CHARLES VII
Depuis 174a jusqu’à sa mort eu 174 5.
Les malheurs de ce prince , ou du moins ceux de la Bavière , commencé-
BAVIERE
rent au moment où il ceignit la couronne impériale. Lorsque Marie-Thérèse, par la première paix de Silésie, eut détaché Frédéric II de la ligue formée contre l’Autriche, elle tourna toutes ses forces contre les Bavarois et les Français. Le maréchal de Ségur, en s'enfermant dans la ville de Lintz, avait laissé le pays ouvert aux ennemis. Ce ne fut pas une guerre, mais un affreux brigandage j les pandours, espece de cavalerie legere commandée par le terrible baron de Trenk, se livrèrent à des cruautés dont l’humanité doit rougir. Munich fut occupée par les Autrichiens; de part et d'autre on se battait avec un acharnement extrême , et la Bavière, fut tour à tour envahie , perdue et reconquise par les Autrichiens dans les années 1712 et 1743. Pendant ces jours de deuil, Charles VII vivait à Francfort dans le luxe et les plaisirs. Après avoir gagné deux couronnes, il était sur le point de perdre le pays de ses ancêtres. Cependant un nouveau renfort de troupes françaises permit au vieux general Seckendorf, sorti de l’école du prince Eugène, et qui avait combattu autrefois au service de l’Autriche, de prendre l'offensive. Il chassa les Impériaux de la capitale de la Bavière, et l'Empereur put y rentrer le 19 avril 1743.
Mais ce prince fut moins heureux en iJohéme, où le maréchal de Belle-Ile eut de la peine à se retirer à Égra avec les débris de son armée, qu’il ramena de là en France.
Le général Seckendorf désirait la paix, parce qu’il voyait son maître abandonné et de ses alliés et de l'F.m-
{>ire. « Je la veux aussi , lui répondait 'Empereur, mais je la veux sans honte. ■> Pendant qu'on délibérait, le général bavarois Min izzi, contrairement aux ordres de Seckendorf, livra bataille aux Autrichiens , à Braunnu ( 9 mai 1743 ), et fut battu, malgré sa bravoure. Ce désastre et la retraite de l’armée française, qui fut obligée de repasser le Hhin, obligèrent l’Empereur à quitter de nouveau la Bavière.
Il s’enfuit à Augsbourg , mais ne s’y croyant pas en sûreté , il se retira a
Francfort, où il vécut des aumônes de la France (*). Les Autrichiens s'emparèrent de toutes les villes de la Bavière, et établirent à Munich un gouvernement provisoire.
Charles VII fit alors des propositions de paix à Marie-Thérèse, et offrit de renoncer à toutes ses prétentions , moyennant une indemnité.On lui répondit "qu’on lui laisserait son pays et le titred'Empereur.s’il consentait à payer les frais de la guerre et à se séparer de la France. Marie-Thérèse l’estimait ou le craignait si peu , qu’en sa présence elle demanda aux princes réunis à Francfort l’annulation de son élection. Cette démarche blessa Charles au coeur. Il envoya dans les cours d’Allemagne le vieux Seckendorf. pour implorer leur secours Pt pour les supplier de ne pas consentir a In ruine de la constitution germanique , tandis que Ilaslang, son ministie, entamait des négociations à Londres. Alors la Prusse, la Hesse (Cassel), la Bavière et le Palatinat électoral conclurent , en sa faveur, l’union de Francfort ( 22 mai 1744). Une diversion des Prussiens en Bohême rappela les Autrichiens des bords du Rhin, et les força d’évacuer la Bavière. Charles VII , secondé par le brave Seckendorf, put revoir encore sa capitale. ( 28 novembre 1744); mais à peine y etnit-il rentré, que, consumé par le chagrin et les maladies, il y mourut le 20 janvier 1745. Il ne laisse u'un seul fils légitime. Scs trois filles pousèrent Frédéric-Christian, prince électoral de Saxe, l’avant-dernier margrave de Bade, et l’empereur Joseph IL
' «xx:>m.tïir-JOs*e».
Ce prince, dont la mémoire est encore révérée en Bavière , n’avait que dix-sept ans lorsqu’il fut appelé au gouvernement; mais il avait été déclaré majeur par son père au lit de mort,
(*) Le maréchal de Noaillei dit, danâ ses Mémoires, qu’il cnit devoir lui procurer de quoi ne pas mourir de faim, «t lui fit toucher 40,000 écus sur une Icllre de crédit qu’il avait.
L’UNIVERS
dernier acte d’autorité impériale. Il chercha d’abord à assurer la paix de son pays : elle fut conclue en effet à Fuessen le 22 avril 1745. L’électeur s’engageait a .adhérer à l’élection de François I'r, époux de Marie-Thérèse, et à n'entretenir sons les armes que six mille hommes. L’Autriche, de son côté, lui restituait les provinces qu’elle avait occupées et relirait ses troupes.
De ce moment, Maximilien, doué d’une âme extrêmement bienveillante, employa les loisirs de la paix à travailler nu 'bonheur de ses sujets; il fit beaucoup , et voulait faire plus encore ; mais il se trompa quelquefois sur le choix des moyens , et fut contrarié par les courtisans et par tous ceux qui étaient intéressés au maintien des vieux abus.
Son économie, la sagesse de son système d’amortissement, et les subsides que les puissances maritimes et l’impératrice s'engagèrent à lui paver en vertu du traité de Munich en 1746, renouvelé à Hanovre en 1752, rétablirent ses finances délabrées.
