INTRODUCTION
EXPÉDITIONS ANTÉRIEURES A L'ÉTABLISSR= MENT DES COLONIES ANGLAISES. — PUNCE ne Léon, Vasquez DE AtLLON, NARVAuZ, VRRDINAND DE SOTO, TaisTAn pe Luna, Risaur, Launonnière, MenenDez, Do- MINIQUE De COURGUSS.
L'ORIGINE des États-Unis d’Amérique remonte aux premières colonies anglaises qui furent établies sur ce rivage. Nous passerions sous silence plusieurs expèditions antérieures à ces établissements, si elles n’intéressaient pas des contrées qui devaient entrer un jour dans la confédération américaine. Les acquisitions successives de cette puissance devant être comprises dans le cadre de notre histoire, il nous paraît utile à l’enchaînement des faits qui se dérouleront sous nos yeux, de suivre et de rapprocher les annales des différents membres de ce vaste sa : nous indiquerons comment toutes ces régions furent découvertes, et par quelles vicissitudes elles passèus avant d’être réunies en une seule nation.
Dans ce tableau général , quelques grands traits domineront nécessairement-tous les autres. Les événements féconds en résultats, ceux qui règlent les destinées des empires, sont les seuls qui puissent rester dans la mémoire des hommes, les seuls dont l'examen puisse offtir quelques salutaires leçons.
La première expédition pour les côtes de :'hride fut faite en 1512, par Juan Fnnce de Léon, qui avait accompagné Colomb dans son second voyage. Îl avait porté ses premières armes contre les Maures, lorsqu'ils furent expulsés du royaume de Grenade , et sa valeur, son habileté le firent ensuite remarquer dans les guerres des Indes occidentales. Ponce de Léon, devenu conquérant et gouverneur de Porto-Rico, apprit de quelques Indiens, qu’il existait vers le nord une contrée riche et fertile, dont les eaux avaient la ponts de rajeunir, et Erin source douée d’une vertu semblable coulait dans l’île de Bimini, située au milieu de larchipel.
1" Livraison. (ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE,) 1
de Bahama. Le vieux guerrier, désirant se signaler par de nouvelles entreprises, et se laissant peut-être séduire por une illusion vaine, partit de Porto-Rico avec trois navires : il se dirigéa vers cet archipel, en parvourut les îles, sans y trouver la fontaine merveilleuse, et atteignit ensuite le continent, vers le 30° degré 8 minutes de latitude. Sa découverte eut lieu le jour des Rameaux ou de Pâques fleuries, et il donna le nom de Florideau pays qu’il venait de reconnaître.
Ponce de Léon parcourut, du nord au midi, tous les parages de cette contrée; il y débarqua sur différents points, et il eut plusieurs engagements avec les indigènes. Après avoir doublé la pointe méridionale de la Floride, et avoir reconnu l'archipel des Tortues
il revint à Porto-Rico, encore éblou de ses premières espérances. Les trésors et la jeunesse qu'il cherchait lui échappèrent, mais il trouva la renommée, et sa mémoire a été consacrée par une grande découverte.
Perez de Ortubia entreprit ensuite un voyage et des recherches semblables; et quelques reconnaissances sur d’autres points de cette côte furent faites en 1520, par Lucas Vasquez de Aillon. Une tempête l'ayant surpris dans une expédition contre les Caraïbes des îles Lucayes, il fut jeté sur les côtes orientales du continent, et il prolongea ses découvertes vers le nord, Jusqu'au cap Sainte-Hélène; mais il n’y forma aucun établissement ; et le seul résultat de son voyage tüt l'enlèvement de cent trente Indiens, qu’il amena dans l’île d’Haïty, où ils furent condamnés aux travaux des mines, et où ils moururent incessamment de fatigue et de tristesse.
Pour remplater dans cette île et dans celle de Cuba les anciens habitants moissonnés par les vainqueurs, on allait souvent faire des esclaves dans l'archipel des Caraïbes ; et lorsque le continent eut été reconnu, ce genre de piraterie put s'exercer sur ses nee jusqu’à ce qu’on en eût transporté le sanglant théâtre sur les côtes d'Afrique.
Ponce de Léon avait paru renoncer depuis quelques années à toute entreprise nouvelle , lorsque le bruit des exploits de Fernand Cortez, conquérant du Mexique, vint ranimer son ambition. Les récentes découvertes de Vasquez de Aillon l’avertissaient d’ailleurs de la vaste étendue de la Floride; car ce nom s'était appliqué de proche en proche à toutes les contrées contigués. Ponce de Léon partit en 1521 avec deux navires équipés à ses frais,
ur s'établir sur ce littoral ; mais les
ndiens s’avancèrent contre lui (voy.
pl. 1): la plupart de ses hommes fu-
rent tués; lui-même, ayant été blessé
d’un coup de flèche, fut contraint de regagner ses vaisseaux, et il remit à la voile pue l'île de Cuba, où il mourut quelques jours après son arrivée.
Une nouvelle expédition fut formée en 1524 par Vasquez de Aillon; mais il ne put pas même parvenir au cap qu'il avait reconnu dans son premier voyage. Les Indiens de la côte où il débarqua lui firent un accueil simulé, pour attirer une partic de ses soldats dans l’intérieur du pays : deux cents hommes y furent tués; les autres furent assaïllis sur la plage, et Vasquez de Aillon tomba lui-même sous les coups des Indiens. Toutes les tribus de cette contrée cherchaient à repousser les Européens : le bruit des -enlèvements commis sur le rivage s'était répandu de toutes parts : les Indiens en étaient indignés, et ils avaient saisi l’occasion de se venger
On n'’avait encore exploré que la côte orientale de Floride; Pamphile Narvaëz suivit une autre direction. Cet ancien rival de Fernand Cortez était déja connu par sa malheureuse expédition du Mexique : il voulut ensuite réparer noblement sa disgrace et se signaler à son tour par des découvertes. L’escadre qu’il vint équiper à Cadix mit à la voile en 1527, relâcha dans l’île de Cuba, et se dirigeant vers le nord, découvrit la baie de Pensacola, où elle débarqua au mois d'avril 1528. Narvaëz avait avec iui trois cents hommes, dont quarante étaient à cheval : il vénétra dans l’in-
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térieur, à la tête de son corps de troues, et pe gagner la haute région des Apalaches, il eut à surmonter tous les obstaches qu’une contrée sauvage peut opposer aux Conmunications. Les plaines immenses qui s'étendaient jusqu’au pied de ces montagnes étaient couvertes d'épaisses rorêts, et l’on se fravait avec effort un passage à travers des débris confus d'arbres renversés par les ouragans, fracassés par la foudre, ou tombés de vétusté : des marais, des flaques d’eau où ces ruines de la végétation étaient amoncelées occupaient tous les bas-fonds. Ici les eaux ne trouvaient aucun écoulement, là il fallait franchir des rivières profondes et rapides, soit à la nage, soit à l’aide de radeaux ou de canots faits à la hâte :
on rencontra quelques hameaux indiens, entourés de leurs plantations de maïs ; mais le plus souvent on voyaeait dans les déserts, on y manquait de subsistances ; et lorsqu'on fut arrivé chez les Apalaches, on n’y trouva point l’abondance et les richesses qu’on était venu chercher. Narvaëz, exposé à de fréquentes hostilités de la pr de ces peuples, armés d’arcs et de flèches, dont ils se servaient avec autant d’adresse que de force , ne crut pas pouvoir se soutenir dans leur contrée. Il regagna les bords de la mer, et parvint à l'embouchure du fleuve Apalachicola. Ce voyage avait duré trois mois : les embarcations qu’on eut alors à construire ne furent prêtes que le 20 septembre, et en prenent la mer sur-le-champ, où ft exposé à la violence des..ouragans qui sn eanent souvent l'équinoxe. Cette flottille aventureuse suivit d’abord le rivage, en se dirigeant de l’est à l’ouest : des canoux maritimes, formés entre la terre ferme et quelques îles étroites et sablonneuses, abritèrent par intervalles cette navigation; mais partout où l’on n'avait plus ces barrières naturelles, on devenait le jouet des vagues. L’entrée d’un grand fleuve fut ensuite reconnue; ce devait être celle du Mississipi : la masse de ses eaux était si grande qu'elles prolongeaient leur cours
assez loin dans la mer, et qu’on put y puiser de l’eau douce. dont les équipages avaient besoin. Mais le méme courant obligeait ces faibles esquifs à s’écarter de la côte ; le gros temps les dispersa bientôt : Narvaëz, qui avait espéré gagner un parage mieux abrité, fut violemment emporté vers la haute mer, et ne reparut plus. Les autres barques poursuivirent péniblementieur traversée vers l'ouest, et furent jetées sur différents points de la terre ferme ou des îles qui bordent le littoral : la plupart des hommes y périrent de faim ou de maladie. Alvar Nunez, l’un de ceux qui survécurent aux désastres de cette expédition, était réservé à d’autres hasards; il parvint à gagner la confiance des Indiens, et il acquit d'autant plus d’ascendant au milieu d’eux, qu’on lui croyait l’art de deviner et de guérir : trois autres hommes, naufragés comme lui, s’unirent à sa destinée : plusieurs cures, que ces peuplades regardaient comme l'effet de leurs soins ou de leurs sortiléges, les mirent en crédit, et leur adresse leur fit attribuer différents prodiges. Ils partagèrent sie huit ans la vie errante, les fatigues, les misères des sauvages, et ils se rendirent ensuite à Mexico, accompagnés de trente Indiens des territoires où ils avaient passé. Le conquérant de la D en ne s’y trouvait encore, et Antonio de Mendoza y exerçait l’autorité de vice-roi.
