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HISTOIRE DE LA BOHÊME

LES 10ÏKKJ.

L’histoire de la Bohême, comme celle de tous les autres pays, offre à son début une grande incertitude , et a, par conséquent, donné lieu aux hypothèses les plus hardies. Les chroniqueurs de cette contrée semblent même avoir renchéri sur ceux des autres nations, en entourant son origine de

(*) Voyez Malte-Brun , t. V, p. 635.

fables qui touchent au ridicule. Fidèle aux lois d’une sévère critique, nous laisserons de côté tout ce qui paraît être le produit de l’imagination ou de systèmes plus ou moins ingénieux, pour ne nous attacher qu’aux faits dont l’authenticité ne saurait être contestée.

Les montagnes de la Bohême furent d abord habitées par les Boïens, peuple celtique. S’il faut en croire Tacite, ils étaient venus des Gaules, et avaient étab.i leur séjour dans la forêt Hercynienne, sous le règne de Tarquin, dernier roi de Rome. Près d’eux se trouvaient deux peuples germaniques, les Herinondures et les Rarisques. Les premiers s’étaient fixés près des sources de l’Elbe, et les autres à l’ouest.

Mais les Boïens étaient les plus puissants , et ce fut d’eux que la Bohême tira son nom (*). Ils prirent part à l'expédition de Brennus, qui menaça l’existence de Rome, et eurent la plus grande part au succès. Ils s’établirent sur la rive droite du Pô, en deçà des Apennins, où le nom de Bologne, Bojonia, a consacré leur souvenir. Pendant deux siècles , ils firent à Rome une guerre acharnée; enfin ils furent soumis entièrement par P. Cornélius Scipion, 191 ans avant J. C.

Il est impossible, faute de documents, de mentionner les guerres que les Boïens eurent à soutenir dans leur ropre pays; niais la renommée de ravoure qui accompagnait leur nom, prouve suffisamment qu’ils furent en butte à de fréquentes agressions. Le premier de leurs exploits qui offre une certitude historique, eut lieu environ cent quinze ans avant Jésus-Christ.

Les Cimbres, probablement inquiétés du côté de l’est parles Sarmates(**), partirent de la Russie méridionale et s’avancèrent vers l’Occident, à travers la Gnllicie. Cette grande migration, arrêtée par les Boïens, fut obligée de changer de direction. Ils furent sans doute défaits dans les plaines de la

(*) Voyez Tite-Live , liv. v.

(**) Voyez Niebuhrs klcine Schriften, L I. p. 387.

LUN 1 VER S

Moravie; et, se dirigeant vers le sud, entrèrent en Pannonie, traversèrent le Danube, tombèrent sur les Taurisques et les Scordisques, peuples celtiques ni habitaient rlllvrie, et avant ainsi vite les Boïens. ils arrivèrent, par l’Helvétie et les Gaules, en Italie, où ils taillèrent en pièces quatre armées romaines, avant que Marius pût les anéantir. Ces avantages, remportés par les Boïens, sur des peuples qui causèrent tant d’effroi à Rome, et la longue lutte qu’eux-mêmes précédemment avaient soutenue contre le peupleroi, donnent une haute idée de leur bravoure et de leur manière de combattre.

C'est seulement un siècle avant l’ère chrétienne que l’histoire de la Bohême sort enfin des ténèbres. La situation respective des peuples commence alors à se dessiner. Au nord et au nord-est, les Boïens avaient pour voisins des peuples germains, parmi lesquels on distingue les Hermoinlures, les Lygiens et les Marcomans; au sud-est, c’étaient des tribus thraces, les Daces; à l’ouest du Danube, sur leMein, les Uelvétiens; au sud et au sud-ouest, les Taurisques, de race celtique , établis en Styrie, les Rhétiens qui avaient donne leur nom à la partie des Alpes u’ils occupèrent. Mais deux peuples éveloppaient dans un mouvement continu les forces qui devaient finir par dompter et anéantir les peuples celtiques : c'étaient, au sud, les Romains; au nord, les Germains.