Comme le pays était affligé d’une foule de vagabonds et de voleurs, qui exerçaient impunément leur métier, le vice-chancelier Kreitmavr fut chargé de rédiger un nouveau coile criminel, qui parut en 1751. La corde pour les vols les plus modiques , la torture avec toutes ses cruautés , le bûcher pour le sacrilège ou la sorcellerie; la sépulture sousle gibet, et la confiscation pour le suicide , tels étaient les châtiments ordonnés par ces lois vraiment draconiennes (*). Toutefois, Kreitmayer, maudit nar le peuple, rédigea deiix autres coues excellents : le code judiciaire et le code civil, promulgués en 1753 et 1756.
• Maximilien resta étranger à la guerre de sept ans; il fournit seulement, outre son contingent comme membre de l’Empire, un secours de 6,800 hommes à Marie-Thérèse. L’état sanitaire du pays attira aussi sa sollicitude. Un bureau médical ( coüegium medicum )
(*) Dans I* seul bailliage de Purghausen «ut ccuti exécution» eurent lieu eu iS «ni.
fut fondé, et l'on institua des hôpitaux des frères de la Miséricorde et des sœurs d’Elisabeth. Les mines furent mieux exploitées qu’elles ne l’avaient été ; le commerce, l’industrie et l’agriculture obtinrent des encouragements. Des routes excellentes traversèrent le pays en tout sens, et les barrières furent reculées à l’extrême frontière. Enfin, le règne de Maximilien-Joseph se signala encore par la suppression de l’ordre des jésuites et par des institutions propres à répandre les lumières dans un pays qui n’avait été jusqu’alors gouverné que par les moines et par un clergé ignorant et corrompu (*).
Maximilien- Joseph fut le dernier rejeton de la brandie directe des Wittelsbach , n’ayant point eu d’enfants f d’Annc-Soplue, princesse de Saxe, qu’il avait épousée eu 1747. Il mourut le 8 décembre 1777, emportant avec lui les regrets de son peuple.
CHXKLtX-TuéonORK.
En vertu du traité de Pavie, de 1329, loi fondamentale de la famille renouvelée en 1490 et en 1524, puis cinq fois dans le dix-huitieme siècle, et en dernier lieu en juin 1774, l’électeur palatin Charles-Theodore , de la maison de Sulzhach. parvint à l'électorat.
Il s’était déjà fait connaître par son amour pour les sciences , les arts et l’industrie, quand le traité du 13 janvier 1778, par lequel , trahissant son peuple et sa famille, il livra une partie de ses Etals à l'Empereur, lui fit perdre pour toujours la confiance de ses sujets. La basse Bavière, une partie du haut Palatinat, Leuelitembeig et Mittelheim furent occupés par des corps autrichiens. De là naquit la guerre de la succession de Bavière. En elfet, le roi de Prusse, Frédéric le Grand . appuya la protestation du duc de Deux- Ponts , héritier présomptif, contre la cession de ces provinces, et envahit la Bohême pour forcer les Autrichiens à
(*) L'académie des sciences fui foudée en
BAVIÈRE
évacuer la Bavière. Malgré le mauvais vouloir de l'électeur (*), la paix fut signée à Tesehen ( 13 mai 1779 ) par la médiation de la France et de la Russie (**)-L’ Autriche negagna que le quartier de l’Inn avec la ville de Braunau, ce qui formait la sixièmè partie du territoire qu'elle devait recevoir d'après la convention de 1778. Mais Joseph n’abandonna pas encore son projet d'augmenter la monarchie autrichienne par l’acquisition de la Bavière : en 1785, il lit secrètement à Charles- Théodore la proposition d'échanger ses États contre les Pays-Bas, et lui offrit
(*) Il roTi'iamna à un exil perpétuel lei deux conseillers Obcrmayr et de Lori, qui avaient uinnlré le plus de zèle pour assurer l'intégrité de leur patrie.
(**) M. A. Lamey, lin des plus doctes historiens de l'Alsace, le collaborateur de Sch<E|iBin, ayant été chargé par la famille de Seckcnbcrg, de mettre en ordre une grande quantité de documents et de papiers qu'elle avait à Darmstadt, y trouva l'original d’une pière fort importante et en prit note. Sur ces entrefaites, la maison d'Autriche formula ses prétentions à la succession de Bavière. Le roi de Prusse soutenait qu'elle y avait depuis longtemps renoncé solennellement, à la suite d’avantages obtenus ailleurs. Cela fut nié; rar, dans les archives de Munich, où l'acte de renonciation avait été déposé, on ne trouva qu'une place vide. Taudis qu'on sc battait en Bohême et eu Silésie, M. Lamry révéla à M. de Sechenberg, dont le père avait été conseiller antique à Vienne, que ce document important sc trouvait, sans doute par l’effet d’uue méprise de diplomate, parmi les papiers dont il avait donné le catalogue. Le baron s’empressa d'envoyer copie de cet acte au duc de Deux-Ponts, qui le communiqua à la cour de Berlin. L’aollienticitè de rette renonciation fut si bien prouvée, que l'empereur Joseph se vit forcé de céder. M. de Seckenbeig, il est vrai, fut expulsé des Éiats autrichiens, et Lamey paya l'honneur de sa dérouverle par une long exil loin de sa famille et de son pays. Lamey est mort en i8ua, à Manheim, où il était biblioihecaire du Palalinat. Voyez, ponr les détails de cette affaire : Campe, Voyages, vol. Il, et Revue d Alsace t. II, i8Ï5, n. 9, p. 188 et suir.
