LA HESSE SOUS LES COMTES ET SEIGNEURS
Tandis que Charlemagne conduisait les Llessois en avant-garde à la tête de ses Francs contre les Saxons , qu'il élevait des fortifications sur les frontières (**) et transportait en Hesse quelques chefs de la nation vaincue, des comtes immédiatement soumis a l’autorité royale régissaient les cantons de ce pays. Il se forma alors un grand nombre de familles d’autant plus considérables qu'aucune autorité ducale ne réprimait leurs usurpations.
Parmi les seigneurs les plus distingués, après la mort du conquérant, était Conrad, qui habitait Fritzlar, çt dont les trois frères avaient des possessions s’étendant jusqu’au Spessart, dans les deux cantons de la Lahn (supérieure et inférieure) , la Hesse franconienne et saxonne. C’étaient les descendants du second fils de Welf 1er et d'une fille de Louis le Germanique.
Ce comte Conrad I" périt de la main d’Adalbert de Bamberg , dans les plaines de Fritzlar. Son uls , Conrad II, devint duc de Franconie, et monta sur le trône d’Allemrgne après Iq chute des Carlovingiens (***). Ce fut pendant son administration que furent bôtis le chûteau et In ville de Cassel. Comme il. mourut sans enfants , son frère Eberhard fut obligé d’abandonner la succession à Henri le Saxon. Toutefois F.berhard était encore assez puissant
(*) Voyez Aixemaghe, j. I, p. i6t «t
(**) Il en rpste encore des traces à Herslell, sur le Diemel, et l’on voit les lignes qu’il creusa sur l'Odeuherg, près de Judensberg , où était alors la ville principale.
(***) Voyez I'j1uf.vxgsi , 1. 1, p. »3a.
our maintenir ses vassaux dans loéissance, et son nom demeura respecté dans la Hesse. Il ne Larda même pas , comme nous l’avons vu dans l'histoire générale d? l'Allemagne (*), à lever Pétendard de la révolte (vers 937).
Mais la désunion qui se mit dans sa famille facilita la victoire à Otton I". Hermann , duc de Souabe, beau-frère d’Eberhard , et Conrad Kurzpold , comte de la Lahn inférieure , qui était également son parent, le surprirent, en 939, et le tuèrent. Il est probable que , sans cette catastrophe , la branche franconienne des Guelfes eût fonde en Hesse une grande principauté.
Henri Ier et les trois Otton dotèrent les diocèses saxons des biens des Francs de la Hesse et distribuèrent les comtés de ce pays à leurs favoris d'après leur bon plaisir. Ils établirent le siégé d’une diète à Fritzlar. Sajnte Cuncgonde, épouse dp saint Henri II , fonda la riche abbaye de Kauffungen , près de Cassel. Néanmoins les empereurs avaient assez peu d’action sur la Hesse. La famille la pins puissante qu’on y voie paraître après la chute d'Eberhartf, fut' celle des comtes H'erner (Garnier), parmi lesquels il faut peut-être chercher les ancêtres de l'empereur Conrad II (**). A cette maison appartenait le jeune étourdi qui partagea avec Adelbert, archevêque de Brême, la faveur de l’empereur Henri II , et fut tué, en 1006 , à Ingelbeim par les scigueurs mécontents.
Les possessions des Werner passèrent à une autre maison, celle des Gison ou comtes de Cudensbcrg ,*** Hedwige, unique héritière de Gison IV, en se manant avec le landgrave Henri II , transporta les biens de sa famille dans celle de Thuringe.
(*) Tome I, p. IÎ7 et aï$.
(*•) Quatre comtes Werner administrèrent successivement. Le dernier mourut eo liai.
(***) Quatre comtes Gison se succédèrent également. Le quatrième mourut en itî;.
Maden, siège de leur tribunal, était situe dans la proximité du château dont ils prirent le nom.
• ÉTATS
LA HIL&SK ESLStE A I.A
La Hesse devint une partie du landgraviat de Thuringe, lorsque ses comtes et ses dynasles eurent reconnu la suzeraineté des landgraves de ce pays.
Ceux-ci en confiaient ordinairement l'administration à leurs Gis puînés, qui, depuis Louis III, portèrent lç titre de comtes de Hesse ou de Gudensherg. Après lamortdeHermannl'*, le Mécène des Minnesspnger, Louis IV, époux de sainte Élisabeth, gouverna la Thuringe, tandis que Henri Raspon IV, dont le frère fut roi des Romains, dominait sur la Hesse. Le Gis de Louis IV, Hermann II, étendit les privilèges de Cassel. Sainte Élisabeth termina scs jours (19 novembre 1231} à Marhourg , où elle fut enterrée.
Quant a Henri Raspon IV, adversaire du grand empereur Frédéric II, il consuma sa vie dans les agitations et les combats. Lorsqu'il fut décédé sans postérité, ainsi que son frère ConquJ , la race cnrlovingienne des landgraves de Thuringe se trouva éteinte.
La Hesse s’engagea alors dans la guerre acharnée qui dura depuis |2I8 Jusqu’en I263. Elle avait ete allumée par Sophie, lillc de sainte Élisabeth et duchesse de. Brabant. Cette magnanime princesse, au nom de son (ils, Henri l'Enfant ( puer de I/essia ), réclamait la Thuringe, occupée par Henri l'illustre , margrave de Misnie. lin traité, conclu en 1263, décida du sort des deux pays. Le nouveau landgrave de Thuringe abandonna g Henri la Hesse thuringienne , avec plusieitps villes ou châteaux qu’il vendit de sg faire abandonner par Albert , duc de Brunswick. Après avoir ainsi assuré la puissance de son lils. l’héroïue liessoise sc démit de sa tutelle et retourna dans le Brabant (*). Quant à Henri , devenu la souche d'une nouvelle maison souveraine dont descendent les maisons
(*) Les ruine* du cliâleau de Frauenbourg, bâti entre Amorncberg, possession mavenraise, et Slauffenberg, manoir de* puissants comtes de Ziegenhain, rappellent encore son souvenir.
qui régnent actuellement dans le pays, il prit le titre de landgrave de liesse, soit parce que, maître de la basse Hesse, il était élevé au-dessus des eaugrafs ordinaires, soit parce qu'il ne voulut pas déposer un titre qu’il avait pris comme prétendant à la successiou de Thuringe. Ce ne fut néanmoins qu'en 1373 que son landgrpviat fut formellement reconnu comme Gef d’empire. Depuis ce règne, l’agrégation successive d’une foule de petits Etats, comtés, villes et châteaux , 'commença à former un domaine compacte qui , jusqu'à lq mort de Philippe le Magnanime, resta presque constamment reuni dans la même main.
LAHDGIIAVIAT DI BESSE.
(io65-»56;).
Henri /",• quoique descendant de Charlemagne par Lambert ie Barbu de Brabant et Louis le Barbu de Thuringe , se trouvait plaçé sur une ligne inférieure aux princes d’Empire, puisque aucune de ses terres n’etait Gef impérial. Aussi abandonna-t-il, en 1292, à Adolphe de Nassau, la suzeraineté de sa ville d'Éscliwege, qu’jl reprit ensuite des mains de l'Empereur avec le château voisin de Boynebourg. Il établit sa résidence à Casse). Ses dernières années furent troublées par des dissensions de faipjlle qui nécessitèrent entre ses enfants un partage ordonné par l’F.ippcreur.
Après la mort de Henri ( 1306 ) Jean f r, son fils du second lit, |ui succéda à Cassel , tandis qu’un prince issu de son premier mariage régnait à Marbourg et dans la liesse supérieure.
