LA POÉSIE BT LES ARTS EH SOUABE AU «II* SIÈCLE
Avant d’entrer dans une nouvelle période, reportons nos regards sur la civilisation brillante dont la Souabe devint le foyer sous le règne des Hohenstaufen,'etqui de là rayonna sur le reste de l’Allemagne.
Cette impulsion nouvelle était due tout entière aux princes régnants. Euxmêmes offrirent, en effet, le plus parfait modèle d’une politesse de moeurs jusque-là inconnue aux nobles allemands; eux-mêmes, non moins habiles à faire résonner la harpe du barde, qu’à manier la lance et l'épée, apprirent aux seigneurs qu’ils ne dérogeaient point en cultivant ou au moins en protégeant la musique, les belles-lettres et les arts. Aussi leur influence Dt arriver la poésie à un haut degré de perfection, et la popularisa même tellement qu’elle eut un culte dans la demeure du bourgeois et dans l’atelier de l’artisan, de même que dans le palais impérial et à la table ronde de la salle des chevaliers. Le dialecte alémannique, le haut allemand acquit alors une pureté et une harmonie, une énergie et une naïveté qui prouvent, maigre l’absence de documents historiques, qu’il avait été cultivé longtemps auparavant. Parlé à la cour chevaleresque des Hohenstaufen, où l’on se piquait de rivaliser d’éclat et de galanterie avec les cours de Provence et de Paris, il fut élevé au rang d’une langue poétique par les minnesænger ( chantres d’amour ) , presque tous natifs de Souabe comme leurs protecteurs, et bientôt il influa sur les autres dialectes adoptés par la grande nation germanique. Pendant plus d’un siècle (*), la Souabe fut le centre de cé mouvement intellectuel, la Souabe qui, avec ses montagnes et ses belles vallées, avec ses fleuves au cours pittoresque, avec la parenté qui la rapprochait de la France et de l’Italie , était un champ si fertile pour la poésie de l’amour. L’inspiration nouvelle s’annonça aussi à la même épo-
(*) Depuis le dernier tiers du douzième jusqu'à lit fin du treizième.
que dans l’architecture, qui prit un essor prodigieux dès le règne de Frédéric Harberousse et de Frédéric H, et créa même ces formes grandioses et élégantes que nous admirons encore dans les églises, les palais, les hôtels de ville et les autres édifices publics bâtis à cette époque, au milieu de tant de guerres et de troubles. Nous citerons seulement les églises de Gemund, de Biberach, de Heilbronn, et les cathédrales d’Ulm et de Reutlingen, qui seront toujours considérées comme de véritables chefs-d’œuvre.
miHCIPALES SEIOHEURIES ET COMTES DE- VENUS PARTIES INTÉGRAHTES DU PAYS
DE WURTEMBERG
Le duché de Wurtemberg se composa d’un grand nombre de comtés , seigneuries et terres successivement réunies par achats, des mariages ou des conquêtes. Nous allons indiquer les principales familles nobles qui existaient en Souabe à côté des comtes de Wurtemberg, après la chute des Hobenstaufen.
D'abord, nous citerons les comtes palatins de Souabe, nommés aussi comtes palatins de Tubingen, parce qu’ils avaient leur tribunal ou palais dans cette ville. La famille palatine, dont on suit la généalogie depuis le onzième siècle, se défit peu à peu de ses possessions, aliéna la ville de Tubingen aux comtes de Wurtemberg, en 1342, et s’éteignit en 1631.
Les ducs de Teck, branche des Zæhringen, ne devaient qu’à cette origine leur titre ducal.
Dans le voisinage de la ville de Kircheim, qui leur appartenait, ainsi que Marbach, Murr et Laufen, s’élève une grande et belle montagne, qui pouvait rivaliser avec celle de Hohenstaufen par les plaines vertes, les champs fertiles , les vignobles et les bois dont elle était encadrée de plusieurs côtés.
Sa forme ovale est terminée aux points opposes de son plus grand diamètre, par deux rochers, dont l'un portait sur son immense croupe la tour de l’ancien château de Teck. C’était un des plus forts et des plus spacieux de toute
L’UNIVERS
la Souabe. Mais autant ces ducs étaient puissants en apparence, autant ils étaient pauvres en grandes actions.
L’histoire n’a enregistré que l’année de leur naissance et celle de leur mort. Ce silence a prêté matière aux merveilleux récits que les traditions populaires se sont plu à répandre sur leur montagne. A la pointe occidentale s’ouvre une grotte naturelle appelée Sibyllen- Loch ( Caverne de la Sibylle ) , et à laquelle se rattachent une foule de souvenirs. Lorsque les roisde Wurtemberg voyagent à l'etranger, ils prennent presque toujours le nom de comtes de Teck.