3 millions d'indemnité pour le duché de Deux- Ponts. Cette nouvelle tentative échoua encore par la fermeté du dutfde Deux-Ponts et par l'opposition de la Prusse, qui forma alors la ligne des princes allemands. Lorsque l’ Autriche se Gt céder par le traité de Campo-Formio six des plus beaux districts de la Bavière avec de riches salines, l’électeur ne protesta pas contre celte injuste spoliation. Dans les derniers temps de sa vie, le peuple le soupçonna même de vouloir quitter le pays , comme il l’avait déjà fait pendant dix mois, et de nourrir le projet de l’abandonner aux Autrichiens qui y avaient établi leurs quartiers d’hiver. Le pays souffrit beaucoup de la présence des Français commandés par Jourdan et par Moreau , pendant les guerres de 1795 et 1796, et fut pillé ensuite parles Autrichiens, qui y conservèrent une armée d’occupation plus d’une année après la paix. Charles- Théodore mourut sans enfants le IG février 1799, chargé de la malédiction de son peuple. Il n’avait jamais pu cacher le dégoût que lui inspirait le séjour de Munich. C’est que l’amour de ses nombreux bâtards ne laissait pas de place dans son cœur pour la grande famille qui lui était confiée. Aigri sanscesse par un remords secret, animé d’une haine profonde contre la maison de Deux-Ponts qui devait lui succéder, et dominé le plus souvent par des maîtresses et de vils favoris, tels que le jésuite Franck et le conseiller Lippert, i! ne recula jamais devant les mesures les plus tyranniues, les plus funestes au pays. Ainsi instruction publique fut rendue aux moines (*), et la liberté de la presse tellement restreinte, que pendant quelque temps le pays se vit menace de retomber dans les ténèbres de l’ignorance. Cette réaction s’exerça eneore avec plus de violence lorsque l’ordre
(*) lais moines de Bavière élaienl même pour la langue de leur paya d une ignorance extrême. Le» bénédictins seuls remplirent honorablement leur mission pour l'enseignement de l'histoire et des science*.
L’UNIVERS
de ia franc-maçonnerie et la société des illuminés effrayèrent un gouvernement ombrageux (*). Ajoutons cependant que le règne de Charles-Théodore a été marqué par plusieurs mesures de bonne administration, surtout dans les dernières années, sous l’influence du comte de Rumford. L'agriculture fut encouragée et améliorée, des économies considérables furent faites sans secousse, la capitale et ses environs reçurent de nouveaux embellissements.
MAXiMiLmr-JOSKrH u, (1799-1806).
Maximilien-Joseph II, né le 27 mai 1756, avait été, avant de succéder à son oncle , colonel du régiment d'Alsace au service de la France , et Ips bourgeois de Strasbourg conservent encore le souvenir de son affabilité et de son bon coeur. Il était devenu duc de Deux-Ponts en 1 795, après la mort de son frère Charles IL
Les Bavarois , oui craignaient toujours la ruine de leur nationalité , le reçurent comme un sauveur. I.a guerre qui venait de se rallumer devint de nouveau funeste à la Bavière, lorsque Moreau, poussant Kray devant lui, vainquit à F.ngen , Mœskirch , Hoclistædt, et entra à Munich le 2 juillet 1800. Enlin la paix fut conclue à Lunéville (1801). Elle assurait à la France la rive gauche du Rhin, où la Bavière perdait toutes ses possessions. L'électeur de Bade prenait aussi la partie dti Palalinat située sur la rive droite du fleuve. Mais Maximilien-Joseph obtint une indemnité de territoire, qui lui valut une augmentation de deux cents lieues carrées et de 216,000 habitants.
La guerre qui éclata quatre ans plus tard, entre la France et l’Autriche,
f trouva toute l’importance politique de a Bavière. 1, 'empereur François avait sommé l’électeur d’entrer dans son alliance ; cependant, Maximilien crut mieux se conformer à l’intérét de l’É-
(*) L'association des illumines prit naissance eu Bavière ; son fondateur était Adam Weisliaupt, professeur à lugolsladl.
tat en s’attachant à la fortune de Napoléon, et, se retirant à Wurtzbourg, il joignit ses 30,000 hommes aux armées françaises. Les Autrichiens envahirent alors son territoire ( U octobre 1805) , puis nos troupes victorieuses à UI111 le débarrassèrent de la présence de l'ennemi.
I.a mémorable bataille d’Austerlitz amena bientôt le traité de Presbourg ( 26 décembre 1805 ), par lequel Napoléon , récompensant son allié, lui fit rendre les canons et les drapeaux qui avaient été pris en 1740. et erigea la Batière en royaume. Maximilien ni, en vertu d’une résolution de la iète extraordinaire de 1803 ( 25 février), avait déjà obtenu Wurlzbourg, Bamberg et Augsbourg, reçut avec le titre de roi le Tyrol, y compris Brixen et Trente, le margraviat de Burgau, le Voralberg, le comté de Hohenlieim, les principautés de Lindau et d'Eicitstædt, une partie de celle de Passau et quelques autres districts.
Pour cette augmentation de 500 milles carrés avec, une population d'un million d'habitants, il n’eut à céder ue le pays de Wurlzbourg , érigé en lectorat en faveur de l'archiduc Ferdinand. I.e 31 décembre, Napoléon, retournant a Paris, vint à Munich, et le lendemain, Maximilien-Joseph prit solennellement possession de sa nouvelle dignité.
