LOUIS
Christophe avait inutilement donné tous ses soins à l’éducation de son fils. Louis , âgé de quatorze ans lorsqu'il lui succéda, ne fut qu’un homme grossier , ivrogne , débauché. S’il reçut le beau surnom de Pieux , c’est que son règne fut celui des ministres luthé^ riens, aristocratie nouvelle qui domina tout le Wurtemberg. Usé par le vice, Louis n’eut point de postérité et mourut le 8 août 1593.
WURTEMBERG
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Frédéric, fils du comte George et unique héritier du duché (*), avait un caractère arbitraire et violent, un goût prononcé pour les innovations de tout genre , et une volonté de ter. Les traités conclus par ses prédécesseurs , les antiques institutions du pays, n’étaient rien à ses yeux. Il ne voulait autour de lui que des esclaves, et il trouva un conseiller selon ses idées, dans Mathieu Enzlin, ex-professeur de droit à Tubingen. C’était un homme habile, mais qui ne connaissait d’autre loi que le caprice de son maître. Les écrivains contemporains l'accusent aussi vaguement de délits énormes , de dé-
Frédations, de vols inouïs, sans que impartiale histoire possède assez de preuves pour ratifier ces jugements passionnes.
La tête du duc était pleine de projets et de spéculations, qui devaient l’enrichir lui et son pays; mais, pour l'accomplissement dé ses desseins , il ne s’enquérait jamais s’il violait des droits acquis, s’il blessait des préjugés respectables , si le mieux qull cherchait n’était pas l’ennemi du bien qu’il abandonnait. Tantôt il était Question de rendre le Neckar navigable jusqu’à Heilbronn , tantôt de perfectionner la fabrication des toiles et l’exploitation du fer, tantôt d’établir des sociétés de commerce (**), etc. De pareilles créa-
(*) Il ne cessa pas pour cela de régner sur le comté de Montbéliard dont tes dépendances élaienl : les seigneuries souveraines de Blamonl , Clémont, Chalelot , Etobon et Héricourl , tes trois grands fiefs de Franche-Comté : Clerval, Granges el Passavant ; le comté d’Horbourg et la seigneurie de Riquewihr, deux terres allodiales situées en liante Alsace. En i5g5 vint s’y joindre la baronnie de Franqtiemonl. Frédéric jouit aussi pendant quelque temps du duché d'Alençon ,qu'Hcnri IV lui céda pour sûreté de sommes considérables avancées an* protestants de France.
(**) Enzlin, pour avoir de l’argent, s’adressait fréquemment aux juifs, ces vers rongeurs proscrits à jamais par le testament
tions offraient, sans doute, une véritable utilité. Néanmoins, pour arriver à ses fins, Frédéric se laissait entraîner à des mesures désavouées par la prudence et d’autant plus malencontreuses, qu’imaginées sans réflexion, elles étaient exécutées sans ménagement.
En attendant le succès de ces innovations, les états et le duc étaient sans cesse en brouille, et le pays ne pouvait suffire aux dépenses de la cour (*).
Il fallut trouver des expédients. Les alchimistes furent appelés, et mis à l’œuvre a grands frais; mais comme la pierre philosophale ne sortit pas de leurs ereusets, les malheureux finirent leur vie à la potence. Peu de mois avant sa mort, arrivée au commencement de l’année 1608, le duc Frédéric, comme s’il eût voulu dispenser ses sujets de toute reconnaissance pour les avoir délivrés de la domination de l'Autriche, avait travaillé et réussi à renverser la transaction de Tubingen, le palladium des libertés du Wurtemberg. Une dissolution des états et la convocation d’une assemblée nouvelle, composée exclusivement de députés bien pensants, avaient suffi pour consommer ce coup d’État , dont le récit offrirait matière à de curieuses comparaisons rétrospectives.