On voulut profiter des notions données par ces voyageurs, pour essaver
ar terre de nouvelles expéditions dans ’intérieur de la Floride. Vasquez Coronado en était chargé; mais il prit une autre direction; il se porta au nordouest vers les régions de Sinaloa et de Sonora, et il pénétra dans celle de Quivira, en cherchant , sur la foi de quelques vagues traditions, des richesses et des merveilles qui s’évanouissaient à son approche.
Une autre entreprise s’exécutait à la même époque, et Ferdinand de Soto était parti d’Espagne en 1538, avec un corps de douze cents hommes, destines à former un établisse-
ment en Floride. Ce guerrier se rend dans l’île de Cuba, s'élève ensuite vers le continent, débarque dons la baie de Spiritu-Santo, et remonte vers le nord jusqu’au done des Apalaches. Les Espagnols changent alors de direction ; ‘Is poursuivent leur voyage vers l’ouest, à travers les pays arrosés par le Coosa, l’Alabama, le Tombegbe, et ils gagnent successivement le Mississipi, la rivière Rouge, et le Brazos-de-Dios, qui devient le terme de leur expédition.
Elle avait duré trois ans : la guerre les fatigues, la famine avaient emporté la plupart des soldats; l'esprit de sédition désunissait les faibles restes de cette armée, et Ferdinand de Soto rit le parti de la ramener vers le
ississipi. On regagna ce fleuve, près de l'embouchure de l’Arkansas; mais la mort du commandant vint ruiner son entreprise : cette troupe, réduite à trois cents hommes, renonça à former un établissement : ils s’embaruèrent sur le Mississipi, firent de réquentes incursions qui les affaiblirent encore, et s’avancèrent jusqu’à l'embouchure du fleuve , d’où ils regagnèrent les grandes Antilles ou les côtes du Mexique.
Don Louis de Velasco, devenu viceroi de la Nouvelle-Espagne, fut chargé de préparer une autre expédition pour pubs la Floride. 11 rassembla tous es hommes qui avaient fait la guerre dans cette contrée, ou que des naufrages y avaient conduits; et Tristan de Luna fut nommé capitaine-général de ce corps d'armée, qui s’embarqua à Vera-Cruz, et prit terre le 14 août 1559, dans la baie de Pensacola. Six jours après, toute la flotte fut brisée par un ouragan : on perdit les approvisionnements qu’elle avait à bord, et l'on se trouva sans ressources sur une côte stérile. Un détachement de quatre cents hommes fut alors envoyé à la découverte: il eut à traverser un pays inculte et désert, et enfin il atteiguit lc village indien de Nanipacna.
Cette peuplade avait été plus nombreuse, et sa ruine paraissait remonter à l’époque de l'invasion de Ferdinand de Soto. Luna se rendit bientôt
au même lieu avec toutes ses troupes :
les unes arrivèrent par terre, les autres en remontant le cours du fleuve : ce nr reçut le nom de Santa-Cruz de Nanipacna.
Nous avons rapporté dans nos récits les noms primitifs des lieux où les navigateurs abordèrent; mais pour éclaircir cette partie de notre histoire, et per en établir la concordance avec es autres ouvrages publiés sur les mêmes expéditions, il convient de remarquer que plusieurs parties de ces rivages ont successivement reçu des noms différents. La baie et le port de Pensacola, découverts par Pamphile Narvaëz , furent désignés par lui sous le nom de Santa-Cruz. La même baie fut reconnue dix ans après par un Ccapitaine de Ferdinand de Soto, qui lui donna le nom d’Achusi ; elle fut nommée en 1558 baie de Sainte - Marie, par don Tristan de Luna; et dans la suite on joignit le nom de Galve à cette dernière désignation; mais le nom indien de Pensacola prévalut enfin sur ceux qui l’avaient momentanément remplacé.
Le Mississipi est connu dans les relations les plus anciennes, sous le nom de Spiritu-Santo, qui fut as donné à une baie de la Floride. Apr ge parages situés au nord du golfe du
exique, et désignés dans les relations d’Alvar Nunez, sous les nos de plage de Cavallo , détroit de Saint-Michel, île de Malhado, ont changé de nom, et l’on ne peut en retrouver la situation qu’en rapprochant les unes des autres glusieurs circonstances locales qui aident à les reconnaître.
C'est ainsi que dans l’histoire de la géographie, plusieurs désignations passagéres se sont succédé. On cherche en vain dans les cartes du Nouveau- Monde, les plus voisines du temps de sa découverte, la trace d’une partie de ces changements : les pilotes qui les dressèrent avaient consulté quelques relations ; les autres étaient tombées dans l'obscurité ou dans l'oubli.
De telles variations de nomenclature ne peuvent nous surprendre : elles se font également remarquer dans la géo-
utes ses troupes :
rterre, les autres rs' du fleuve : ce le Santa-Cruz de
é dans nos récits lieux où les namais pour éclairtre histoire, et ncordance avec publiés sur les | convient de res parties de ces ement reçu des aie et le port de s par Pamphile nés par lui sous . La même baie iprès par un Ca-
e Soto, qui lui ii; elle fut nom- | Sainte - Marie, una; et dans la om de Galve à ation; mais le la prévalut enfin iomentanément
nu dans les rees, sous le nom fut également Floride. Quelsord du golfe du ns les relations noins de plage Saint-Michel, angé de nom, uver la situales unes des tances locales itre.
histoire de la ignations pas- . On cherche du Nouveaus du temps de ’une partie de ilotes qui les ulté quelques ient tombées l'oubli.
omenclature idre : elles se r dans la géo-
graphie des temps anciens; mais elles avaient alors une autre origine : elles étaient, d'âge en âge, le résultat des conquétes et d’un changement de domination. Lorsqu'un nom périssait, la cité même qui le portal, avait été détruite; si une autre la remplace
elle rappelle, par le nom qu’on lu donne, celui de son réparateur ou de son fondateur; et l'étude de ces dési-
ations successives se lie étroitement.
celle des révolutions. des empires :
les peuples se héurtent, les trônes s'écroulent, et les noms changent pere que les possesseurs ne sont plus es mêmes.
Mais dans cette série de différents noms arbitrairement imposés aux mémes.lieux les navigateurs du Nouveau-Monde, nous ne reconnaissons
lus les vicissitudes des événements.
Nous voyons des rivages, des fleuves, des promontoires aperçus tour à tour par divers voyageurs : chacun d’eux leur impose un nom; chacun veut consacrer dans ses cartes ou dans ses récits le monument de sa découverte. D’autres. voyageurs surviennent : les désignations changent encore , et la confusion des noms et des langues est souvent le résultat de cette espèce de rivalité. Quel sera le dénoûment de ces prétentions jalouses? Plusieurs noms sont en présence; on s’en dispute la conquête : dignesujet d’altercation pour lorgueil humain! Heureuses les nations , si les querelles de pavillon et de puissance ne succèdent pas à ces discussions individuelles !
Le commandant eapagnol que nous ayons suivi jusqu'au village indien de Nanipacna, y fut accueilli favorablement par les naturels du ays. Les produits de leur chasse et la récolte de leur maïs assurèrent à ses troupes quelques subsistances ; mais ces faibles provisions furent bientôt épuisées, et. Luna, voulant faire de nouvelles reconnaissances, fit porter en avant un corps de trois cents hommes. Il avait entendu parler de la province de Coosa, située plus au nord : ce fut dans cette direction que les Espagnols voyagèrent, et, après cinquante jours
de marche à travers un pays cou
r des fleuves, des maris , de orêts, où ils ne pouvaient suivre aueune direction d inée, ils parvinrent sur les bords de l’Alabama. Plus loin, ils reconnurent villages indiens; ils campèrent dans le voisinage, et firent divers échanges avec ces peuplades pour en obtenir des subsistances.
La présence des étrangers n’était pas pour les Indiens un nouveau spectacle : ils se rappelaient l'expédition de Ferdinand de Soto : deux hommes de sa suite avaient même passé douze ans au milieu d'eux, et ils y avaient terminé paisiblement leur vie. On aurait reçu sans crainte quelques voyageurs ; mais le nombre et la force d’une trou armée excitaient les inquiétudes de cette tribu sauvage, et, pour éloigner les Espagnols, elle les entraîna dans une expédition militaire, propre à séduire leur vaillance, et:les détermina
porter secours aux Indiens de Coosa, qui n'étaient éloignés que de quelques journées. Ceux-ci étaient alors en guerre avec les Natchez, peuplade révoltée qui leur: refusait le paiement d’un ancientribut. Les Natchez avaient obtenu sur eux plusieurs avantages ; les veuves des guerriers deCoosa, morts en combattant, avaient coupé leur chevelure, l’avaient: dispersée sur les tombeaux de leurs ancêtres, et, venant toutes ensemble adresser au cacique leurs supplications, elles se jetaient à ses genoux pour implorer vengeance (voy. pl. 6).