10TXDUE DE IEVIFRE SOCS HUrMIMEE- JOSEPB.
L’alliance de Napoléon rendit à la maison des Wittelsbach une partie de son ancien éclat. L'empire d'Allemagne n'existait plus ; sur ses débris s'éleva la confédération du Rhin, protégée par l’empereur des Français. La Bavière fut pincée a la tête ue ses membres ( 12 juillet 1806 ), et tenue de fournir un contingent de 30,000 hommes, et de fortifiée Lindau et Augsbourg. A l’exemple du Wurtemberg et de Bade, Maximilien-Joseph soumit alors à sa souveraineté toutes les possessions de la noblesse immédiate de l'Empire, enclavées dans ses Etats. Son
BAVIERE
alliance avec la France avait encore été resserrée par le mariage de sa fille la princesse Augusta, avec le prince Eugène, fils adoptif de Napoléon et vice-roi d’Italie. Par suite de cette union, la Bavière avait reçu en échange du territoire de Berg celui d’A nspach, cédé par la Prusse. A la fin de l’année, elle avait encore acquis Nuremberg et son territoire.
| Maximilien-Joseph fut ainsi amené à seconder de ses armes les projets gigantesques du conquérant ; aussi viton ses soldats figurer, avec une gloire achetée souvent par de nombreuses pertes, dans les guerres de Prusse, d’Autriche, de Russie. Tandis que ces braves se signalaient loin de leur patrie , le roi s’efforçait , par de sages institutions, de répandre dans ses Etats les bienfaits de la civilisation moderne. Les jésuites et les capucins d’Augsbourg furent supprimés. D’après une nouvelle administration financière , toutes les classes de citoyens durent supporter également les contributions publiques. Les universités furent réorganisées. Enfin, au mois de mai 1808, parut une constitution qui reconnaissait une représentation nationale, garantissait la liberté personnelle des citoyens , leur égalité devant la loi. la liberté de la presse, la liberté de conscience, et supprimait un grand nombre des privilèges de la noblesse. Cependant cette constitution, calquée en partie sur celle qui régissait l'empire français, était entachée des mêmes vices que son modèle. L'application du système représentatif y était entièrement illusoire. Le peuple n’avait pas véritablement une part directe nu gouvernement. Les attributions de ses représentants se bornaient au simple vote sur les propositions du gouvernement, dont les commissaires avaient seuls la parole. Il n’y avait ni responsabilité ministérielle, ni organisation municipale, ni aucune de ces garanties d’ordre et de paix adaptées aux besoins actuels.
Nous verrons, du reste, que la durée de cette loi fondamentale ne fut pas longue.
Dans la guerre contre l’Autriche ( 1809 ), la Bavière eut encore à soutenir le premier choc, et le roi avait fui de Munich devant l’archiduc, quand l’arrivée de Napoléon vint tout changer. L’empereur reprit le cours de ses savantes manoeuvres, et, avant le dixième jour accompli , il ramenait Maximilien triomphant dans sa capitale , suivant la promesse qu’il lui en avait faite. Les Bavarois acquirent une gloire immortelle aux journées à jamais célèbres d’Abensberg, d’Eckmuhl et de N eu mark ; mais après ces succès un grand malheur vint frapper la Bavière. Une insurrection , dont le principal chef était le fameux André Hofer, éclata dans tous les districts cédés par l’Autriche, principalement dans le Tyrol. La guerre était difficile au milieu de ces montagnes, et les Bavarois, conduits par le duc de Danzig , n’achetèrent la victoire qu’au prix du plus pur de leur sang ; ils prirent ensuite une part active à la Dataille de Wagram. La paix qui en fut le prix ( M octobre) valut à Maximilien-Joseph le margraviat de Baireuth, Ratisbonne, Salzbourg , Berehtesgaden , le cercle de l’Inn et une partie du quartier du Hundsruck , augmentations acquises partie aux dépens de l’Autriche, partie par des traités d’échange avec Wurtzbourg et le Wurtemberg.
D’un autre côté, il céda au rovaume d'Italie la portion méridionale du Tyrol.
Les préoccupations des affaires extérieures n’arrêtaient pas les progrès commencés au dedans. Une garde nationale fut organisée à l’instar de celle de France ( 6 juillet 1809 ) , et le recrutement de l’armée réglé par une loi (29 mars 1812). On promulgua un code pénal conforme à la saine justice et à l’humanité ( 1813 ), et une commission prépara les matériaux d’un code civil.
L’expédition de Russie, où Napoléon entraîna tous les peuples soumis à sa puissance, fut une cause de deuil pour toute l’Allemagne, aussi bien que pour la France. De tout le contingent de Bavarois qui était
L’UNIVERS
parti pour cette fatale campagne, il revint à peine ôOO hommes. A Polotzk, à Smolen.sk, à Borodino, les bulletins de la grande armée avaient cité avec honneur ces vaillantes cohortes. Cependant, ce grand desastre n'ahattit point le courage de Maximilien-Joseph.
Au printemps de 1813, il envoya une seconde levée, pour remplacer celle qui avait péri sous les ordres du maréchal Oudinot, et ce contingent combattit sous les aigles françaises aux mémorables journées de Lutzen et de Bautzen.