Dans cette lutte, les Helvétiens furent les premiers qui tombèrent sous les coups de Jules César, et lui ouvrirent la conquête des Gaules. Les Boïens leur envoyèrent un corps d’auxiliaires . qui formait l’arrière-garde avec les Tulingiens, dont il partagea la défaite. Les F.duens, alliés de César, lui demandèrent que les Boïens, dont ils connaissaient fa bravoure (*), se fixassent chez eux. Le vainqueur y con-

(*) Jul. Ca-sar, Bell. Gall. , I, aS. Casar Boios, petentibus Æduù, quod egrcgia virlule erant cognili, ut in fmibits suis coüotarent, concessit. Cf. vu , g.

sentit, et ils s’établirent dans leur ancienne patrie.

Ce désastre essuyé sur un sol étranger n’avait frappe qu’une partie des Boïens; les principales forces de la nation restaient intactes. Mais, dix ans plus tard , le malheur vint fondre sur elle: Boerbista, roi des Daces et des Gètes, qui avait subjugué toutes les contrées comprises entre ITIémus et les Karpathes, et qui pouvait mettre sur pieu deux cent mille hommes, se brouilla avec les Boïens, sous un de ces prétextes qui ne manquent jamais aux conquérants. Le chel des Boïens dominait aussi, à cette époque, sur les Taurisques, peuple de Styrie. Il parait que la bataille se livra sur les bords du Raab. Les Boïens furent défaits, et leur pays tellement saccagé, que longtemps après on l'appelait encore le désert des Boïens (*). Ceux qui échappèrent au massacre se réfugièrent dans les montagnes de la Bohême. Boerbista ne se donna pas la peine de les poursuivre; mais leurs forces étaient détruites , et en laissant affaiblir leur esprit guerrier pour s’adonner aux arts de la paix, ils se livrèrent au premier conquérant qui voulut les soumettre. Ils fondèrent plusieurs villes, parmi lesquelles on remarque Buiccinum (Buiasmum). Mais comme leurs frères et leurs voisins de l’Ouest, ils succombèrent, avec le temps, sous les forces supérieures de leurs ennemis; leurs villes furent détruites, et ils adoptèrent probablement eux-mêmes les moeurs et la langue de leurs vainqueurs.

Ces vainqueurs, c’étaient les Marcomans, peuple germain de racesuève.

Établis sur ies bords de l’Oder, ils étaient depuis longtemps les voisins des Boïens, et il est a croire que les deux peuples en étaient venus souvent aux mains, bien que l'histoire soit muette à cet égard. L’empire de Boerbista avait été détruit. Les Marcomans, pénétrant par la Moravie, avaient occupé la Hongrie, et, devenus ainsi voisins des

(*) Strabon.v, p. ai3 , vu, p. 3o4, 3i3 , 3192. Pline, H. N., iri,

lOOgle

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Scordisques et des Daces, ils touciiaient presque aux frontières des possessions romaines. Les Romains avaient, suivant toute vraisemblance, favorisé cette migration pour contenir les Daces;carles soins qu’à Rome on prodigua au jeune prince Marbod démontrent la nature amicale des relations qui existaient à cette époque entre Auguste et les chefs des Marcomans. Marbod était aussi sage qu'ambitieux.

L’éducation brillante qu’il reçut à Rome rehaussa les dons naturels dont il était richement pourvu, et il acquit toutes les connaissances qui font le grand capitaine et le grand roi. De retour dans son pays et placé à la tête de la nation , il régla tout d’après les usages de la grande ville. .Mais il se sentait trop à l'étroit sur le territoire des Marcomans; son ambition le poussait à former un vaste, empire, et la conscience <ju’ il avait de sa force lui faisait entrevoir la possibilité d’y parvenir. Son intention était de commencer par la conquête de la Bohême. Ce pays, encaissé dans de hautes montagnes et protégé par d'impénétrables forêts, offrait de puissants moyens de défense. Une fois maître de la Bohême, Marbod espérait y asseoir la liberté des siens et braver les armes de la ville invincible (*). Réunis aux Garudes et aux Sédusiens, les Marcomans traversèrent les routes dangereuses de la forêt Hercynienne, tombèrent à l’improviste sur les Ëoïens, et les écrasèrent dans une de ces terribles batailles qui décident du sort des empires (**).