A l'arrivée des Européens, qui se présentèrent comme auxiliaires, on courut aux armes avec plus de confiance : le cacique en avait donné le signal ; des cris de guerre retentirent dans toute la nation de Coosa.
Trois cents hommes s’assemblèrent dans une plaine, et se partagèrent en différents groupes, dont chacun avait un guide; cinquante Espagnals à pied et cinquante à cheval se joignirent à cette expédition. Le lendemain on vit huit chefs indiens traverser à la course le quartier des Espagnols, celui de leurs propres guerriers, et se rendre
près du cacique en poussant de grands cris; ils le prirent sur leurs épaules et le portèrent à quelque distance, jusqu’au pied d’une estrade dont il monta seulles M nt Le cacique s’y promena avec pravilé ; on lui remit une espèce de sceptre, terminé par quelques brillants prunes il le leva plusieurs fois, en le dirigeant vers le pays des Natchez avec un geste menaçant. Il mit alors quelques graines dans sa bouche, les écrasa, et en rejeta les débris. « Amis, dit-il à ses guerriers, « nos ennemis seront vaincus, et leurs « forces seront brisées comme ces « graines que mes dents ont détrui- « Les. » Le cacique prit ensuite une co remplie d'eau, et, la versant PA à goutte : « Que tout leur sang, « s’écria-t-il, puisse être ainsi répan- « du!» (voy. pl. 3). Tous les Indiens répires à grands cris cesimprécations. cacique descendit de son estrade, et ma à la guerre qu’il venait de déclarer solennellement aux Natchez.
La nuit suivante, de nouveaux cris s’élevèrent dans le camp des Indiens :
leur cacique les excitait encore à la vengeance, et ils lui juraient tous de ne pas revenir san] s’avoir accomplie.
Le témoignage des éclaireurs envoyés à la découverte fit penser que les Natchez n'étaient pas sur leurs gardes, et le cacique aimait mieux les surprendre que de les attaquer à force ouverte.
On approchait de leur premier village, et l’on voulut en occuper les différentes avenues, afin que personne ne püt échapper ; mais lorsque le cacique y entra avec ses troupes, tous les Natchez venaient de s'enfuir : un bruit confus les avaitavertis de son approche.
Leur village était désert, et l’on ne put ph que dés vivres qu’ils avaient laissés.
La vengeance était différée; et les regrets furent plus amers, lorsqu’on vit dans la place, autour de laquelle s'élevaient leurs habitations, degrands poteaux, marquant le lieu ordinaire du supplice des prisonniers qu'ils avaient faits. Ces pieus étaient garnis delambeaux sanglants etde cheveiures; et l'aspect de ces funestes trophées vint
exalter encore la fureur des guerriers (voy-p 4), Ils recueillirent ces miséra bles dépouilles pour les inhumer avec des rits supcrstitieux , et ils sedispersèrent dans le villagecomme des forcenés, les uns dans l’espérance d'y trouver encore quelques ennemis à sacrifier, les autres pour dévaster les cabanes et y mettre le feu. Après le coucher du soleil, ils célébrèrent leur victoire, à la lueur de l'incendie, par des danses, des chants, des cris, et par les bruits confus de leurs instruments sauvages.
Le tuiqus et les Frenals voulurent aller à la poursuite des ennemis, et s’avancèrent vers les montagnes où l’on supposait qu’ils s’étaient réfugiés * on ne put en découvrir la trace, et l’on A ge d’un grand fleuve, vers lequel ils semblaient s’être dirigés. Les sauvages lui donnaient le nom d’Ochechiton, et ce nom rappelle celui des Nachitoches, dont les tribus se sont ensuite retrouvées dans les contrées plus occidentales.
Les Natchez s'étaient en effet retirés au-delà du fleuve, et ils s’y croyaient en sûreté; mais les Indiens de Coosa savaient sur quel point la rivière était guéable. On la traversa, ayant de l’eau
usqu’à la poitrine. Un coup d’arqueuse , qui tua un Natchez, jeta l’épouvan:e parmi tous les autres; ils ne pouvaient résister aux armes à feu , et, se voyant encore poursuivis au-delà d’une autre rivière, ils sollicitèrent la paix, et offrirent de remettre au caciue de Coosa leurs anciens tributs.
s subsides consistaient en provisions de grains et de fruits que l’on remettait trois fois par année. Voilà pour quels trésors les sauvages se font la guerre; ce sont les conquêtes qu’ils se disputent. Une ambition plus vaste, une soif d’or et de pouvoir plus dévorante et plus insatiable, n'appartient qu'aux peuples civilisés.
Les détails où nous sommes entrés sur cette expédition contre les Natchez, nous peignent, sous quelques rapports, les habitants des contrées que l’on venait de découvrir. Les annaies de l’histoire nous conduiront à d’autres développements , qui seraient
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ce d'y trouver is à sacrifier, r les cabanes et le coucher du eur victoire, à par des danses, t par les bruits nents sauvages.
spagnols voulute des ennemis, s montagnes où taient réfugiés * la trace, et l’on fleuve, vers lere dirigés. Les le nom d’Ochele celui des Nabus se sont enes contrées plus
teneffet retirés ls s’y croyaient diens de Coosa la rivière était , ayant de l’eau coup d’arqueez, jeta l’épouautres; ils ne rmes à feu, et, rsuivis au-delà sollicitèrent la ettre au cacinciens tributs.
ten provisions ue l’on remet-
ommes entrés ntre les Natsous quelques des contrées uvrir. Les anconduiront à , qui seraient
ouvrage. L En nénétrant dans l’intérieur du pays, le détachement espagnol , séparé du corps d'armée par de longs déserts, n’avait pu faire parvenir à Tristan de Luna aucune nouvelle de sa situation et de ses découvertes : on croyait que cette troupe entière avait péri ; et don Tristan, voulant se tenir plus à portée des secours qu'il attendait du Mexique, abandonna Santa-Cruz de Nanipacna, pour revenir, en descendant le fleuve,
Eau port Ste-Marie, qui en était éloigné
de 40 lieues.
Un capitaine et douze hommes , envoyés par ie commandant du corps qui avait corabattu contre les Natchez, n’arrivècent à Santa-Cruz qu'après le départ du capitaine stnéral. Un avis, laissé au pied d’un <rtre, les avertit de la direction qu’il avait prise, et ils vinrent le rejoindre au port Sainte- Marie. On mit alors en délibération
à si l’on chercherait à se soutenir dans
la province de Coosa, ou s’il fallait l’abandonner. Tristan de Luna regardait comme indigne du courage espagnol de se laisser vaincre par les difäcultés, et il ne croyait point cette région si pauvre que les mécontents la représentaient. «Si l’on ne peut y vivre, disait-il, nous nous retirerons chez les Natchez; si leurs ressources s'épuisent, nous chercherons des.contrées meilleures, et, pour y parvenir nous braverons d’autres fâtigues : il M pti de 1 craindre, et, quelque grandes qu’onles suppose, nous Soiities détepminés à les pat »
Luna était prêt à lutter contre tous les obstacles; mais son mestre de cump
A Juan Céron, les croyant insurmonta-
bles. et voyant son opinion partagée
à par le plus grand nombre, résolut de
ue au projet du capitaine général. Il renvoya subitement dans le pays de Coosa les douze hommes qui en étaient venus, et il crut pouvoir rap-
ler, en vertu de l'autorité que lui
onnait sa charge , le détachement envoyé à la découverte. Céron lui prescrivait de revenir incessamment ; et le commandant de ce corps avancé, re-
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. 7 L prématurés dans l'introduction de cet
cevant un. ordre si positif, abandonna la province. où.il s’était établi : il avait employé sept mois à cette expédition.
a plupart des troupes étaient soulevées quand l'avant-garde revint à Sainte-Marie : l'esprit de sédition faisait chaque jour des progrès ; l'extrême sévérité du capitaine général ne fit que l’accroître, et comme il ne.pouvait mettre à exécution la rigueur de ses ordres contre un grand nombre %’hommes indisciplinés, on passa.bientôt du mécontentement au mépris de l’autorité. Ces troubles durèrent cinq mois; ils furent enfin apaisés par les penses exhortations du F. aringo e l’Annonciation, qui fit usage de toute la puissance de Ja religion , pour ramener les deux partis à l’amour de la paix et à l'oubli mutuel des injures.
Sur ces entrefaites, le vice-roi du Mexique, don Louis de Velasco, informé des vives dissensions de ce corps.
d'armée, avait donné un successeur à Tristan de Luna; ilavait nommé Angel de Villafane gouverneur de la Floride, et ce nouveau commandant arriva bientôt au port Sainte-Marie, arec quelques renforts de troupes et de munitions. Villafane voulut recueillir les avis de ses prédécesseurs, afin de décider plus mûrement s’il fallait occuper de nouveau la provinte de Coosa, ou abandonner tout projet d'établissement dans une région si souvent représentée comme stérile. Ce dernier conseil prévalut ,.et Villafane ramena les troupes à la Havane. Ses instructions lui prescrivaient de sc rendre sur la côte orientale de Floride, et de la parcourir Jusqu'en cap Sainte-Hélène ; mais ce projet ne fut pas mis à exécuütion.