Cependant le moment des défections était arrivé, et le roi se préparait à trahir aussi celui à qui il devait sa couronne. Un corps d’observation, sous les ordres du maréchal Augereau, s’é- , tait rassemblé près de Wurtzbourg, tandis que l’armée bavaroise, placée le long de l'Inn , faisait face a une division autrichieune commandée par le général Frimont. Les Bavarois ne passèrent pas l'Inn ; aucune hostilité n’eut lieu, sans doute par suite d’un accord entre les cours de Vienne et de Munich. Enfin, lorsque Augereau quitta ses positions, le prince de W’rède entra en pourparler avec le général autrichien; et, dès le 8 octobre, parut la déclaration officielle , par laquelle Maximilien-Joseph renonçait à la confédération du Rhin , s’engageait à se joindre à l’Autriche et à tourner ses armes contre la France. Aussi fallut-il qu’à Hanau , après la défaite de Leipzig, Napoléon s’ouvrît un passage les armes à la main à travers l’armée bavaroise qui tenta de lui fermer la retraite. Les Bavarois laissèrent environ 10,000 hommes sur ce champ de bataille, eurent six généraux tués ou blessés, et perdirent des canons et des drapeaux. Ils combattirent encore sous tes ordres de VVrède, aux sièges de Huningue et de Belfort, aux journées d’Arcis-sur-Aube, de Brienne et de Troyes, et jusqu’au moment où la paix de Paris (1814) mît fin à la lutte. En 1815, le roi actuel, alors prince royal, se. mit à la tête du corps qui marcha contre l.i France. Mais la bataille de Waterloo et les événements qui suivi-
rent, s’accomplirent trop vite pour permettre a la Bavière d’y prendre une part active.
Pendant le congrès de Vienne, le gouvernement bavarois concourut à la rédaction de l’acte de confédération des pays allemands, et montra de grands talents diplomatiques, en faisant respecter sa souveraineté et son indépendance. A la paix de Paris , conclue le 30 mai 1814, la Bavière avait rendu à l’Autriche le Tyrol et le Voralberg, et reçu en compensation le grand-duché de Wurtzbourg et celui d’Aschaffenbourg. Par suite du traité du 14 avril 1816, qui toutefois ne fut pas conclu sans avoir rencontré de grands obstacles, tant de la part des habitants que de celle des puissances contractantes, elle céda à l’Autriche, 1° les quartiers du Hundsruck et de l'Inn, tels qu’ils avaient été cédés par l’ Autriche en 1809; 2» la principauté de Saltzbourg, à l’exception de quatre bailliages, situés sur la rive gauche de la Salzach et de la Saale; 3° enfin le bailliage de Vils. Elle obtint en échange tout le pays qui compose le cercle du Rhin (Bavière rhénane) et quelques arrondissements de l’ancien pays ae Fuldc.
Maximilien-Joseph vendit la principauté d’Eichstædt avec le titrede prince de Leuchteinberg , au prince Eugène, dont la maison tint le premier rang après la famille régnante. Le 18 juin 1816, Maximilien entra dans la confédération germanique, et le 8 août dans la sainte alliance.
En 18l7, le roi conclut avec le saintsiège un concordat dont l’exécution éprouva longtemps de grandes difficultés; le 26 mai 1818, il octroya à son
nie une charte constitutionnelle, et üurs premières sessions les chambres se livrèrent a des discussions assez vives et assez importantes.
D’après le tableau financier qui leur fut présenté par un ministre à la clôture de la session de I8J2, les revenus étaient à cette époque de 35,192,816 florins; les dépenses de 33,907,623 florins; et la dette publique (budget de 1819) de 105,740,525 florins.
BAVIERE
Toutes les réformes introduites , presque sans efforts .dans les lois organiques de la Bavière, ouvrirent uneere nouvelle à ce pays, et accrurent encore son amour envers le souverain. A sa mort, arrivée le 13 octobre 1825, Maximilien fut pleuré comme un père. Outre la princesse de Leuchtemberg, Maximilien-Joseph laissait une autre tille , Charlotte-Augustine, née aussi du premier lit; celle-ci avait été unie en 1808 au prince royal de Wurtemberg. Mais le mariage ne fut pas consommé, et la nullité en fut prononcée en 1814, après la chute de Napoléon, sous l'influence duquel il avait été conclu. Cette princesse épousa en 1816 l’empereur d’Autriche. Lps antres enfants du premier lit furent Louis-Charles-Auguste, successeur de Maximilien, et Charles- Théodore - Maximilien - Auguste. Du deuxième lit naquirent la princesse Élisabeth, aujourd’hui reine de Prusse; Amélie, épouse du prince Jean, duc de Saxe; Sophie, archiduchesse d’Autriche; Marie, reine de Saxe, et Louise, épouse du duc Maximilien-Joseph de Bavière, de la branche ducale.
LOUIS I,r.
Louis-Charles-Auguste, né à Strasbourg le 25 août 1786 , s'était déjà fait connaître avant son avènement par ses opinions libérales et son goût pour les lettres et les arts. Il avait même composé un volume de poésies qui fut accueilli avec une grande faveur. Toutefois , depuis son avènement, il n’a réalisé les espérances de ses sujets que sous le rapport littéraire et artistique. En même temps qu’il accumulait dans sa capitale les magnifiques produits de l’art antique et de l’art moderne , et qu’il y fixait les peintres, les sculpteurs et tes savants les plus distingués, il rétablit plusieurs couvents, entre autres, ceux de l’ordre des mendiants et des bénédictins (1830;.
