‹ États de la confédération germaniqueChapitre 200 sur 261 · MA 150!» O I WURTEMBERG · texte numérisé non relu

MA 150!» O I WURTEMBERG

Ces maisons dont nous venons de parler se ruinèrent toutes par leurs pieuses libéralités enfers l’Eglise, par leurs orgueilleuses prodigalités, et surtout par l’habitude de morceler leurs biens entre les différents membres de chaque famille. Des qualités opposées, favorisées, il est vrai, par un concours de circonstances heureuses, principalement par les troubles qui suivirent la chute de la maison impériale de Souabe, élevèrent la famille de Wurtemberg audessus de toutes les autres. Une sevère économie, on pourrait même dire l’avarice, faisait le fond du caractère de ses premiers comtes; iis thésaurisaient et savaient saisir, avec une habileté prodigieuse, toutes les occasions favorables qui s’oflraient à eux d’arrondir leur patrimoine. Ensuite le hasard voulut que peu d’entre eux eurent une nombreuse descendance à pourvoir, et que plusieurs fournirent une carrière trèslongue.

Le comte Ulrich au long Pouce ou le Fondateur est le premier à qui se rattachent quelques faits d’une certitude vraiment Iiistorique. Il était du parti des Ilohenstaufen ; mais, après la perte de la bataille de Francfort, en 12-16, il se tourna du côté de leur ad-

versaire Henri Raspon, qui lui donna en récompense plusieurs terres. Plus tard, on le voit embrasser de nouveau la cause de Conrad. Une partie des riches possessions et des villes qu’il avait acquises avaient appartenu aux Ilohenstaufen : c'étaient des fiefs ou dotations inféodées par les empereurs ou les ducs de cettfc race. Ulricn, sans doute, acheta encore quelques possessions de. Conrad ; ce qui est plus certain, c’est qu’il changea toujours suivant son intérêt, et se déclara pour Guillaume de Hollande, puis pour l'Anglais Richard de Cornouailles, duquel il sut encore obtenir, en 1267, une moitié du comte d’Urach, et diverses sûretés pour une somme de 1000 marcs d'argent destinée à payer son dévouement. Déjà précédemment, entreautres transactions non moins avantageuses, il avait acheté des tuteurs de Conradin le maréchalat de Souabe et l’avouerie d’Ulm ( 1259 ). Ses fils, Ulrich II et Eberhard, qui lui succédèrent en 12G5, marchèrent sur ses traces. Après la mort tragique de Conradin, ils furent amenés , par la position de leurs terres au milieu de la Souabe et dans le voisinage de celles des Hoheustaufen , à s'emparer de toutes les possrssionsdela failli I lecteinte, qui confinaient les leurs.

La vie d’Eberhard , qui gouverna seul depuis 1279, et fut surnommé nilustre , fut longue, riche en exploits et en gloire, et fertile en vicissitudes. La guerre était son élément, et son dés.ir le plus ardent tendait a agrandir ses Etats; son ambition semblait même ne pas aspirer à moins qu'à la couronne impériale. Il avait pris pour devise :

« Ami de Dieu et ennemi de tout le monde. » Pion content de braver ses voisins des villes et des châteaux , deux fois il prit les armes contre Rodolphe de Habsbourg; mais le succès ne couronna pas sa tentative. Une fois, il eut à soutenir un long siège dans Stuttard qui était petite, mais bien fortiee. Les murs furent démantelés a la suite d’un premier traité; une autre fois, Eberhard perdit presque toutes ses possessions. Le château patrimonial de Wurtemberg fut détruit, et ne re-

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cou vra plus jamais son ancienne splendeur. Il en restait naguère encore des ruines, à la place desquelles on voit aujourd'hui le monument sépulcral ou la chapelle que le second roi du pays a consacrée à la mémoire de son épouse, Catherine Paulowna , grande-duchesse de Russie.

Par un dernier traité, Éberhard se soumit aux lois de l'Empire et rentra dans ses biens, en donnant quelques châteaux comme gages de sa bonne foi.

D'un côté, cette condescendance de l’Empereur pour un vassal, qui avait tant de fois bravé son autorité , prouva la place qu'Éberhard occupait dans son estime. D’un autre côté, la noblesse etle peuple reçurent des garanties pour l’avenir, car’le tribunal suprême de Rothxveil, ainsi que les tribunaux de la haute et de la basse Saxe, furent investis du droit de juger au nom de l’Empire, et Rodolphe promit que le pays ne serait plus un duché donné comme fief impérial, et que les comtes et seigneurs ne relèveraient plus que de la couronne. L’ambition inquiète d’Éberhard l'entraîna encore dans plus d’une querelle avec les successeurs deRodolphe :

Adolphe de Nassau, Albert I", Henri VII. A la fin, il arriva que, dequatrevingts châteaux qu’il avait, il ne lui en restait que huit; les autres avaient été pris ou détruits. Mais il n’était jamais plus à craindre que lorsqu’il était plus près de sa ruine. La mort subite de Henri arriva à temps pour le sauver. Aucun prince, si ce n’est Rodolphe de Habsbourg, n’était plus digne qu’Éberhard d'occuper le trône impérial, et il n'en fut exclu que par la crainte qu’inspiraient aux princes de l’Empire ses grandes qualités, son esprit turbulent, ambitieux, son énergie et la force de son épée. Le comté de Wurtemberg qui, en 1250, ne comprenait guère que les villes et bailliages de Cannstatt avec le château de Wurtemberg, de Schorndorf avec le château de Beutelsbach, de Stuttgard avec plusieurs châteaux voisins, de Waiblingen et de Leonberg, se trouvait alors déjà considérablement accru. CarÉbcrhard, tout eu combattant, avait su faire aussi

des économies oui lui permirent d’accaparer une foule de seigneuries, villes, bourgades et privilèges. Il n’avait jamais oublié de grossir son trésor, soit par la sage administration de ses biens, soit par le produit de ses pillages et de ses extorsions, soit par le prix auquel les empereurs devaient payer sa bonne amitié.

Ulrich f II, son second fils et son successeur , partagea ces goûts d’acquisition, d’agrandissement, auxquels il sacrifia des sommes considérables.

Dans les troubles qui divisaient l’Allemagne , il prit le parti de Louis , et celui-ci, après s’étre fait couronner en Italie, lui donna plusieurs fiefs en Alsace. Le pape excommunia l’Empereur; il paraît même que son fidèle ami Ulrich ne fut pas à l’abri des foudres de l’Église. Mais tous deux étaient de taille à se défendre , et ils opposèrent à l’anathème la force de leurs armes et de leur volonté. Ils s'appuyaient, du reste , sur le concours des’ villes de Souabe. Les prêtres qui osèrent exécuter les ordres du pape furent chassés; et, pendant plus de vingt -cinq ans , on ne célébra plus le service divin en Souabe, on ne baptisa plus les nouveau-nés, on n’ensevelit plus les morts dans une terre consacrée; la foi même reçut de graves atteintes, mais l’autorité impériale fut respectée.

L’oppression des nobles , grands et petits , était devenue intolérable. Les paysans et les bourgeois surtout, qui avaient déjà gagné beaucoup en puissance et en bien-être, se liguèrent pour s’en affranchir ( 1339 ). Une guerre acharnée s’alluma : Ulm , Constance et plusieurs autres villes secouèrent le joug; mais il s'appesantit davantagesur certaines localités. Tel fut le sort de Hall , qui se courba sous les armes d’Ulrich. La misère et la disette furent les fruits de ces désordres. Pendant trois années consécutives, des nuées de sauterelles obscurcirent l’air et dépouillèrent la terre de toute végétation. Deux comètes apparurent comme pour annoncer la colère céleste. De terribles ouragans ravagèrent les bords du Rhin et la Souabe. Eufîn les inon-

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dations, les maladies achevèrent de réduire le peuple à un tel degré de souffrance, que les franciscains annoncèrent la On du monde. On attribua une partie de ces maux aux juifs; mais leurs richesse* furent leur véritable titre à la proscription; on en brûla 300 à Uberlingen. Les mêmes atrocités sc renouvelèrent à Memmingen et à Lindau.