Mais Jgan ayant péri de la peste, en 1311, le pays entier resta à son frère Otlon rr, qui prit le parti de Frédéric d'Autriche contre Louis de Bavière, et mourut en conseillant à ses quatre fils de regler l’ordre de succession par le droit de primogéniture. Henri H, dit de fer, se signala par sa bravoure, et recula, comme son père et son aïeul, les homes de ses possessions, soit par l'or, soit par le fer.
La Hesse, à cette époque, était cou-
L’UNIVERS
verte de cnàteaux forts, où les chevaliers se livraient au brigandage. Henri s’appliqua pendant tout son règne à les détruire. Son nom imposait tellement, ou’on disait proverbialement :
« Prends garde au landgrave de Hesse, « si tu tiens à ta peau. » Cependant, les luttes où il se trouva engagé ne l’empêchaient pas de cultiver et d’encourager les sriences. Jean Reidefels, le premier chroniqueur de la Hesse, fut comblé de ses bienfaits, et les trouvères de Souabe eurent place à sa cour.
Henri ayant vu la mort lui enlever son fils unique, Otton l’Arbalétrier, associa à la régence, en 1 366, son neveu , Hermann le Savant , qui, destiné d’abord à l’état ecclésiastique , avait reçu une éducation littéraire à Paris et à Prague. Ce fut le signal d’une .guerre sanglante. Otton le Quade(le Mauvais), duc de Brunswick , petit-fils du landgrave par sa mère , jaloux de cette préférence , forma contre la Hesse une ligue redoutable.
Les deux landgraves avaient , dans leur propre noblesse , des ennemis dangereux qui se joignirent à lui.
Plus de deux mille chevaliers et barons , dont trois cent cinquante pouvaient se retrancher dans un château fort . étendirent autour de Henri et de Hermann , qu’ils appelaient avec dédain le Bachelier , le réseau d’une vaste confédération appelée Société de F Étoile, en l’honneur du comte de Ziegenhain, un de ses chefs, qui portait une étoile sur ses armes. Le moment, pensaient- ils , était favorable pour conquérir l’indépendance , à l’exemple de la noblesse de Franconie et de Souabe.
Hermann, au dire de. la chronique, versait des larmes à Marbourg, de ne voir dans le parti de son oncle qu’un nombre de chevaliers qu’il pouvait nourrir avec quelques pains (*). Les
(*) Ces loyaux serviteurs étaient au nombre de huit nu dix. Les gens qui entouraient les deux princes étaient , pour la plupart, affiliés secrètement aux eloi/ét.
landgraves trouvèrent leur appui le plus solide dans les villes, dont l’existence était aussi mise en question.
Une guerre d'affreux brigandages désolait la Hesse depuis plusieurs années , quand Henri, pour arrêter les progrès de l’incendie, conclut à Eschwege, avec la maison de Misnie-Thuringe , un célèbre pacte de confraternité héréditaire , et de succession réciproque, au défaut d'héritiers mâles de l’une ou de l’autre famille. L’Empereur confirma ce traité, le 13 décembre 1373 ; et, en même temps, il éleva la Hesse au rang de landgraviat fief d'empire. Les villes et les vassaux des trois provinces alliées prêtèrent réciproquement serment de fidélité aux deux maisons. De cette époque date aussi la première convocation des états de la Hesse.
Otton , ayant ainsi perdu tout espoir de démembrer la Hesse , et de voir le succès des confédérés de l’Étoile qui s’étaient laissé battre plusieurs fois , renonça formellement à ses prétentions, en 1375 : la ligue ne tarda pas à se dissoudre.
Mais la paix ne fut pas de longue durée ; des intrigues , que les annalistes contemporains n’ont pas su pénétrer, brouillèrent bientôt les anciens amis , réconcilièrent les ennemis. Le landgrave de Thuringe fut, cette fois, le premier antagoniste d’Hermann , lacé seul à la tête du gouvernement ; epuis 1377, son oncle ne vivait plus.
La confédération de l’Étoile ressuscita sous le nom de la Société du vieil Amour ( von der alten Minne ) fondée par le comte de Nassau-Dillenbourg , et de Y Union de la Corne , ayant à sa tête les seigneurs de Hatzfeld. Puis, parurent les confédérations des Fauconniers , des Spadassins (Bengler). Trois fois, pendant ces troubles sanglants ( 1 386, 1 387 et 1 388), Hermann eut à défendre Casse! assiégé. Enfin, en 1392, la lassitude amena la paix.
Louis le Pacifique , qui succéda à son père en 1413, fut le législateur de la Hesse. Souvent les princes voisins, dont il gagna l’estime par ses principes
ÉTATS HESSOIS
de modération , s’en rapportèrent à aussi leur bravoure est terrible pour sa sagesse, dans leurs querelles, et les pays où elle s’exerce, eurent recours à sa médiation. Philippe le Magnanime n’avait que
Il admit au bénéfice du pacte d’Esch- cinq ans lorsqu’il perdit son père, et wege la maison de Brandebourg( 1457), sa minorité fut très-orageuse. D’aet porta les limites de la Hesse jus- bord, Anne de Brunswick, femme du qu'au Mein, par l’acquisition des vas- malheureux Guillaume I,r, fit sortirce tes comtés de Ziegenhain et de Nid- prince de sa réclusion et réclama la da. Louis aimait les lettres et cultivait régence, en son nom, jusqu’à ce qu’il l'alchimie. Il envoya ses fils à l’uni' eilt pris la fuite au seul bruit de la versité de Paris. marche d’une armée. Puis les états
Après sa mort, en 1458, la maison déférèrent l’autorité à l’électeur et au de Hesse se partagea en deux lignes, duc deSaxe. De là une suite de troucelles de Cassel et de Marbourg. Mais blés et de petites révolutions. Enfin, cette séparation ne dura pas au delà les bourgeois de Marbourg et de Casd’une trentaine d’années. sel prirent les armes, et déclarèrent
Henri III, auteur de la ligne ca- régente Anne de Mecklembourg, veudette de Marbourg , acquit les beaux ve du landgrave, qui exerça ses fonccomtés de Katzenellebogen, en épou- tions de 1514 à 1518. A plusieurs resant Anne, héritière de ces domaines, prises , le terrible chevalier François Son fils, GuiUaume III , qui régna de de Sickingen, sous prétexte de venger 1483 à 1500, étant décédé sans en- quelque injustice faite à un de ses pafants, le landgraviat entier revint à la rents, porta le ravage dans la Hesse; brandie aînée. le jeune landgrave se mit enfin à la
Louis II, le Sévère ou le Couraaeux, tête de ses troupes et le repoussa loin qui résidait à Cassel, fut l’allié de l’é- des frontières, lecteur Frédéric dans la guerre du Pa- Philippe le Magnanime fut un des latinat, puis soutint la cause opposée, plus fermes soutiens de la réforme, celle du pape et de l’Empereur, dans un des plus énergiques défenseurs de la guerre de Mayence. Il eut pour la liberté de l’ Empire , menacée par successeurs, en 1471, ses fils Guillau- l’ambition de Charles -Quint. Nous me le l ieux et GuiUaume le Moyen, avons raconté ailleurs les principaux ou GuiUaume /*' et II. Le dernier de événements de cette existence si bien ces deux princes était le plus ambi- remplie (‘) : les expéditions du landtieux et le plus capable. Il sut réduire grave contre François de Sickingen, successivement à quelques bailliages puis contre les anabaptistes dont l’arla partde son aîné,qui revint, en 1491, niée était en partie composée de ses d’un pèlerinage à Jérusalem avec un vassaux; la ligue des princes protesextrême affaiblissement de corps et tants , à laquelle il prit une part acd’esprit. Cet accident rendit Guillau- tive; ses efforts pour réconcilier Lume II seul maître de la Hesse infé- ther et Zwingli; l’union de Smalcalde rieure , et la mort de son cousin où il joua un des premiers rôles. Nous l’appela bientôt à gouverner toute l’avons vu arracner le Wurtemberg l’étendue des terres de sa maison. Il des mains de l’Empereur (**); puis, rendit de grands services à son ami, avec l’électeur de Saxe, marchera la l'empereur Maximilien I", et en ob- tête des confédérés , quand s’engagea tint, pour ses frais de guerre, les la lutte générale; expier, peu à près, villes d’Umstadt , de Hombourg , etc. son audace par de tristes humiliations Il mourut, en 1509, avec la réputation
d'un prince accompli, et laissant un (*) Voyez Allehish, ». n,p. 199, fils à qui le destin réservait une grande 104, ao6, aaa , aa8 , a3o, a3» , a36, a38, célébrité. A cette époque, les Hessois >39, 340, 341 , 34a, 349. sont cités comme des guerriers d’é- (**) Voyez aussi Histoire du royaume de lite, auxquels rien ne résiste ; mais Wurtemberg.