Il n'était resté au port Sainte-Marie que Tristan de Luna et quelques hommes de sa suite. Cet ancien commandant ne pouvait renoncer à une entre-
rise dont la grandeur et les avantages ’avaient frappé ; et il écrivit encore au vice-roi du Mexique, pour lui soumettre un nouveau plan d'opérations.
T1 ne doutait pas du succès; mais le vice-roi, n’en-prévoyant pas la possi-
bilité, lui donna l’ordre de revenir dans la Nouvelle-Espagne, et il obéit.
Ces derniers événements se passaient en 1561. Quoique la Floride eût été reconnue sur différents points, depuis les premières découvertes de Ponce de Léon, il ne s'y était encore formé aucun durable établissement, lorsqu'un nouveau pavillon parut sur les côtes orientales que la Géorgie et la Caroline occupent aujourd’hui.
’amiral de Coligny, désirant assurer un refuge aux calvinistes persécutés en France, avait formé, sous le règne de Henri II, le projet de fonder en Amérique une colonie protestante; et Durand de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne, avait été chargé de cette expédition. Mais le fort qu’il érigea sur les côtes du Brésil x été promptement détruit par les Portugais, Coligny jeta les yeux
ir les contrées situées au nord de la Floride , qui avaient été anciennement aperçues par Verazzani. Il proposa au roi d'y färe entreprendre un voyage de découvertes, et Charles IX, qui régnait alors, mit à sa disposition deux navires, dont le commandement fut confié à Jean Ribaut de Dieppe, homme de mer expérimenté, qui partit de ce port le 15 février 1562. Ribaut et ses équipages appartenaient à la religion réformée; et l'amiral, en protégeant une expédition qui pouvait être utile aux protestants, veillait aussi aux intérêts de la France. C’était ouvrir une retraite aux proscrits et mettre un terme aux guerres civiles et religenes c'était séparer les deux paris , sans cependant leur faire oublier la communauté de leur origine et de leur patrie. En cessant d’être aux prises, ils se toléreraient davantage, et de mutuels besoins établiraient entre eux de nouvelles relations.
Le capitaine Ribaut atteignit, vers le 30° degré de latitude, les côtes de la Floride; il les suivit en s’élevant vers le nord, et débarqua sur les bords d’un fleuve , auquel il donna le nom de rivière de Mai, parce qu’il l'avait découvert le premier de ce mois Cette rivière est celle qui reçut ensuite des
Een le nom de San Matheo. On y érigea, comme titre d’occupation, une Colonne où étaient gravées les armes de France, et l’on eut des communications amicales avec les naturels du pays. Ribaut voulait continuer ses découvertes, afin de choisir sur la côte le lisu le plus favorable à un établissement ; il reconnut l’embouchure de toutes les rivières de ce littoral ,
. depuis lAltamaha jusqu’au-delà du
Savannah, et il atteignit, en prolongens sa navigation, l’entrée d’une ie profonde, qui recut de lui le nom de Port-Royal. Le Coosa-Walchee, dont la source est dans les Apalaches, verse ses eaux au fond de ce vaste bassin, et il se partage en deux bras avant de se rendre à la mer; l’un se dirige vers le Port-Royal , l’autre vers la baie de Sainte-Hélène ; et cette région a toujours été signalée par les inigènes comme la première où ils aient vu s’établir les Européens.
Ribaut considérait comme un prolongement méridional de la Nouvelle- France les contrées qu’il venait de reconnaître, et les Espagnols les regardaient comme un prolongement septentrional de la Floride. C’était donner de part et d’autre une grande extension au droit de découverte; celui d'occupation était plus positif, etRibaut n’avait été devancé par aucune autre colonie sur le rivage où il cherchait à se fixer. Il donna des noms français aux rivières dont il reconnut l'embouchure:
c'étaient la Somme, la Seine, la Loire, la Charente, la Garonne et la Dordoe. La forteresse qu’il éleva ensuite ans une Île de la baie de Port-Royal reçut le nom de Charlesfort. Le commandement en fut remis au capitaine Albert, et le chef de l’expédition lui dit, avant de le quitter : « J’ai à vous « prier, en la présence de tous, que « Vous nd à vous acquitter si digne- « ment de votre devoir, et si modeste- « ment gouverner la petite troupe que « je vous laisse, laquelle de si grande « gaîté demeure sous votre obéissance, « que jamais je n’aye occasion que « de vous louer, et de déclarer, comme « j'en ai bonne envie, devant le roi,
parfait pas ga et il le rigueu ét dé eton
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Pr.
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de nous tous, lui promettez faire en sa Nouvelle-France. Et vous,
4 compagnons , dit-il aux soldats, j° e
« vous supplie aussi de reconnaître « capitaine Albert, comme si c'était « moi-même; lui rendant l’obéissance « que le vrai soldat doit à son chef «et capitaine, vivant en fraternité « les uns avec les autres; et ce fai- « sant, Dieu vous assistera et bé- « nira vos entreprises. » Nous venons d'emprunter le langage des relations contemporaines, afin de reproduire dans sa naïve simplicité cette allocution.
Après avoir laissé dans le fort des vivres et des munitions de guerre, Ribaut salua de son artillerie le nouvel établissement français, et il dirigea sa navigation vers le nord , dans l’intention de gagner l'embouchure du Jourdain, aujourd’hui Santée, qu’un matelot de l'expédition de Vasquez de Aillon avait reconnue quarante ans auparavant ; mais les eaux de la mer devenaient plus basses le long de la côte, l'entrée des rivières que l’on rencontra était embarrassée par des bancs de sable, et Ribaut, aprés avoir consulté son équipage, se détermina à ne pas poursuivre ses découvertes , et à venir rendre compte de celles qu’il avait faites. Il était de retour à Dieppe, cinq mois après son départ.
Les premières relations du capitaine Albert avec les Indiens furent amica-
L les : il alla voir, en remontant le cours
du fleuve, le cacique Andusta, et plusieurs autres chefs de tribus, qui l'accueillirent et lui donnèrent des fêtes :
il en reçut des provisions de maïs, de gibier et de fruits, leur fit quelques présents, et entretint avec eux une parfaite intelligence; mais il ne sut pas gagner l'affection de ses soldats , et il les irrita par plusieurs actes de rigueur et d’injustice. Un soldat avait été dégradé, en punition d’un délit, et on l’exila dans une île voisine où il fut abandonné : d’autres hommes, menacés d’un traitement semblable , excitèrent une sédition contre Albert; ils le mirent à mort, rappelèrent le
soldat banni, près de succomber , et se donnèrent pour chef un autre soldat, nommé Nicolas Barré, qui int à rétablir l’ordre dans la colonie. Cendant elle éprouvait des besoins oujours croissants : les secours qu’elle attendait de France ne lui furent pas envoyés, et n’ayant pour y retourner aucun navire à sa disposition, on s’occupa de la construction d’un brigantin. Les Indiens fournirent de grossiers nes pour les agrès : on employa pour le calfatage la mousse des arbres et la résine des pins; on fit servir à la voilure la toile même de ses vêtements, et l’on se mit en mer sur ce fréle esquif, après avoir distribué aux Indiens ses derniers présents. Les subsistances qu’on obtint d’eux étaient insuffisantes pour une longue traversée ; la navigation fut contrariée tour à tour par des tempêtes et par des calmes : les vivres vinrent enfin à manques et l'équipage décida dans son ésespoir qu'un homme devait être sacrifié pour sauver tous les autres.
Alors le soldat banni, qu’ils avaient arraché à la mort une première fois , s'offrit comme victime volontaire : il fut accepté, et la faim les rendit arthropophages. Ces malheureux aperçurent enfin la terre ; ils étaient troublés de joie et laissaient voguer au gré des flots leur navire désemparé, qui faisait eau de toutes parts. Dans cette situation, ils rencontrèrent un capitaine “anglais qui les recueillit à son bord :
lusieurs furent emmenés en Anglerre, Où l’on cherchait à recueillir des informations sur les rivages d’Amérique et sur la possibilité de Sy établir ; es autres hommes furent débarqués sur les côtes de France, et ils arrivèrent à Dieppe, au mois de juillet 1564.
Cette expédition avait duré vingt-neuf mois : on l'avait abandonnée à ellemême ; et les guerres civiles avaient empêché de porter des secours à ces établissements éloignés. Ce fut seulement après le retour de la paix que l'amiral de Coligny fut autorisé par le roi à expédier trois vaisseaux pour cette partie du continent d'Amérique.
René de Jaudonnière, qui avait ac-
fs vannes nn rs
compagné Ribaut dans sa première expédition, était chargé du commandement de celle-ci, et il partit du Hâvre le 22 avril 1564. Nous devons citer, parmi les hommes qui le suivirent, Ottigny, Lacaille, Laroche-Ferrière, d’Erlac, Levasseur, qui se signalèrent par leurs services militaires. Un peintre, nommé le Moine, se trouvait avec eux, et ses dessins, gravés ensuite par Debry, firent connaître à l’Europe différentes scènes de la vie des Indiens.
