois , vinrent s’établir en foule autour de ce château.
Ce fut à cette époque, où les trois districts de Culm, de Pomésanie et de Pogésanie obéissaient à la domination de l’ordre Teutoniq're ( 1237), que le pape le réunit à l'Ordre de Livonie, afin que leurs .forces concentrées opposassent une plus fermerésistaoce aux idolâtres. Bientôt cette milice, appuvée par un corps danois, eut à marcher contre les Russes qui menaçaient la Livonie; mais ni ces guerres extérieures. ni la mort de Hermann Balk, ni celle du grand maître ne suspendirent un instant les hostilités en Prus-e.
L’esprit belliqueux des chevaliers, développé par l'habitude et excité par les conquêtes , ne leur permettait de prendre aucun repos. Sous le nouveau grand maître, le landgrave Conrad, frere de Louis VI de Thuringe, la prise du fort de Balga, sur le Frïsehe- Hal'f, disputé avec un acharnement furieux , entraîna la soumission de la Varmie , de la Natangie et de la Bartonie. Les châteaux de Kreutzbourg , Barlenstein. Schippenbeck , Roessel , Heilsberg sur l’Aile et Braunherg sur la Passnrge, servirent à maintenir ces provinces, et devinrent le noyau d’autant de villes nouvelles. Bientôt après la Galindie fut soumise.
Il y eut cependant un instant de trêve pour les Prussiens, ce fut lorsque l’Allemagne se vit menacée par les Mongols { 1240). Pour s’opposer a ces nouveaux ennemis, il fallut rappeler les forces qui occupaient les provinces éloignées et les concentrer sur la Vistule. Les malheureux habitants profitèrent de cette circonstance pour secouer.
PRUSSE
un joug odieux. Swantopolk, jaloux de la puissance de l’Ordre, leur prêta même son appui ; tous les Allemands dont on put s’emparer furent massacrés, et l’on rasa toutes les fortere-ses, à l’exception de Thorn, d'KIbing, de Saïga, de Rheden et de Culm.
Pendant que le nouveau grand maître, Gérard de Malberg ( 1241 ), se préoccupait de ses discussions avçc les’ dignitaires teutoniques, la guerre continuait avec leplusgrand acharnement, et la Pomérellie et la Prusse furent alternativement ravagées tantôt par les idolâtres , tantôt par les chevaliers et les croisés allemands. Deux lois interrompues par des traités, les hostilités ne furent définitivement terminées Qu’au mois de novembre 1248. I.e duc Swantopolk, contre lequel ses propres frères Sambo et Ratibor s’étaient armés, renonça à toute alliance avec les fnfidéles, et rendit les parts de la succession paternelle qu'il détenait injustement.
Jacques de Court-Palais, légat du pape ( le même qui, plus tard, devint Urbain IV), parvint aussi à négocier la paix avec les Prussiens. Le traité fut signé à Christbourg, le 7 février 1249. Comme il détermine les droits civils du peuple vaincu, il est important à connaître pour la constitution du pays. En voici les principales dispositions : Les néophytes jouiront de la liberté personne le tant qu'ils resteront fidèles 5 la foi ; ils auront la faculté d'acquérir des propriétés et de les transmettre par héritage; dans la ligne collatérale, la succession ne dépassera pas les cousins germains. A défaut d’héritiers, les biens seront dévolus à l'Ordre. Ceux qui vendront leurs immeubles fourniront caution qu’ils ne se rendront pas chez les ennemis de l'Ordre. Les églises vendront, dans l’année, les immeubles qui leur auront été légués. Les Prussiens, selon le désir qu'ils en ont manifesté , suivront la jurisprudence du droit polonais. Ils ne brilleront plus leurs morts (*), mais
(*) Les femmes se brillaient même, comme celles des Indiens, sur le corps de leurs maris.
les enterreront aux cimetières chrétiens ; iis ne sacrifieront pas aux idoles; ils renonceront à la polygamie, à l’usage d’acheter les femmes, 'd’exposer les enfants; aux mariages entre parents à un degré prohibé. Les Pomésauiens bâtiront dans des delais et des endroits déterminés , treize églises ; les Warmiens, six; les Natangièns, trois. Ils fourniront les livres, vases et ornements requis; l'Ordre se chargera des dotations. Les néophytes chômeront les dimanches et fêtes, jeûneront suivant les commandements de l'Eglise, payeront la dîme à l'Ordre et la déposeront eux-mêmes dans les greniers. Enfin, ils seront fidèles à la milice teutouique et lui prêteront assistance dans ses guerres.