En 1342, le comte Ulrich attaqua les deux palatins de Tubingen, Gœtz et Guillaume. Le premier tomba entre ses mains; la patx fut faite dans le cours de la même année, et Ulrich acquit à prix d’argent le château et la ville de Tubingen. A peine en avait-il pris possession , qu’il s’éleva entre lui et les ducs d'Autriche, réunis au comte de Schelklingen , une guerre dont il ne vit pas la On. Il mourut le 11 juillet 1344.

Ses Ois, Eberhard II et Ulrich IU, administrèrent d’abord en commun scs vastes possessions , et se montrèrent également animés de cette passion d’agrandissement, héréditaire dans leur maison.

Un tremblement de terre épouvantable jeta l’effroi dans les populations en 1 348. Plusieurs châteaux de la Souabe,tels que ceux de Falkenstein, Wildenstein, Rabenstein, s'écroulèrent.

Puis vint la peste qui, sous le nom de mort noire , traversa l’Europe , en moissonnant plus du tiers de ses habitants.

Charles IV, après avoir gagné les comtes de Wurtemberg à son parti en confirmant tous leurs droits et possessions et en leur payant 70,000 écus, les chargeade veiller a la sûreté de la Souabe : elle ne pouvaitêtreronfiéeàde meilleures mains. Eberhard II était, en effet, un rude champion. Les nombreuses guerres auxquelles il avait pris part l’avaient fait surnommer le Querelleur (Greiner), oule//ut/n(Rauschbart).La rigueur avec laquelle il exerça ses fonctions de bailli de l’Empereur lui attira la haine des paysans et drs villes impériales, qui se soulevèrent en 1349, appuyés par plusieurs princes ennemis des comtes , et notamment par les ducs

2* Livraison. (Wubteuueho.)

de Bavière, le comte d’OEttingen et le comte palatin du Rhin. Apres des succès balancés de part et d’autre, une paix avantageuse pour les confédérés fut conclue en 1353. Mais la lutte recommença dix ans après , parce que les villes’ crurent voir dans plusieurs dispositions de la bulle d'or des atteintes à leurs libertés , surtout pour la réception des PfahlbUrger ( bourgeois des faubourgs ) (*). Esslingen souffrit cruellement pour la défense de ses droits. Charles fut alors si content de la conduite d’Ebcrhard, qu’il lui donna les cités de la Souabe supérieure , au nombre de vingt -quatre, depuis Constance jusqu’à Weinsberg.

Cependant les villes ne cessaient de se montrer hostiles, quoique les comtes employassent toute leur puissance à les humilier. Les possessions de ces derniers se trouvant situées au milieu des cités impériales, ils s’avisèrent, pour les réduire, de couper toutes les communications. La disette ne tarda pas à se faire sentir vivement dans les villes; leur commerce et leur industrie furent anéantis. Dans une telle extrémité, elles implorèrent l’assistance de l’Empereur, dont les avertissements furent inutiles. L’occasion de grandir en puissance et en richesse était trop belle pour la laisser sitôt échapper. Les comtes se liguèrent avec le duc Rodolphe d’Autriche. Une diète fut convoquée; les comtes s’y rendirent avec une suite nombreuse , et bravèrent l’autorité de Charles IV, comme jadis Ebrrhard I" avait bravé celle de Rodolphe de Habsbourg et de Henri VII ; ils furent mis

(*) On appelait ainsi des sujets de princes ou de nobles qui , pour se soustraire à ce qu’ils devaient à leurs seigneurs territoriaux, se faisaient accorder le droit de bourgeoisie dans quelque ville voisine qui nerekvait pas de leurs maîtres. A leur exemple, beaucoup de nobles cherchaient aussi à s’affrauchir de la suzeraineté des princes en se faisant recevoir bourgeois. Ce nom de Pfahlbürger vient de la circonstance qu’ordinairement cette classe de citoyens demeurait entre la ville et les [wlissades ou pals ( Pfahl ), qui eu nurtpiuieut la banlieue.

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au ban de l’Empire. Une lutte sanglante s’engagea. Les villes souabes, placées sous les ordres de leur nouveau bailli, le comte palatin, furent encore aidées par une foule de princes et de seigneurs , et par 3,000 guerriers d’élite envoyés de la Bohême , de la Hongrie et dé la Lithuanie, sauvages auxiliaires aussi redoutables à leurs amis qu'à leurs ennemis. I.es comtes, de leur côté, étaient à la tête d’une armée considérable. Enfin l’Empereur marcha en personne contre eux. La guerre se termina par la bataille livrée dans les plaines de Schorndorf, le 30 août 1360, et qui amena la défaite d'Eberbard et d’Ulrich, et leur soumission.

Les comtes se virent réduits alors à un sacrifice bien pénible : il leur fallut renoncer à cette charge de baillis de Souahe , dont ils avaient su jusque-la tirer un parti si profitable. Mais cette fois encore, Eberhard parvint à relever le pouvoir de sa maison et à regagner la bienveillance de l'Empereur.

L’année suivante , un traité de famille, conclu entre les deux frères qu’avaient divisés les manœuvres incessantes de l’épouse d’Ulrich, le cadet, établit l'indivisibilité de leurs possessions et l’exercice exclusif de l'autorité par l’aîné. Ce pacte assura le fondement de leur grandeur et répara les maux des guerres passées. Bientôt même Eberhard parvint à se faire rendre

f>ar Charles la fonction de bailli dans a Souabe inférieure , et quelques années après, la mort de son frère, décédé sans postérité ( 1366), le laissa seul maître du comté.

Cependant ses envahissements continuels déterminèrent, en 1367 , une grande partie des nobles de Souabe à former une ligue commandée par les comtes d’Kherslein , et connue sous le nom de compagnie de ta massue ( Schlegler hund ) , ou des oiseaux de la Saint-Martin (*). La guerre fut longue et sanglante, et, à peine apai-

(*) Parce qu'ils avaient choisi pour einblriTie une massue ou masse d’armes, et s'étaient juré alliance le jour de la Saint- Martin.

sée de ce côté , elle recommença , en 1376, entre Eberhard et les villes, avec une fureur qui empruntait de nouvelles forces à l’affaiblissement de l’autorité impériale. Le comte de Wurtemberg eut le dessous dans plusieurs rencontres, notamment à Reutlingen (14 mai 1377). A la suite de cette défaite, pour laquelle il garda longtemps rancune à son fils (*), Eberhard ste vit assiégé dans sa résidence de Stuttgard par les villes d’Esslingen , Reutlingen et Ulm ; à la même époque, l'Empereur le dépouilla de nouveau de la dignité de bailli ou préfet ; alors il entra dans la société du lion . et prit une éclatante revanche sur les villes confédérées. En 1388, il les attaqua et les battit à Doeffingen. Mais la victoire lui coûta cher, puisqu'il y perdit son fils unique. Néanmoins , comme si le destin eût voulu le consoler aussitôt, il reçut, sur le champ de bataille même, la nouvelle de la naissance d'un arrière-petit-fils.

Après cette sanglante action, Wenceslas, pour laisser aux villes impériales le temps de se relever, proclama une paix generale (1389), et cassa toutes les confédérations.

Après un règne de près d’un demisiècle , Eberhard, âgé de quatre-vingts ans, termina, le 16 mars 1392, une vie qui s’était écoulée à travers les plus grandes vicissitudes.

Eberhard lit, son petit-fils, aima la paix et le faste autant que ses ancêtres avaient aimé la guerre et l'économie. Ses contemporains lui donnèrent le surnom de Débonnaire ( der Milde ) , et il s’en montra digne par sa justice , son amour pour les sciences et sa piété.

