‹ États de la confédération germaniqueChapitre 204 sur 261 · JEAN -FREDERIC I*K PACIFIQUE · texte numérisé non relu

JEAN -FREDERIC I*K PACIFIQUE

L’aîné des fils de Frédéric était porté pour le luxe, comme son père, et partageait son faible pour l’alchimie. Mais là s’arrêtent les ressemblances. Jamais on ne vit même un plus grand contraste entre deux règnes. Jean- Frédéric était un prince faible et borné, et le repos et les jouissances physiques semblaient ses seules passions. Ses ministres, presque tous anciens serviteurs du duc Louis, et les théologiens turbulents dont il devint

d'Eberhard I", et accord» 5 une compagnie de ce» religionnaircs le droit de se fixer à Stultgard.

(*) Frédéric dépensa aussi plus d’un million deux cent mille florins en acquisitions territoriales.

L’UNIVERS

le jouet , le déterminèrent à renvoyer tous les favoris de son père et à faire périr Enzlin , après une procédure inique.

Le duché souffrit cruellement des désastres de la guerre de Trente ans , quoique, après l’impolitique dissolution de l'Union protestante, Jean-Frédéric se fût donné bien des peines pour obtenir la neutralité. L’entretien des troupes queWallenstein logea dans le pays coûta 2,000,000 de florins par an ; et le remède auquel on eut recours, l’altération des monnaies, produisit des résultats non moins déplorables. Le crédit public, l’agriculture, le commerce et l’industrie turent ruinés. Jean-Frédéric mourut au milieu de ces calamités, le 18 juillet 1028.

KBinHAKD Ilf.

Eberhard étant trop jeune pour gouverner (*) , sa tutelle tut remise à son oncle Louis-F'rédéric (**) , qui lit tout ce qu’il put pour réformer les nombreux abus de l’administration , et confirma, comme le duc défunt, la transaction deTubingen. Maisles coups portés par l’étranger se succédèrent rapidement. L'Empereur insistait sur la restitution de tous les biens enlevés dans le pays au clergé catholique, et Wallenstein renforça ses hordes. Enfin, le 6 mars 1629, fut publié l'édit de restitution , dont l’exécution commença aussitôt dans le Wurtemberg.

Louis-F’rédéric employa inutilement les prières auprès de l’orgueilleux Wai- Icnstein , maître absolu de la Souabe.

Le bruit courut même que Ferdinand II avait transféré le duché à Ulrich d’Eggenberg, ami du général. Le régent, découragé, se retira à Montbéliard, où il mourut en 1631 ; son frère Jules- Frédéric (***) fut nommé à sa place. Il

*) II était âgé de 14 ans.

(**) Fondateur de la ligne de Montbéliard , éteinte en 17*3.

(***) Auteur de la ligne Julienne , qui , ayant acquis par mariage la principauté dOEls, se divisa en branches de Silésie et

accrut encore la misère du pays en adhérant à la confédération de Leipzig, et en faisant , contre les catholiques, une campagne, conduite avec autant de mollesse que d’imprudence, et appelée par le peuple la guerre des cerises, parce qu’elle se fit à l’époque de la maturité de ce fruit. Le duc sc mit à l’abri de la colère populaire derrière les murs d’Asperg. Une armée autrichienne pesait sur le pays , quand les triomphes de Gustave -Adolphe l'en délivrèrent. Cependant, après la mort de ce grand roi , les Suédois ne firent guère moins de mal au Wurtemberg que les troupes impériales. O11 évalue à trois millions et demi de florins, pour une seule année, les pertes qu’ils occasionnèrent dans le duché.

Eberhard ne fut pas plus heureux lorsqu’il prit les rênes du gouvernement ( 1633 ) ; la bataille de Nordlingen lui porta bientôt un coup funeste.

Dès qu’il en apprit le résultat, il perdit la tête, écrivit à son conseil, à Stuttgard : « Tout est perdu ! » puis s'enfuit à Strasbourg, auprès de sa mère, abandonnant à la Providence son pays et son peuple. Le Wurtemberg fut alors conquis par les Autrichiens, auxquels peu de places fortes opposèrent une résistance sérieuse , et démembré par l'Empereur. Que faisait Eberhard pendant celte époque de malheurs? Vivant à Strasbourg a’une modique pension de la F'rance, il refusait l’offre que lui faisait cette puissance de lui confier 12,000 hommes pour reconquérir ses États, sollicitait humblement sa grâce à Vienne, et s’amusait à chasser et a faire sa cour aux dames, surtout à la jeune et belle rhingrave Anne-Dorutliée, qu’il épousa en 1637. Cependant on avait entamé eu sa faveur des négociations à Vienne. Le 14 décembre 1638, il obtint sa restitution (*) en

de Veiltingcn, et s'éteignit en 1791. Deux autres frères de Jean- Frédéric n’eureut pas de lignée.

(*) Un des articles du traité portail que le duché redeviendrait arrière-fief de l'Autriche comme avant 1599; mais le duc, pour se racheter de cette vassalité, lit accepter uue somme de 400,000 floiius.

WURTEMBERG

sacrifiant les deux tiers de son duché pour conserver l’autre. La guerre, qui ne cessa même pas entièrement ses ravages, avait déjà coûté au pays plus de 1 10 millions de florins (*).

Trois hommes firent la gloire du Wurtemberg a cette époque : l'intrépide Conrad Wiederhold, qui, pendant dix ans ( 1634-1644), se maintint dans Hohentwiel, malgré les ennemis qui l'investirent à plusieurs reprises, malgré les sommations même de son souverain ; le vice-chancelier J. Locffler, que Gustave-Adolphe, appréciateur du vrai mérite, pria le régent de lui céder pour servir de conseil à Oxenstiern, et qui, dans son nouveau poste, rendit de grands services «à sa patrie; enfin , le plénipotentiaire du duc a la paix de Westpnalie, Varnbuler, a l’adresse et à la fermeté duquel le Wurtemberg dut d'être maintenu dans son intégrité par le traité d’Osnahruck.

Le duc vécut jusqu’en 1674 ; et tandis que les autres princes de l’Allemagne profitèrent du relief que leur avait donné la paix de Westphalie , pour acquérir une véritable puissance souveraine, il se mit entièrement sous la dépendance des états. Aussi vit-il , pendant vingt-six années d’une paix profonde, son duché reprendre de nouvelles forces et devenir le pays le plus florissant de la confédération. En même temps Eberhard n’avait pas oublié ses intérêts personnels et ceux des princes ses successeurs. Ayant fait par son économie plusieurs acquisitions considérables, il les avait mises sous une administration particulière, et y avait attaché un fidéi-commis perpétuel , en leur donnant le nom de bien domanial.

(*) Voici quelques calculs tirés des archives par les écrivains nationaux : depuis 1628 jusqu'en i65o, les perles du Wurtemberg s’élevèrent à 1 19 millions de florins. En 1641, la population était réduite de 5oo,ooo èmes à 48,000. En r654, six années après la paix, il manquait encore

Page 1