‹ États de la confédération germaniqueChapitre 9 sur 261 · NOUVELLE GUERRE CONTRE OTTOCAR · texte numérisé non relu

NOUVELLE GUERRE CONTRE OTTOCAR

Rodolphe prit immédiatement possession des provinces conquises, et transporta sa cour à Vienne. Mais le roi de Bohême ne put supporter longtemps l’humiliation de sa défaite, que lui reprochait sans cesse Cunégonde son épouse. Pour mieux assurer sa vengeance , il s’était ligué de nouveau avec Henri , duc de Bavière. Il avait obtenu de la Pologne, de la Bulgarie, de la Poméranie, de Magdebourg et de l’ordre teutonique, des troupes auxiliaires. Enfin il s’était fait un parti en Hongrie, et il fomentait le mécontentement de la noblesse d’Autriche, dont Rodolphe s’était d’abord concilié l'affection en confirmant ses privilèges, et en lui permettant de relever scs châteaux, qu’Ottocar avait fait raser, mais qui se détacha bientôt de lui quand , pour récompenser ceux qui avaient suivi ses drapeaux, il se vitdans la nécessité d’imposer de fortes contributions

et de demander un subside au clergé.

Ottocar commença donc par opposer des obstacles à inexécution du traité u’il avait souscrit. Rodolphe désirant viter une lutte qui pouvait le dépouiller de sa couronne impériale , fit partir pour Prague Albert, son fils.

Ottocar renouvela par serment la promesse d'exécuter tous les articles du trai té. Mais à peine le jeune prince se fut-il éloigné, que le roi de Bonême, ne pouvant plus dissimuler son ressentiment , fit prendre le voile àt celle de ses filles dont il avait promis la main à un fils de Rodolphe, et il écrivit au roi des Romains une lettre où il lui prodiguait les plus sanglants outrages.

Le chef de l’empire répondit avec dignité , et se prépara à soutenir une lutte où il avait a combattre tout autant pour sa vie que pour venger l’outrage fait à la couronne de Charlemagne.

1-e roi de Bohême , ayant fait sa jonction avec ses alliés , parut subitement en armes sur les frontières de l'Autriche, emporta d’assaut Drossendorf, et investit la forteresse de Laa. Rodolphe, abandonné cette fois des Etats de l’empire , réduit à ses seules forces , et ne voyant pas arriver un corps de troupes 'qu' Albert, son fils, devait lui amener d'Alsace, tomba dans l’abattement et la consternation ; mais les habitants de Vienne lui ayant demandé à capituler, cette proposition lui rendit toute son énergie; il la leur communiqua, et obtint d’eux qu’ils défendraient la place jusqu’à l’extrémité.

Trois jours après, il passa le Danube, et alla jusqu’à Machhegg, sur la Marck, où les Styriens, les Carinthiens et les troupes que lui amenait Ladislas, roi de Hongrie, avec qui il avait conclu une alliance offensive et défensive, se réunirent à lui. Les deux armées se trouvèrent en présence à AVeissendorff. Des traîtres vinrent alors proposer à Rodolphe de faire assassiner Ottocar ; il rejeta leur offre avec indignation , en instruisit le roi de Bohême, et lui offrit une réconciliation ; mais Ottocar la refusa dédaigneusement , persuadé que l’avis était

Digitize

L’UNIVERS

une ruse , et la proposition une marque de faiblesse.

DÉVlITIt ET MORT d’ûTTOCAR.

Le 26 août 1278, à la pointe du jour, le roi des Romains range son armée en bataille, ordonnant à ses troupes de former le croissant et d'attaquer en même temps le front et les flancs de l’ennemi. La mêlée fut sanglante, et Rodolphe fut sur le point de perdre la vie. Ayant à lutter corps a corps avec plusieurs chevaliers qui s’étaient engagés à le prendre mort ou vif, il fit morare la poussière aux premiers qui se présentèrent; mais un chevalier thunngien, d’une taille, gigantesque , perça au poitrail le cheval du monarque, le blessa lui-même, et le désarçonna. Son casque tomba du coup ; le’ poids de son armure l’empêchant de se relever, le roi des Romains se couvrit le visage de son bouclier.