Cependant la vaine ambition de rendre sa cour une des plus brillantes de l’Allemagne lui fit dissiper les trésors amassés a grand’peine par ses aïeux , etcontracterdes dettes immenses, pour lesquelles il engagea une partie de ses domaines.

(*) Le vieux comte lui défendit de paraître en sa présence et lui trancha la nappe la première fois qu’il vint manger à H table.

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An commencement de son règne, il lui fallut surmonter son humeur pacifique , pour résister aux villes impériales et apaiser les troubles excités par les membres de la compagnie de la massue. Enfin, il frappa des coups décisifs à Heimsheim et a Hoefingen , et, en 1396, la .paix fut solidement établie dans ses Etats.

Lors de la déposition du faible et indolent Wenceslas, en 1401, plusieurs électeurs le portèrent à la candidature impériale; mais il fit peu d’efforts pour les seconder. Robert , comte palatin du Rhin, fut élu, et F.berhara , non content de s’empresser à le reconnaître , vainquit encore les hésitations et les résistances des villes impériales , qui ne se croyaient pas dégagées de leurs serments envers l’ancien souverain.

Toutefois il changea bientôt de parti , et entra dans la ligue de Marbach conclue en 1405 contre l’électeur Robert, qui avait été nommé empereur (*); en 1408, il prit part à la guerre d’Appenzell. On le compta ensuite parmi les princes qui se rendirent au concile de Constance ( 1414 ), où il fit brillante figure avec son pompeux cortège. Il ne vit pas la fin de cette assemblée, car il mourut le 16 mai 1417, âgé de près de cinquante-quatre ans.

Quoiqu’il ait peu travaillé à étendre les limites de son pouvoir, il fit cependant une acquisition importante, celle du comté de Montbéliard , avec les seigneuries de Porentrui , Granges , Clairval et Passavant. Son fils, Eberhard /U, n’avait encore que neuf ans lorsqu’il le fiança, en 1397, à Henriette, unique héritière de ces domaines, et qui n’était elle-même encore qu’un enfant. Le mariage fut célébré plus tard, et les époux vécurent en assez mauvaise intelligence. Néanmoins cette accession de territoire fut l’événement le plus remarquable du règne dTEberhard IV, qui mourut dès 1419.

Henriette prit alors d’une main ferme la tutelle de ses deux fils, Ijouis Ier et Ulrich. IU. Louis, qui était l’aîné,

G) Voyez L’Allemzshe, t. n, p. 46.

se déclara majeur en 1426, quoiqu’il n’efit guère plus de quatorze ans , et

fiorta des secours à Sigismond dans a guerre contre les nussites ( 1431 ).

Des 1433, les deux frères régnèrent en commun; mais à la majorité d’Ulrich, en 1440, ils manquèrent à la ligne de conduite sagement suivie autrefois par Eberhard le Querelleur : ils résolurent de partager leurs États.

D’abord ils choisirent pour limite le cours du Neckar, de telle sorte que l’aîné domina sur fa rive droite et le plus jeune sur la rive gauche { 1441 ). Mais ils sentirent bientôt les inconvénients de cet arrangement ; au bout d’un an on en fit un autre , par suite duquel Urach devint le chef-lieu de Louis, Neuffen ou Stuttgard celui d’Ulrich. Les deux frères jurèrent , entre les mains de leur mère, d’observer fidèlement les conventions du partage et de rester amis.

Les dernières années de la vie d’Henriette furent troublées par de graves mésintelligences avec ses fils, ui la contraignirent , en s’assurant e sa personne, à leur léguer in possession des seigneuries par elle apportées en mariage. Lorsqu’elle mourut (1444), sa succession fut abandonnée à Louis , qui paya 40,000 florins à son frère. Ainsi, indivision entre les deux branches fut encore plus nettement prononcée. Néanmoins celle d’Urach s’arrêta dès la seconde génération , tandis que l’autre devint ducale, et donna naissance à plusieurs rameaux secondaires.

Tandis qu’Ulrich luttait contre les villes, sans réussir à étendre beaucoup ses frontières, Louis Ier mourut de la peste en 1 450, à l’âge de trente-huit ans. Il laissait trois fils : Louis II, Eberhard et André ( qui mourut peu de temps après lui). Le premier , étant sujet à l’épilepsie, ne gouverna que de nom.

La tutelle fut exercée par son oncle , assisté de Frédéric , comte palatin du Rhin , frère de Mathilde , sa mère.

Louis II mourut en 1457 , et eut pour successeur Eberhard I' le Barbu.

Ce prince étant encore mineur , les états provinciaux (et c’est ici qu’on

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voit mentionnée pour la première fois celte institution , sous laquelle le Wurtemberg a fleuri pendant des siècles ) conférèrent à Ulrich le soin de gouverner pour lui jusqu’à sa majorité. Craignant l’adjonction de Frédéric, son ennemi, il avait sans doute promis aux villes, dont les députés eurent seuls entrée d’abord à l’assemblée des états , de les consulter à l’avenir dans toutes les affaires importantes ; et il leur tint parole , car sept bourgeois , revêtus de fonctions judiciaires ou municipales.devinrent membres du conseil de tutelle, composé en outre de deux conseillers d’Eberhard , et de deux autres du comte Ulrich.

Mais bientôt, au grand déplaisir de ce dernier, Eberhard, écoutant les instigations du comte palatin, prit en main le gouvernement de ses États.

Ce fut un nouveau sujet de plainte ajouté à ceux qu’Ulrich avait depuis longtemps contre Frédéric. Les hostilités ne tardèrent pas à éclater entre les deux princes. En 1462, pendant qu’Eberhard restait sur la défensive, le comte de Wurtemberg -Neuffen , excité par l’Empereur et le pape, réunit ses forces à celles du margrave de Bade et des évêques de Metz et de Spire, et sejeta imprudemment sur les terres de son adversaire mis au ban de l’F.nipire. Mais Frédéric enveloppa et battit complètement les coalisés, à la bataille de Seckenheim , qui lui valut le surnom de Victorieux, et devint le sujet d'une foule de chansons populaires.

L’évêque de Spire, qu’on soupçonna fort de trahison, parvint seul a s’échapper ; les trois autres princes tombèrent au pouvoir de Frédéric, et subirent à Heidelberg une dure captivité, tandis que le roi des Romains s’occupait de pierre phdosophale et de calculs astrologiques' (*). En vain Ulrich adressa des plaintes lamentables aux villes impériales, aux conseillers de

(*) Le vainqueur leur refusa même du pain , disant que des gens qui avaient méchamment foulé sous les pieds de leurs chevaux les dons de Dieu , ne méritaient pas qu’on leur donnât du pain à manger.

son comté, à ses états provinciaux, au pape, à l’Empereur, à la diète de Ratisbonne , et même au duc de.

Bavière , l’allié de Frédéric. Ce ne fut qu’environ quinze jours après la Pâque de 1463 que le comte obtint sa liberté, et cela à des conditions fort dures, dont les principales furent :

u’il payerait en quatre ans une somme e 100,000 florins, que dans l’espace d’un an il réconcilierait le comte palatin avec l’Empereur et le pape , sous peine de payer 10,000 florins, qu’il romprait le mariage projeté entre sa fille et le fils du margrave de Bade, et que, loin de se plaindre, il témoignerait aux cours ae Rome et de Vienne de sa vive gratitude pour les bons procédés de Frédéric pendant sa captivité.

Les Wurtembergeois se soumirent alors à d’immenses sacrifices; mais ils le firent avec empressement pour complaire à un souverain qui avait mérité le surnom de Bien - Mimé.

Quant à Ulrich , les seuls dédommagements qu’il put obtenir des deux instigateurs de sa malheureuse expédition, furent, de la part du pope, sa confirmation dans la possession de quelques dîmes et terres ecclésiastiques ; de la part de l'Empereur , la permission d'établir un péage à Cannstatt.