8* livraison. (Bade, États hessois, etc.,'. 3
L’UNIVERS
et par une captivité dont le souvenir est une tache à la gloire de Charles- Quint ; enfin recouvrer sa liberté par le traité de Passau.
Il ne nous reste plus que peu de chose à ajouter au tableau de sa vie, qui est celui du seizième siècle tout entier. Après avoir fait tenir, en 1526 et 1527, a Flombourg et à Marbourg, des colloques entre les ministres des deux religions , qui semblaient purement remplir une formalité oiseuse, Philippe vit ses sujets se déclarer volontairement pour les doctrines nouvelles. Il confisqua alors les biens ecclésiastiques et les employa à la fondation de l’uui versité de Marbourg et de six hôpitaux. Rendu à la liberté il consacra ses dernières années au gouvernement de son pays.
Tous ceux qui étaient persécutés pour leur croyance étaient assurés de sa protection. Ainsi les huguenots de France trouvèrent en lui un ami zélé, auquel ils s’adressèrent pour obtenir des secours. En 1562, il aida Dandrlot, frère de Coligny, a rassembler des troupes en Allemagne pour le prince de Condé, et lui donna son maréchal pour les commander.
Philippe le Magnanime mourut le 31 mars 1567, laissant à ses fils, dans son testament, des instructions trèsdétaillées sur le partage de ses possessions, et de sages conseils; il les exhortait, par exemple, dans le cas où il y aurait un rapprochement entre les papistes et les luthériens , a donner les mains à cette réunion, pourvu qu’elle ne lilt pas contraire à la parole de Dieu.
Cette parole de Dieu, Philipne avait cependant quelquefois une singulière façon de l’interpréter; nous ne pouvons même nous dispenser de rapporter ici un curieux épisode de sa vie , un événement qui appartient , comme peinture de mœurs, a l’histoire de son époque. « Le landgrave était marié, depuis 1524, à Christine, fille de George , duc de Saxe , dont il avait une nombreuse descendance. Doué d’un tempérament ardent , il se piquait peu d'observer la fidélité conjugale ; mais pendant une maladie qui en 1539
le retint dans son lit, il fit une lecture assidue de la Bible , et fut frappé de uelques passages de saint Paul , qui éclarent la fornication et l'adultère péchés mortels. Au lieu de travaillera se corriger de ces vices pour tranquilliser sa conscience, il établit en tliese qu’il lui était impossible de mener une vie régulière tant qu’il n’aurait pas une autre épouse (*). Il trouva dans le Vieux et dans le Nouveau Testament des textes qu’il crut pouvoir interpréter en faveur de la bigamie ; et aussitôt sa résolution fut prise. Il demanda à Luther, à Mélanchton et è Bueer de décider si le mariage qu’il se proposait de contracter n’offenserait pas Dieu, et promit cependant de continuer à vivre avec sa première épouse , bien quelle lui fût très- désagréable , et à porter sa croix, comme il le disait. Du reste, s’il ne trouvait pas de consolation auprès des docteurs , il se verrait forcé de s’adresser à l’Empereur, dont il obtiendrait tout ce qu’il voudrait en corrompant ses ministres ; mais une telle démarché serait dangereuse pour le parti protestant, et il aimait mieux mille fois devoir son repos à leur permission qu’à celle de l’Empereur ou de tout autre homme. »
Grand fut l’embarras des réformateurs, qu’effrayait ce recours indiscret; il ne fallait pas cependant que leur cause fût privée d’un si puissant défenseur. Aussi, après avoir fait valoir plusieurs considérations, qui pouvaient engager Philippe à renoncer tant a son projet qu’à sa vie liceucieuse, ils terminèrent ainsi leur réponse signée par Luther, Mélanchton, Bucer et cinq de leurs collègues : « Enfin, si Votre Altesse est entièrement résolue d’épouser encore une femme , nous pensons qu’elle doit le faire secrètement ; de cette manière il n’en résultera ni contradictions tiès - importantes , ni scandale, car il n’est point inusité que les princes aient des concubines ; et quand le menu peuple n’y entendrait pas raison, les personnes sensees ai-
(*) Sehœll , Histoire des Etals européens, t. XXVI , p. 84 el suiv.
ÉTATS
rueront toujours mieux cette vie modérée que l'adultère et autres actions brutales. On ne doit pas s’inquiéter de ce que les gens diront , pourvu que la conscience soit tranquille. L’Évangile, d’ailleurs . n’a ni révoqué, ni défendu ce qui avait été permis dans la loi de Moïse à l’égard du mariage. Pour ce gui concerne l’idée de traiter cette affaire avec l'Empereur, nous estimons qu’il met l'adultère au nombre des moindres péchés, et il est bien à craindre qu’imbu de la foi papistique, cardinalistique, italique, hispanique, saracénique , il n’attache qu'un petit intérêt à votre demande et ne tâche d’en tirer avantage, car nous savons qu'il est trompeur et perfide , ayant oublié les mœurs germaniques. »
Outre ce consentement en bonne forme, Philippe, ce qui est plus étonnant, obtint, sinon celui de son beaupère, du moins celui de Christine de Saxe. Le 3 mai 1540, à Rothenbourg sur la Fulde , il épousa , au pied des autels , et en présence de Bucer et de Melanchton , Marguerite de la Sabla, fille d’un pauvre gentilhomme. Il en eut sept fils, qui ne portèrent pas d’autre titre que eelui de comtes de l>ietz, issus de la maison de Hesse, et moururent tous sans postérité.
■fSTOlftE MODERNE DES ETATS HESSOIS.
Conformément aux dernières dispositions de Philippe, la Hesse fut partagée inégalement entre ses quatre (ils.
Guillaume IV, ou le Sage , en qualité d'afné, reçut la moitié au pays; c’est de lui que sort la branche de Hesse- Cassel. La Hesse-Marbourg, qui formait un quart, tomba en partage à Louis , le deuxième fils, qui mourut en 1604 sans laisser de postérité. Ce pays fut alors partagé entre la Hesse-Cassel et la Hesse-Darmstadt. Philippe , le troisième, comte de Hpsse Rlieinfels , était déjà mort sans enfants en 1583. Avec lui avait disparu ce comté, que ses trois frères s'étaient partagé.
