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GUERRE AVEC LES TURCS

L’impératrice Anne avait recommencé, en 1736, la guerre avec les Turcs pour reprendre Azov, et avait sollicité l'alliance de l’Autriche. Charles VI se déclara pour la Russie, soit our se dédommager de ses pertes eu talie en enlevant de nouvelles pro- " vinces aux Turcs, soit pour accomplir ses devoirs de prince chrétien en combattant les ennemis de la croix

Sekendorf, que le prince Eugène avait désigné à Charles VI comme le général le plus capable de commander les armées , fut chargé ( 1 737) de diriger les troupes impériales pendant cette guerre; mais, gêné par les instructions qu’il recevait (le la cour de Vienne, et que d'ignorants favoris dictaient h Charles VI, Sekendorf ne put exécuter son plan , employa la campagne a d’inutiles manœuvres, fut rappelé et mis en prison. L’année suivante, l’armée autrichienne, commandée par le duc de Lorraine et le feld-marécha! Konigseck , fut battue en plusieurs rencontres, et obligée de se retirer sur Belgrade, après s’étre avancée en Servie.

En 1739, le feld - maréchal Wallis fut chargé de terminer cette guerre en engageant, à la première occasion favorable, une action générale.

Les Turcs furent encore vainqueurs à la bataille de Grotzka ( 1739, 2 juillet ) , et Wallis se replia sur Belgrade, qui fut aussitôt attaqué. En vertu des pleins pouvoirs dont il avait été investi, il envova demander la paix aux Turcs, en offrant de céder la ville importante qu’il occupait.. L'empereur, a cette nouvelle, chargea le comte de Neuperg de terminer la guerre, en prévenant la retraite sur Peter-Waradin et la cession de Belgrade. Tous les efforts de l'armée eurent dès lors pour but de sauver ce boulevard de l’Autriche. La

Ïiaix fut enfin signée(1 8 septembre) sous a médiation de la France; mais on décida que Belgrade serait démantelé et rendu aux Turcs, ainsi que tout ce qu’ils

L’UNIVERS

avaient cédé à la paix de Pnssarowitz, c’est-à-dire, la Servie et la Valachie autrichiennes; Charles VI conserva cependant le bannat de Téineswar. Le traité avec la Russie, qui n’avait pas été plus heureuse que son alliée, forçait l'impératrice a détruire Azov et à rendre ses conquêtes.

Le honteux traité de Belgrade fit perdre à l’Autriche le fruit de toutes les victoires du prince Eugène.

AV. Coxe (*) parait avoir expliqué en partie le mystère qui enveloppe encore les négociations (Se l'Autriche à cette époque. La Porte, attaquée par la Russie et l’Autriche, avait sollicité la médiation de la France. Cette puissance avait envoyé le marquis de Villeneuve, en lui donnant pour instructions de faire tous ses efforts dans le but de détacher l’empereur de la Russie, d'empêcher tout démembrement de la Turquie et tout agrandissement de la maison d’Autriche.

Villeneuve, dans lequel Charles VI avait grande confiance, reçut de l’empereur diverses confidences sur l’état critique de ses affaires, la disposition où il était de conclure la paix, même en cédant Belgrade. Villeneuve, par des communications officieuses, avait pu rendre le courage auxTurcs, qui devinrent plus exigeants ; d’un autre côté, le duc de Lorraine et Marie-Thérèse, craignant la lin prochaine de l’empereur, et redoutant, non sans raison, une guerre contre la France à sa mort, exhortèrent Neuperg a terminer à tout prix la gucrreavec lesTurcs. Villeneuve put donc se vanter d 'avoir rendu à ta France un service plus essentiel que s’il avait gagné une bataille décisive.

Le 20 octobre 1740, Charles VI mourut à cinquante-six ans. Avec lui s’éteignit la branche masculine de la maison d'Autriche.

MABIE-THF.BÈSE.

OStlM DI IA SUCCESSION D*ACTIUCnE.

Marie-Thérèse succéda à son père ,

(*) Histoire de la maison d'Autriche ,

U IV, p. 5 19.

dans tous les États autrichiens, en vertu de la pragmatique sanction.

Mais les puissances de l'Europe, qui précédemment avaient solennellement reconnu la pragmatique de Charles VI, violant leurs engagements, se mirent en mesure de démembrer la monarchie autrichienne. Le moment était opportun. L’Autriche était sous le poids du traité de Belgrade; le trésor était vide, l’armée peu nombreuse; un soulèvement des Hongrois était possible, et au milieu de ces graves circonstances le gouvernement était entre les mains d’une jeune femme sans expérience et de ministres peu habiles.

