‹ États de la confédération germaniqueChapitre 89 sur 261 · PRAGUE · texte numérisé non relu

PRAGUE

Prague, capitale de la Bohême, compte cent trente mille habitants.

Elle est située au centre du pays, et entourée de montagnes qui rendent sa température la plus douce du royaume. Elle est divisée en quatre quartiers ( Haupt-f 'iertel ): l'ancienne ville ( AlUaidt ) ; la nouvelle ville ( Neustadt ) ; la petite ville (A lein- Seite ), et la ville liante appelée llradsebin, auxquels il faut ajouter le quartier des juifs ( Juden-Sladt) et la petite ville de Wissehrad , qui tient à la nouvelle ville. » Prague voit se presser , entre ses églises et ses palais, une population qui n’a guère d’autre souci que le retour quotidien de ses jouissances et de ses plaisirs (*). »

Peu de villes ont un aspect aussi imposant que cette capitale. Elle est assise en partie sur des éminences , et forme un immense ovale coupé eu deux par la Moldau. Elle est, pour les États autrichiens , ce qu’est Moscou pour la Russie, la seconde capitale de l'empire. Lorsque la Bohême tonnait encore un royaume indépendant, Prague était le" centre de grandes richesses , le siège des arts et des sciences; elle s'élevait comme une reine au-dessus des autres villes, et avait plus d'étendue qu’aujourd'hui. Une montagne de moyenne hauteur sur la rive gauche est occupée par llradschin , la partie la plus élevée de la ville que domine le château impérial avec ses quatre cent quarante chambres. De là partit le premier signai de la guerre de trente ans , alors que les séditieux jetèrent

Par les fenetres les gouverneurs de Empereur. Là aussi Charles X et les

(*) I.crmillicr, Au delà du Rhin , vol. I, png. 78.

princes français exiles trouvèrent un asile. Dans la cotir est In statue équestre de saint George , et l’on voit dans le jardin l'observatoire de Tycho- Brahe, bâti par Rodolphe II , qiii venait auprès du grand astronome lire dans les astres les secrets de l’avenir. Puis, vient la magnifique cathédrale de Saint-Veit, avec la résidence de l'archevêque , et un établissement pour l'éducation des femmes ( Theresenianum ). Au pied de la montagne s’étend la petite ville , d'où l’on communique par un pont de pierre, orné d'images de saints , avec l’ancienne ville, qui touche à la nouvelle et à celle des juifs. I.a nouvelle ville conduit à Wissehrad, dont le château est entouré de ruines , parmi lesquelles on remarque une tour construite sur un rocher escarpé. , d’un aspect pittoresque (*), et auuuel on parvenait sans doute par un chemin souterrain. De Wissehrad, on a une vue admirable qui embrasse la ville tout entière.

Suivant les anciennes chroniques, Prague occupe l’emplacement de Marobodum, résidence de Marbod. Libussa (**) bâtit la petite ville, et son fils l'entoura de murs qu'il flanqua de uatre tours. Ce fut Charles IV , fonateur de la nouvelle ville, qui fortifia Wissehrad et Hradschin. Ferdinand.

III fit exécuter de nouveaux travaux, qui ne furent terminés qu’en 1727.

Wissehrad est encore très-bien fortifié et renferme l’arsenal, car Prague est une place forte , mais commandée par des hauteurs , et conséquemment peu susceptible d’une •ongue d dense.

Ija Moldau partage la ville en deux parties presque égales : elle est navi-

fable et reçoit, dans les environs de rague, la Sazawa et le rapide Beraun.

Il parait que les eaux de cette dernière riviere sc mêlent difficilement à celles de la Moldau , puisqu’elles conservent leur couleur verdâtre de-

Euis Kœnigsaal , qui est le point de :ur confluent, jusqu’au pont de la (*} Voyez la Bohême de Gerbe.