Réduit à ses propres moyens pour réparer ses malheurs passés’, Ulrich y travailla de concert avec son neveu.

Mais ses deux fils , Eberhard le Jeune et Henri, lui causèrent bientôt de nombreux déplaisirs. Ce dernier surtout, contraint d’embrasser l’état religieux pour lequel il n’avait nulle vocation, réclamait sans cesse une part de territoire. Le père ne crut pouvoir mieux faire que de s’entendre avec Eberhard le Barbu.

Ce prince, dans sa première jeunesse, s’etait livré à tous les écarts d’une nature fougueuse et passionnée.

S’il était vainqueur dans toutes les joutes, nul ne pouvait lui tenir tête dans une partie de débauche ; mais un pèlerinage qu’il avait fait à Jérusalem en 1468, à l’âge de vingt-trois ans, avait commencé en lui une réforme

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morale, achevée ensuite parson épouse.

Barbe de Gonzague, fille de Louis III de Mantoue. Il avait aussi cherché à refaire, dans la société des hommes instruits, son éducation littéraire, aussi négligée que ses mœurs (*), et il était parvenu a se placer parmi les princes les plus estimés de son temps, pour sa sagesse, ses lumières et son caractère.

Ce fut le 12 juillet 1473 , à Urach , en présence des états provinciaux composés des députés de toutes les villes, que fut conclu le fameux pacte de famille d Urach, dont les dispositions règlent encore l’ordre de succession dans la maison de Wurtemberg.

Le but des contractants, formellement énoncé dans le traité (**), fut de réunir un jour en un seul État les deux parts du Wurtemberg. Henri, fils cadet d’Ulrich, renonça à toute part dans la succession paternelle. En revanche, Eberhard le Barbu lui céda le comté de Montbéliard avec ses dépendances , et les seigneuries d’Alsace. On établit en principe l’indivisibilité du pays, le droit de primogéniture, et l’aumission des filles à la succession , mais seulement à défaut de mâles. Les descendants de Henri ne pouvaient prétendre à l’héritage qu’après l’extinction des branches des deux Eberhard.

Cette convention fut signée et scellée non-seulement par toutes les parties , mais encore par les députés des huit villes et bailliages, au nom de ceux des quarante autres, et tant pour eux tous que pour leurs descendants (***).

C'était la quatrième fois depuis dix-

(*) Il fonda l’université de Tubingen en

(**) Dnmlt beide Theitr, y est-il dit , i vicder zusammtn kommen , und aneh fùrohin des/o besscr ungetrcnnt hei cinander blcibcn môchten.

(***) Ces huit villes étaient Stntlgard ,Tuliiogen, Nurtingen, L'rarli, Kirclieiin .C'.rwningen , Scborndorf et Rosenfeld. Les termes des signataires sont : Haben miser Insieel fur uns und unser JVacbkommen offenucU gehenckl an diesen liriefe, undrr den Sigeln ivir andern ohgennnntcn slell ail, fur mu und unser Nachkommen , etc.

sept ans qu’on voyait les états avoir voix délibérative aussi bien que les comtes.

Ulrich vécut encore jusqu’en 1482, occupé, non plus à guerroyer , mais à se fortifier par des alliances, et à réprimer les désordres continuels de son fils , qui devint, à sa mort, Eberhard VI.

A cette époque , les deux Eberhard conclurent un traité d'amitié ; puis, aussi en 1482, année mémorable dans l’histoiredu Wurtemberg, ils confirmèrent , par un nouveau pacte signé à Munsingen, le 13 décembre, l’indivisibilité du pays. Le fils aîné d’Ulrich, à qui son frere Henri , dégoûté de l’administration de son comté de Montbéliard, avait déjà cédé ses droits, pour mener joyeuse vie , était fort disposé à suivre cet exemple. Il proposa donc à son cousin de lui abandonner le gouvernement du pays entier. Les états dûment convoqués , il fut décidé que les deux parts de Neuffen et de Stuttgard seraient pour toujours réunies; qu’Eberhard rainé serait reconnu comme seul souverain , et Eberhard le jeune comme son héritier présomptif; que le plus âgé d’entre les descendants des deux cousins serait toujours chargé du gouvernement ; que Henri et ses héritiers ne viendraient à la succession qu’à défaut de tous autres rejetons de la famille.

Eberhard le Jeune, au milieu de ses folles dissipations et de ses mauvais conseillers, se repentit, peu après, d’avoir signé; mais il eut beau réclamer. Il perdit même ses fiefs, transférés par l’Empereur au comte de Wurtemberg, et le pacte reçut diverses modifications, sans que ron déviât du principe d’indivisibilité. Il continua à promener par toute l’Allemagne son existence désordonnée et souvent misérable. Ce qui dut encore ajouter à son dépit , ce fut de voir son cousin acquérir chaque jour auprès des autres princes plus de considération et plus d'influence. En 1489, il réussit neanmoins à conclure, à Francfort, un nouveau traité qui eût rétabli l’ancien parta-

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ge ; mais Eberhard l’Ancien avait tant à ctrur l’unité du pays, qu’au bout de quelques années il assura, par un pacte signe à Essfingen ( 1492 ) , sa succession entière à son cousin; seulement il fit cptte réserve, que son successeur ne pourrait gouverner qu’assisté de treize conseillers inamovibles.

Il s’opéra dans la constitution du pays de Wurtemberg un changement bien grave encore , pendant Vannée 1495. Maximilien I*r se trouvait à la diète de Worms. Voulant récompenser Eberhard V pour ses nombreux services, et en même temps ouvrir à la maison d’Autriche la perspective d’acquérir un jour le Wurtemberg, auquel confinaient les possessions autrichiennes en Souabe , il lui conféra , le 21 juillet de cette année, la dignité ducale, à condition que, ses successeurs mâles venant à s’éteindre , le duché, sans passer aux femmes, serait dévolu, comme fief vacant, à l'Empire. En même temps, l’Empereur inféoda au nouveau duc la dignité de grand banncret de l'Empire, anciennement possédée par les ducs de Grœningen , et confirma les dispositions des pactes d’Urach et d’Esslingen{*).

DCCnÉ DU WURTEMBERG.

Ï1IRHARO l*r.

Eberhard le Barbu ne survécut pas longtemps à la gloire d’avoir, le premier, fait du Wurtemberg un État, et de ses habitants un peuple. Ce prince, que Maximilien proclama plus tard le plus sage et le plus vertueux de l’Empire, mourut sent mois après avoir revêtu sa nouvelle dignité , et sans laisser de postérité ( 21 février 1496).

IBX&HXHD U.

Tant qu’avait vécu un homme dont

(*) Les armoiries de sa famille, qui jusue-là n'avaient porté que les trois ramures c cerf de Wurtemberg elles poissons de Montbéliard, reçurent alors deux nouveaux quariiers décorés de la brandie de rue des ducs de Teck et de U bannière impériale.

il redoutait l'ascendant, Eberhard ie Jeune était resté en pays étranger.

Quand il revint à Stuttgart! , il fut accueilli avec joie, quoiqu’on eût contre lui bien des motifs de défiance. Mais le peuple ne conserva pas longtemps ses illusions. Le prince , nonchalant et prodigue comme il l’était depuis sa jeunesse , dépourvu même des talents les plus ordinaires, dans un temps où il en eût fallu de très -grands pour maintenir la tranquillité , se laissa gouverner par Conrad Holzinger et Jean Truchsess, deux conseillers qui ne savaient faire et suggérer que le mal.