Le dernier huitième échut à George I" , ou le Pieux, auteur de la branche de Hesse-Darmstadt.
I MMSO* DB nESSE-CASSBl. -
La pensée dominante de Philippe le Magnanime, la grande pensée de la liberté religieuse et politique de l’Allemagne, se conserva dans la famille de Hesse-Cassel . taudis que celle de Hesse- Darmstadt inclinait pour la maison de Habsbourg. Nous en trouvons les preuves les plus éclatantes dans l’histoire de la guerre de Trente ans Pt dans celle des dernières révolutions politiques, où les landgraves se sont constamment opposés à la prépondérance française. Si les princes de Hesse-Cassel ont souvent négligé l’occasion d’aprandir leurs Étals, il faut l’attribuer a la poursuite de ce système (*).
Guillaume IV hérita du zèle de son père pour la religion protestante, et se lit une grande réputation par sa prudence, son habileté dans les affaires et son économie (**). A la science politique, il joignait une connaissance si approfondie des mathématiques et de l’astronomie , qu’il pouvait rivaliser
(*) Les landgraves de Hesse-Cassel sont : Guillaume IV ou le Sage. . . 1567-1593.
Maurice I" ou le Savant. . . 15911-1637.
Guillaume V ou le Constant. 1637-1637.
Guillaume VI ou le Juste.. . 1637-1663.
Charles 1". 1663-1730,
Frédéric Ier, roi de Suède. . 1730-1751.
Guillaume VIII 1751-1760.
Frédéric II 1760-1785.
Guillaume 785 jus-
qu’à i8o3 comme landgrave. La Hesse, étant occupée pur les Français et faisant partie du royaume de Westphalie, cc prince vivait en Bohème. À son retour, il régna avec le litre d'éleeteur et sous le nom de Guillaume I*r jusqu'en 183t.
Guillaume II, depuis 1811.
(**) Dans une lettre adressée en i5n5 à son frère Philippe , il se plaint des progrès du luxe. Il dit qu'il n‘y a rien de plus ruineux que la réunion du luxe allemand au luxe français, puisque, si les Français dispensent beaucoup en habillements somptueux, ils vivent d’autant plus sobrement et mangent mal, tandis que les Allemands, tout en recherchant un vaiu faste de représentation, ne songent qu’à satisfaire leur gourmandise.
36 L'UNIVERS
a vpn son ami Tycho-Brabé(*). Un grand astronome de nos jours (**} préfère même les calculs du prince a ceux du savant danois. Cependant , lorsque Grégoire XIII publia, en 1582, son nouveau calendrier , avec ordre à tous les fidèles de l’adopter , le landgrave , 'consulté par l’électeur de Saxe, ne voulut pas entrer dans l’examen de ce calendrier , et répondit qu’il ne fallait point l’admettre , à cause du ton impérieux que prenait le pape dans sa Dulle. Cet avis fut adopte par tous les princes protestants , à la diète tenue à Augsbourg , au moisdejuin de la même année.
i Guillaume fut le bienfaiteur de son pays en établissant , par son testament, signé en 1576, le droit de primogéniture dans la ligne de Cassel.
Maurice avait vingt ans à peine lorsqu'il arriva au pouvoir. De Thou disait au commencement du dix-septième siècle, que le savoir était un héritage dans la maison de Hesse. Le nouveau landgrave, en effet, était, dès son avènement, capable de figurer parmi les plus doctes personnages. Il connaissait les langues et les antiquités bibliques et classiques , parlait quatre langues modernes outre la sienne, était à la fois poète (***) , géomètre et ■astronome; il voulut aussi être théologien , et ce fut la source de tous ses malheurs. Louis de Hesse-Marbourg avait institué pour héritières par égales portions les deux branches de Cassel et de Darmstadt, mais à condition que ses successeurs ne feraient aucun changement à la religion établie dans ses Etats suivant là confession d’Augsbourg. Après de longues et vives contestations, des arbitres avaient fixé les deux lots. Mais Louis V de Darmstadt en avait appelé de la sentence au conseil aulique (1606). Ce fut dans ces
(*) A Marbourg on montre un globe céleste, ouvrage de Guillaume.
(”) Voyez Zack. , Monatl. corrrspondenz fur Erd und Uhumelskunde , 180S, v, XII, pag. a68.
(***) On a de lui plusieurs épi 1res latines et une traduction des {isaume* de David en vers latins, imprimée en i5g5.
circonstances que Maurice gâta sa cause par son entêtement pour le calvinisme, doctrine qu’il avait embrassée par suite de scs relations avec les huguenots français (*). Il commença sa réforme en 1605, tant à Cassel qtt’à Marbourg. Les théologiens récalcitrants de l’université de cette dernière ville furent destitués, et le landgrave lui-même, dans un discours latin prononcé à la grande salle de l’université, justifia ses mesures. Bientôt cependant le prêche d'un calviniste causa une émeute parmi les bourgeois de la ville. Il fallut encore que , pour l’apaiser , il se montrât et fit quelques harangues.
Sur ces entrefaites, une sentence définitive du conseil aulique déclara Maurice déchu de toute la succession , comme ayant , par sa réforme , contrevenu à une des clauses essentielles du testament ( 1er avril 1623 ). Un grand nombre de seigneuries et de bailliages furent encore adjugés, en remplacement des fruits perçus , à la ligne de Darmstadt, qui ne laissait ainsi à celle de Cassel que quelques bailliages de la Hesse inférieure. En même temps le pays devint le théâtre de la guerre de Trente ans ; les armées ennemies le traversèrent en tout sens. Tilly exigea, en 1625, que Cassel, Ziegenhayn et Rheinfeis reçussent garnison impériale.
Peu après, la ligne de Darmstadt fit exécuter la sentence de la commission -impériale, pour les indemnités qui lui revenaient. Rheinfeis fut assiégéetpris.
Ce coup réduisit le landgrave au désespoir; il abdiqua en 1627 en faveur de son fils aîné, et mourut à Eschwege, en 1632.
Le premier soin de Guillaume /', après avoir assigné une portion de territoire à ses freres consanguins . qui formèrent dès lors la brandie collatérale de Hesse- fiothenbourg (**), fut
(*) On a publié récemment la correspon dance de Maurice avec Henri IV.
(**) Le dernier landgrave de Hcsse-Rolheobourg, dont 1a succession s’ouvrit en i835, possédait , sous la souveraineté de l'électeur de Hesse-Cassel et du duc de Nassau,
ETATS HESS01S.
d’obtenir de la maison de Cassel le désistement d’une partie des sentences prononcées en sa faveur. L’édit de restitution de l'Empereur (1639) et les exigences de Tilly menaçaient d’aggraver encore sa déplorable position , quand Gustave-Adolphe parut en Allemagne (*). Alors tout prit une autre face pour le landgrave. Il leva une armée de dix mille hommes , se déclara ouvertement contre l'Empereur , combattit en Westphalie , reuni aux Suédois et au duc de Brunswick , et entra au service de la France comme maréchal de camp. Ni la mort de son protecteur, enseveli dans sa victoire , ni la perte de la bataille de Nordlingen , ne changèrent ses dispositions. Soutenu, depuis 1636, par un subside annuel de la France(**), il continua de faire la guerre à l'Empereur, dont les troupes, pendant ce temps, dévastaient horriblement son pays (***).
Il s’était jeté sur l’Ostfrise , quand sa mort vint tout à coup l'arrêter dans ses projets (1637) au siège de Stickhausen. On prétend qu’il périt empoisonné.