La plupart des vaincus refusèrent de se soumettre aux lois du vainqueur, et l’on croit qu'une grande partie de ce peuple, plutôt que d’être esclave, se retira en Bavière, et devint la souche des Bavarois actuels. Ainsi Marbod prit possession de la Bohême, et choisit pour résidence la capitale des Boïens. Biiicemuni, qui fut appelée depuis Maroboduum.

Les Marcomans et leurs alliés, comme tous les peuples de l’est de la

(*) Vell. Pal., lib. tt.

(*■) Tacil. Gérai., 4».

V Livraison. (Bohême.)

ir

Germanie , étaient des nomades sauvages et belliqueux. Habitués à une vie errante, ils ne construisaient que de mauvaises huttes éparses; souvent même ils passaient l’hiver dans des espèces de caves creusées sous terre.

L’unique occupation des hommes était la guerre ou la chasse: les vieillards et les femmes avaient soin de l’intérieur.

Quelle que fût la saison, ils ne se couvraient jamais qu’une partie du corps avec des peaux de bêtes. -Les jeunes gens ne portaient aucun vêtement. Il h’y avait pas chez eux de distinction de condition comme chez les Celles. L’esclavage ne leur était cependant pas inconnu. Les plus braves et les plus expérimentés occupaient le premier rang parmi les hommes libres, et commandaient dans la guerre. Ils s’assemblaient pour délibérer à des époques fixes et dans des lieux déterminés; on ne pouvait rien décider, ni exécuter sans eux; aussi le pouvoir des princes était-il très-borné. Les prêtres, qui étaient en petit nombre, étaient chargés de faire les sacrifices aux dieux, deconsulter leur.volonté et de maintenir l’ordre. Il n’était point rare de voir, immoler des victimes humaines. On mettait un haut prix à la pureté des mœurs, à la pudeur et à la fidélité dans le mariage. L’hospitalité était sacrée hors le cas où il s'agissait d’un ennemi, car alors chacun se faisait honneur de ses brigandages. L’argent fut d’abord aussi inconnu aux Marcomans que les avantages qu'il procure.

Mais le commerce qu’ils faisaient avec les Romains leur en fit peu à peu apprécier la valeur. Ils se nourrissaient de viande, de lait et de fromage; le peu de blé qu’ils cultivaient leur servait à faire une espèce de bière (*).

Tels étaient les Marcomans, lorsque Marbod les conduisit en Bohême.

Connaissant le prix de la civilisation . il épargna les Boïens, autant que possible, et réunit aux Marcomans ceux qui voulurent rester dans leur patrie.

11 attira auprès de lui les Romains qui

(*) César, Guerres des Gaule*, vi, niai. Tacite, Germanie.

étaient obligés de quitter l'Italie, et avait à sa cour des marchands et des artisaus de cette nation.

Ma nuop.

Marbod employa tous ses efforts à défendre sa conquête. Il attira auprès dejui les Marcomnns qu' Auguste avait chassés de la Pannonie, où ils s’étaient fixés, et créa une armée permanente, qui comptait soixante et dix mille fantassins et quatre mille cavaliers. Ces forces , soumises à la tactique romaine , lui suffirent pour subjuguer les Quades, les Lygiens et les Hermondures qui occupaient les frontières de la Bohême.

Ses Etats touchèrent alors nu pays des Noriques, répandus dans la liante Autriche; à l’est, à la Pannonie, et au nord et à l’ouest, a la Germanie. Cependant sa puissance et son caractère indépendant finirent par inspirer des craintes à Rome, qui résolut de l’anéantir, en l'attaquant de deux côtés à fois. Tandis. que Tibère concentrait ses forces sur les bords du Danube, Saturnin, partant du pays des Cnttes (la Hesse), devait envahir la Bohême. Mais les armées n’étaient plus qu’à un jour de marche, lorsque la nouvelle d’une révolte générale de la Pannonie et de la Dalmatie obligea les Romains à offrir la paix à Marbod. Le Danube servit de ligne de démarcation entre le conquérant barbare et l’empire.