Les impôts devinrent si intolérables , l’imprudence d’Eberhard contraria tellement toutes les institutions, tous les intérêts du pays, qu’un cri général s’éleva contre lut. Les treize conseillers établis en vertu du pacte d’Esslingen convoquèrent les états. On s'assura des deux favoris , et le duc, ne. voulant céder à aucune remontrance , à aucun avis , fut déposé, le 10 avril 1498 , par l’assemblée, formée des représentants des trois ordres : nobles , prélats et bourgeois. Cette décision lut confirmée en ces termes par Maximilien :

» Vous avez agi en nommes sages. »

L'Empereur croyait voir approcher le moment où il pourrait enfin mettre la main sur le duché (*),

ULKICH.

l.e successeur naturel d’Eberhard H était Ulrich, fils de Henri, qui vivait enfermé à Urach pour folie. Le prince dépose fut contraint de se démettre formellement du gouvernement , en vertu d’un traité signé à Horb, en 1498, et par suite de son âge et de ses infirmités (il n’avait que cinquante et un ans). Il essaya cependant de revenir ensuite sur ce traité , mais ce fut en vain. S’étant retiré chez Philippe,

(*) Il demanda aux états qu’on lui fit don de la seigneurie d'Achaliu, pour prix de sa bienveillance , et qu'on lui reconnût la faculté de donner le duché à un de s es fils, à l’extinction des miles de la famille souveraine. Son espoir fut déçu en tout point.

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électeur palatin , auquel il offrit la cession de son duché perdu, il fut jeté dans le château de Lindenfels, au fond de POdenwald, et y mourut prisonnier en 1504.

Ulrich avait à peine onze ans lorsqu’il fut appelé à remplacer son oncle.

Le gouvernement fut remis à une régence composée des treize conseillers.

Mais Ulrich, né avec des passions violentes et abandonné à lui-même, reçut une très-mauvaise éducation (*), ce qui n’em pécha pas l'Empereur de contrevenir au traité d’Esslingen en le déclarant majeur à seize ans. Fiancé ensuite à Sabine, fille d’Albert IV, duc de Bavière, et nièce de Maximilien, i| prit le parti de son beau-père contre le comte palatin Robert, dans la guerre de la succession deT.andshut. Les hostilités terminées, l’Empereur donna à Ulrich tout ce dont il s’était emparé.

Besigheim , Weinsberg, Neustadt , Loewenstein , possessions du Palatinat, passèrent au Wurtemberg, qui reçut aussi du duc de Bavière toute la vallée de Brenz, comme indemnité de ses frais d'armement. Ulrich parut encore à la tête de l’armée impériale envoyée contre la république de Venise, puis au siège de Dijon.

Pendant qu’au dehors la maison de Wurtemberg prenait ainsi des accroissements considérables, le pays était écrasé de charges et présentait un spectacle affligeant. Ulrich, agissant comme un maitre absolu, absorbait tous ses revenus en fêtes, en tournois, en chassas brillantes , en frais de guerre. Lorsqu'il paraissait près de l’Empereur, il était toujours escorté de trois cents cavaliers, plus richement équipés que ceux de tous les autres princes.

Enfin , l’imagination est presque effrayée du tableau des prodigalités dont sa cour fut le théâtre lors de la célébration de son mariage avec la princesse Sabine, dans l’année 15ll(**).

(*) Les historiens remarquent qu’il ne savait même pas la langue française, regardée comme l'indispensable complément de l’éducation d’un prince, et qu’on ne lui avait pas fait faire un seul voyage.

(") II est curieux de rappeler ici comme

Aussi , en dix ans , y eut-il un déficit d’un million de florins, somme exorbitante, pour l’étendue du duché et pour le temps. Afin de le remplir, on établit des impôts sur la fortune personnelle des habitants, sur le vin et les récoltes. Ulrich imagina aussi de se créer des ressources par une diminution des poids et des mesures dont le bénéfice était perçu pour son compte. Cette décision, aussi extraordinaire que coupable, mit le comble à la misère publique. L’irritation qu’elle produisit amena une révolte (*). Partout la population parut en armes. On parfait hautement d’abolir tous les impôts, d’établir la communauté des biens, l’égalité générale. Les plus modérés voulaient dépouiller les nobles et les prélats, emprisonner, tuer même le duc, s'il ne consentait pas à leurs demandes. Les états devaient , pour produire quelque résultat utile, être ouverts aussi aux députés des paysans.

Dans ces graves conjonctures, il ne restait qu'à assembler les états à Suttgard. Mais cette capitale présenta ses plaintes avec tant d’insistance, que le duc, irrité, se rendit à Tubingen , pour

peinture des mœurs du temps , que 7000 etrangers assistèrent à ces tètes, et qu’on y consomma i36 bœufs gras, 1800 veaux, &70 chapons, 1200 poulets, 2759 grives, il barils de saumon , 90 de harengs , 120 livres de clous de girolle , etc.

(*) Le signal partit du bailliagede Schorndorf , où s’était formée depuis quelques années une confédération dont les membres , tous paysans réduits à la misère , semblaient ne former qu’une société de bouffons riant au milieu de leurs maux. Toutefois leurs bouffonneries étaient sérieuses alors. Un beau jour, fifrrs et tambours eu tête, ils marchèrent au Rems et jetèrent dans l’eau les nouveaux poids , en ajoutant ces mots : - Si vous surnagez, ce sera le duc qui aura raison; si vous enfoncez, ce sera nous.» Le résultat était facile à prévoir. Aussitôt le soulèvement éclata. Ils avaient adopté le titre de Société du pauvre Conrad, (l’était un jeu de mots : Conrad était pour Koiurata , Kein-rath , point de ressource. Le chef distribuait aux confédérés des terres à prendre au Uungrrberg (mont de la faim), au Bettelrain (canton de la mendicité) , etc.

continuer de traiter avec les états. Les envoyés de l’Empereur, les évêques de Strasbourg, de Constance et de Wurtzbourg , les députés de l'électeur palatin et du margrave de Bade , s'entremirent et parvinrent à arranger les affaires à l'amiable , après plusieurs jours de négociations ( 1514, 8 juillet). Les états se chargèrent des dettes d’Ulrich, montant a 910,000 florins.

Aucun impôt ne devait être prélevé sans avoir été consenti par eux ; leur assentiment devait aussi être nécessaire pour engager les domaines, pour entreprendre une guerre. Nul ne devait être jugé au criminel que d’après les lois existantes; la liberté d’émigrer était réservée à tous les habitants.

Telles furent les principales dispositions du fameux traité de Tubingen, qui a été, jusqu’à ces derniers temps , la base de toutes les libertés du pays de Wurtemberg, sa charte constitutionnelle. Cependant, l’exaspération était loin d’être calmée. On refusa de prêter de nouveaux serments , comme on en était convenu. Les paysans, surtout ceux de Schorndorf, étaient encore plus intraitables que les autres, et leur fureur faillit devenir funeste à Ulrich, qui était venu au milieu d’eux pour essayer de. les ramener à la raison. Les efforts de quelques villes lidèles ramenèrent enfin quelque tranquillité. Dix des plus mutins, pris dans ce foyer de révolte, furent décapités, d’autres bannis ; le reste s’humilia et obtint son pardon.

Les fautes du duc n'avaient pas eu les suites funestes qu’il aurait pu redouter. Il oublia ses promesses avec le danger qui les lui avait arrachées.

Ses conseillers lui représentèrent en vain le mécontentement qu’excitait sa conduite. Il sembla, au contraire, travailler à plaisir à précipiter sa ruine.

Délaissant complètement Sabinede Bavière , qui , meme au temps de son mariage, n’avait pas eu son affection (*), et que l’on dépeint à la vérité comme une femme fière , colère et méchante,

(*) Il aimait alors Élisabeth, princesse de

Brandebourg.

il ne vécut plus que pour la jeune Ursule, épouse de Jean de Hutten, son ami. Et comme si ce n’eût pas été assez de dépouiller ce chevalier de son honneur, if. lui arracha la vie. Le vaniteux courtisan, dit-on, l’avait bravé en portant avec ostentation à son doigt l’anneau nuptial de la duchesse : la vengeance ne se fit pas attendre. Un jour, dans une partie de chasse. Ulrich le prit à part en lui reprochant d'entretenir des relations criminelles avec Sabine, puis le perça de sa propre main, pendit le cadavrea un arbre, et alla se vanter du crime auprès des seigneurs de sa suite.