Pendant que de nombreuses négociations avaient lieu entre les souverains de l’Europe intéresses au démembrement de l’Autriche, le roi de Prusse Frédéric le Grand entra brusquement en Silésie, en décembre 1740. Ce prince était monté depuis peu sur le trône avec le désir d'élever la Prusse au rang des premières puissances continentales, et par conséquent d’agrandir son territoire. Quelques prétentions sur certaines parties de la Silésie lui fournirent un prétexte pour commencer la guerre. Lorsque Frédéric pénétra dans cette province , elle était dégarnie de troupes ; il l’occupa sans coup férir, et fut reçu avec joie par les habitants , dont les deux tiers étaient protestants. Le 1” janvier 1741 , il lit son entrée dans Brcslau, et avant la fin de ce mois il possédait toute la province, à l'exception des villes fortes de Glogan, de Brieg et de Neisse. En même temps Frédéric envoyait à Vienne le comte de Gotter offrir son alliance à Marie- Thérèse, moyennant la cession de la Silésie. Cette offre, exprimée en termes assez insultants, fut rejetée, et Marie -Thérèse chargea le comte de Neuperg d’aller repousser le roi de Prusse. Le 8 avril, les deux armées se rencontrèrent auprès de Molwitz. L’infanterie prussienne gagna la bataille.

Dès lors les puissances européennes nui négociaient en secret résolurent hardiment d’attaquer l’Autriche pour démembrer ses Etats et s’en partager les débris. La cour de France, dirigée

AUTRICHE

à cette époque par le maréchal de Rel le- Isle, hâta les négociations et trouva de nombreux alliés. L’électeur de Bavière, le roi d'Espagne, l’électeur de Saxe, le roi de Pologne et le roi de Prusse conclurent en 1741 (18 mai et 1" novembre suivant ) une alliance secrèle à Nymphenbourg. D’après les projets des confédérés, la Bohême et la haute Autriche avec la dignité impériale devaient être données à l’électeur de Bavière Charles Albert ; la Moravie et la haute Silés e à l’électeur de Saxe ; la basse Silésie et le comté de Glatz au roi de Prusse, et les possessions en Lombardie au roi d’Espagne. Abandonnée à ses seules forces, Marie-Thérèse semblait devoir succomber. En septembre 1741, l’armée française , commandée par le maréchal de Bellc-Isle, fit successivement sa jonction avec les troupes bavaroises et saxonnes , s’empara de Prague (16 novembre), fit couronner Charles Albert roi de Bohême ( 19 décembre), et empereur d’Allemagne le 24 janvier 1742. Le 17 mai suivant, Frédéric II remporta une nouvelle victoire à Czaslaw.

Mais les succès des coalisés s’arrêtèrent là : l'Angleterre ne pouvait voir tranquillement la France augmenter son influence sur le èontinent, et laisser détruire la puissance de l’Autriche ; aussi avait-elle conclu , dès le 24 juin 1741, un traité de subsides avec Marie-Thérèse, et avait envoyé le lord Hyndford pour faire cesser la guerre entre la Prusse et l’Autriche. Cet ambassadeur n’avait pu concilier les deux partis; mais, après la bataille de Czaslaw, il parvint à leur faire signer la paix a Berlin ( 28 juillet ). La Prusse renonça à toutes ses alliances contre l’Autriche, et Marie-Thérèse lui céda toute la Silésie, sauf la ville de Troppau et quelques cantons adjacents- Les Hongrois avaient reconnu Marie-Thérèse et avaient juré de mourir pour elle ( 13 septembre 1741 J; la diete avait ordonne de nombreuses levées qui permirent à Marie-Thérèse, débarrassée de la guerre avec la Prusse, d'opnoser, sous le commandement de i'Iiabile Khcvenhuller, des forces redouta-

bles aux alliés. La Bohême, la Lusace et la haute Autriche étaient en leur pouvoir. Le maréchal de Broglie, qui occupait la Bohême, fut chîftsé de diverses places et bloqué dans la ville de Prague. Pendant ce temps, l’Angleterre, intéressée au maintien de la puissance autrichienne , se déclarait pour Marie -Thérèse, le parlement ordonnait des levées d’hommes , et la Hollande accordait un subside à cette reine. Le roi de Sardaigne, dégodté de faire la guerre au seul profit du roi d’Espagne , fut aisément détaché de son alliance par la cession de Finale, et promit de s'opposer à l’entrée des ennemis en Itnlip; le roi de Naples fut forcé par une flotte anglaise à garder la plus stricte neutralité.

La France se vit alors sérieusement menacée : l’Europe, d’abord liguée contre l’Autriche, avait été tournée tout entière contre elle. Le vieux cardinal de Fleury demanda la paix; mais l’impératrice la lui refusa avec hauteur. Déjà s’agitait entre l’Angleterreet l’A utriche la question du demembrementde la France : l’Angleterre devait garder les Pays-Bas autrichiens , et l’Autriche recevoir en échange la Lorraine, l’Alsace, la Bavière et les possessions italiennes perdues à la paix devienne.

Mais la France se défendit avec courage. Le maréchal de Maillebois quitta la Wcstphalic, se dirigea surPrague, et pendant une marche d’environ deux cents lieues, opéra sa jonction avec les troupes bavaroises, puis arriva à Égra.