A la même époque où Marbod dominait en Rohême, vivait le héros Hermann, vainqueur des légions romaines.

Non content d’avoir chassé les Romains des frontières de la Germanie, il voulait poursuivre sa victoire, et, dans ce but, il rechercha l’alliance de Marbod. Mais celui-ci ne redoutant pas moins Hermann que les Romains, répondit par un retus, qui fut l’occasion d’une guerre (*).

L’effet de cette guerre et de la politique de Rome fut d’enlever à Marbod tous les peuples germains qui lui obéissaient au delà des frontières de la

(*) Voyei Univers pittoresque , Allemagne , t. T, p. aa.

Bohême, et de ne lui laisser d’autorité que sur les Marcomans et les Quades; encore Rome chercha-t-elle à l’affaiblir. Attaqué enfin par Cattwald, prince des Goths, qui s’empara de sa capitale et de tous ses trésors, Marbod fut réduit à implorer l’appui de Tibere, son ennemi secret. On lui donna pour résidence Ravenne, où il vécut encore dix-lmit ans. C’était comme une arme que les Romains tenaient toujours en réserve, pour en frapper les Suèves, s’ils osaient remuer.

LES MAACOMANS.

Délivrés du joug de Marbod , les Marcomans reprirent leur indépendance , et Goitwald gouverna ceux qui habitaient la Bohême : mais son régne fut de courte durée. Ses sujets, exaspérés par ses cruautés, et voulant toutefois éviter l’intervention des Romains, engagèrent Vihillius, roi des Hermondures, a lui déclarer la guerre. Gottwald eut le sort de Marbod; il fut déposé, et finit ses jours dans les Gaules, où les Romains lui avaient assigné une petite ville pour résidence.

Vannius, prince des Quades, monta alors surle trône, et les deuxpeuples furent de nouveau réunis sous un même sceptre. Ce prince affectionnait plus particulièrement les Quades; aussi séjourna-t-il plus souvent parmi eux que cher les Marcomans. Il régna trente ans et recula les bornes de son empire. Mais à la fin, deux de ses neveux, fJldon et Vangion, levèrent l’étendard de la révolte, sans doute à l’instigation des Romains. Vannius appela à son secours les Iazvges, qui ne tardèrent pas à arriver avec un corps de cavalerie. Il avait aussi implore l’assistance de l’empereur Claude; mais celui-ci se contenta de tenir quelques vaisseaux sur le Danube, pour le recueillir en cas de desastre. Vannius fut vaincu et trouva un asile en Pannonie. Vangion devint roi des Quades, et Sidon régna sur les Marcomans. Le règne de ce dernier n’est remarquable que par l’assistance qu’il

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donna à Vespasien contre Viteliius, l’an 69 de notre ère (*).

A partir de cette époque, il n’est plus question de rois chez les Marcomans. Cette dignité fut-elle complètement abolie, ou le pouvoir de ceux qui en furent revêtus était il tellement borné , qu'ils ne commandaient que dans les guerres? C’est ce qu'il est impossible de décider. Ce qu’il y a de certain , c’est que les Marcomans vécurent en bonne intelligence avec les Romains jusqu’à la guerre qui éclata entre eux et Domitien. Ils s'étaient attiré l’inimitié de cet empereur, par le refus qu’ils avaient fait de lui envoyer des auxiliaires contre les Daces. Mais le nom de Rome était encore un objet de terreur pour les barbares: les Marcomans, à la nouvelle de l'approche des légions, envoyèrent à Rome des ambassadeurs pour conjurer l’orage. En les faisant lâchement assassiner, Domitien mit les Marcomans dans la nécessite de vaincre ou de mourir. En effet, ceux-ci se réunirent aux Quades, marchèrent à la rencontre de I ennemi, et remportèrent sur lui une victoire complète, qui leur procura une longue paix. Les petites excursions qu’ils firent postérieurement de l’autre côté du Danube ne méritent pas le nom de guerre, malgré les résultats importants qu’elles entraînèrent. Les Romains, pour parer aux éventualités des agressions, élevèrent le long du fleuve des forteresses défendues par des forces ronsidérables. Les Marcomans pensèrent que ces camps fortifies ( castra ) étaient destinés à paralyser leurs mouvements. Résolus de les détruire et d'attaquer les Romains, ils firent des alliances avec les peuples voisins, tels que les Sarmatcs, les Iazvges, les Hermondures, lesSuèves, lès Vandales, les Narcisques et lesLongobards. La guerre qui s’ensuivit est désignée par les auteurs romains sous le uom de guerre des Marcomans.