On n’avait pas attendu que ce traité fût signé pour déterminer l’organisation ecclesiastique du pays. Le légat Guillaume de Modène avait , dès le 4 juillet 1243, obtenu une bulle qui en traçait les bases , et son travail avait etc singulièrement facilité par la mort de Christian, qui passa les dernières années de sa vie dans des luttes continuelles avec les chevaliers. La Prisse devait être, suivant cette bulle, divisée en quatre diocèses, dont les trois premiers seraient ceux de Culm , de Pomésanie et de Warmie, et dont le quatrième se composerait des conquêtes qu’on ferait par la suite, c'est-àdire de la Sanibie et de la plus grande partie de la Nadrovieet de la Scàlovie. Charpie diocèse fut partagé entre l’évêque et l’Ordre, de manière que l’évêque avait en toute propriété un tiers à son choix. Quant à la défense du pays, les chevaliers en étaient seuls chargés , sauf les cas de danger pressant, ou les évêques étaient astreints;) y contribuer.
Ces derniers jouissaient de la juridiction ecclésiastique dans tout le pays {*).
Pour veiller au maintien de cette organisatr n, le pape nomma un archevêque de Prusse, Livonie et Est konie , dont Riga devint la métropole.
Les évêques institués depuis 1235
(*) Scliœll , Histoire des États européens,
t. VI , p. iy6 et suiv.
s’efforcèrent de repeupler leurs diocèses dévastés , en y attirant des colons.
Heidenreich , second évêque de Culm, fonda et dota richement à Culmensée une cathédrale et un chapitre (1257); Marienwerder devint le siège de l'évêché de Pomésanie , qui fut ensuite transféré à Riesenbourg; mais on ne construisit que plusieurs années après (1279) Frauenbourg, où fut établi l'évêché de Warinie.
Cependant la tôche de l’Ordre n’était pas encore accomplie. Le grand maitre Poppo cfOsterna résolut de soumettre la Sambie et la Scalovie avec une partie de la Nadrovie. Bientôt une armée de 60,000 croisés, commandés par Ottocar II de Bohême , menant avec lui le jeune Rodolphe de Habsbourg, et par Otton de Brandebourg, beaufrère d’Ottocar, parut sur les rivages de la Baltique. Rien ne résista dans le pays situé au nord du Prégel; les apôtres armés promenèrent partout le fer et la flamme. Les idoles furent détruites , les bois sacrés tombèrent sous la hache, et, sur la colline où était la forêt de Twangste , on posa les fondements delà ville qui, en l’honneur du roi de Bohême, reçut le nom de Kœnigsberg (1255).
Bientôt après s’élevèrent Welau et Labiau; le quatrième évêché fut fondé.
Néanmoins, il se passa encore bien des années avant que les habitants de ces malheureuses contrées fussent entièrement courbés sous le joug despotique des étrangers.
La Sudavie, la Nadrovie et la Sealovie n’étaient pas encore soumises, et l’Ordre allait, sans doute, entreprendre ces conquêtes, lorsqu’il lui fallut préparer ses armes contre les Mongols qui dévastaient la Lithuanie et la Pologne, puis contre les Lithuaniens eux-mêmes, qui étaient retournés au paganisme avec leur roi Mendog. Le 13 juillet 1261, les rebelles remportèrent une victoire complète sur la Durbe; le maréchal de l'Ordre et cinquante chevaliers périrent; de quatorze autres, qui tombèrent entre les mains des Lithuaniens, huit furent brûlés en l’honneur de leurs dieux, les
autres furent hachés en morceaux. Les vainqueurs étant entrés en Sambie, ce fut le signal d’une insurrection terrible dans cette province comme dans la Natangie, la vVarmie, la Bartonie et la Pogesanie. Conduits par les jeunes nobles, que les chevaliers eux-mêmes avaient fait instruire en Allemagne, les Prussiens se vengèrent cruellement des outrages que leur avaient prodigués des despotes avides et corrompus. Les évêques et les chevaliers eurent alors à se repentir de n’avoir jamais songé à adoucir les mœurs des indigènes, en répandant parmi eux la lumière d'une religion qui leur servait seulement de voile pour couvrir leur ambition et leur insatiable cupidité. Urbain IV et le grand maître A n no de Saugerskausen firent retentir par toute l’Europe leurs cris d’alarmes. Plusieurs armées de croisés arrivèrent successivement, mais sans parvenir à étouffer l’insurrection.