Sa veuve , Amélie- Élisabeth de Hanau, se chargea de la régence. On pourrait lui appliquer, et avec plus de raison , ce que le grand Frédéric disait de Caroline-Henriette, épouse de Louis IX, landgrave de Hesse Darmstadt,
huit ville» et deux cent dix-neuf villages; mais par suite d'arrangements particuliers, il recevait une rente annuelle de trois cent mille francs. Hermann, l’aine des auteurs de cette maison, était un prince savant. 11 a composé une Vranographie et une Description de la Hesse insérée dans la topographie de Mérian. Ernest, le cadet, n’était pas moins distingué par ses connaissances : il correspondait avec tous les savants contemporains, notamment avec Leibnitz.
(*) Malgré tant de malheurs, l'ouverture de l'université de Cassel date de l’année «6ag.
(**) Deux cent mille rixtbalers.
(***) Les Impériaux brûlèrent dix-sept villes , quarante-sept châteaux et trois cents villages. La famine et la peste détruisirent en même temps tes trois quarts de la population.
« qu’elle avait le sexe de la femme et le caractère de l'homme. » Douée d'un courage à toute épreuve et d’une habileté surprenante , cette femme vraiment héroïque ne fut pas ébranlée des mouvements que se donna George II , landgrave de Darmstadt , pour exécuter, si elle ne lui cédait la régence, l’arrêt de proscription prononcé contre Guillaume par Ferdinand II. L’électeur de Saxe jugeant l’occasion favorable pour forcer la Hesse d’accéder au traité de Prague, se porta comme médiateur du différend. N’étant pas préparée à la résistance, la princesse amusa l’électeur, le landgrave et l’Empereur par de feintes négociations , pendant qu’elle faisait secrètement avec la France, la Suède et la maison de Brunswick, des traités d’alliance et de subsides. Fïnfin, quand tout fut
Î>rêt, elle reprit les hostilités. Dans 'intervalle , une brillante perspective s'était ouverte (1639) pour la Hesse.
Le digne émule de Gustave-Adolphe , Bernard de Weimar s’était proposé de demander la main de la régente. Il voulait, unissant la Hesse à l’Alsace par de nouvelles conquêtes sur le Rhin, former une puissance formidable et peut-être un troisième parti en Allemagne. Mais la mort, qui le surprit à l’âge de trente-six ans , renversa ces vastes desseins.
Depuis l’année 1640, le landgraviat de Cassel devint de nouveau le théâtre de la guerre. Ses troupes, réunies à celles de la France, se couvrirent de gloire. Alors la régente crut qu’il était temps de relever la Hesse inférieure de son abaissement. Son général Geissau reprit Marbourg et toutes les places de la haute Hesse (1646). Les Suédois la secoururent jusqu’à ce que les armées choisirent la Bavière pour champ de bataille. Enfln, une transaction conclue en 1648 rétablit la paix. La régente réussit à recouvrer une grande partie des domaines que la décision de la cour aulique avait enlevés à Maurice. Elle fit encore d’autres acquisitions importantes, et quand on négocia la paix de Westphalie, ses prétentions furent très-élevées. Elle n«
L’UNIVERS
demandait rien moins que les évêchés de Fulde, de Paderborn et de Minden, et une partie des électorats de Mayence et de Colosne, et de l'évêche de Munster. On trouva ces exigences exorbitantes, surtout de la part d’une princesse dont les troupes avaient peu ménagé les possessions du clergé.
Cependant, en vertu de l’article 15 du traité d'Osnabruck , elle obtint des indemnités considérables, et cela par la protection du duc de Longueville.
« Madame la landgrave, disait-il, m’a « fait tant de caresses qu'il me faut con- « fesser que je ne parle qu’avec quelque « passion pour elle. » L’évéque d Osnabrück ayant représenté à l’ambassadeur combien il serait scandaleux que Jé'us-Christ et sa divine mère fussent dépouillés pour enrichir une femme hérétique : • Il faut faire beaucoup, lui « fut-il répondu, en faveur d’une dame « aussi vertueuse que madame la land- « grave. C’est pourquoi, Messieurs, « surmontez-vous vous- mêmes et don- « nez-lui toute satisfaction (*). »
Le 25 septembre 1650 . Atnélie-É'isabelh remit a son Gis, Guillaume Fl, 1rs rênes du gouvernement qu'elle avait tenues d'une main si ferme pendant treize ans. Elle mourut dix mois après. Le nouveau landgrave s’occupa de réparer les maux <ie la guerre de Trente ans , et d'affermir par sa médiation la paix de l’Allemagne (**).
Guillaume y II mourut à Paris, à l’âge de dix-neuf ans , (rendant qu'il lai -ait son tour d'Europe et avant d’avoir exercé le pouvoir (1670).
Charles , son frère , prit depuis l’an
(*) Elle oblint, entre autres indemnités, U majeure partie de la principauté de Scbauenbourg-Lippe et l'abbaye de Herifeld.
(*■) Sous ce prince se forma encore une branche collatérale, celle de Hesse-Philippst'inl , ainsi nommée d’un château qui fut construit à la place de l'ancien couvent de Kreuxberg ; son auteur est Philippe, né en «685, et troisième fils de Guillaume VI. Divisée en deux rameaux, Pbilippsllial et Philippsth.d-Barelifeld, elle s’est perpétuée jusqu'à nos jours. Les résidences de ces princes se trouvent dans le grand-duché de Fulde
168$ une part très-active a la lutte avec la France , et se distingua personnellement dans les armées. Ce fut ce prince qui . lors de la grande coalition contre Louis XIV, conclut avec l’Anieterre, en 1702, la première de ces onteuses conventions de subsides auxfiels la maison de Cassel a eu plus 'une fois recours ensuite. Lui -même, après avoir accédéà l’alliancedu Hanovre, en 1726, vendit encore à George Ier douze mjlle soldats, comme on vendrait douze mille nègres , au prix de 125,000 livres sterling. Cltares était pourtant un prince éclairé , ami des beaux-arts; il se montrait aussi animé d'un ardent désir de développer l’industrie nationale. C’est lui qui est le fondateur du collège Carolin , a Cassel ; de la ville de Carlshaven , sur le Weser et le Dietnel , et du château de CarLberg ( Napoléons Hœhe, du temps de l’empire, aujourd’hui Wilhelm»- Hœhe ).
Frédéric, son Ois , servit avec distinction contre les Français, et, par suite de son mariage avec Ulrique- Lléonore, sourde Charles XII y 1 ? 1»), fut élu roi de Suède. Il céda alors l’administration du landgraviata son frère, Guillaume FUI, sous lequel furentconclues de nouvelles traites de blancs (*). En 1736, la Hesse s'augmenta du territoire de Hanau. Mais la guerre de Sept ans tut pour elle uue epoque de malheur. Tandis que ses enfants versaient au loin u i sang dont ie prince avait trafiqué, les Français et les Impériaux la désolèrent tour à tour.
Frédéric II , fils de Guillaume, vit les Français revenir dans le landgraviat, en 1760, et y rester jusqu’à la paix d’Hubertsbourg.
Il embrassa la foi catholique tint une cour brillante (**) , augmenta son
(*) Trois mille deux cents hommes forent vendus à Charles VI en 1733, six mille à la Grande Bretagne en 1741 , neuf mille à Charles VII en 174a, et mille sept cent quarante-quatre en 1744, etc. En 1749. l'Angleterre solda même un corps de dix-htnt mille neuf cent qualre-vingt-douse hommes.