Aussi les Bavarois , naguère paisibles et confiants dans le gouvernement d’un roi dont les arts et la poésie semblaient occuper tous les loisirs, ne tardèrent pas à s’inquiéter quand l’in-
fluence toujours croissante du oergé catholique et de la noblesse, et la faveur accordée aux institutions monastiques du moyen âge (*) révélèrent les tendances rétrogrades de Louis. La nouvelle de notre révolution de juillet fit autant d’impression à Munich que dans aucune autre ville d’Allemagne.
Il ne fallait qu’une occasion pour faire éclater les dispositions peu favorables du peuple : elle se présenta vers la fin de septembre ( 24 ). Un régiment, en garnison dans la capitale, s'etant mutiné , les bourgeois prirent fait et cause pour lui et demandèrent le changement des ministres dévoués aux jésuites. On se battit dans les rues , et le frère du roi , le prince Charles , fut blessé d’un coup de fusil. La présence du roi , arrivé le 26 , et les changements opérés dans le ministère rétablirent la tranquillité. Mais l’impatiente ardeur de la jeunesse des universités n’était pas satisfaite. A la suite de quelques manifestations violentes de mécontentement, plusieurs étudiants et des écrivains mal vus des prêtres et de la cour furent bannis. Au mois de janvier 1831, on prit des mesures pour récuser quelques députes libéraux récemment élus, et pour soumettre la presse à de nouvelles et de plus dures entraves. A l’instant un cri de réprobation s'éleva de tous côtés, des adresses au roi furent signées; le ministère même était divisé. Ce fut sous ces fâcheux auspices que s’ouvrit, le irt mars, l’assemblée des états. Autant la seconde chambre lutta avec courage
£our la cause de la liberté , pour le ien du peuple, autant la chambre aristocratique , dévouée au système autrichien et ennemie du progrès, rejeta obstinément toutes les résolutions prises par les députés. Cette session orageuse, close le 29 décembre, fut immédiatement suivie de la composition d’un nouveau ministère., plus hostile encore au parti libéral.
Vainement le pouvoir espéra conte-
(*) En i837, il y avait encore 84 couvents en Bavière : 53 pour les hommes et 3 1 pour les femmes.
L’UNIVERS
nir les esprits; la presse, qui. avait mesuré ses forces , osa lui faire une guerre plus rinle encore que la chambre desdéputés e|le-méme. La Tribune allemande et le Messager de l’ouest (*) se distinguèrent par leurs attaques audacieuses, et laissèrent briser leurs presses plutôt <jue de céder.
Cependant l'epoque de la fête de la constitution approchait, et l’opposition s’apprêtait partout à la célébrer avec un éclat inusité. Le 27 mai, en effet, plus de 20.000 citoyens, accourus de différents points de l’Allemagne (**), se réunirent au vieux château de Hambach, près de Neustadt. Là reparurent les anciennes couleurs allemandes, or rouge et noir, qui rappelaient à la fois les temps glorieux des princes de Souabe et les sociétés politiques de 1814. On prononça des discours inspirés par un patriotisme exalté et par des espérances prématurées; on fit retentir des toasts et des chants en l’honneur de la Pologne et de la France. Mais un mois s’était à peine écoulé, que la diète de Francfort étouffait tout cet enthousiasme révolutionnaire sous des décrets que le roi s’empressa de ratifier.
Louis s'est montré ainsi moins sage que son père, qui, plus d’une fois, avait refusé son adhesion au système antiliberal de Vienne et de Berlin. La Bavière composa même alors avec l’Autriche et la Prusse le tribunal central , établi pour s’opposer aux tentatives révolutionnaires.
A défaut d’un reste d’attachement pour les principes politiques que Louis avait embrassés avec chaleur dans sa jeunesse, son orgueil l’eût peut-être engagé à rejeter cette intervention étrangère dans les affaires de son royaume, si les circonstances np lui eussent pas imposé la loi de ménager l’Autriche.
Plus intimement uni à cette puissance depuis la révolution de juillet, il en
(*) Rédigés par les docteurs Wirlh et Siebonplei ffer.
(**) On y remarquait des journalistes et des écrivains célébrés, et la plupart des sommités parlementaires de Rat ière , de Rade, des deux Hesses, de Nassau , deSaxe.
attendait l'adhésion à l’avénement de son fils Otton au trône de la Grèce.
Cet événement d’un si haut intérêt pour la maison de Bavière était alors sur le point de s’accomplir. Le 10 octobre 1832 , la députation grecque vint au palais de Munich saluer le jeune roi , et lui jurer fidélité au nom de la nation.
Peu de temps après (l,r novembre), un traité d’alliance perpétuelle, qui devait être changé en pacte de famille a la majorité du prince, fut signé entre Louis et Otton, et, le mois suivant, le prince, accompagné par trois nulle cinq cents Bavarois , partit pour sou nouveau royaume.
Au milieu des nombreux procès politiques dont les tribunaux étaient alors orcupés, on voyait la Bavière rhénane en proie à une effervescence que le moindre contact entre le peuple et les militaires faisait parfois dégénérer en luttes sanglantes. Mais le calme se rétablit daus le reste du pays , et la session de 1834 fut aussi paisible que la précédente avait été orageuse. Le roi qui, au mois d’octobre 1833, était venu à Lintz, en Autriche, conférer avec l’Empereur et M. de Metternich, annonça aux états la conclusion du traité qui faisait entrer la Bavière dans le système de douanes prussien (’).
Les députés et le peuple étaient retombés dans la plus profonde apathie.