(**) Voyez plus bas, le paragraphe intitulé Libc.ua et Pjikmysl.

ville. I.e cours de la Moldau est trèsirrégulier : il embrasse plusieurs fies qui servent de promenades aux habitants de la capitale. L’Ile des Teinturiers ( Faerber-lnsel, ), la petite Venise ( Klein / enediç ), où l’on a consacré la statue de saint Jean Népomucène et où l’on célèbre sa fête, sont, ainsi que la grande Venise ( Grosse Fenedig), les lieux de rendez-vous de toutes les classes de la population dans les beaux jours de l’éte et dit printemps.

Le pont jeté sur la Moldau . commencé par Charles IV, en 1358, et seulement achevé en 1512, est un des plus solides de l’Europe. Il a seize arches. Sa longueur est de près de deux mille pieds : il n'est entré dans sa consfruction que des pierres carrées. Les habitants de la ville y dirigent souvent leurs promenades pour jouir du coup d’œil enchanteur qu’on a de cet endroit.

La cathédrale de Saint-Veit, dont nous avons déjà parlé, est un des monuments les plus remarquables de l’art gothique dans sa dernière période.

Jean de Luxembourg en posa la première pierre, et son fils Charles IV le continua. Elle renferme les tombeaux de Charles IV, de Wenceslas IV , de Podiebrnd, de. Maximilien II et de Ferdinand r*. L’église Saint - George sc distingue plutôt par son ancienneté ue par son architecture : sainte Luomilla y est ensevelie. L’église de Tein possède dans son enceinte les restes de Tycho-Brahe et la statue équestre de cet illustre savant. Celle de Saint-Gall est pleine encore des souvenirs de Jean Huss , dont les doctrines y furent prêchées jusqu’au moment où ses partisans en furent chassés par Ferdinand IL Outre ces églises, Prague en compte encore une quarantaine d’une architecture peu remarquable , mais dont les clochers ajoutent à l'effet pittoresque du tableau général de la ville, observée des hauteurs nui l’entourent. « Prague renferme plus de soixante-huit palais:

outre celui de Vallenstein , dont le jardin est ouvert au public , il y. a en-

L’UNIVERS

core ceux du grand-duc de Toscane, de Schwarzenberg, de Czernin , que l’on peut mettre au premier rang, surtout pour leur étendue; puis ceux de Nostitz, de Salm, de Clam-Gallas et de Golloredo (*). »

La régence royale ( Gubernium ), résidence du premier fonctionnaire de l’État (Obertt-ÿurg-GraJ), est un palais qui était occupe jadis par un collège de jésuites. En 1 825, l’université (Carolinvm) comptait quatorze ceut cinquante étudiants et cinquante-quatre professeurs. Elle possède plusieurs grands cabinets d'histoire naturelle, un jardin botanique , un observatoire et une bibliothèque de cent trente mille volumes. Prague a un grand nombre de sociétés savantes, d’associations de bienfaisance et d’hôpitaux bien entretenus. Elle est le siège des tribunaux suprêmes, le dépôt de toutes les collections qui se rattachent à l’histoire du pays , et le centre du commerce de toute la Bohême. On y compte soixante fabriques.

Mais cette capitale ne se recommande pas seulement par ses sites, ses édifices , et le développement de son industrie; elle tient sa place dans l’histoire par l’importance des événements qui se sont accomplis dans ses environs, et, pour ainsi dire, sous les yeux de ses habitants. Le sort de la Bohême se décida deux fois sur la montagne Blanche ; la première , du temps de Ziska, la seconde , en 1620, sous le règne de Ferdinand IL Frédéric le Grand, roi de Prusse, gagna une sanglante bataille sur la rive droite de la Moldau, en 1757. Les Français, en 17-11, y soutinrent un siège qui fut suivi de la glorieuse retraite du maréchal de Belle-lsle , dont nous avons déjà parlé dans ce volume (Autbichk, p. 1 H) et dans le volume II de I’Al- LKHAGNK (p. 330).