(**) Frédéric aimait beaucoup le* F rat-
ETATS HESS01S.
armée et vendit ses régiments an* Anglais qui les employèrent dans les guerres d’Amérique. De 1776a 1784, cette source impure lui rapporta, pour vingt-deux mille hommes, 21.276,778 thalers. Ainsi il fonda les richesses de la maison régnante en dépeuplant le pays (*).
Frédéric eut pour successeur Guillaume IX, qui avait été élevé sous la direction de sa mère, fille de George II d’ Angleterre, dans les principes du culte réformé.
Non content de fournir le contingent qu’il devait en vertu des lois de l’Empire. Guillaume prit part, comme allié de la Grande-Bretagne, à la guerre de la révolution française; cependant, conjointement avec la' Prusse, il souscrivit a la paix de Bâle (1795). Comme indemnité pour la perte de ses possessions transrhénanes, il obtint, en 1803, plusieurs villes et bailliages qui avaient fait partie de l'électorat de Mayence.
Élevé, le 25 novembre de la même année, à la dignité d’électeur, il prit le nom de Guillaume /". Lorsque la confédération du Rhin sr forma , Guillaume fut vivement sollicité d’y accéder, et menacé de perdre une partie de ses possessions, s'il persistait à s’y refuser (**).
La guerre entre la Prusse et la France étant devenue imminente, Guillaume , lié avec la cour de Berlin par des rapports de faudlle et par le titre de fêla -maréchal qu'il en avait accepté , crut pouvoir se sauver par une conduite prudente; mais Napoléon, traversant sa politique équivoque, avait resoiu de l’anéantir. Dans un écrit officiel du 31 octobre 1806, le chargé d'affaires de l’empereur lui communiqua la volonté de son maître.
Ce ne fut qu’avec peine que l’électeur
çais, leurs mœurs , leur littérature, leur théâtre, lin jour, pendant un diner au milieu d'une société toute française, un des conviés s’écria : Il n’y a ici d’étranger
que monseigneur! •
(') Il transmit , dit-on, à son fils, soixante-cinq millions de florins.
(**)Voyex Malh. Dumas, vol. XV, p. s54.
réussit à mettre en sûreté sa personne et de plus ses richesses , objets de sa vive sollicitude (*). Dès le lendemain, le maréchal Mortier occupa Cassel et désarma les populations. L’électorat fut incorporé dans le nouveau royaume de Westphalie et dans le grand-duché de Francfort. Cassel devint la résidence de Jérôme Napoléon.
Pendant le temps de l’occupation française, qui, malgré l’inexpérience du jeune roi ne fit pas regretteraux Hessois le regimedéehu, l’electeur vécut sur ses terres, en Bohême, et ne revint que le 21 novembre 1813, lorsque le royaume de Westphalie eut cessé d’exister. A la paix de I8t4,il lui fallut céder plusieurs enclaves, mais il s’arrondit par l’acuisition de la majeure partie au duché e Fulde. Il y eut à son retour beaucoup de difficultés; ses habitudes de monarchie absolue, son attachement pour l’ancien état de choses , son opiniâtreté à en défendre les restes ou àen rétablir les usages, n’étaient plus en rapport avec les nouveaux besoins , et il lui fallut toute sou énergie, son activité , sa sévère justice et même son excessive dureté, pour se roidir quelue temps avec succès contre l’esprit u siècle. Il ne voulut reconnaître aucun des actes du gouvernement intérimaire , et aurait désiré de voir rétabli l’empire germanique. Cependant, ne réussissant pas à se* faire proclamer roi des Cattes , il refusa de renoncer à son titre d’électeur qui n’avait plus de sens; il y joignit encore ceux de grandduc de Fulde et de prince d’Isenbourg, ainsi que la qualification d’altesse royale. L’organisation d’une assemblée d’états promise en 1813 fut pour lui une nouvelle contrariété , à laquelle il se résigna de fort mauvaise grâce.
Il mourut le 27 février 1821 , et eut
(*) L’électeur confia une partie Je scs millions au père des barons de Rotsrhild , qui vivait à Francfort. C’est par celle confiance de l’électeur que cet Israélite créa cette fortune colossale , qui aujourd’hui dicte des lois aux peuples et aux princes. 1 '
L’UNIVERS
v pour successeur son fils, Guillaume II, dont la liaison avec la comtesse de Lessonitz (d’abord comtesse de Reichenbach) eut pour l’électorat des suites si importantes (*).
La retraite de i’électriee, sœur du roi Frédéric Guillaume III de Prusse, et celle du prince électoral , les difficultés que rencontrait l'établissement de la constitution , enGn des actes ar- * bitraires nombreux, et la défiance que l’électeur marquait à son peuple , avaient produit depuis longtemps une vive fermentation. Enfin, le 9 septembre 1830, le peuple entendit le signal de liberté parti aes rives de la Seine. Un violent soulèvement éclata, et la bourgeoisie s'arma pour assurer le triomphe légal de la révolution. L’électeur revint à la hâte de Carlsbad , accompagné de son fils avec lequel il s’était réconcilié. Le 15 septembre, il acco'rda au conseil municipal de (iissel sa demande de faire publier enfin la constitution, si longtemps promise.
L'édit d'organisation du 29 juin 1821 n'avait fait que multiplier les rouages supérieurs et les dépenses de l’État, et enlever au peuple toutes les garanties.
Par une ordonnance du 19 septembre 1830, l’électeur convoqua pour le 17 octobre les anciens états hessois. On présenta un projet, qui fut signé le 8 janvier 1831. La constitution fut promulguée le 9, au milieu de l'allégresse générale. Cette cérémonie prit une nouvelle signification en déterminant une reconcdiation publique entre l’électeur et sou épousé , qui , après une absence de cinq ans, était rentrée dans la capitale. Mais la persistance de l’électeur à résider dans son château de 'VVilhelmshœhe jointe à la stagnation du commerce, à la disette des grains et au retour de la comtesse de Lessonitz, amena de nouveaux troubles , à la suite desquels cette femme quitta Cassel en toute hâte. Alors l'électeur transporta sa résidence à Ha-
(*) Titre emprunté à un domaine que l'électeur acheta pour elle en Moravie.
Avant d'ètre la maîtresse de G lillaume, elle avait porte le nom de mademoiselle d'Ortlepp.
nau. En vain une députation des états vint, le 30 août, lui représenter la nécessité de sa présence au centre du gouvernement, il aima mieux renoncer à son peuple qu'à la femme dont il était depuis longtemps dominé : il remit la régence au prince électoral Frédéric-Guillaume, qui dès lors ajouta à son titre celui de corégent (*). Cette résolution fut, le 30 septembre 1831, régularisée par une loi. Toutefois, de nouvelles imprudences du jeune prince, qui semblait peu profiter de cette leçon , produisirent des mécontentements graves, notamment le 7 décembre 1831. L'accession de l'électorat au système de douanes prussiennes (1832) lie s’effectua pas sans difficulté. Une insurrection assez vive éclata dans la ville de Hanait et dans les villages environnants où se trouvaient établis des bureaux prussiens. Enfin la liaison du corégent avec la femme qu'il créa comtesse de Schauenbourg, la loi sur les gardes civiques , sur le budget de la guerre, sur le recrutement et sur la presse, furent des sources continuelles de dissensions. La session de 1832, pendant laquelle le député Jordan détendit avec énergie la constitution et les conquêtes libérales de ses compatriotes, fut brusquement close par une ordonnance de dissolution. Ce n’était d'ailleurs qu’ajourner les difficultés; car, à défaut de la chambre, les populations protestèrent plus d’une fois contre la tendance réactionnaire du gouvernement, que la diète de Francfort prétendait diriger à son gré.
