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« Après la paix de Rvswick, Louis X IV s’occupa sérieusement de la succession d’Espagne, sur le point de devenir vacante. Charles II avait en beaucoup de peine à traverser les crises de l’enfance. Sa débilité native avait fait discuter de bonne heure sa succession , que Louis XIV et l’empereur Léopold s’étaient déjà partagée en 1668. Les progrès de l’Age et la sève ordinaire de la jeunesse n’avaient pu ranimer ce corps usé sans avoir servi. Charles II s'était marié deux fois et n'avait pas eu d'enfants. Il avait épousé, après la paix de Nimègue, Marie-Louise, fille du duc d’Orléans et nièce de Louis XIV, qui était morte en 1689, non sans soupçon d’avoir été empoisonnée. Peu de temps après, il avait été marié à Marie-Anne de Neubourg, belle-sœur de l’empereur Léopold. Cette princesse avait un grand empire sur son mari, et elle était entièrement dévouée à la maison d’Autriehe. Vieux à l’âge de trente-six ans, Charles II était frappé de tous les signes précurseurs d une fin prochaine. Le moment de pourvoir à sa succession était arrivé (*). «
(*) M. Migncl, Négociations relatives à la succession d’Espagne, Introduction, p. lxv, in-;.
AUTRICHE
Trois princes prétendaient à la succession d'Espagne: le dauphin de France; Joseph-Ferdinand, prince électoral de Bavière; et l’empereur Léopold. Le dauphin tenait ses droits de sa mère, Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV. Il est vrai que cette princesse avait renoncé à ses droits à la succession espagnole lorsqu’elle avait épousé LouisXIV; mais l'habile ducdeLionne avait fait insérer dans le contrat, que la validité de la renonciation à la couronne était subordonnée à l’exactitude du payement des 500,000 écus d’or que l’on donnait en dot à la princesse. Or cette dot n’avait point été payée, et d'ailleurs la cour de France attaquait la validité de la renonciation, déclarant qu'on ne pouvait enlever àquelu’un, par une clause particulière , un roit qui lui était acquis. Le dauphin se présentait donc comme l’héritier légitime et le plus direct de Philippe IV. Le prince électoral de Bavière était petit-fils de Marie-Marguerite, saur de Marie-Thérèse , qui n'avait pas été contrainte comme elle de signer un acte de renonciation à la couronne espagnole. Léopold réclamait la succession comme descendant en ligne masculine de Philippe le Beau , et comme fils de Marie- Anne, fille de Philippe III. En 1668, Léopold et Louis XIV avaient conclu un traité de partage de la monarchie espagnole; mais alors Léopold n’avait pas d'enfants et était en paix avec Louis XIV : depuis cette époque, les sentiments de l’empereur avaient changé , et il essaya dès lors de s’emparer de toute la succession de Charles II, et de la donner à son second fils l'archiduc Charles.
Cependant le roi d’Espagne avait fait un testament en faveur du prince électoral de Bavière , qu’il reconnaissait comme son héritier ; mais bientôt le comte d’Arrach, ambassadeur de Léopold , et la reine, avaient obtenu du faible Charles II la révocation de cet acte, et il pouvait se faire que le roi d’Espagne reconnût l’archiduc comme héritier de sa couronne. Louis XIV ne parvint pas à empêcher ces intrigues ; le marquis d'Harcourt, son am-
bassadeur à la cour de Madrid , ne put obtenir audience. Alors Louis XIV « n'espérant pas tout l’héritage , travailla à se ménager l’acquisition d'une partie. Il s’adressa aux puissances mêmes qui avaient été les ennemies les plus persévérantes de sa grandeur, à la Hollande et à l’Angleterre , animées alors du même esprit et dirigées
Îiar le même homme. Guillaume^ III es avait placées à la tête des coalitions formées pour contenir.Lnuis XIV et pour empêcher la ruine de l’équilibre continental. Louis XIV ne se trompa point en pensant que cet habile politique admettrait une partie de ses droits pour éviter qu’il les revendiquât en totalité les armes à la inain , et qu’il lui marquerait son lot dans la succession espagnole, de peur qu’il ne s'en attribuât un trop grand s'd le prenait lui-même. En effet, Guillaume III consentit, dans un intérêt de paix et d’équilibre, à diviser d’avance la monarchie espagnole entre les trois compétiteurs qui se la seraient disputée après la mort de Charles II (*). »
Le U octobre 1698, un traité de partage fut signé à la Haye entre la France, l’Angleterre et là Hollande.