CERCI.E d’eM.BOGEIT.

Ce cercle offre une nature sauvage, à laquelle des montagnes escarpées donnent l’aspect le plus romantique,

(*) Voyez Malte-brun , t. V, p. 610.

et l’on n'y rencontre de plaines que dans le district d’Egra. Il est riche en eaux minérales, en ble, en lin, en houblon. Ses montagnes renferment de l’argent, du fer, de l'étain, du plomb et des pierres précieuses. L'industrie y produit des dentelles , des cotonnades, des cristaux. Le chef-lieu est Ellbogen , avec un antique château , et dans un site pittoresque, embelli encore par l’Eger qui baigne les murs de cette ville. En descendant des hauteurs d’ Ascii ou de Waldsassen, le voyageur a sous les yeux un vaste bassin, orné de beaux villages ; c’est le pays d’Egra ( Eger-land ). Le fleuve le parcourt de l'est à l'ouest. Ce sol fertile porte une race d'hommes vigoureux et braves. La ville d'Egra a joué un rôle honorabie pendant les troubles des Ilussites , par sa fidelité envers ses rois. Elle a vu mourir Wallenstein. Son hôtel de ville est un chef-d'œuvre. On admire encore dans celte ville les ruines du château impérial. La maison où le duc de Friedland a reçu la mort est sur la place, et l’on a conservé intacte la chambre qui fut le théâtre de ce meurtre. I>es eaux minérales de Franzenbrunn se trouvent dans ses environs.

A un quart de lieue, dans une étroite .et délicieuse vallée , arrosée par le Toppel, qui s’v réunit à l’Eger, et enfermée de tous côtes par des montagnes couronnées de bois , est la petite ville de Carl.sbad , célèbre dans le monde par ses eaux thermales. D’après les traditions, la source, nommée le Sprudel , aurait été connue des idolâtres des le septième siècle. Suivant une autre version, Charles IV, qui résidait à Ellbogen, était à la chasse à Carlsbad , lorsqu'un cerf aux abois se précipita du haut d’un rocher et disparut. Un des chiens qui étaient à la poursuite de l'animal se laissa choir dans la source, et lorsqu’on accourut à ses cris plaintifs , on découvrit la source d’eau thermale , dont le médecin de l’empereur reconnut aussitôt l’efficacité, et qu’il employa pour guérir un mal que son maître avait au pied. Le rocher d’on s’élança le cerf porte

BOHÈME

encore aujourd’hui le nom de Hirschensprung ( saut du cerf). C’est une niasse de porphyre et de granit primitifs.

Les villes situées dans les montagnes , sont : Joaehim&thal , d’où l’on tirait autrefois beaucoup d'argent , mais aujourd’hui on n’y exploite plus que de l’arsenic; Schlaehenwald, d'où l’on tire de l’argent et de l’étain aussi fins que ceux d’Angleterre; enfin, Maria-Kulm , prévôté des chevaliers de la Croix, portant l’étoile rouge.

Son site est des plus romantiques; les traditions les plus fantastiques s’attachent à la Caverne des assassins, qui est dans ses environs

CERCLE DE SAATZ.

Le sol de ce cercle , qui confine à la Saxe au nord , est tres-fertile. Des plaines favorisées du ciel alternent avec des collines légèrement ondulées et bornées par les hautes crêtes des cercles de Rakonitz, de Leitmeritz et d'KlIbogen. C'est le grenier de la Bohême. La chasse, la pêche et la nourriture des bestiaux y sont une source de produits considérables. On y trouve de nombreuses mines de houille.

Saatz en est le chef-lieu. Cette ville a doublement souffert par les guerres et par les incendies. Parmi lesautres villes du même cercle, on remarque Brux, gracieuse et élégante cité; c’est dans son voisinage qu’est située Sedlitz, renommée pour ses eaux minérales.

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