Apres avoir passe le Danube, les coalisés taillèrent en pièces les légions romaines, commandées par Vindex.

(*) Voyez Tac., Hist., ut, ai.

Marchant ensuite de succès en succès, ils arrivèrent jusqu’aux portes d’Aquilée, et toute l’Italie trembla devant eux. Jamais, depuis Anrnbal, Rome ne s’était trouvée dans une position aussi critique. Mnrc-Aurèle rassembla avec peine une année qu il conlia a Pertinax. Les Germains , qui songeaient plus au butin qu’a poursuivre l'ennemi , furent dispersés ; l’Italie fut délivrée, et les Marcomans repassèrent le Danube. Mais les Romains s’arrêtèrent aux bords du fleuve, laissant a leurs ennemis le temps de réunir de nouvelles forces. Bientôt les deux armées furent en présence : le Danube seul les séparait. Les Marcomaus voyant que les légions ne faisaient aucun mouvement, passèrent sur l’autre bord, les attaquèrent, et en firent un grand carnage (176).

A la nouvelle de ce désastre, Marc- Aurèle prit le parti de inarcher en personne contre les barbares. Il fit passer ses troupes en Pannonie, franchit le Danube, et entra dans le pays des Quades, qui s’étendait jusqu'au Gran. Arrivé près de ce fleuve , il vit les Quades et les Marcomans rangés en bataille sur l’autre rive. Dans sou impatience, il traversa immédiatement le ileuve; mais les barbares opérèrent un mouvement rétrograde, et attirèrent les Romains dans un pays montagneux , où ces derniers manquaient d’eau et n’avaient point assez d espace pour déployer leurs forces. On en vint aux mains; les barbares, culbutés, se replient dans les déGlés, et enferment ainsi les Romains , espérant les vaincre par la soif, mieux qu’ils ne l’avaient pu faire par les armes. Le sort de Varus menaçait déjà la dernière armée de Rome, lorsqu’elle fut sauvée par une espèce de miracle. Un orage éclate. L’eau tombe par torrents, accompagnée de grêle et d’éclats de tonnerre épouvantables. Les Romains reçoivent dans leurs casques une boisson salutaire qui ranime leurs forces.

Ce bonheur inespéré fut pour eux un signe que le ciel était favorable à leurs armes, tandis que les barbares consternés jetèrent les leurs à terre , per

L’UNIVERS

suadés que les dieux combattaient pour leurs ennemis. Cette opinion leur fit prendre la fuite. Marc-Aurcle se hâta de sortir de ces gorges dangereuses, poursuivit les fuyards, et en fit une horrible boucherie (*).

Les Marcomans, sous la conduite de leur prince Marcomir, se retirèrent en Bohême. Là, au milieu de montagnes, couvertes à cette époque de forêts impénétrables , ils pouvaient braver les efforts des Romains. Ceuxci en effet n’osèrent pénétrer dans ces contrées sauvages et la paix fut faite à des conditions assez avantageuses pour les Marcomans, puisqu’ils gardèrent toutes les contrées que baigne le Danube. Il fut stipulé, toutefois, qu'ils ne pourraient fixer leur demeure àmoinsdetrente-buitstades du fleuve.

LesQuades nefurent pas aussi favorablement traités. Marc-Aurele occupait leur pays avec ses légions victorieuses; ils furent obligés de recevoir un roi des mains du vainqueur, et virent, en outre, s’élever au milieu d'eux plusieurs forteresses, défendues par vingt mille hommes degarnison. Plus tard, ils cherchèrent a se soustraire a cette oppression , et tentèrent de se réfugier chez les Semnons qui habitaient le Brandebourg actuel ; mais les Romains s’y opposèrent. Durant quatre ans, les choses restèrent en cet état. Enfin , le joug romain devint tellement insupportable aux Quades, qu’ils résolurent de mourir les armes à la main plutôt que d’y rester soumis. Ils appelèrent à leur secours les Marcomans et les Hermondures (180 ans après Jésus-Christ).