Nous avons cru devoir en reproduire une partie dans le cours de cet ouvrage, ét sans pouvoir garantir la complète exactitude de cet artiste, nous ferons néanmoins observer que ses dessins remontent à l’époque même de la découverte. Si quelques-uns des usages qu’il a représentés ne se retrouvent plus aujourd’hui parmi les sauvages, c’est que la plupart de ces tribus ont été détruites, que celles qui subsistent encore n’appartiennent plus aux mêmes nations, ou que leur genre de vie a été modifié par l’arrivée des Européens, soit qu’elles aient fait quelques progrès, soit qu’elles aient rétrogradé vers des mœurs plus barbares.
Les dessins qui ornent une relation ont souvent été considérés comme un
des secours les plus utiles à l’étude de
l’histoire. La nature a ses spectacles, les peuples ont leurs monuments , et de fidèles images aident à les fixer dans notre souvenir. Si elles s’appliquent à des fêtes ; à des salennités nationales , elles répandent plus de clarté sur leur description; si elles peignent les tableaux ordinaires de la vie, elles dispensent d’entrer dans des détails qui suspendraient l'intérêt des événements et la rapidité du récit. Les écrits des anciens, dans l’état au moins où ils nous sont parvenus, n'étaient pas accompagnés d’un tel secours :
cette privation noustient souvent dans l'incertitude sur les progrès de leur industrie et de leur génie dans les arts; et nous avons essayé vainement de reconstruire une partie de leurs inventions, à l’aide des récits qu'ils nous ont laissés.
Mais en nous aidant de ce langage des signes, ne perdons pas de vue qu’il n’est qu’un accessoire de notre travail, et qu’il doit se plier à la merche de l’historien , sans jamais lui servir de guide. Chaque lieu, chaque époque n’offrent pas un même nombre de tableaux : l’histoire a ses déserts, comme elle a ses champs fertiles; là on n’a rien à peindre, ici se présente une longue série d'images.
Le moment où Laudonnière mit à la voile était aussi l’époque où la colonie de Charlesfort, que lon avait tardé de secourir, se disposait à quitter les rivages d'Amérique pour revenir en France. Les deux expéditions se croisèrent au milieu de l'Océan sans se rencontrer , et le projet que Coli ny avait formé ne put être scoot fe d’autres destinées attendaient les navigateurs sur la plage où ils allaient s'établir.
Laudonnière gagna les îles Canaries, d’où il se dirigea vers les Antilles : il eut à la Dominique, où il aborda pour prendre quelques vivres, un engagement avec les Caraïbes; il longea les îles de Saint-Christophe, des Saints, de Mont-Serrat, atteignit les côtes de Floride, reconnut la rivière des Dauphins , et entra le 20 juin dans la ri.
vière de Mai. Les Indiens le reçurent avec amitié : leur cacique Saturiova vint le voir ; et Lacaille, qi avait appris imparfaitement leur langue dans son premier voyage , fit entendre au cacique que les guerriers étaient envoyés près de lui par un prince qui gouvernait tout l'Orient. Ils venaient rendre hommage à sa bonté, à sa valeur , à sa libéralité, et ils avaient surmonté les périls et les distances, pour former avec lui des liens de conkédé.
ration et d'amitié. Saturiova füt flatté de cette ambassade; il se crut encore plus puissant, puisqu’un souverain si éloigné recherchait son alliance, et il fit conduire es Français vers la colonne que Ribaut avait érigée, deux ans auparavant, sur la rive du fleuve.
Les guerriers la trouvèrent ornée de fleurs, de branches de laurier et d’autres arbrisseaux : on y avait porté pour
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L'intention de Laudonnière était de agner promptement la baie de Portoyal : il reprit sa navigation vers le nord, et toucha quelques points du
rivage déja reconnus dans l’expédition.
précédente. Là il apprit que le poste de Charlesfort était abandonné depuis plusieurs mois, et l’on eut à délibérer sur le lieu où il conviendrait de se fixer. Cette baie était la plus belle et la plus sûre que les Français eussent découverte, mais les bords de la rivière de Mai paraissaient plus fertiles et plus favorables à un premier établissement. On espérait, en remontant le lit du fleuve, arriver aisément à la contrée des mines d’or que l’on cherchait, et cette opinion se fondait sur des renseignements inexacts ou mal compris que l’on avait reçus des sauvages. Ceux-ci avaient également annoncé qu’en suivant cette direction qui conduisait vers les montagnes, on pouvait établir des communications faciles avec une autre mer; et en effet on a reconnu dans la suite, en visitant cette partie des Apalaches, qu’une faible distance séparait les sources des fleuves qui se dirigent, soit à lorient, soit au midi, Îles âns vers l'Océan, les autres vers le golfe du Mexique. Ces considérations firent préférer à tout autre lieu les bords de la rivière de Mai. Un fort triangulaire fut construit à deux lieues de son embouchure; on lui donna le nom de Caroline, en l'honneur du roi, et les Indiens travaillèrent eux-mêmes aux retranchements, que l’on entoura de fossés et de palissades.
Les peuplades de cette contrée se artageaient alors en plusieurs conféérations. Celle des rivages de la mer
se composait de trente tribus, chacune avait son chef, et celui de qui dépendaient tous les autres était Saturiova. Une confédération plus éloignée de l’Océan, et répandue dans les premières vallées et sur le versant oriental des Apalaches, reconnaissait Outina pour son On chef. D’autres ligues semblables s'étaient formées
sur les territoires voisins, et la population des naturels du pays se groupe ainsi autour de différents chefs
e guerre. La communauté d'intérêts, les rapports de langage, quelques alliances de famille, étaient le principede ces associations volontaires. Si les liens venaient à se rompre entre quelques tribus d’une même nation, ils pouvaient être aisément rétablis par les conseils et l'intervention des autres associés; mais les rivalités qui subsistaient entre les grandes confédérations
- étaient plus invétérées, et leurs ini-
mitiés se transmettaient de génération .
en génération.
Laudonnière désirait ne point entrer dans les querelles des indigènes ; il avait d'abord recherché l’amitié de Saturiova, dont le bon voisinage était utile à la sûreté de la colonie; et quand ce chef réclama son assistance contre les nations des montagnes, Laudonnière, au lieu de s’unir à l’un des deux partis , s’efforça de les réconcilier. Cependant il ne s’en tint pas toujours à cette neutralité : il préta plusieurs fois des secours à Outina, contre les autres tribus des Apalaches; les Indiens du rivage en furent jaloux, et les conséquences de ce changement de politique rendirent enfin plus difficile la situation des Français.
En préférant l'alliance d’Outina à celle de tout autre chef, Laudonnière cherchait à s’ouvrir des communications plus faciles avec les montagnes où l’on espérait trouver des mines d’or; c'était dans cette direction qu’il faisait DRRe ses découvertes. Il fit passer
Outina un corps de vingt-cinq arquebusiers , cominandés par Ottigny, l'un de ses officiers les plus braves; etlestroupes du cacique, .. compagnées de leurs auxiliaires, marchèrent avec confiance contre l'ennemi. L'armée indienne s’arrêta vers le soir, et se distribua en différents groupes, pour assurer la garde de la nuit. Cent guerriers étaient rangés à quelque distance autour du cacique ; deux cents hommes plus éloignés l’environnaient d’une seconde enceinte, et ils étaient eux-mêmes entourés d’un autre cercie
plus nombreux. Les Indiens se remirent en marche au point du jour , et, lorsqu'ils furent arrivés sur les limites du territoire qu'ils devaient envahir, Outina voulut consulter le devin qu’il avait dans son armée, afin de connaftre la force et la position des troupes ennemies. Le devin était un vieillard accablé d'années; il s’agenouille, trace autour de lui sur le sable quelques caractères informes, murmure des mots entrecoupés, se fatigue par de violentes convulsions, et, reprenant haleine, il déclare le nombre des ennemis et fait connaître le lieu où ils attendent le combat. Le cacique était découragé ; mais, sur les instances d'Ottigny, il se détermine à marcher en avant. Cet officier et ses arquebusiers engagent l’action : les enneinis sont vaincus ; ceux que l’on a tués ou faits prisonniers sont mis en pièces par les Indiens, sans qu’Ottigny puisse les faire renoncer à une coutume si barbare, et les sauvages, chargés de ces sanglants débris, regagnent leur territoire.
Après avoir secouru le cacique dans son expédition, Ottigny quitta la contrée des montagnes et revint au fort Caroline. Les vivres commençaient à y manquer, les liens de la discipline se relâchaient , et cet esprit de dissension faisait des progrès de jour en jour. Les mécontents accusaient Laudonnière de s’être emparé des sommes qui lui avaient été remises pour l’approvisionnement des troupes, de n’envoyer que ses amis à la découverte des mines, de frustrer de cette richesse tous les autres soldats , de les condamner à de rudes travaux, de les priver même des secours de la religion, et de laisser sans ministres tous les réformés qui l'avaient suivi.
uelques mouvements d’insubordination, d’abord timides et indécis, firent bientôt place à une conjuration contre Laudonnière. Desfourneaux était à la tête des séditieux : il se rend au milieu de la nuit, avec vingt arquebusiers, au logement de cet officier, le surprend sans défense, et le conduit enchaîné à bord d’un navire. Les mutins l’obligèrent ensuite. sous peine
dela vie, à signer une patente qui les a'torisait à se rendre dans les possessions espagnoles pour y chercher des vivres, et, sous ce prétexte, ils armèrent deux bâtiments légers,. parcoururent l'archipel des Lucayes, et gagnèrent les parages de l'île de Cuba , où ils commirent de nombreuses déprédations.