Dans la seconde session des états , qui s’ouvrit le 25 janvier 1833, on vit reparaître presque tous les députés de l'opposition. Il y eut de violents débats, l’assemblée fut une seconde fois frap-
fiéc de dissolution à ('improviste; enfin a résistance opposée par le ministre Hasenpflug (mai 1832— août 1837) à diverses mesures constitutionnelles donna lieu à une accusation formelle
(*) L’cx-électeur se console à Baden-Baden avec les millions qu’il a emportés, la maison magnifique qu’il s'est fait construire, U salle de jeu et la comtesse de Reichenback.
ETATS HESSOIS
contre lui. D’autres sessions s’ouvrirent en février 1834, le 6 janvier 1835, le 28 avril 1838, le 29 novembre 1839,
, sans qu'on vit beaucoup plus d'accord 5 entre les représentants populaires et le gouvernement. Le budget , les exigences de la diète germanique, la loi municipale, la succession du comté de Rotheubourg, firent naître tour a tour des débats soutenus de part et d’autre avec une ténacité dont aucune autre chambre en Allemagne ne donnait plus l'exemple.
Cependant les finances et le commerce de la Hesse se sont évidemment améliorés. Ce pays avait d'abord adhéré à l'association commerciale de l’Allemagne centrale (1828) ; mais au bout de quatre ans il s’en détacha pour s'unir à la Prusse. Dès lors, les deux ligues placées sous les auspices de la Saxe et du Wurtemberg perdirent toute consistance, et durent se fondre, en 1833, dans la grande association dirigée par la Prusse.
Le nouveau système de douanes a eu d'heureux effets pour l'électorat , qui , d'ailleurs, a fait de grands progrès dans toutes les branches. Quant a ce qui lui reste à faire pour s’affermir dans la voie constitutionnelle, l’éveil est donné à l’esprit public, et les Hessois savent que la persévérance unie à la modération finit toujours par assurer le triomphe du bon droit.
coxsTrrtrrioir de u hesse électoeale.
La constitution hessoise, si elle était observée religieusement , et si les états de la confédération n’étaient pas entravés dans leur libre développement politique, pourrait être regardée comme une des moins imparfaites entre les diverses constitutions allemandes. Les rapports des différents pouvoirs sont réglés de la manière la plus convenable. Les états , réunis en une chambre unique, se composent de cinquante-deux membres partagés en trois curies : les députés de la noblesse et des universités, ceux des villes et ceux des paysans. Les membres des collèges électoraux sont désignés dans des assemblées primaires. '.
Voici quelques-uns des principaux articles de cet acte :
« Les droits des Israélites seront réglés par une loi particulière (1833). — Les corvées de différents genres n’auront plus lieu, ou bien elles seront modifiées ou rachetées.
« Il ne sera plus accordé de privilèges pour le commerce et l’industrie.
Les monopoles seront abolis.
« Il y aura liberté entière de la presse et de la librairie. Une loi statuera sur les délits de la presse. La censure n’aura lieu que dans les cas fixés par les lois de la confédération.
« Personne ne pourra être poursuivi pour la libre expression de simples opinions.
« Tout homme en état de porter les armes doit ses services à la patrie en cas de nécessité. Le service dans l’armée active ne s’étendra pas au delà de cinq ans.
« L’organisation de la garde bourgeoise sera fixée par une loi. Les droits et les obligations des communes seront réglés par une loi municipale.
Les biens ou les revenus communaux ne pourront jamais être réunis a ceux de l’F.tat.
« Les emplois et les charges de l’État ne seront conférés qu’après un examen qui aura constaté la capacité du candidat. Aucun fonctionnaire ne pourra être démis de ses fonctions ; son traitement ne pourra être diminué que sur un jugement.
« L’assemblée des états est composée ainsi qu’il suit :
« 1° Un prince de la maison électorale pour chacune de ses lignes apanagées ;
« 2“ Les chefs de chacune des maisons prtncières ou comtales, autrefois États de l’Empire possessionnés dans l’électorat ;
« 3° Le senior de la famille de Riedesel;
« 4° Un des supérieurs des chapitres nobles de kauffungen et de Wetter;
« 5° Un député de l'université;
a 6* Un député de la noblesse de l'ancienne Hesse, pour chacun des
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cinq districts du Diemel, de la Fulde, de la Schwalin , de la Werra et de la Lahn ;
« 7° Un député de la noblesse de Schauenbourg ;
« 8“ Un député de l’ancienne noblesse immédiate de la province de Fulde et de Hunfeld ;
« 9° Un député de l’ancienne noblesse immédiate et de la noblesse possessionnée de la province de Hanau ;
« 10" Seize députés des villes, savoir: deux de Cassel, deux de Hanau, un de Marbourg, un de Fulde, un de Herzfeld ou de Melsungen alternativement, un de Schmalkalde , un des villes de Rinteln , Obernkirchen , Oberndorf, Rodenberg et Sachsenhagen ;
« U" Seize députés pour les districts des campagnes.
« hors de l’election d'un député, on choisit en même temps un suppléant pour le cas où il serait empêche de vaquer à ses fonctions.
« Lorsqu’un député est nommé fonctionnaire de l’État, une nouvelle élection a lieu. Le même député peut être réélu.
« Les députés ne votent que d’après leur conscience, et non en obéissant aux termes d'un mandat.
« I.es membres votent sans égard à la différence des conditions ou des districts. Les séances de l’assemblée des états sont ordinairement publiques.
- Les députés et leurs suppléants sont nommés pour trois ans. On procède aux nouvelles élections sans qu’il y ait convocation de la part du gouvernement.
« Le souverain convoque les états toutes les fois qu’il le juge nécessaire.
« Il doit y avoir au moins une session dans l'espace de trois ans. Il y aura une session sans convocation a chaque changement de règne. Le souverain peut ajourner et dissoudre les assemblées. Les ajournements ne pourront pas être de plus de trois mois. Lors d’une dissolution , les collèges électoraux seront convoqués
immédiatement, et une nouvelle session aura lielt dans les six mois.
« Le souverain fait l’ouverture et la clôture des sessions en personne ou par un commissaire. Les ses-ions ne devront pas durer, dans la règle, plus de trois mois.
« Mors le cas du flagrant délit, les membres de l’assemblée des états ne peuvent , pendant la durée des sessions et six semaines avant ou après, être arrêtés que du consentement des états. Les états veilleront à ce que l’héritier de la couronne remplisse , à son avènement, les conditions voulues par le § 6, qui porte qu’il promettra de maintenir la constitution et de gouverner conformément à ses lois, et qu’il signera à cet effet un document qui sera déposé dans les archives , après quoi on lui prêtera serment.
« Le territoire ne pourra, en tout ou en partie . être grevé d’une dette qu'avec le consentement des états.
« Le gouvernement rend seul les décrets qui ont pour objet le maintien et l'execution des lois existantes. Il peut prendre sans tarder, lorsque les états ne sont pas assemblés, les mesures d’urgence que commande la sûreté du pays , avec la coopération , toutefois, du comité des états , qui reste en fonction d’une session à l’autre. L'assemblée sera ensuite convoquée immédiatement. »
U. MAISON UE ItESSE-OARMSTÀOT.
George rr, fondateur de la branche cadette de Hesse , pourvue de lu partie supérieure des comtés de.
Kalzenellenbogen (*), fut occupé ptn-
(*) Les landgraves de Hesse - Dannstad t sont :
George I*r, le Pieux «56-- 1 ~nj6.
