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LES SLAVES

Il est hors de doute que les Bohèmes actuels sont issus de la race slave. Cette race est une de celles qui ont porté le plus loin sur le globe leur langue, leur puissance et leurs colonies. Elle s’est étendue depuis Raguse, sur la mer Adriatique , jusqu’aux bords lointains delà inerGlaciale. D'un côté, sur la droite, on rencontre les Slaves depuis le Kamschatka jusqu’aux environs du Japon ; de l'autre , on ne peut les méconnaître sur la Baltique. Les Russes, la plus puissante des nations ni en descendent, menacent aujour- ’hui la civilisation du monde et peuvent diriger leurs flottes contre l'Occident par les deux portes qui leur sont ouvertes, le Sund et les Dardanelles.

Plusieurs siècles avant notre ère, les Mèdes formèrent un peuple puissant. Ils envoyèrent des colonies dans plusieurs contrées de l’Asie; l’une d’elles s’arrêta sur les bords du Don (Tanaïs). Elle fut d’abord désignée sous le nom de Sauromates , ou .Modes du Nord, appellation qui indique l’origine

(*) Voy. Éginhard,

de ces peuples (*), et qui, par contraction, se changea en celui <ie Sarinates. Leur nombre s’étant accru, ils ne tardèrent pas a s'étendre. Ils peuplèrent toute la Russie méridionale, la l.ithuameJaPrusseet une partie de 1a Pologne.

Ils ne s’avancèrent du côté de l’ouest jusqu'au Danube que dans le deuxième siecle apres Jésus Christ, alors que les peuples germaniques en deçà de la Vistule quittèrent ces contrées pour venir au secours de leurs alliés les Marcomans , dans la guerre que ceuxci eurent à soutenir contre les Romains. Les Sarinates restèrent longtemps sur la rive septentrionale de ce fleuve et sur les bords de la Teiss : on les désignait aussi alors par le nom de Jaziges. Dès la fin du quatrième siècle, ils couvraient tous les pays compris entre le Danube, les sources de la Vistule et la Baltique.Ce fut vers le même temps que leur nom de Sarinates commença a s’effacer; ils se présentent, dès lors, sous les dénominations de Spores, c’est-à-dire , hommes belliqueux , de {Vendes et autres ; mais les Grecs leur appliquèrent toujours le nom générique de Slaves, qui s’est conservé jusqu’à nous depuis quatorze siècles. Ces peuples courageux ne purent, maigre leur amour pour la liberté, résister à Attila et à scs Huns. Ils suivirent la fortune de ce conquérant, et ne reprirent leur liberté que lorsqu’il disparut avec l’empire qu'il av^itfondé.

Ce fut à la fin du cinquième siècle que les Bulgares ou Walaques parurent sur la scène du monde. Ils s'emparèrent du pays situé au nord du Danube , et firent peser un joug si dur sur les Slaves qui l’habitaient, que ceux-ci aimèrent mieux émigrer que d’obeir a de tels inaitres. A peine avaient-ils quitté leurs foyers qu’ils se divisèrent ; les uns cherchèrent de nouvelles demeures le long du Dniépr et de la Vistule, et les autres en Moravie et en Bohême. Ceux qui se fixèrent auprès du fleuve Morava, furent appelés Moravauesou Moraviens; mais ceux qui occupèrent la Bohême reçurent

(*) Voy. Plin., lib. vr, cap. 7.

BOHEME

le nom de Czeckowe (Tchekkes) (*).

Cette prise de possession eut lieu vers 534. Procope , historien grec contemporain de ces événements, trace le tableau suivant des usages, des mœurs, de la manière de vivre et de In religion de ces Slaves du Danube : « I.es Slaves et les Antes n’obéissent à aucun roi : de temps immémorial, leur gouvernement est démocratique. Ils délibèrent en commun sur leurs intérêts.