Le gouverneur de cette île se trouvait avec ses fils à.bord d’une caravelle dont ils s’emparèrent : il convint avec eux du prix de sarançon, et l’on permit à un de ses fils de se rendre à terre our chercher cette somme; mais les instructions secrètes que le gouverneur lui avait données firent subitement rassembler dans le voisinage toutes les forces dont on pouvait disposer : elles assaillirent les pirates. La.
caravelle dont ils s’étaient emparés fut reprise avec les hommes d'équipage:
qu’ils y avaient placés : un de leurs!
navires fut détruit , et il ne leur resta qu’un brigantin monté de vingt-six.
hommes qui, ne croyant plus pouvoir continuer la course, se déterminérent à regagner la rivière de Mai. Ils n’avaient plus l’espoir d’exciter une sédition : Laudonnière avait été remis en
liberté , et son autorité était rétablie À
par les soins de d'Ottigny, de la Caille, d’'Érlac et des autres soldats restés fidèles. Les corsaires ne voulurent que toucher au port, afin d'y rendre quelques vivres, et leur intenion était de faire voile ensuite pour la France; mais on parvint à s’emparer de leur bâtiment : les quatre principaux coupables furent condamnés à mort, les autres obtinrent leur grace: Ces actes de piraterie durent exciter dans les colonies espagnoles de profonds ressentiments; les haines religieuses venaient s’y joindre , et l’on désirait la ruine d’un établissement formé par des luthériens. Quoique la punition des criminels fût une réparation donnée aux offensés, on ne s’en tenait point à cette satisfaction, et ne pouvant plus reprocher à la colonie française de favoriser le brigandage, on continua de l’accuser "hérésie.
Pendant l'absence de ces aventuriers,
dont les quatre ursui l entre avec Sat vage lui son, du de quel roduits e capi des cotes Royal, tions éta avec les reçut de vision de nait l’int tina, et, tances, i militaires Cepend manquer dans to de passa seurs ne de palom ment co et l’on é baies de cines de donnait obtenu , sources bles; ma
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dont les croisières durèrent près de quatre mois, Laudonnière avait fait ursuivre les travaux du fort Caroline.
Î entretenait des relations paisibles avec Saturiova, et les Indiens du rivage lui apportaient souvent du poisson, du gibier, du maïs, en échange de quelques armes et de différents roduits des fabriques européennes.
Le capitaine Levasseur navigua le long des côtes jusqu’à -la baie de Port- Royal, pour renouer les communicatiuns établies, trois ans auparavant, avec les se ape de ce littoral , et il reçut de leur Rue Andusta une provision de maïs. Laudonnière maintenait l'intimité de ses liaisons avec Outina, et, pour en: obtenir des subsistances, il l’aidait dans ses expéditions militaires.
Cependant les vivres commencaient à manquer : le poisson n’abondait pas dans toutes les saisons; les oiseaux de passage disparaissaient; les chasseurs ne rencontraient plus ces volées de palombes qui avaient momentanément couvert quelques îles du rivage, et l'on était réduit aux glands, aux baies de quelques arbres, aux racines de la terre donnait spontanément. On aurait obtenu, en la cultivant, des ressources plus efficaces et plus durables; mais on ne s’était point occupé
A de cesoin, quoique l’amiral de Coligny
l'eût expressément recommandé. Ce genre de labeur répugnait à des hommes accoutumés aux fatigues de la guerre et au délassement absolu qui en remplit les intervalles : on croyait pue tout acquérir à la pointe de ’épée, et l’on n’attachait aucune valeur aux paisibles conquêtes du travail et à des occupations obscures et sans péril. Les guerriers qui se rendaient alors dans le Nouveau-Monde avaient
à vusouvent en Europe une classe d’'hom-
mes attachée à la glèbe; ils y étaient chargés de la défense de cescultivateurs qu les nourrissaient, et en changeant
’hémisphère ils ne renoncèrent point à leurs habitudes. Cependant on doit reconnaître que, depuis l’époque de la découverte, leur conduite envers
aux fruits qu’elle,
les Indiens n'avait pius la même rigueur. Les Français qui cherchaient en Amérique un établissement se reposaient, il est vrai, sur les naturels du pays pour assurer leurs subsistances, mais ils avaient habituellement recours à des échanges. Les plus minces produits de l’industrie avaien' une grande valeur pour les sauvages
tous les fruits de la terre avaient d 1 prix pour les Européens, et l’on étuit entraîné à ce commerce p:r des Lesoins mutuels. Cependant ces relations diminuaient de jour en jour, et les vivres n’arrivèrent plus au fort Caroline quand les Français eurent épuisé les moyens d’échange et les présents.
Alors, ne pouvant rien demander à la terre, à laquelle on n'avait rien confié, on eut à subir toute la peine d’une si funeste imprévoyance. Il fallut exiger des Indiens ce qu’ils ne venaient plus volontairement offrir; mais ceux-ci se retiraient au fond des bois, et ils emportaient dans leur fuite le peu de provisions qui leur étaient restées. Le rivage n'offrait plus de ressources : les peupiies des montagnes avaient elles-mêmes suspendu eurs ci me quoiqu’elles pussent en fournir encore. La difüiculté de se maintenir sur un rivage inculte et dévasté fut généralement sentie, et l’on pressa les travaux de construction d’un navire qui devait ramener en France la colonie. Ce n’était point assez , il fallait la nourrir jusqu'à l’époque de l’embarquement, et la pourvoir de vivres pour la traversée.
On jeta les yeux sur Outina; et comme on n’espérait plus rien de son amitié, on forma le projet de s’emparer de lui, afin de forcer les Indiens dont il était le chef à fournir quel-
ues provisions de vivres pour le racheter. Laudonnière repoussa d’abord ce dessein, et fit aux hommes qui le lui proposaient de sages représentations sur la nécessité de ménager les habitants, et de ne pas encourir leur inimitié; mais il ne fut point écouté, et la résolution qu’on avait prise d'abandonner le pays tit croire que
l'on pouvait impunément user de contrainte. Enfin Laudonnière se rendit aux instances de ses troupes : il s’embarqua , pour remonter le fleuve, avec cinquante de ses meilleurs soldats, et aprés un voyage de soixante lieues, il surprit Outina au milieu de sa tribu, et l’'emmena prisonnier, en déclarant les motifs qui l’avaient entraîné à cette mesure.
Les Indiens fournirent quelques
subsistances, et vognes à regret qu'on .
ne remettait point leur cacique en liberté , ils se rangèrent sous l'autorité de son fils, afin de se rallier encore autour d’un chef, et d’un nom qui leur était cher. Outina, devenu captif, faisait de nouvelles promesses pour se dégager , et la Saison allait lui perinettre de les accomplir. L'été commençait, les grains entraient en maturité, et l’on touchait au moment des nouvelles récoltes; mais Outina faisait entendre que ces moissons n’appartiendraient jamais à ceux qui le retenaient prisonnier , et que les Indiens aimeraient mieux les dévaster que de les laisser à leur merci. Laudonnière consentit enfin à remettre le cacique en liberté, dans l’espérance qu’il inspirerait à sa tribu des dispositions plus favorables.
Cependant la nation entière était irritée, et l’on se préparait partout à la guerre (voy. pl. 2). On voyait dans les champs de longues flèches plantées en terre, avec des chevelures suspendues au sommet; on avait abattu des arbres pour embarrasser le cours de la rivière, afin que les barques des Français ne pussent pas retourner vers le fort Caroline; on avait tué plusieurs soldats isolés, et l’on dressait aux troupes différentes embuscades. Un détachement de trente hommes, commandés par Ottigny, fut attaqué par des peuplades indiennes qui s'étaient partagées en plusieurs corps pour le charger chacune à leur tour. Il perdit quelques hommes, vingt-deux autres furent blessés, et les barques où ils se réfugiérent ne purent regagner le fort qu'avec peine. Le commandant n'ayant plus à compter sur les résul-
tats de cette expédition, fit chercher des subsistances sur d’autres points , il envoya quelques bateaux le long de la côte, et le capitaine Levasseur y obtint des chefs indiens deux chargements de maïs. Alors on espéra que l'on aurait assez de vivres pour retourner en France; on était près de quitter cet établissement , et l’on commençait à en détruire les fortifications, afin de ne pas laisser à d’autres occupants les moyens de s’y maintenir.
Le 3 août 1565, on découvrit en mer quatre voiles, et les ayant en- “ reconnaître, on sut que cette escadre était commandée par le capitaine anglais Hawkins, qui naviguait depuis quinze jours le long de la côte. Il avait été amené par Martin Atinas, de Dieppe, qui la connaissait depuis plu-
sieurs années, car il avait accompagné |
Ribaut dans sa première expédition. Hawkins désirait prendre une provision d’eau ; sa demande fut accueillie, et il vint lui-même, dans une des chaloupes de ses navires, trouver Laudonnière et passer quelques jours avec lui. Les Français avaient ménagé jusqu’alors, au milieu des plus grandes privations, quelques oiseaux domestiues, qu’ils cherchaient à naturaliser ans ce pays, et qui devenaient leur dernièreressource: on en tua plusieurs, pour mieux recevoir le capitaine anlais ; et celui-ci ayant appris l’intenion où était le commandant de ramener ses troupes en France, lui offrit de le recevoir lui et tous les autres Français à bord de ses vaisseaux.