Louis V , le Eidulc i5p6-iG»6.
George II i6a6-«66i.
Louis VI «66 1-1678.
Louis VII ne régna que quelques mois.
Ernest louis «678-1739.
Louis VIII «739-1769
Louis IX 1769-1 790.
Louis X «7go-«8o5,
comme landgrave, et depuis 1806, comme
ÉTATS HESS01S.
dant toute sa vie à faire fleurir son pays en y encourageant l’industrie et le commerce.
Un des événements les plus importants du règne de son successeur fut le procès de Marbourg, dont nous avons parlé dans l'histoire de la branche aînée. La Hesse en fut troublée pendant vingt ans, et Cassel et Darmstadt devinrent ennemis jurés.
Louis y introduisit l’ordre de primogenituredans sa maison, en 1606. L’année suivante, il fonda l’université de Giessen.Son attachement à la maison impériale lui valut le surnom de Fidèle, et il en donna des preuves éclatantes dans la guerre de l’électeur palatin.
Surpris dans sa capitale par les troupes de Frédéric V, du comte de Mansfeld et du margrave de Bade-Durlach , il fut fait prisonnier avec un de ses lils (1622). Cependant sa < aptivité ne fut pas longue, et l'Empereur lui accorda ae beaux dédommagements pour cette disgrâce.
A l’exemple de son père. George II refusa de s'allier aux ennemis de l'Empereur.#1 travaillait avec grand zele au rétablissement de la paix, cou-rant d’une cour a l'autre pour y disposer les esprits (*), quand , en dépit de la
grand-duc, sous le nom de Louis I".
Louis II depuis i$3o.
La maison souveraine de liesse- Hombourg descend de Frédéric 1", tpiairième fils de George I,r. A partir de Frédéric II (au pied d'argent), qui contribua beaucoup à la victoire du grand électeur sur les Suédois à Felirbellin, en 1675, des militaires distingués ont illustré celle branche. Les landgraves de Hesw-Hoiiihourg de notre temps ont combattu dans la guerre de la délivrance des peuples germaniques.
A l'époque ue la formation de la confédération du Rhin, ils furent dépouillés de leurs Etals en faveur du grand-duc de Hesse- Darmstadt. Le congrès les leur restitua , et V ajouta même la seigneurie de Meissenlieim sur la Lauler. Ils sont admis à la confédération, depuis le 7 juillet 1817, avec une voix virile dans l'assemblée générale et part à une voix curiale à la diete. Ils suiveul la religion reformée.
(*) Gustave-Adolphe l'appelait ironiquement le faiseur de paix.
neutralité qu’il avait obtenue pour son pays, les Impériaux et les Suédois vinrent, après la bataille d'Hcilbronn , y commettre mille excès. Pour récompenser le zèle du landgrave, Ferdinand II lui conféra une partie du pavs d’Isenbourg. Mais l'année 1648 fut
f 10 tir son pays une époque dé malteurs. D’abord Turenne y porta ses ravages; puis la régente de Cassel força George II il de grands sacrifices. La paix de Westphalie confirma cette transaction, et enleva à la maison de Darmstadt tout ce que, pendant la guerre, elle avait reçu aux dépens de ses voisins : le Palatinat, Solms et Isenbourg.
Les règnes de Louis Fl, prince avare, mais ami des arts et des sciences, et de Louis Vif qui resta au pouvoir à peine une annee, n'offrent pas d'événement remarquable.
Ernest - Louis , frère consanguin de Louis VII, lui succéda sous la tutelle de sa mère, princesse de Saxe-Gotha , qui prit part a tous les armements de l'Empire contre la France, et légua cet exemple à son fils. Aussi le pays devint-il le théâtre de la guerre.
Le même résultat suivit la déclaration d’hostilités faite par son fils et successeur Louis t'III contre le roi de Prusse. Ce prince acquit le comté de Hanau-Lichtemberg, situé en Alsace, dans les Vosges et dans la Souabe.
Louis IX gouverna son pays avec sagesse et fermeté. C’était un admirateur enthousiaste et fanatique des institutions militaires prussiennes etdugrand Frédéric.
Son fils aîné, Louis X, perdit par la révolution française, qu’il combattit d’abord constamment, ses possessions transrhénanes. En 1803. il céda plusieurs partions de ses États au grand-duc de Bade et au prince de Nassau-Usingen; mais il fut amplement indemnisé par l’acquisition du duché de Westphalie, des villes de Worms et de Friedberg, et de plusieurs petits territoires dans le Palatinat et l'électorat de Mayence. La création de la confédération du Rhin concourut encore à son agrandissement,
L’UNIVERS
ainsi que les traités qu’il fit subséemment avec la France et Bade, prit alors le titre de grand-duc (1806), et le nom de Louis I”. Les événements de 1815 et 1816 amenèrent de nouvelles modifications de territoires. Louis I*r perdit le duché de Westphalie; mais, comme il avait passé aux alliés en novembre 1813, on le dédommagea, en lui donnant Mayence avec un district considérable entre la Moselle et le Rhin.
En 1820, le grand-duc, après avoir longtemps laissé ses sujets le solliciter vainement, a établi dans le pays le système représentatif (17 décembre); jusqu’à présent toutefois le développement en a été bien lent. La représentation nationale est formée de deux chambres, un sénat, dont une partie est héréditaire, et dont dix membres sont nommés à vie par le prince, et une chambre de députés, a laquelle sont appelés six mandataires nobles, ceux des huit villes principales, et trente-quatre représentants des bailliages ou districts. A la vérité, une des bases fondamentales de la constitution octroyée est la liberté de la presse; mais elle a été, comme toutes les autres , complètement faussée par l’influence de la diète et l'arbitraire du prince.
Le nouveau grand-duc, Louis II , est entré avec une impudeur obstinée dans la voie réactionnaire. Après avoir brisé
violemment l’opposition des mandataires du peuple(*), il s’est assuré, en 1835, par la corruption , le concours d’une assemblée complaisante ; et depuis ce temps , il a réussi à éteindre complètement dans ses États la vie politique.
La presse est enchaînée, les lois demandées par le grand-duc sont votées aussitôt;et Tonne peut prévoir le ternie de cette funeste léthargie. Louis II ne convoque guère les états que lorsqu’il s’agit de lever de nouveaux impôts. Il encourage, d’ailleurs, de tout son pouvoir, l’agriculture, l’industrie et le commerce, et, sous ce rapport, le pays, favorisé par son heureuse situation, est en pleine voie de progrès et de prospérité, surtout depuis rétablissement du nouveau système de douanes (1828) et les derniers traités avec la Hollande. Mais il ne faut pas que les intérêts matériels soient l’objet exclusif de la sollicitude du gouvernement, que le système représentatif ne serve qu’à entraver légalement l’essor des libertés publiques.
(*) Les chambres ont été dissoutes le » novembre i833 et le 25 oruA»,- i834, pour cause d’opposition. L’ètanlissement d’une législation uniforme et modelée sur les codes français, la suppression delà censure, la distinction entre les ordonnances et les lois, la résistance aux décrets de la diète, le vote des impôts, furent les principales uestions sur lesquelles roulèrent les graves iscussions entre les députés et le pouvoir.
ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
La maison souveraine de Brunswick est partagée en deux brandies :
l'atnée , qui ne possède que le duché de Brunswick-Wolfenbuttel ; et la cadette^ laquelle appartient le royaume de Hanovre.
Nous commencerons par faire l’histoire du duché de Brunswick