Les premiers arrivèrent avec l’clitc de leur jeunesse, et les Romains furent chassés, ainsi que le roi qu’ils avaient imposé aux Quades.

Quand la nouvelle de cette révolte parvint à Rome, Marc-Aurèle jura de s’en venger par l’extermination complète de ces deux peuplades ; il se rendit en effet en Pannonie; mais il ne put donner suite à ses projets , la mort l’ayant surpris à Vindebona (Vienne), au milieu de ses préparatifs

(*) Voyez Ali.emaokk , 1. 1 , p. 3».

de guerre (*). Commode, qui lui succéda, craignant que la guerre ne traînât en longueur , et sentant peutêtre que sa présence était nécessaire à Rome, signa la paix et promit de démanteler les forteresses romaines, à dix lieues de distance du Danube (**). Les Quades et les Marcomans, en vertu du même traité, s’engageaient à envoyer à l’empereur, sur sa demande, des’auxiliairès , et à lui livrer des armes , destinées sans doute à relever l’effet de son entree dans la capitale du monde , en faisant croire qu’il revenait victorieux. Ainsi finit cette guerre , qui avait duré quinze ans, et que les historiens romains comparent aux guerres puniques et aux guerres cimbriques, tant elle fut fatale a la puissance romaine. Dès ce moment , les barbares commencèrent à avoir le sentiment de leurs forces , et les légions romaines furent d’avance à moitié vaincues par la crainte qu’ils leur inspirèrent. Cette guerre a encore cela de remarquable que , pendant son cours, les peuples germaniques qui habitaient les bords de la Vistule, les quittèrent, pour se fixer sur les rives du Danube. Les Slaves, qui occupaient alors la Prusse, la Pologne, la Lithuanie et la Russie méridionale, saisirent aussi cette occasion pour s’avancer vers l’ouest.

Cette paix , si funeste pour Rome , dura pendant quatre-vingts ans. L’em pereurCaracallapritàsa solde plusieurs miliiersde Marcomans, dont il composa sa garde (263 ans après J. C. ). Mais, sous le règne d'Aurelien , lorsque les barbares inondèrent l’empire, que les Sarmates et les Coths envahirent l’Illyrie et la Thrace, et les Allemands la Gaule, les Marcomans ne voulurent pas rester tranquilles spectateurs de la lutte. I.e butin que l’Italie offrait au vainqueur avait un attrait auquel ils ne pouvaient résister. Ils traversèrent le Danube daps les environs de Passau (***), et dirigèrent leur marche

(*) Voyez Aurel. Victor., cap. io.

(**) Diou Bassins, liv. -i.

(*") Cette ville appartient maintenant à la Bavière . elle est situé au continent de I'Iiiii, de PII* et du Danube.

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vers les alpesqui séparent l’Allemagne de l'Italie. Mais ils furent attaqués à l'improviste par les Romains, commandés par l'empereur en personne ; un grand nombre d’entre eux furent tailles en pièces; ceux qui survécurent envoyèrent des députés au vainqueur pour proposer une nouvelle alliance avec Rome et demander la permission de regagner leurs montagnes. Au rélien, dans l’ivresse de la victoire, oublia cette règle , qu'il faut jeter un pont d'or devant un ennemi en fuite, et ferma l’oreille à toute proposition.

Il ne restait plus aux Marcomans qu'à prendre conseil de leur désespoir.