Laudonnière n’accepta point : il ignorait quelles étaient alors les relations de la France avec l’Angleterre; les deux puissances lui paraissaient mal réconciliées, la guerre pouvait se rallumer entre elles inopinément, et si elle éclatait pendant la traversée, les Français qui se trouveraient. à bord pourraient, à leur arrivée en Angleterre, être retenus comme prisonniers.
Quelque plausibles que fussent les inquiétudes de Laudonnière, son refus excita dans le fort Caroline un tel mécontentement, que tous voulaient
profite offerte propos:
désirer:
nière les autr on con remit pièces ( tions de don du inutiles que Por nourritt farine ,
paratifs on. allait signala coinma baut, qt tion de
à Laudo putation placeme:
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officier ( hommes nir des lautorit rébellior ligny lui tre lui at et de dé rait son naître lo blisseme ports n:
résoudre faire de mainten cu de li gées con le conse:
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ux le long de vasseur y obleux chargeh espéra que res pour reétait près de et l’on combrtifications, autres occumaintenir.
découvrit en és ayant enque cette esr le capitaine iguait depuis la côte. Il y in Atinas, de t depuis plu-
accompagné |
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e une provifut accueillie, une des chatrouver Lau- Les jours avec ménagé jusplus grandes ux domestinaturaliser enaient leur ua plusieurs, pitaine anpris l’intenant de ramee, lui offrit s les autres vaisseaux.
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fussent les
s vouiaicnt.
profiter de l’occasion qui leur était offerte pour s’embarquer. Hawkins proposa d'emmener tous ceux qui le désireraient, et de céder à Laudonnière un bâtiment pour transporter les autres : cette offre fut acceptée; on convint du prix du navire, et l’on remit pour gage de paiement plusieurs pièces d’artillérie et quelques munitions de guerre, que le prochain abandon du fort faisait regarder comme inutiles. Le capitaine , anglais voyant que Von n'avait que du maïs pour nourriture, offrit vingt barriques de farine , des légumes, du sel, du biscuit, d’autres vivres et une provision
-de vin; il fournit des chaussures aux
hommes qui en manquaient, fit des
présents aux officiers , et se conduisit
envers tous avec autant d'humanité que de courtoisie, :
Après le départ de Hawkins, Laudonnière pressa avec activité ses préparatifs d'embarquement, et le 28 août on.allait mettre à la voile, lorsqu'on signala quelques navires; ils étaient commandés par le capitaine Jean Ribaut, qui avait déja conduit l’expédition de 1562, et qui devait succéder à Laudonnière. De malveillantes imputations avaient donné lieu à ce remplacement : quelques mécontents retournés en France avaient accusé cet officier d'être trop sévère envers les hommes qui l'avaient suivi, d’entretenir des correspondances suspectes à l'autorité, d’être même disposé à la rébellion. Cependant l'amiral de Coligny lui écrivait que l’on n’avait contre lui aucun sujet de mécontentement et de défiance, et que le roi ne désirait son retour que pour mieux connaître la véritable situation d’un établissement sur lequel tous les rapports ne s’accardaient pas, et pour résoudre s’il fallait y renoncer, ou faire de nouveaux sacrifices pour s’y maintenir. Ribaut fut bientôt convaincu de l'injustice des accusations dirigées contre Laudonnière , et il désira le conserver avec lui dans la colonie; mais il ne put le déterminer à se réduire à la seconde place dans le pays où il avait commandé.
Le capitaine Ribaut n’était arrivé que depuis sept jours dans un fort ruiné, dont il fallait relever les fortifications, lorsqu'on vit paraître six grands navires étrangers, commandés par don Pédro Ménendez de Avilez.
et officier , regardé par les Espagnols comme un des plus grands capitaines qu’ils aienteus dans le Nouveau-Monde, avait été chargé par Philippe II de visiter toutes les côtes de Floride, et d’en dresser une carte exacte, qui pût servir de guide aux pilotes dans le canal de Bahama, où il se faisait de fréquents naufrages. Ménendez trouva cette mission trop limitée; il proposa au roi de former un établissement dans la Floride, et d'y propager la foi. « Pour moi, sire, ajouta-t-il, l’a- « veuglement de tant de milliers d’i- « dolätres m’a touché au point que, « de tous les emplois dont Votre Ma- « jesté peut m'honorer, il n'y en a « rs un seul auquel je ne préfère ce- « lui de conquérir la Floride et de « la peupler de véritables chrétiens. »
Philippe IT agréa les offres de Ménendez : celui-ci fit ses préparatifs; et son expédition allait mettre à la voile, lorsqu'on apprit en Espagne que les protestants établis en Amérique allaient recevoir de la France de nouveaux secours : Philippe II conçut le projet de les détruire, et il augmenta es forces qu’il voulait mettre entre les mains de Ménendez. Cet amiral part de Cadix le 29 juin 1565, avec e galion le Saint-Pélage et avec dix autres navires : on donnait à son expédition le caractère d’une guerre sainte; un grand nombre de volontaires se joignirent à lui, et il eut bientôt sous ses ordres deux mille six cents
hommes. Le 9 août, il arriva devant
Porto-Rico; mais il n'avait plus que cinq navires, les autres avaient été dispersés par la tempête, et il ne lu restait que le tiers de ses troupes Alors il apprit que Ribaut l'avait devancé, mais qu’il s'était arrêté longtemps près des côtes avant de débarquer.
Ménendez, sans attendre de nou-
velles forces, résolut de poursuivre
son expédition : il gagna les eaux de la Floride, et atteignit successivement l'entrée de la rivière des Dauphins et celle de la rivière de Mai. Quatre navires français étaient mouillés hors de l'embouchure de ce dernier fleuve, dont ils n'avaient pu passer la barre :
Ménendez s'en approcha; son dessein était de s’en emparer : il enleva quelques hommes sur la plage, adressa une sommation de se rendre à l’offcier que l’on avait chargé de la garde des navires, et déclara qu’il était venu faire une guerre à mort à tous les luthériens qu’il rencontrerait, que les catholiques seraient humainement traités, que les hérétiques ne devaient espérer aucune grace. Après avoir essayé les menaces, Ménendez attendit la haute mer pour aborder les navires, qui n’avaient pas assez d'hommes pour combattre; mais ils eurent le temps de prendre le large : n’ayant pu les atteindre, il regagna la rivière des Dauphins, et les bâtiments français vinrent reprendre leur station vers le rivage dont ils s'étaient momentanément éloignés. |
Ribaut prit alors la résolution de se rembarquer avec une partie de ses troupes, pour aller attaquer les Espagnols. Quelques-uns de ses capitaines, et Laudonnière surtout, cherchèrent inutilement à l’en détourner ; ils lui représentaient qu'il valait mieux garder la terre et se hâter de se fortifier, qu’il était périlleux de s’exposer aux coups de vent, sur une côte où ils sont fréquents, qu’il serait difficile d’y revenir si l’on s’en trouvait écarté, et qu'il ne fallait pas abandonner le fort aux périls de l'attaque dont il pouvait être menacé pendant cette absence. Mais le capitaine Ribaut insista; il se croyait obligé de chercher l'ennemi par les derniers ordres qu’il avait reçus de l’amiral de Coligny avant son départ de France. Ses instructions se terminaient ainsi : « En « fermant cette lettre, j'ai eu cer- « tain avis, comme don Pédro Mé- « nendez se part d’Espagne pour al- « ler à la côte de la Nouvelle-France.
« Vous regarderez de n’endurer qu’il
« n’entreprenne rien sur vous, non « plus qu'il veut que nous n’entre-
« prenions sur eux. » Ribaut, pour |
ne pas laisser à Ménendez le temps de s'établir et de se retrancher sur la côte où il avait débarqué, fit remonter sur l’escadre tous ses soldats; il y joignit la meilleure partie de ceux de
audonnière, et il sortit de la rade le 10 septembre, pour ne plus y reparaître.
Une extrême activité signalait le commandant espagnol. A peine revenu dans la rivière des Dauphins, il avait débarqué trente hommes sur le rivage, afin de choisir un lieu avantageux pour l'établissement qu’il voulait former :
le fort dont il commença les travaux sur les bords du fleuve reçut le nom de Saint-Augustin, et ce fut plus tard que cette première station fut abon-
onnée , pour étre portée plus au midi dans l’emplacement qu’elle occupe encore. Ménendez fit retirer de ses vaisseaux tous les bp nécessaires à son établissement, et lorsqu'il apprit que Ribaut se disposait à venir l'attaquer, il expédia deux navires pour aller chercher des renforts à Hispaniola, et pour transporter en Espagne différents prisonniers de guerre qu’il voulait livrer à l’inquisition : lui-même vint ensuite se placer vers la barre du fleuve avec les autres navires et une partie de ses troupes; mais il ne put y avoir aucun engagement entre les deux escadres. La basse mer ne permettait pas à Ribaut de franchir la barre; et il s’éleva bientôt une si violents tempête qu’elle emporta au loin les bâtiments français, sans leur permettre de se rallier, et de préparer une nouvelle attaque.