La maison s’est éteinte en 1439.
Les comtes d'Urach possédaient la ville de ce nom, mais leur berceau était le château d’Urach dans la forêt Noire, entre Fribourg et Villingen. La maison de Firrstemnerg est une de leurs branches. Les comtes de Wurtemberg acquirent leurs possessions en 1254 et 1200.
La maison des comtes de Calw remontait a une haute antiquité. Connue depuis le dixiéme siècle, elle avait pour chef-lieu la ville de Calw sur la Nagold, et s’éteignit vers 1250. Leur héritage passa aux palatins de Souabe et aux seigneurs de Sckelklingen , éteints en 1323, et dont le château présente encore une tour ruinée sur un rocher au bord de la Blau , près de Blaubeuren.
Les comtes de Grceningen, gonfaloniers soit de l’Empire, soit du duché de Souabe, vendirent, en 1295, leur comté à Adolphe de Nassau. Réuni à l’Empire, puis inféode en 1332 à Conrad de Schlusselbourg, qui avait contribué à la victoire de Muhldorf, il fut vendu en 1336 à la maison de Wurtemberg.
Les comtes de Lupfen étaient au nombre des plus anciens et des plus puissauts du pays. Ils vendirent leur château en 1437 ; mais ils conservèrent jusqu’à leur extinction en 1582 le reste de leurs nombreuses possessions.
Les comtes de Heichberg habitèrent les châteaux d'Oberkirehberg et de Brandebourg, prèsd’Ulm. L’un d'eux, Herman II , fondateur du couvent de
Wiblingen , fut le père de la fameuse Ida de Toggenbourg, qui figure dans toutes les légendeset toutes les chansons du temps. Non loin du village de Bunk, sur le Roth . existent les ruines du château de Marstetten. Un des membres de cette famille ayant fait un pèlerinage en Orient, dit la tradition, resta sept ans absent sans qu’on connût ses destinées. Ce veuvage parut trop long à son épouse, qui résolut de convoler en secondes noces. Parmi les nobles qui prétendaient à sa main, elle donna la préférence au jeune et valeureux Berthold de Neuffen. On prépara des fêtes magnifiques ; les chevaliers arrivèrent en foule; déjà même le peuple attendait à l'église la célébration des cérémonies religieuses.
Cependant , auprès du moulin se promenait un pèlerin dans la force de l’âge : il entre au château , et jette un anneau d'or dans la coupe de la fiancée. On reconnaît alors l’époux d’Ida, Moehringer. qui était arrivé de la veille, sans se faire connaître, et avait passé la nuit dans le moulin. Grande fut l'allégresse générale et splendides furent les fêtes. Mais qu’on juge du désappointement de Berthold ae Neuffen. En dédommagement, il reçut la main de la fille unique du nouveau venu. Cette union accrut la puissance des seigneurs de Neuffen.
Le château d’Albeck , dont les ruines attestent l’importance passée, était le séjour des comtes de Suis,, juges héréditaires du tribunal de Rothweil , et connus dès l’année 1085. Au pied de ce château s’étendait la ville de Sulz, encadrée par la forêt Noire et arrosée par le Neckar. Ces comtes ont disparu en 1C87.
Les comtes dEberstein combattirent vaillamment Otton I*r, qui, pour les entraîner dans son parti , accorda au cadet sa sœur, la belle Iledwige. Le château d’Eberstein était très-fortifié, comme on peut s’en convaincre par ses ruines, qui reposent comme un nid d’aigle sur la crête d’un rocher.
Sur un des points les plus élevés de l'extrémité occidentale de T Alp apparaît le manoir des hohenberg, peu éloigné
WURTEMBERG
de la ville de Schomberg, dans le bailliage de Rottweil. Ses anciens comtes abandonnèrent cette sauvage contrée ur le Weilenbourg, près de Rotenurg, sur le Neckar.
Un pic en forme de cène, entouré de précipices, portait la demeure des seigneurs de Zollern. Ils y avaient bâti un château dès le dixième siècle.
Les rois de Prusse, comme on le sait, descendent de cette famille.
Les Hohenlohe dominaient dans les environs de Weinsberg. Une chronique en fait remonter la souche à Éberhard, fils du roi Conrad Ier. Toujours est-il que cette famille est fort ancienne , car, même avant l'époque des Ilohenstaufen, le nord du Wurtemberg presque tout entier lui appartenait. Le Tauber , le Jagst, le Kocher arrosaient ses possessions.