Lorsque Charles II en eut connaissance , il se bêta d’instituer de nouveau le prince de Bavière pour son héritier universel. Mais ce prince mourut le 8 février 1699. Louis XIV et Guillaume III firent un nouveau traité de partage à Londres, le 25 mars 1700. Les possessions espagnoles furent divisées entre les deux compétiteurs : l’Espagne , les Indes , les Pays Bas et la Sardaigne étaient donnés à l’archiduc Charles; le dauphin avait le royaume de Naples, de Sicile, le Guipuscoa et la Lorraine. L’empereur et Charles II ne voulurent jamais souscrire à ce traité.
Pendant que res négociations avaient lieu, Charles II faisait, le 2 octobre 1700, un nouveau testament, par lequel il instituait pour son héritier universel le duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Louis XIV accepta le tes-
(*) Miguel , ouvrage cité , p. txx.
tament, et reconnut le duc d’Anjou comme roi d’Espagne. Ce fut le sign.d d'une guerre générale. L’Angleterre et la Hollande, irritées de la violation du traite de Londres, et, de plus, aigries par plusieurs actes de Louis XIV(*), se réunirent à Léopold. Les Français furent vaincus à Hochstctt et chassés de l’Allemagne (1704), à Ramillics (1706) et chassés des Pays-Bas, à Turin ()706) et chassés d’Italie. Après la défaited’Oudenarde(170S), la France était envahie. Louis XIV demanda alors la paix aux alliés. On exigea la cession de toute la monarchie espagnole à l'archiduc, la démolition de Dunkerque, la cession de plusieurs villes de la Flandre, Lille, etc., pour augmenter la barrière, etc. Louis XIV accepta, et les confédérés exigèrent alors la cession de Strasbourg, la démolition des forteresses de l’Alsace, et l’alliance de Louis XIV avec eux pour renverser Philippe V. Le vieux roi refnsa ces conditions; mais la défaite de Malplaquet l’obligea à demander la paix de nouveau. On lui imposa comme condition l'abandon de toutes les conquêtes de la France depuis les Pyrénées, et on exigea qu’il se chargeât tout seul de détrôner Philippe V. Louis XIV offrit de céder l’Alsace et de payer un million par mois pour aider les alliés à chasser d’Espagne son petit-fils, s’il ne voulait pas abandonner le trône.
Cette offre fut rejetée, et la guerre recommença.
Philippe V n’avait jamais voulu consentir à sa déchéance, et les victoires d’Almanza (1707) et de Villa- Viciosa (1710) l’avaient affermi sur le trône d'Espagne; d’ailleurs la nation , comprenant que lui seul pouvait assurer le maintien de ses possessions, le soutenait avec dévouement.
Un événement imprévu changea la face des affaires. L’archiduc Joseph mourut; son frère l’archiduc Charles lui succédait dans les Etats autrichiens et sur le trône impérial; s’il devenait possesseur de la monarchie espagnole,
(*) Voyez Mignet, p. lxxxhi.
il rétablissait l’ancienne puissance de Charles-Quint, que toute l’Europe avait attaquée. Louis XIV saisit habilement cette circonstance pour détacher l’Angleterre de la coalition, et, le 8 octobre 171 1 , l’Angleterre et la France signèrent la paix. '"La Hollande accéda bientôt aux préliminaires de Londres, et, en février 1712, des négociations s’ouvrirent à Utrecht.
La victoire de Denain rendit à la France une partie de sa prépondérance, et hâta la fin des négociations avec l’empereur. « Par le traité d’L’trecht (11 avril 17 13), on établit, comme l’une des règles fondamentales du droit européen, la séparation perpétuelle des deux monarchies de France et d’Espagne. L’Espagne perdit les Pays-Pas, le royaume de Naples, les ports de Toscane et le duché de Milan, réservés a l’empereur, qui protesta encore quelque temps, les armes à la main, contre cet arrangement; la Sardaigne, accordée à l'électeur de Bavière en dédommagement de ses propres États; la Sicile, donnée au duc de Savoie, qui garda de plus Exilles, Fenestrelles et la vallée de Prayelas qu’il avait enlevés à la France. Les Hollandais obtinrent la fameuse barrière qu’ils avaient si ardemment recherchée, et à laquelle Louis XIV céda les places de Menin, de Tournai, de Fumes, de Furnes- Ambacht, de Knoque et d’Ypres. Les Anglais acquirent Gibraltar et Minorque de l'Espagne, et ils obtinrent de la France la baie d’Hudson, l’Acadie, l’île de Saint-Christophe, Terre- Neuve , le comblement ue Dunkerque, la reconnaissance de la succession protestante et le renvoi du prétendant.
« L’empereur, sur lequel le maréchal de Villars prit Landau et Fribourg, fut bientôt obligé de souscrire lui-même à ces conditions. Il accepta en 1714, par les traités de Rastadt et de Bade , suites du traité d’Utrccht , le lot qui lui avait été attribué , et reçut la Sardaigne en échange de la Bavière, qu’il restitua à l’électeur (*). »
(*) Mignet , p. xcv et suiv.
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