Toutes les questions soulevées au sein des chambres furent résolues dans le sens du gouvernement , qui persistait dans la voie autilibérnle , saisissant toutes les occasions de restaurer les institutions du moyen âge (**).Cepen-
(*) Voyei pour l’union de» domnes avec le Wurtemberg, l’histoire de ce dernier royaume.
(*") Cette propension l’a porté à changer en 1837 les dénominations des huit cercles empruntées aux principales rivières du pays. Hiles ont été fixées comme il suit : haute Bavière (ci-devant cercle de l’Isar); lws»e Bavière (ci-desant bas Danube); Palotiaat (ci-drvant cercle du Rhin); l’alntiiiat supérieur et Ratisbounc (ci-devant cercle du Régen); haute Hranconie ( ci-devant hant Mein) ; moyenne Hranconie (ci-dev. Rézat);
BAVIÈRE
dant , en 1837 , la deuxième chambre sortit du calme profond dans lequel se traînai' nt ses délibérations, lorsqu’un de ses membres éleva la voix pour demander qu'une loi sanctionnât le rachat forcé des dîmes des particuliers. I,a proposition fut rejetee, il est vrai, apres d’orageuses discussions, parce que la chambre ne voulait pas paraître modifier des droits garantis par la Charte; mais l’opposition remporta des triomphes signales dans la question des couvents et dans les débats soulevés par les mesures inconstitutionnelles du roi de Hanovre, qui inquiétaient alors presque toute l’Allemagne. Cependant le roi I.ouis n’a en rien modifie ses tendances. Tout récemment encore, il a manifesté son mauvais vouloir contre la France, en envoyant une coupe ciselée à un jeune homme, auteur d’une prétendue Marseillaise germanique , pour la liberté du Rhin allemand.
coanTTUTias ut u Bavière.
La promulgation de la charte du 26 mai 1818, et la nouvelle loi municipale qui l'avait précédée le 17 mai 1810, ont marqué une période nouvelle dans la vie constitutionnelle de la Bavière. Les états se composent maintenant de deux chambres; dans la première, celle des sénateurs, siègent, d’après la loi du 9 mai 1828, les grands officiers de la couronne, les deux archevêques, les seize chefs de l’ancienne noblesse de l'Empire, un evêque nommé par le roi, le président du consistoire protestant, quinze membres héréditaires et douze membres à vie, tous à la nomination du roi, qui considère pour les appeler à la chambre, leurs services, leur naissance et même leur fortune. Ce dernier titre à la pairie est emprunté a la constitution de 1808, qui cherchait à établir une aristocratie de la richesse. Les séances des sénateurs sont secrètes, celles des députes sont publiques. La seconde
basse Franeouie et Aschafienboui'i; (ci-dev. bas Mein); Souabc «t Neubour» (ci-devaut haut Danube).
chambre se compose de cinq classes ou curies. D’après une évaluation approximative, il y a un député pour 7,000 familles ou 35,000 âmes. La première classe se compose de quatorze représentants des chevaliers ou propriétaires territoriaux , qui ont leur juridiction particulière et tous les droits de la noblesse. A la deuxième appartiennent les trois députés des universités. La troisième est composée du clergé catholique, représenté par neuf membres, et du clergé protestant, représenté par cinq. La quatrième est celle des représentants des villes et des bourgs. Munich en a deux, Attgsbourg un , Nuremberg un , et les autres ensemble vingt-quatre. La cinquième compte cinquante-six propriétaires ruraux, sans juridiction.
Les élections , qui se fondent sur la loi municipale, sont très-compliquées.
Les citoyens n’y peuvent prendre aucune participation immédiate , sinon dans les colleges de la noblesse et de l’université. Larles élections du clergé et des villes et bourgs sont à deux tlerés, celles des propriétaires non noies à trois, et le droit de suffrage n’appartient qu’aux magistrats et aux conseillers des communes. Les candidats doivent être des citoyens appartenant à une des communions chrétiennes, domiciliés dans le district de l’élection ; et le cens d’éligibilité, qui est fixé à 8.000 florins de revenu, exclut des districts entiers de la représentation.
D'un autre côté, les députés partagent le pouvuir législatif; ils ont le droit de porter plainte, le droit de supplique et celui de voter les impôts; enfin, la faculté de présenter des motions tendant à la modification des lois. Les ctats, dont la duree est de six mois, sont convoqués tous les trois ans; la première session a été ouverte le 14 février 1819.
Depuis le 1er janvier 1829 la Bavière jouit d’une nouvelle organisation municipale votee par les états. Elle est à peu près semblable à celle que la Bavière rhénane avait seule conservée après les événements de 1814, comme uu dernier vestige des bienfaits de la constitution française de l’an vm
CO
L’UNIVERS
(1799). Douze candidats aux conseils généraux sont nommés par la noblesse et le clergé, aulant par les villes et bourgs, et vingt-quatre par les propriétaires ruraux non nobles. Les archevêques sont de droit conseillers généraux. Le cens d'éligibilité est de cinq florins. Le roi choisit vingt-quatre conseillers sur la liste des quarantehuit candidats. Les premières élections des conseillers provinciaux ont eu lieu au mois de février 1829.
COKStniCIIATtOnS O RUER A U» SUR I.A BAVIERE.
La Bavière, par rang d’importance politique , vient immédiatement après l’Autriche et la Prusse ; elle est le troisième État de la confédération germanique.