Cet acte de barbarie révoltante frappa d’horreur tout le pays, où Hutten avait de nombreux amis. Ulrich , de ce moment, n’eut plus ni repos ni bonheur. Le bruit de son meurtre s’était promptement répandu, et le cri de vengeance , poussé par la puissante famille de Hutten, parvint jusqu'au trône de l’Empereur. On ne prononçait le nom d’Ulrich qu'avec un sentiment de dégoût. Le vieux père de la victime vivait encore, et chaeun plaignait son sort; mais de tous les ennemis qui se levèrent contre le duc de Wurtemberg, le plus terrible fut Ulrich de Hutten (*) , cousin de l’infortuné chevalier. La plume éloquente de ce célèbre écrivain publia une suite de diatribes qui imprimèrent au front du monstre, autyran, une flétrissure ineffaçable (**). Sur l’invitation de l’Empereur, le duc se rendit à la cour de Vienne, et parvint à conjurer momentanément cet orage, tandis qu’un autre plus redoutable le menaçait dans son ays. Un complot se formait dans le ut de le déposer, et Sabine avec ses deux frères y travaillait ardemment.

A cette nouvelle, Ulrich revient, maltraite sa femme , et, par un geste significatif, lui montre l'épée qui avait donné la mort a Hutten. La fuite seule pouvait sauver la princesse, qui se

(*) Ai.mmacke, t. II, p. i85.

(**) Ulrich Hutteni , etc., dcploratio irrsihus lieroicis ; Oralionci invectiva ; Phalct • nsntlu ; etc.

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réfugia à Ehingen, et de là fut conduite à Munich , protégée par une escorte de cavalerie impériale. Maximilien , qui avait cherché à réconcilier les deux époux , ne garda plus de ménagements.

il somma deux fois le prince de venir se justifier à une diète convoquée à Augsbourg. I,e coupable ayant chaque fois refusé de comparaître, fut mis au ban de l’Empire (octobre 1516). Le peuple fut délié de son serment , et le pays donné au jeune héritier présomptif, Christophe. La guerre était à la veille d’éclater entre Ulrich et l’armée des Hutten et des ducs de Bavière, lorsque Mathias Lang, cardinal-chancelier, évéqnedeGunk, interposa sa médiation. Le 21 octobre 1516, Ulrich renonça pour six ans au gouvernement, qui devait être confié à un conseil que rEmpereur et le duc formeraient des hommes les plus honorables du pays; il promit encore de donner un apanage à son épousé, de payer 27,000 florins à la famille de Hutteii, et de s'abstenir de toutes violences (*). Pus une seule de ces conditions ne fut observée.

On devait croire que l’expérience rendrait ce prince plus sage : il n’en fut rien. La vengeance devint son unique pensée. Parmi ses nombreuses victimes, on compta les deux Breuning, les hommes les plus considérés du Wurtemberg, qui furent décapités, après avoir été soumis à d’atroces tortures. L’Empereur se proposait de mettre un terme à tant d’infamies à la

fnrochaine diète; mais la mort le frappa e 12 janvier 1519 , et l’impunité sembla encore assurée au duc, que soutenaient l'électeur palatin et l'électeur de Saxe.

Dans le même temps , un de ses baillis ayant été assassiné à Keutlingen , cité libre et impériale, Ulrich s’y rendit; et, prêtant de l’interrègne qui laissait les faibles sans défense, il s’empara de la ville avec tout ce qu'il y trouva en or et en argent, et l'incorpora à son duché. Toutes les villes itn-

(*) Ce traité est connu sous le nom de

Transaction de Blau-Beuren.

périales s’émurent, et, à ce nouvel acte d’audace, laliguedeSouabe, que le duc avait déjàirritéepour s’étre séparé d’elle, se réveilla et ne respira plus que la vengeance. Le duc arma de son côté, et prit quatorze mille Suisses à son service; douze mille paysans le suivirent.

Il avait encore six cents cavaliers , et le landgrave de Hesse et le margrave de Bade lui avaient promis des secours. Ces forces lui donnaient de grandes espérances; la ligue, commandée par Guillaume IV, duc de Bavière, n’en mettait pas moins dans les siennes; trente nulle hommes à sa solde étaient sortis d’Ulm, lieu du rendez-vous.

Ulrich était campé à Blau-Beuren ; mais il avait plus songé à rassembler des troupes que de l’argent pour les paver. Lps Suisses, qui faisaient sa principale force, furent bientôt rappelés , habitués qu’ils étaient à ne rester que là où ils étaient bien payés. Ses paysans n’étaient pas exercés, et les ren torts qu’il attendait de ses voisins ne vinrent pas. Son courage alors l’abandonna ; ce que voyant, les paysans regagnèrent leurs foyers. Il emmena aussitôt ses enfants "et ses trésors, et s’enferma dans le fort de Hohen-Tubingen. Les villes et châteaux ouvrirent leurs portes aux troupes de la ligue, dont les étendards flottèrent bientôt sur Tubingen. Le duc se hâta de quitter la forteresse qu’on investissait; et le commandant, Louis de Stadio, vendu aux assiégeants , ne tarda pas à se rendre (*)". On capitula de même au château de Moeckmuhl , où le commandant Gœtz de Berlichingen dut céder au manque de vivres et de munitions (**). Ceux de Neuffen et d’Asperg suivirent cet exemple. Au bout de dix semaines tout était conquis.

(*■) I.a garnison, qni avait promis de verser jusqu’à la dernière goutte de son sang, capitula ail bout de quelques jours. Les noms des soixante-quatre chevaliers félons qui en' faisaient partie sont inscrits, à leur honte , au château qu'ils ont livré si farilement.

(**) Goethe a popularisé le nom de Berlichingen.

L’UNIVERS

Néanmoins Ulrich resta encore longtemps dans le duché , se cachant au fond des cavernes , dans les anfractuosités des montagnes (*) ou dans des huttes creusées sous terre , où quelques paysans pourvoyaient à sa subsistance. Après avoir échappé à tous les dangers , il se trouva enfin en sûreté dans le château de Hohentwiel, situé sur une haute montagne, et à l'abri des attaques. Là se réfugiaient, depuis le dixième siècle, ceux qu’avait frappés le ban de l'Empire, ou que poursuivaient les forces supérieures de leurs ennemis. Il y resta pendant que la ligue excitait le mécontentement du pays déjà cruellement ravagé, en exigeant de lui le remboursement des frais de la guerre (**). Se croyant sûre de sa proie, elle congédia une grande partie de ses mercenaires, les terribles lansquenets. Ceux-ci alors se réunirent en corps , prêts à entrer au service de celui qui les payerait le mieux. Ulrich, qui en reçut avis, s'entendit avec eux. Tout à coup on le vit paraître devant Stuttgard , qui lui ouvrit ses portes. Il eût pu rentrer en possession de son duché ; mais l'imprudent rendit ses bonnes grâces à Volland, son infâme conseiller, traita ses sujets en ennemis vaincus, et annula la transaction de Tuhingen. Dès lors la plupart des villes refusèrent de prendre parti pour un prince qui n’avait que l'esclavage à leur donner en retour de leur fidelité. La ligue arma de nouveau , et envoya huit mille fantassins et dix-sept cents cavaliers au pied de l’Alp. L’énergie qu’Ulrich fit paraître dans cette circonstance fut en pure perte ; il vit brûler sous ses yeux le château de Wurtemberg.

Ainsi, on eût dit que la ligue voulait

(*) Le peuple montre encore aujourd’hui line caverne près de Lichtenstein, et deux autres dans la vallée de Lcuning, qui ont dû servir de retraite à Ulrich.