Berthold Capillar, qui commandait le corps de reserve , voit le danger qui le menace; il se fait jour à travers les rangs ennemis, et Rodolphe, étant remonté sur un autre cheval, revient à la charge avec une ardeur héroïque, et remporte une victoire décisive.

Ottocar, quoiqu'il eût vu la déroute complète de ses troupes, ne voulut point battre en retraite. Après avoir signalé son intrépidité par des coups prodigieux, il fut enveloppé et tomba.

Rodolphe s’empara de la Moravie sans coup férir, et pénétra dans la Bohême, à la prière de Cunégonde, mère de Venceslas, fils d’Ottocar; il prit sous sa protection ce jeune prince et ses États. Othon, margrave de Brandebourg, s’étant avancé à la tête d'une armée considérable, pour mettre à profit l'État de troubles et de dévastation où la mort d’Ottocar avait laissé son royaume, s’empara de la personne de Venceslas, et marcha contre l’empereur.

RODOLPHE rn KKD POSSESSION DE l’aCTE ICHE.

Affaibli par le départ des belliqueux Hongrois, qu’il avait congédiés après la victoire de Marckfeld, Rodolphe ne

voulut pas s’exposer à de nouveaux hasards , et écouta les propositions de paix qui lui furent faites. On lui abandonna les provinces autrichiennes ; Venceslas fut reconnu roi de Bohême, et la régence fut déférée à Othon.

Délivré de ses ennemis les plus redoutables, Rodolphe s’occupa principalement à assurer à sa maison la possession des États autrichiens, mais il eut bien des obstacles à vaincre pour y parvenir.

Comme nous l’avons déjà dit, pour faire sanctionner son élection par le pape, le roi des Romains s’était engagé à ne point s’opposer aux prétentions de Rome; mais la mort de Grégoire X et la succession rapide de trois

Kintifes, qui eut lieu en quelques mois, portèrent à tenter de l'aire revivre l’autorité impériale en Italie. Il somma les villes de la Romagne et de la Toscane de lui faire hommage : peu d’entre elles y consentirent. La chaire de saint Pierre était alors occupée par Nicolas III; c’était un homme d’un caractère hardi et déridé. 11 accusa Rodolphe d’avoir violé ses engagements, et le menaça de l’excomniunication s’il n’accomplissait le voeu qu'il avait fait de combattre les infidèles. Le roi des Romains, alors engagé dans la seconde guerre de Bohème, crut devoir renoncer à ses prétentions et garantir au pape la jouissance des provinces qu’il possédait.

Le roi des Romains put alors s’appliquer avec une nouvelle ardeur à rétablir la paix publique dans ses États.

Il engagea tous les membres du corps germanique à ne pas décider leurs différends a la pointe de l’épée, mais à s’en rapporter à des médiateurs. Le ►oint le plus important était d’assurer 'exécution des lois qui défendaient d’élever et d’entretenir des forteresses particulières. Convaincu que la sécurité du pays ne serait pas durable s’il n’usait de la plus extrême rigueur, Rodolphe condamna à mort vingt-neuf seigneurs des premières maisons de la Thuringe, et répondit aux sollicitations qui furent faites en leur faveur: «Ce «ne sont point des nobles, ce sont

AUTRICHE. 39

• d’exécrables voleurs , ceux qui oppri- « ment le pauvre et troublent la paix « publique. La vraie noblesse est loyale « et juste; elle n’offense personne et « ne fait aucune injure. » Enfin, il fit raser soixante-dix châteaux qui étaient de véritables repaires de brigands.

La célèbre bataille de Marckfeld avait valu à Rodolphe la possession de plusieurs provinces grandes et fertiles, qui, sous le nom de duché d’Autriche, assèrent à sa longue postérité. En Ielvétie, il avait ajouté à ses biens héréditaires, soit par succession, soit par achat, soit par la force des armes, un grand nombre de seigneuries et de villes. Mais ses projets d’agrandissement devenant plus vastes et plus assurés, il avait eu l’idée de rétablir l’ancien royaume d’Arles et de Bourgogne, et d’én faire l’apanage de Hartmann , son fils chéri. La mort prématurée de ce jeune prince vint renverser soudainement de si belles espérances.

Hartmann se noya près du village de Rheinau, en passant le Rhin pour aller joindre son père.

Page 1