Pour ses rapports diplomatiques, la Bavière est la rivale naturelle de l’Autriche, dans les États de laquelle son territoire est, pour ainsi dire, enclavé au midi, à l’est et à l’ouest. Le cabinet de Vienne a plusieurs fois essayé de la conquérir, mais sans jamais arriver à son but : soutenue tantôt par la France, tantôt par la Prusse, quelquefois par toutes les deux à la fois , la Bavière est parvenue à déjouer les projets de sa voisine et à maintenir son indépendance.
Surtout depuis que Napoléon l’a criée en royaume, elle a cessé de crainre pour son salut; et, rassurée du côté du midi, elle s’applique à ménager le gouvernement autrichien, dans le cas où l’agrandissement de la Prusse la mettrait en présence d’un nouveau danger, venant, cette fois, du Nord.
Profiter avec art de la rivalité qui existe entre la Prusse et l’Autriche, vivre en bonne intelligence avec l’une et avec l'autre, de manière à pouvoir, le cas échéant, compter sur le secours de celle-ci contre celle-la; telle est la ligne de conduite que suit le cabinet bavarois. Ainsi , il a fait des avances à l’Autriche pour la décider à reconnaître la royauté d'Otton en Grèce, et il n’a pas craint d’entrer dans le système de douanes prussien, qui lui offrait de grands avantages materiels. A moins d’uu accord, qui parait impossible,
entre les deux premières puissances de l’Allemagne, cette politique d'équilibre et de bascule est suffisante pour protéger l’existence de la Ravière. Mais ddt même un pareil accord arriver, la Bavière ne serait pas encore perdue, car il faudrait de plus, pour cela, qu’elle ne trouvât de secours ni en France, ni en Russie. L’hypothèse d’un abandon si complet est d’autant moins admissible, que la Ravière, dans ses sages prévisions, a toujours soin de se maintenir en faveur, soit auprès de la France, soit auprès de la Russie, suivant que l’une ou l’autre est prépondérante sur le continent. Sous l’empire, elle figurait au nombre de nos allies les plus dévoués , et elle n’a pas eu à s’en repentir; depuis 1815, elle caresse la Russie, qui la mettrait dans un terrible embarras si le tzar, en compensation de quelque autre service du même genre, laissait la Prusse et l’Autriche libres d'essayer de se la partager. Alors la Bavière li’aurait plus dVspoir qu’en nous. Il répugne de croire que nous laisserions consommer une telle ini-, uité, qui, du reste, ne viendra sans oute à l’esprit de personne, parce qu’elle serait le signal d'une guerre qui embraserait toute l’Europe et qui ne pourrait que nuire à ses auteurs. L’indépendance nationale de la Bavière parait donc désormais assurée, et tout porte à croire que le nouveau royaume créé par Napoléon figurera longtemps eneore parmi les membres de la république européenne.
Mais il s’en faut que la politique intérieure du cabinet bavarois soit aussi éclairée que sa diplomatie; il ne sait pas tirer parti de la supériorité que lui donne sou titre de gouvernement constitutionnel. Et cependant, quel avantage ne serait-ce pas pour lui, dans sa rivalité avec la cour de Vienne, que île montrer des tendances franchement libérales! Catholique comme l’Autriche, la Bavière, quoique ne comptant guère plus de quatre millions d'habitants, n’aurait, pour tenir sa puissante voisine en respect, qu’à perfectionner son système représentatif et gu’à se placera l'avant- prde de l’AI-
BAVIÈRE
lemagne du midi. Sa puissance morale s’accroîtrait bientôt assez pour contrebalancer les ressources matérielles de l’Autriche. La voie rétrograde dans laquelle, depuis la mort de Joseph II, s’est engage le gouvernement autrichien avec une persévérance aveugle , lui permettrait de devenir le cœur de l’Allemagne catholique, comme la Prusse tend à devenir la tête de l’Allemagne protestante. En tout cas , son exemple stimulerait un peu l’Autriche, d'autant moins disposée à entrer ouvertement en lutte avec elle, que de graves éventualités attirent presque toute son attention du côté de l'Orieut. Alors l’Allemagne du midi, pleine de reconnaissance pour la Bavière, s’habituerait à la considérer comme la protectrice de ses intérêts moraux , et aimerait à se reposer sur elle du soin de son avenir.
Au lieu de cela , le gouvernement bavarois affecte une politique de moins en moins libérale; loin de tenir les promesses qu’avait fait naître la constitution de 1818, il recule autant que possible vers la constitution de 1808,
qui n’était qu’un simulacre de gouvernement représentatif. Son intérêt bien entendu lui conseillerait de perfectionner les institutions politiques de la Bavière, et de les mettre au niveau des lumières et des besoins du siècle ; ses préjugés l’aveuglent au point de le rejeter dans une voie rétrograde, et de lui faire tourner le dos à la civilisation moderne, comme pour s’acheminer vers la féodalité du moyen âge.
En revanche, il accorde une protection intelligente aux beaux-arts et il favorise le développement de l’industrie. Rla’S, dans un siècle. comme le nôtre, c’est surtout par une bonne direction politique qu’un gouvernement peut devenir populaire. Sur une
f»lus petite échelle, la Bavière est pour 'Allemagne catholique ce qu'est la Prusse pour l’Allemagne protestante, et, comme la Prusse , elle est condamnée à rester stationnaire, ou même à déchoir, si elle n’a pas le courage de devenir franchement libérale et lie répudier la cause du passé pour embrasser celle de l’avenir
FIN
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