(") I.a noblesse refusa obstinément de partager les charges communes, prétendant qu'en sa qualité d'immédiate, elle n’avait jamais fait partie des états, et ne devait être considérée que comme librement établie sur le sol.

anéantir jusqu’aux vestiges de cetta

race princière. Avant la un de l’année, il fut de nouveau réduit à se sauver, accompagné d’un petit nombre de fidèles serviteurs , éclairé dans sa fuite par les flammes de Hedelfingen et de Wangen, et poursuivi par ses remords. La ligue leva des contributions que 1»

habitants épuisés ne purent même paver complètement, et mit des garnisons dans les châteaux et daus les villes. Ces contrées semblaient condamnées à être malheureuses sous quelque administration que ce fût.

Ulrich , retiré à Soleure , se berçait de l'espoir d’obtenir l’assistance îles confédérés suisses; pendant ce temps, la ligue était fort embarrassée de sa conquête. Enfin , pour rentrer dans les frais considérables de sa double expédition , elle vendit le Wurtemberg à Charles-Quint pour la somme de 220,000 florins, sans compter rengagement de payer les dettes du duché, évaluées à 800,000 florins, et toutes exigibles (6 février 1520.) Leduc, oubliant que l’Autriche convoitait le Wurtemberg depuis trois cents ans , s’avisa de réclamer; on lui répondit en le menaçant des punitions les plus sévères s’il osait troubler la tranquillité publique. Il fut mis au ban de l’Empire le 5 juin 152t. Son fils Christophe, âgé de cinq ans, fut transféré à Inspruck; Sabine s’établit, avec Anne sa fille (*) , à Huhen-Urach. Quant à Ulrich , Il continua sa vie errante , tantôt à Montbéliard, tantôt à Holientwiel, qu’il venait d’acheter, tantôt en Suisse. A cette époque, la famille de Wurtemberg, qui s’était élevée audessus des plus puissantes maisons de Souabe, et des débris de leur fortune avait construit l’édifice de sa grandeur , paraissait à son tour renversée pour jamais.

Ulrich était dans son inexpugnable forteresse de Hohentwiel, quand il apprit la nomination de Ferdinand, frère de Charles-Quint, au gouvernement de la Souabe . et les transports de joie au milieu desquels il avait fait son entrée

(*) Née en i5i3.

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à Stuttgard (1522). Les libertés publiques furent conlirmées par le prince autrichien , qui défendit, sous peine de mort , de prononcer le nom du duc proscrit. La ligue des villes fut renouvelée pour onze ans. Cependant de nouveaux événements vinrent rendre quelque chance de succès à Ulrich.

Les paysansqui. sous mille prétextes, avaient été opprimés par les nobles et les clercs , commencèrent , en 1525 , à secouer le joug , et à réclamer à leur proüt cette liberté appliquée par Luther à l’ordre religieux. Dans les campagnes de l’Allgau , du Raldringen et des environs au lac de Constance, les populations soulevées se divisèrent en trois corps, qui empruntèrent leurs noms aux lieux d'où ils sortaient.

D’un autre cdté, les sévères defeuses du gouvernement n’avaient pu empêcher la nouvelle doclriné de se répandre avec rapidité , puisant des forces dans la persécution même (*).

Au milieu de cette fermentation , {'homme de Hohintwiel (c’est ainsi qu’on désignait Ulrich) crut que le moment était venu d’attaquer ses ennemis. Déjà il s’était rendu maître d’un grand nombre de villes; il assiéeait Stuttgard, et ses sujets, fatigués e la domination étrangère, revenaient à lui de toutes parts; mais cette fois encore la défection intéressée de ses 6,000 Suisses l’obligea à battre en retraite. Cette diversion avait du moins été favorable aux paysans; ils se renforcèrent, et rédigèrent leurs plaintes en un manifeste de douze articles, les appuyant du texte des saintes Écritures. George Metzler , aubergiste franconien, Jaecklein Rohrbach , des environs de Heilbronn, et l’ex-chancelier Wendel llippler, un des hommes les plus habiles et les plus vertueux de

(') Le premier prédicateur de la réforme en Wurtemberg fut un disciple de Luther, Jean Garling. établi en i5ao à Ilsfeld, sa patrie. Ce fut lui qui catéchisa Ulrich à So- Icure. Jean Mante / à Stuttgard , Conrad Sam à ISrackenheim, Maître Pierre à Ilotwar. Erhard Schnepf à Heilhronn , à Weinsberg , travaillaient avec succès à la même œuvre.

l’Empire, au témoignage de Gcetz de Berlichingen dans sa propre biographie, étaient les principaux chefs de la révolte. A côté d’eux figuraient encore plusieurs nobles seigneurs, entre autres Gœtz de Berlichingen, un comte de Vertheim, un comte de Heuneberg, et le fameux Ulrich de Hutten. Des prédicateurs de l’école de Luther , agissant contrairement aux furibondes protestations du maître, les encouraeaient dans leur sainte cause. Les amies des rebelles se grossissaient toujours en Wurtemberg; partout où elles passaient, elles livraient tout au fer ou au feu. Les pertes furent surtout incalculables à Mergentheim et dans les environs , parce que le grand maître de l’ordre Teutonique et ses chevaliers avaient le plus mérité la haine des paysans. Le corps principal de ces furieux s’élevait à plus de vingtcinq mille hommes, et les villes les plus importantes de la Souahe étaient menacées. Weinsberg , Heilbronn , se rendirent. Tous les chevaliers présents dans cette dernière ville furent obligés d’assister, chapeau bas, au diner des principaux chefs des paysans, qui leur prodiguaient l’insulte; dans la première, le comte de Helfenstein et une foule de nobles furent massacrés.

Cependant la ligue avait rassemblé son armée, qui comptait une cavalerie bien supérieure à celle des paysans.

Stuttgard était au pouvoir des révoltés , dont les espérances allaient croissant, lorsque GeorgeTruchsess de Valdbourg, général de la confédération, après avoir pacifié la Souahe supérieure, marcha au-devant d’eux, et les rencontra à Bœblingen le 12 mai.

Malgré l’énergie de leur défense , ils furent taillés en pièces; trois cents d’entre eux restèrent sur le champ de bataille. Les prisonniers furent impitoyablement sacriliés. A cette nouvelle, Ulrich, qui était déjà en route pour se joindre à eux, retourna dans sa forteresse.

Truchsess, poursuivant ses succès, parcourut les cantons comme un ange exterminateur; quatre mille de ces malheureux paysans furent tuésà Kcenigs-

L’UNIVERS

hofen 6ur le Tauber; AVeinsberg, pillée et brûlée, expia cruellement son adhésion au parti des rebelles. Mais les exploits du vainqueur furent ternis par sa cruauté. George prenait plaisir à voir ses ennemis expirer dans d’atroces douleurs. La noblesse laissa également un libre cours à sa vengeance, comme si elle eût voulu prouver au peuple qu’elle l’emportait sur lui en inhumanité. Partout régna une misère affreuse.

Ainsi ces rêves de liberté, que les paysans avaient conçus pendant quel-

?|u'es mois , se dissipèrent sur l'échaaud et dans les cachots, et firent place h une oppression pluspesante.Quelques chefs se sauvèrent en Suisse; Gœtz de llerlichingen, le chevalier à la main de fer, subit une captivité de onze ans; Wendel Hippler mourut dans la prison de Neustadt; Ulrich de Hutten dans l’île d’Ufnan, sur le lac de Zurich.