Le siège de Prague était alors mené avec la plus grande vigueur, et l’arrivée de Maillebois pouvait changer la face de la guerre : Khevenhuller et le prince Charles empêchèrent Maillebois ae forcer les défilés de Satz et de Caden , et le maréchal fut obligé de se replier sur l’Iser. La garnison de Prague, épuisée par la famine et les maladies, parvint à sortir de la ville (16 décembre) et atteignit la ville d'Fgra en opérant une admirable retraite à travers des forêts impénétrables, des marais gelés et des montagnes couvertes de neige, sans autres vivres que du pain gelé.

Le maréchal de Bclle-Isle, qui avait

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exécuté cette audacieuse retraite, avait laissé six mille hommes, commandés par Chevert, pour défendre la citadelle et garder les malades. Les Autrichiens sommèrent le gouverneur français de se rendre à discrétion ; mais Chevert déclara qu’il brûlerait plutôt Prague, et il obtint de se retirer , avec les honneurs de la guerre, à Égra, où il rejoignit Bclle-Isle. Le maréchal partit le 2 janvier, et revint en France avec l’élite de ses troupes, ses canons et ses drapeaux qu’il avait si glorieusement défendus.

La campagne de 1743 fut féconde en résultats avantageux pour l’Autriche. L'électeur de Bavière fut obligé d’abandonner ses Etats après la bataille d’Erlach; le 27 juin, le maréchal deNoaillesfutbattuàDettingen par les alliés qui s’avancèrent sur le Rhin;enfin en 1744 , la Francedéclara laguerre à l’Angleterre, et le roi marcha h la tête de cent mille hommes contre les Pays-Bas, pendant que les Autrichiens envahissaient l’Alsace et que les Anlais remportaient une victoire en vue e Toulon ( 24 février ).

Cependant Marie - Thérèse , par la conquête de la Bavière, effraya l’Empire, et en ne cachant pas son'désir de reprendre la Silésie, elle mit de nouveau Frédéric dans la nécessité de s’allier avec la France. En effet, au mois de mars, un traité d'alliance fut conclu entre la Prusse et Louis XV, et, le 22 mai suivant, l’électeur de Bavière, l’électeur palatin et le landgrave de Hesse-Cassel v accédèrent. Frédéric envahit la Bohême et s’empara de Prague, le 10 septembre; pendant qu’un autre corps de troupes prussiennes enlevait Munich et remettait Charles VU en possession de sa capitale. Ces attaques forcèrent l’Autriche à évacuer l'Alsace , et la France fut ainsi dégagée. Le 28 novembre, Fribourg tomba au pouvoir du maréchal de Coigny ; mais la mort de Charles VII arrivée le 20 janvier 1745 et les défaites de Frédéric en Bohême changèrent encore la face de la guerre. Maximilien-Joseph renonça à ses prétentions sur la couronne impériale, à la condition qu'on lui ren-

drait la Bavière; le traité fut signé à Fussen, le 22 avril 1745, et Maximilien promit sa voix à l’époux de Marie-Thérèse. Frédéric, vainqueur à Friedberg (4 juin), à Sore (30 septembre 1746), à Kesselsdorf (15 décembre), des Autrichiens et des Saxons, obtint une seconde fois la cession de la Silésie par la paix de Dresde ( 25 décembre ), et s'engagea à reconnaître François 1" pour empereur.

Pendant ce temps, les Français, commandés par le maréchal de Saxe , battaient les Anglais à Fontenoy (11 mai 1745) et prenaient la ville deTournay;de son côté le prétendan t Charles-Edouard faisait une diversion importante en l’xosse. La seule compensation que l’Autriche eut pendant cette année fut l’élection de François I" au trône impérial ( 13 septembre ). En I74G, le maréchal de Saxe, continuant ses succès dans les Pays-Bas , prit les villes de Bruxelles, Anvers, Mons, Namur, battit les alliés à Raueoux ( 1 1 octobre ), à Laufeld ( 2 juillet 1747 ). En Italie , les revers et les succès furent balancés.

Cependant la guerre avait changé d'objet : la maison d’Autriche était en possession du trône impérial, et l’ennemi principal de la France était alors l'Angleterre, qui enlevait à la France toutes ses colonies dans les deux Indes. Des négociations s'ouvrirent dès l’an 1747 sous la médiation de la Hollande; mais l’Autriche ayant repoussé les ouvertures qui lui furent faites et ayant conclu un traité avec la Russie (12 juin), les Français entrèrent dans le Brabant hollandais et s’emparèrent de Berg-op-Zoom (16 septembre). Les puissances belligérantes se décidèrent enfin à ouvrir le congrès d’Aix-la-Chapelle, et un traité fut signé le 17 octobre 1748 entre la France, l’Angleterre, la Hollande, l’Autriche, l’Espagne et la Sardaigne. La France et l’Angleterre se rendirent leurs conquêtes dans les Indes; la Hollande rentra en possession de ses places fortes ; l’Autriche restitua Parme, Plaisance et Guastalla à l’Espagne, qui les donna à l’infant doui Philippe. La

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Sardaigne conserva quelques portions du territoire milanais, dont elle s'était emparée en 1743. La possession de la Silesie fut assurée à la Prusse; la pragmatique sanction fut confirmée, et la succession au trône d’Angleterre fut garantie à la maison de Hanovre.

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