Ottocar, qui était venu avec des renforts considérables et de vastes plans de conquêtes, fut bientôt réduit à retourner en Bohême; et, après son départ, en 1270. les Prussiens poussèrent leurs ravages jusque dans le pays de Culm. Thierry, margrave de Misnie, fils de Henri l’illustre, fut le premier qui releva la fortune des chevaliers, de telle sorte qu’à la fin de l’année 1273 ils étaient rétablis dans toutes leurs anciennes possessions.
Sous le grand maitre Hermann de Heldrungen, élu en 1274, le maître provincial, Conrad de Thierberg, bâtit Marienberg, future capitale du pays (1275), et conquit ensuite la Nadrovie et la Scalovie.
Ce fut son frère , Conrad de Thierberg le jeune, qui, pendant l’administration du grand maître Burckard de Schwenden , eut la gloire de soumettre la Sudavie, la dernière des provinces révoltées (12S3.)
Ainsi, après une lutte héroïque de cinquante-trois ans, fut achevée la conquête du pays situé entre le Mémel et la Vistule. Ici une ère nouvelle s’ouvre pour la Prusse. L’histoire des Pruczi est terminée. Celle des Prussiens commence.
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PRUSSE
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(iïk6-i3ao).
Les princes Jean Ier et Otton III étaient aussi belliqueux qu’intelligents et heureux dans leurs expéditions. On voyait régner entre eux une amitié, une concorde dont l'histoire desdivers Etats de l’Allemagne, au moyen âge, nous présente rarement le spectacle.
Ils restèrent fldèles à l’Empereur contre les papes , et cherchèrent à reculer les frontières de leurs possessions à l’est. Ce furent eux qui fondèrent la ville de Francfortsur-l’Oder; en 1235, le duc Wratislas de Demmin leur céda le pays de Stargard , jusqu’à Tollensée et leur prêta foi et hommage. En 1250, après une guerre acharnée, Barnim, duc de Pomésanie, fut obligé de leur abandonner PUekermark (Marche ukrainienne), où furent fondées les villes de Friedland et de Neu-Brandebourg, tandis que Jean étendait ses frontières du côté du Mecklenbourg , jusqu'à l’Elbe.
L’empereur Frédéric II étant mort, les margraves restèrent fidèles à Conrad , son fils , jusqu’à ce qu’il eût quitté l’Allemagne, vaincu par son adversaire Guillaume. Celui-ci était marié à une parente des margraves , fille d’Otton de Brunswick. Guillaume combla de faveurs ses nouveaux alliés, et parmi les acquisitions les plus importantes pour le margraviat, fut celle du pays au delà de l’Oder, nommé alors la Slavie. Le district, baigné par la Netze, la Drage et la Wartlia , était pauvre d’habitants, et n’offrait que des déserts , des marais et des forêts. Il n’en fut pas moins l’occasion de plus d'une guerre avec les Polonais. Ce fut dans une de ces expéditions que. les margraves passèrent l’Oder (1 257), défirent leurs ennemis et bâtirent Landsberg.
Le territoire qu’ils conquirent de ce côté fut appelé la Nouvelle-Marche (Neu-Mark), et l’on donna le nom de Marche-Centrale (Mittel-Mark) au pays compris entre ces acquisitions et l’ancienne Marche {Ah mark). Les deux
3' Livraison. (Pbusse.)
frères, malgré ces guerres, ne négligèrent pas les intérêts de leur propre pays. En 1259, ils firent un partage sur lequel on n’a pas de documents bien certains, et formèrent deux lignes, dont la cadette eut Salzwedel , Berlin , Francfort.
L’alné des margraves, Jean I*r, mort en 12GG, laissa sept fils, Jean II, Otton IV dit à la flèche et Conrad //, qui lui succédèrent depuis l26Gjusqu’en 1304; Eric, archevêquede Magdebourg, Hermarm, évêque de Havelberg; Jean, successeur de ce dernier, et Henri sans Terre, ainsi appelé , parce qu’il n’eut aucune part à la corégence du Brandebourg.
Otton III ne survécut à son frère que jusqu’en 1267. Il laissa son héritage à ses quatre fils ; Jean III, de Prague, qui périt en 1268 dans un tournoi , à Mersebourg; Otton V le Long , Albert III et Otton VI te Petit, qui gouvernèrent de 1268 à 1303.
Le partage du pays entre ces nombreux héritiers ne l’affaiblit cependant point , parce que les margraves de la famille d’Auhalt restèrent en général unis , tandis que les princes de Bavière et ceux de la famille de Luxembourg ruinèrent plus tard leur puissance par leurs divisions.
Des fils de Jean, le plus remarquable fut Otton IV, prince aussi distingué par sa bravoure que par scs talents.