Cette tévolte fut le prétexte d’une persécution plus violente que jamais contre les doctrines de Luther, dont les adhérents devenaient très-nombreux dans le AVurtemberg, et contre les anabaptistes. Mais ces violences ne purent comprimer l’essor de la réforme. D’ailleurs il était naturel que les villes de AVurtemberg fussent des premières à l’embrasser, puisque c’était faire opposition à l’odieux gouvernement de l’Autriche. Pour la même raison , l’intérêt public s’attachait à Ulrich, uui, pendant son séjour à la cour du landgrave de Hesse, avait aussi adopté la nouvelle doctrine, soit par conviction, soit plutôt parce que la sécularisation des biens ecclésiastiques devait lui fournir un moyen commouc de payer scs dettes.

Ce prince avait constamment échoué dans ses négociations pour recouvrer son duché; il comptait déjà dix ans d’exil quand s’assembla la dicte d’Augsbourg (1630). La les princes de l’Empire, son ami le landgrave de liesse a leur tête, demandèrent sa réintégration. Il aurait fourni un puissant accroissement à la ligue de Smalcalde ; mais l’Empereur resta inébranlable, et montra même le peu de cas qu’il fai-

sait de cette protection en investissant, le 5 septembre de la même année, le roi de Hongrie, du duché de Wurtemberg, malgré toutes les représentations des électeurs.

Mais bientôt il s’éleva une réclamation plus puissante, puisque c’était le cri de l’innocence opprimée. Le jeune Christophe , fils d’Ulrich , qui était resté neuf ans a Inspruck (1520- 1529), ayant pour gouverneur Michel Tiffernus, son serviteur dévoué, avait gagné l’amitié de l’Empereur, qui l’avait attaché à sa cour, sans vouloir cependant jnmais l’éclairer sur sa position. Lejeune prince , «mené à Augsbourg , y reçut parles amis de sa maison , les premiers renseignements sur le sort de son père et de sa patrie. Il fut témoin des réclamations des princes et de la cérémonie de l’inféodation du AVurtemberg au roi Ferdinand. Dès ce moment, il s’ouvrit dans sa vie une ère nouvelle, et il s’opéra dans sa conduite un changement qui n’échappa point à Charles.

Celui-ci voulut l’enfermer dans un couvent d’Espagne. Christophe en fut averti par Tiffernus et par srs parents. Obligé de suivre Charles-Quint dans sa campagne de Hongrie, après laquelle il devait l’accompagner en Italie et en Espagne ( 1532) , il s’échappa avec son ami sur les frontières du Tyrol et se cacha dans les montagnes. Personne ne savait où ils s’étaient réfugiés. Enfin l’énergique jeune homme protesta contre l’usurpation dont il était victime, avec une énergie qui fit la plus vive sensation en Allemagne et dans l’Europe entière. Deux fois ( 17 novembre 1532 et 29 mai 1533 ) il écrivit à la ligue de Souabe, pour demander communication de toutes les pièces concernant l’occupation et la vente illicite de son patrimoine.

L’apparition soudaine d’un adversaire , qui n’avait d’autres armes que celles du droit, causa beaucoup d’embarras à Ferdinand , alors occupé précisément à négocier le renouvellement de la ligue. Plus d’une voix s’éleva en faveur de Christophe, qui requit la ligue de remplir le devoir que lui imposait le but même de son institution.

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En réponse il reçut un sauf-conduit , pour qu’il pût venir traiter son affaire a Augsbourg. Il v arriva dans les derniers jours de f’année 1533, après avoir imploré le secours des rois de France et de Hongrie et de plusieurs princes d’empire. Résistant à tous les artifices de la diplomatie, se refusant à toute transaction autre qu’une réintégration complète, il défendit lui-même sa cause avec une franchise, une sagesse et une fermeté qui étonnèrent ses adversaires eux-mêmes. Mais la ligue de Souabe ayant été dissoute, toute délibération fut ajournée à la prochaine diète.

Dans l’intervalle, Philippe de Hesse s’était rendu à Paris pour s'assurer des secours de François I", qui avait envoyé en Allemagne un habile négociateur, Martin du Bellay. Une ligue formelle ayant été conclue à Augsbourg (28 janvier 1534) , entre la France, la Saxe , la Bavière et la Hesse , le landgrave voulut profiter de cette chance et des événements qui retenaient Ferdinand en Hongrie et Charles en Espogne. Il entra dans le Wurtemberg, a la tête de 30,000 hommes , et défit complètement les Autrichiens à Lauffen , sur le Neckar, le 13 mai 1534.

Deux jours après, le vainqueur ramena Ulrich dans sa capitale. Avant la fin du mois , les étrangers étaient expulsés de tout le duché. Ferdinand consentit , non sans peine , à rendre au duc ses possessions. Au prix de ce sacrifice , il voulait obtenir de l’électeur de Saxe sa reconnaissance comme roi des Romains. Toutefois le traité de Cadan(29 juin 1534), qui sanctionna cette restitution, contenait des conditions onéreuses : le duché de Wurtemberg, sans préjudice de son immédiateté et de ses droits comme État d’empire, devait être considéré comme arrière-fief mâle de la maison d’Autriche , pour lui être dévolu à l’extinction des héritiers mâles de la famille ducale (*).

(*) Ce changement en arrière-fief de la maison d’Autriche était essentiellement nul, les conditions des lettres d'investiture de 1495 ne pouvant être changées, renversées

Ulrich ? comme nous l’avons déjà dit, s’était pénétré des nouvelles doctrines en Suisse et aux cours de Saxe et de Hesse. A peine rétabli dans son pays, il mit tous ses soins à les y propager, en dépit d’un article du traité de Cadan qui le lui interdisait formellement. Ses intérêts étaient parfaitement d’accord avec sa croyance, car les trésors du clergé lui servirent à pourvoir aux besoins de l’État et à acquitter ses propres dettes. Ils étaient même si considérables, qu’il resta un fonds suffisant pour doter magnifiquement les établissements d’instruction publique.

Quoique le duc se fût corrigé de son ancienne prodigalité, il ne pouvait se défaire de toutes ses habitudes : le despote reparaissait toujours ; ainsi la jalousie qu’il ressentait contre son fils obligea celui-ci à entrer au bout de six mois au service de la France.

Le Wurtemberg adhéra, en 1536, à la ligue de Smalcalde, qu’Ulrich assista d'un contingent de 12,000 hommes. Mais à l'époque du désastre nui frappa les princes protestants à Mnnlberg, le YVurtemberg fut ravagé par le terrible duc d’Albe. Ulrich se retira à Hohentwiel, et n’obtint la paix, en vertu du traité d’Heilbronn ( 24 décembre 1546 ), qu’à des conditions bien humiliantes, telles que la reddition de ses meilleures forteresses, la promesse de renoncer à la ligue de Smalcalde, l’engagement de se présenter en personne à l’Empereur dans six semaines, pour lui faire des excuses

sans le consentement de l'Empire. Il résulta de cette nullité qu'à l’extinction de la postérité d’Ulrich en i593,la branche de Montbéliard, qui sortait de son frère, prit possession du duché , et refusa de se reconnaître vassale de l'Autriche , comme n’ayant point consenti à la transaciion de Cadan. Après quelques contestations, l’empereur Rodolphe II, par lin nouveau traité conclu à Prague le 34 janvier 1399, renonça, au prix de 400,000 florins, à son domaine direct , en se réservant la succession à défaut do la branche mâle des ducs. Ce n’est qu'en 1809 que l’Autriche a complètement abandonné cette dernière prétention.

L’UNÏVERS.

à genoux et obéir à tous ses ordres; eniin , le payement d’une somme de

300.000 florins dans l'espace de vingtcinq jours. En outre, le duc fut forcé de souffrir l'introduction de V intérim dans ses États. Un nouvel orage ne tarda même pas à le menacer : c'était Ferdinand oui s'opposait à son rétablissement, l'accusant de félonie, parce que ses troupes avaient fait une invasion hostile sur les terres héréditaires de la maison d'Autriche. Ue

- proeès était encore pendant, lorsque Ulrich termina sa carrière si longue et si agitée, à Tuhingen, le 6 novembre

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