Ces deux peuples , du reste , ont des lois qui règlent les rapports entre les eitoyens. Le seul dieu qu’ils reconnaissent est celui qui dispose de la foudre; ils lui sacrifient des boeufs et des animaux de toute espèce. Ils ont une idée confuse du destin et ne lui attribuent qu’un pouvoir liorné sur les hommes. Mais la mort les menace-telle, soit dans une maladie, soit sur un champ de bataille, ils promettent un sacrifice à leur dieu, s'il sauve leurs jours. S’ils échappent au danser, ils accomplissent religieusement leur vœu, persuadés que c’est à lui qu’ils sont redevables de la vie. Ils ont aussi voué un culte aux fleuves, aux nymphes et à quelques êtres surnaturels; ils leur offrent des sacrifices, durant lesquels ils consultent l’avenir. Ils sont nomades et s’abritent dans de misérables huttes isolées les unes des autres. La plus grande partie d’entre eux combattent à pied; ils portent de petits boucliers et drs javelots. On ne voit point chez eux de cuirasses. Il en est qui n’ont aucune espèce de vêtement et qui ne se couvrent que les jambes pour marcher à l’ennemi. Les deux peuples parlent la même langue :

une langue barbare. Ils ont la même taille, et sont généralement grands et robustes. Leur peau est brune; leurs cheveux ne sont ni blonds ni noirs, mais tirant sur le roux. Leur nourriture est grossière et mal assaisonnée, comme celle des Massagètcs, à qui ils ressemblent quant a la malpropreté.

Ils ne sont ni méchants, ni vindicatifs, et ont de la bonne foi , qualité qu'ils tiennent des Huns. Jadis les Slaves

(*) Histoire de Russie, par Nestor.

et les Antes étaient compris sous le nom commun de Spores , sans doute parce qu’ils vivaient dispersés dans des huttes. C’est pour cela qu'ils occupaient de si vastes contrées (*). » Si l’on compare à cette peinture des Slaves, les habitants actuels de la Bohême, on reconnaîtra que ces derniers ont conservé beaucoup de traits da leurs ancêtres.

LES TOUR Et ES.

La Bohême était peuplée de Marcomans, d’Hermondures , de Piarisques et des débris de plusieurs tribus suèves , lorsqu’elle fut inondée par les Tchekkes. Ceux - ri donnèrent à ces peuples, qui pariaient une autre langue et ne pouvaient s’entretenir avec eux , le nom de Nicmczy, c’est-àdire, muets.

On ignore rétyniologiedu mot Tchekkes Ce qui est essentiel à savoir, c'est que les Turcs, les Hongrois, les Grecs et les Slaves les ont toujours appelés de ce nom, sous lequel ils les désignent encore aujourd’hui, tandis que les Allemands et les autres peuples de l’Occident leur ont donné celui du pavs qu’ils venaient habiter.

Les Tcnekkes cultivèrent en paix la terre, pendant environ quinze ans, sous la proteclion des rois francs.

Mais les Avares ou Obrns (590), qui formaient alors une puissante nation , attaquèrent le royaume des Francs, et portèrent surtout leurs ravages dans laThuringe; la Bohême, apres avoir eu beaucoup à soufirir, fut soumise par eux et devint leur tributaire.

Les rois francs étaient trop faibles pour venir à son secours, puisqu’ils furent obligés eux-mêmes d’acheter la paix au poids de l'or. La Bohême fut tellement écrasée sous les mauvais traitements des Avares, que les Tchekkes, poussés au désespoir, prirent la résolution de chasser leurs oppresseurs ou de périr les armes à la main. Ils triomphèrent ; mais ce ne fut que pour un instant : les Avares revinrent plus nombreux et plus re-

(*) Voyez Procope, lib. m , cap. 14.

L’UNIVERS

doutables. C’en était fait des Tchekkes, sans l'habileté de leur chef, Santon , de la nation des Francs, suivant le témoignage de Frédégaire. Ce Samon était un homme d’une expérience consommée et d’une grande bravoure,

Qualités précieuses dans des temps si iffieiles. Les Tchekkes se soumirent à lui et le suivirent au combat, d’où il les ramena victorieux. Çe succès assura leur délivrance. Le souvenir des Avares s’est, dit -on, perpétué jusqu’à nos jours dans 1e mot bohémien Übr, qui signifie un géant ou un homme terrible. En récompense de ce service, Sainou , fut nommé roi de la nation , qui avait jusqu’alors vécu sans maître.

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