Plein d’énergie et meme d’emportement, il chercha à conquérir le diocèse de Magdebourg pour son frère Éric; mais l’archevêque Gunther de Schwalenberg le vainquit dans un combat meurtrier (1279); il le fit prisonnier avec trois cents chevaliers. Son épouse employa tous les moyens pour le tirer de sa dure captivité. On lui promit enfin de lui rendre la liberté, moyennant une rançon de quatre mille marcs d’argent. L’heureuse découverte d’un trésor, que le margrave Jean l*r avait caché dans l’église de Tangermunde , pour des cas imprévus, facilita le payement de cette somme. Alors le mar-
rave, monté sur son cheval, demanda
l’archevêque s’il était libre. « Certai- « nement, » répondit le prélat. « Vous
L’UNIVERS
« ne savez pas l'estime qu'il faut « faire d'un margrave,» reprit Otton; puis il partit au galop pour recommencer la guelrre. Au siège de Statsfurt, que les princes de Brandebourg entreprirent encore pour soutenir la candidature d'Eric, il fut atteint à la tète d'une flèche, qui resta lontemps dans la plaie, sans qu'on pût l'en retirer. De la , son nom A'Otton à la flèche. Après de longues guerres, Eric parvint enfin au siège épiscopal.
Vers l'an 1302, les margraves ayant exigé une imposition du clergé pour les frais d’une guerre contre Niclot, duc de Rostok et de Werle en Meklenbourg, furent frappés d’excommunication et leurs terres mises en interdit; comme ils ne s'effrayaient guère de ce châtiment, Boniface VIII le confirma. On ignore toutefois comment se termina cette querelle. A la diete qui se tint après la mort de l’empereur Albert, en 1308, tous les princes régnants de Rraudcbourg exercèrent en commun le droit électoral, spécialement réservé à la ligne aînée.
Otton mourut peu de temps après l'élection de l’empereur Henri. Ce fut un des princes les plus renommés de sa maison. Il s'occupait de belles-lettres et composait des poésies.
Dans la même année mourut son cousin, Hermann le Long, fils d’Otton V et petit-filsd'Otton III le Pieux. Ami de la concorde, il avait fait fleurir le commerce dans ses États, et avait acquis, en 1303, la basse Lusace. Il avait aussi possédé Cobourg du chef de sa mère, Gutta de Henneberg.
Jean IL ' Cllluslre, fils et successeur d’Hermann, étant mort sans postérité en 1314, la ligne cadette s’éteignit, et ses terres passèrent aux descendants de Jean I”, qui eux-mêmes ne devaient pas les posséder longtemps. LYaldemar , second fils de Conrad , frère d'Otton IV, parvint au gouvernenient après la mort de son frère aîné, Jean III, qui n’avait régné qu'un an (130 I f 305); et quand Otton à la flèche fut descendu dans la tombe , il se trouva , avec Henri sans Terre , quatrième IilsdeJeanl'r, le seul représen-
tant de la ligne aînée de la maison d’Anhatt régnant en Rrandebourg.
Ce dernier , après bien des réclamations, avait reçu des margraves Landsberg et Sarigerhausen en Misnie; VValdemar eut toute la Marche de Brandebourg. après la mort de son pupille, Jean l'illustre (1314). Doué d'éminentes qualités et favorisé par le sort, il fit des acquisitions si considérables, ue de son temps le margraviat s’étenait, du côté de la Silésie, au delà de Crosscn jusqu’au confluent de l’Obra et de l'Oder, embrassant Sternberg, Schwiebus et Zullichau sur la rive gauche du dernier fleuve. Sa puissance était encore rehaussée par la splendeur de sa cour. En 1310, il avait vendu à l’Ordre Teutonique, pour la somme de dix mille marcs d’argent , les villes et châteaux de Danzig, de Dirschau, et plusieurs cantons de la Pomeranie orientale.
Quelques années après, il avaitchassé du Brandebourg Frédéric le Mordu, landgrave deThuringe, et l'avait forcé de renoncer à ses prétentions sur la Lusace, et lui avait même arraché quelques-unes de ses villes. Toute sa carrière fut ainsi marquée par des entreprises utiles et glorieuses. Comme il mourut sans enfants ( 1 319). il eut pour successeur Henri le Jeune, fils de Henri sans Terre, décédé vers 1317.
Mais le nouvel électeur mourut au bout d’une année, avant d'avoir même atteint sa majorité. Dès lors les jours de la prospérité étaient passés pour le Brandebourg, sur lequel les orages s’accumulèrent, des l’instant où s'éteignit la branche ascanienne ou d'Anhalt (1320).