Leur retour en Bohême était impossible ; les Romains étaient maitres de toutes les positions et de tous les passages qui pouvaient conduire au Danube : il fallait donc avancer ou périr. Les Alpes ne présentaient aucune résistance ; l'Italie avec ses riantes plaines et ses villes opulentes semblait leur tendre les bras. Ils poursuivirent leur marche, et arrivèrent sans obstacle jusqu'aux portes de Plaisance, où Aurélien les atteignit. On en vint aux mains, et les Romains essuyèrent une défaite complète. La consternation fut grande, quand on vit les Marcomans marcher sur Rome. Mais il arriva à ces barbares ce qui était arrivé à l’armée d’Annibal. Les délices de ce beau pays ralentirent leur marche, et l'empereur eut le temps de lever de nouvelles troupes. Il attaqua les Marcomans à Fano et les tailla en pièces. Ceux qui ne succombèrent pas dans cette rencontre, trouvèrent la mort dans deux autres combats, et il ne resta pas même un Marcomnn qui püt porter dans sa patrie la nouvelle de ce grand désastre.

Une sorte de fatalité sembla poursuivre ce peuple depuis cette malheureuse campagne; chaque fois qu'il tenta de se relever , la fortune le trahit. Dans une seule bataille, l'empereur Carus massacra seize mille Marcomans et en emmena vingt mille en esclavage. Dioclétien les vainquit dans trois combats , et ceux qui échappèrent au fer du vainqueur subirent

loin de leur patrie une dure captivité.

Ceux des Marcomans qui n’avaient pas quitté la Bohême, se tenaient tranuilles dans leurs montagnes. Cepenant, au commencement du cinquième siècle, on croit que sous le nom de Suèves , nation à laquelle ils appartenaient, ils tirent partie de cette grande migration de peuples qui inonda les Gaules et l’Espagne. Au dire de Zozime, en 406, les Vandales se portèrent sur le Rhin et envahirent le territoire romain : ils avaient avec eux des Quades et des Marcomans(*). Cette migration dura jusqu’au milieu du cinuieme siècle. La Bohême était cepenant toujours habitée par les Marcomans, qui firent la guerre aux Goths sur la lin du même siècle. Théodomir, roi de ces derniers, passa le Danube en 470, et porta ses armes en Bohême.

Malgré les ravages qu’il y exerça, il ne put la soumettre (**)." Mais quelques années après, Théodoric, son fils et son successeur, réunit, dans le même but , des forces imposantes, auxquelles les Marcomans ne purent résister. Il leur imposa des lois; et, dès lors, la Bohême devint une province du royaume des Ostrogoths. A la chute de ce royaume , Wacho, roi des Longobards, rendit les Marcomans tributaires (497), et, depuis cette époque , leur nom a disparu de l’histoire. Il est à présumer qu ils formèrent un nouveau peuple en s’amalgamant avec leurs vainqueurs. Tout porte à croire qu’ils prirent part à l’expédition entreprise , en 522 , par les Longobards , contre la Pannonie.

Conduits par Alboin , ils envahirent ITtalie, en 568, sous le nom de Suèves.

La Bohême, abandonnée par les Marcomans, était ouverte aux premiers venus. Une peuplade germanique, voisine de ce pays, celle des Thuringiens, en prit possession, et le peu d'habitants qui n’avaient pas suivi l'émigration de leurs compatriotes , se soumirent. Mais les Thuringiens ne restèrent pas longtemps

(*) Voy. Zozime, Hisl., liv. tv.

(**) Jorn.mrles , De rébus Goth.,c, 55>

L’LiRIVERS.

«n possession de leur nouvelle conquête. Les Francs , dont la puissance commençait à jeter de l’éclat, les vainuirent a l'aide des Saxons. La plupart es Thuringiens trouvèrent la mort dans les combats; leur roi Herinanfried succomba par trahison, et le royaume de Thuringe fut entièrement conquis par les Francs. Tant de guerres , tant de ravages avaient épuisé le pays. Il ne restait pas assez de bras pour cultiver la terre. Les Francs appelèrent de nouveaux colons (*) , qui lurent leurs tributaires. Les Sorabes, peuplade slave, qui avaient jusu’alors habité les bruyères du Branebourg, prirent possession du fertile pays de Mejsseu et de I.usaee. D'autres Slaves, qui avaient fixé leurs demeures sur les bords de la Vistule ou sur ceux du Danube , n’hésitèrent as à suivre leur exemple, et s’étalirent, du consentement des Francs, dans la Moravie et dans la Bohême.

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