Cette séparation rendait momentanément disponibles les forces de Ménendez. Il se hâta de profiter de l’éloignement du capitaine Ribaut, pour aller attaquer le fort Caroline. Cinq cents soldats, arquebusiers ou piquiers, sont choisis pour cette entreprise : il veut se mettre lui-même à la tête de l’avantgarde, composée de vingt soldats de Biscaye et des Asturies, armés de haches, pour s'ouvrir un passage à
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A la fin du quatrième jour, les troupes arrivèrent à une demi-lieue de la place : elles étaient fatiguées ; il avait plu constamment; on avait eu des marais à traverser ; et l'orage devint si violent dans la nuit, que l’officier de garde, chargé de préserver le fort de toute surprise, crut pouvoir se relâcher de sa surveillance, et permit aux soldats de son poste d'aller se reposer. Les Espagnols purent donc s'approcher, à la faveur des ténèbres et sans étre entendus : la place fut surprise à la pointe du jour, et ils y entrèrent par trois brèches à la fois.
Laudonnière n'avait pas eu le temps de relever les fortifications ruinées de la Caroline : Ribaut lui avait laissé des femmes, des enfants, des malades ; et sur les deux cent quarante personnes qui se trouvaient alors avec lui, il n’en avait pas quarante en état de porter les armes. Il voulut se cantonner pour faire tête aux ennemis, et pour attendre les secours que pouvaient encore fournir trois navires mouillés dans la baie; mais, quelle que fût sa veleur, il ne pouvait plus défendre la et il se borna à couvrir la reraite de chaques hommes ralliés autour de lui. Ménendez fit publier l’ordre d’épargner les femmes et les enfants ; on fut impitoyable envers tous les autres, et ceux qui avaient échappé à la fureur du glaive furent réservés au gibet. Laudonnière n’ayant plus auprès de lui qu'un seul soldat, nommé Barthélemy, parvint à sortir par une brèche , et gagna les bois, où quelques autres Français s’étaient aussi réfugiés : de là ils se rendirent, à travers les marais, jusque vers l’embouchure de la rivière. On reçut à bord des navires ces hommes épuisés de fatigue; on parvint à en recueillir vingt autres, en longeant la côte où ils étaient dispersés, et l’on mit à la voile le 25 septembre, pour revenir en France.
Une garnison espagnole fut laissée
r Ménendez dans le fort dont il s'éait emparé, et lui-même se hâta de revenir au fort Saint-Augustin, où il s'attendait à être prochainement attaqe Il , fut reçu comme vainqueur es hérétiques, avec la croix et le clergé, et l’on chanta un Te Deum.
Cette sanglante expédition, où la fureur militaire et le fanatisme reliieux étouffèrent tous les sentiments e l'humanité, eut lieu le 20 septembre. Alors l’escadre de Ribaut était battue par les tempêtes et dispersée sur l'Océan. Ce violent orage dura jusqu'au 23 : il avait jeté les navires français à plus de cinquante lieues des côtes; il les avait ensuite ramenés et brisés sur les écueils du rivage. Les bâtiments se perdirent , et les hommes parvinrent à se sauver ; mais ils étaient réservés à de plus grandes infortunes.
uelques Indiens vinrent annoncer à Ménendez ie grand nombre de blancs avaient paru vers le sud, au delà d’une rivière qu’ils désiraient traverser. Ménendez prit avec lui un détachement pour aller les reconnaître; et lorsqu'il fut aux bords du fleuve, il vit s’avancer à la nage un Français qu lui apprit que tous ces hommes taient des naufragés, et qu'ils avaient fait partie de l’escadre du capitaine Ribaut. Une barque fut alors envoyée sur l’autre rive, pour recevoir à bord un officier et quelques hommes charés de la cause de ces malheureux; ils dirent à Ménendez qu’ils avaient perdu dans la dernière tempête leurs vaisseaux et leurs chaloupes, et qu'ils le priaient de leur prêter quelque embarcation pour se rendre au fort Caroline , situé à Va lieues vers le nord.
Ménendez répondit qu’il s’était emparé du fort, et qu’il avait fait main basse sur la garnison, en n’épargnant que les catholiques, les femmes et les enfants. Alors l'officier lui demanda d’accorder à sa troupe un navire pour retourner en France, et il s’appuya pour l'obtenir sur les relations de paix établies entre les deux nations, et sur l’amitié qui unissait leurs souverains. « Il est vrai, répondit Mé- « nendez, que les Français catholiques
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« soi hos alliés et nos amis : il n’en est pas dé même des hérétiques, à qu Leds ici Le guerre à toute ourance; je la feraï aussi cruelle que Je pourrai à tOuS ceux de cette que je rencontrerai sur terre et sur mer; et en cela je prétends servir les deux rois. Je suis venu en Floride pour # établir la foi catholique et romiffe. Si vous voulez vous abandonner à ma miséricorde et me livrer vos armes et vos enseignes, je ferai de vous ce que Dieu m'inspirera : sinon, prenez le parti qu'il vous plaira; mais n'espérez de moi, ni amitié, ni « trève. »
Cette réponse fut portée aux naufragés, qui firent offrir une rançon de vingt mille ducats, pour avoir la vie sauve : Ménendez refusa la rançon, et dit que s’il avait à faire grace, il n’y consentirait que par générosité.
Comme on lui renouvelait cette offre, il ajouta qu’on verrait plutôt le ciel se joindre à la terre que de le faire changer de résolution.
Ces envoyés prirent alors le parti de confier leur sort à Ménendez et de s’abandonner à sa merci. On leur lie les mains derrière le dos, et ils sont conduits, à deux portées d'arquebuse, sur un terrain où leurs compagnons doivent être successivement amenés.
Ménendez envoie son bateau vers l’autre rive, avec so y soldats chargés de ne prendre à bord qu’un détachement de dix hommes à la fois : on leur lie également les mains, lorsqu'ils sont au pouvoir de ceux dont ils venaient réclamer les secours ; on les amène au lieu désigné pour leur exécution, et tous ces convois de victimes y sont immolés tour à tour. Huit hommes déclarèrent qu'ils étaient catholiques, on leur laissa la vie; tous les autres dirent qu'ils étaient chrétiens et qu’ils suivaient la nouvelle réforme; ils furent mis à mort. Deux cents hommes furent sacrifiés.
Ménendez revint le jour suivant au fort Saint-Augustin. On lui annonça bientôt qu’une troupe plus nombreuse
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q'e la première était arrivée sur la:
même plage, et il se rendit au bord du fleuve avec cent cinquante soldats.
Il apprit, par le message qui lui fut adressé, que cette troupe était composée de trois cent cinquante hommes, et commandée par Ribaut, vice-roi et capitaine général de la Nouvelle-France;
u'il désirait se rendre au fort Caroline, et qu'il le priait de lui prêter des chaloupes pour le passage des rivières qu'il avait à traverser. Ribaut vint bientôt lui-même, dans une pirogue, avec huit gentilshommes ; et lorsqu'il apprit le sort de la garnison et reli des pu naufragés, il dit au £:néral espagnol, « que les événements « de la vie étaient si variés, que tont « ce qui venait d'arriver aux Français « pourrait lui arriver an jour à lui- « même ; que leurs 105 ctaient frères « et amis, et que, au nom de cette al- « liance, il le conjurait de lui fournir un bâtiment pour retourner en « France. »
Ribaut essuya le même refus que le chef du premier détachement; et lorsqu’il vint l’annoncer à sa troupe, deux cents hommes se retirèrent la nuit suivante, pour ne pas se mettre à la discrétion de Ménendez : les cent cinquante autres consentirent à se rendre à lui; et Ribaut, qui lui avait promis de le revoir, revint pour acquitter sa parole et pour lui annoncer leurs dispositions. Ces infortunés étaient réservés au même sort : on leur fit passer la rivière par détachements de dix hommes, et Ménendez demanda s’ils étaient catholiques ou luthériens. Ribaut répondit qu'ils étaient de la religion réformée. Ïl récita ces paroles :
Domine, memento met ; puis il dit :
« Nous sommes sortis de la terre et « nous devons tous j retourner : vingt
ons plus tôt ou plus tard, c'est tout «us. tu'on fasse de moi ce que l’on «von. Le signal ie teur exécution
| Lonne ; quatre hommes déclarèrent qu'ils étaient catholiques, et ce furent les seuls que l’on épargna.
Pour retracer des événements si délorables, nous avons consulté les reations des Espagnols eux-mêmes , et
surtout celle de Solis de las Meras,
it au bord te soldats.
ui lui fut
tait come homes, vice-roi et allc-France; fort Caro- | prêter des des rivières ibaut vint ne pirogue, et \orsqu'i!
on et el dit au £événements és, que tout ux Français jour à luiaient frères de cette al- Jui fournir tourner en
refus que le ent; et lorstroupe, deux t la nuit suire à la diss cent cinà se rendre vait promis acquitter sa r leurs disétaient réon leur fit hements de ez demanda luthériens.
aient de la ces paroles :
puis il dit :
la terre et rner : vingt , C'est tout ce que l'on 1r exécution déclarèrent t ce furent
ments si désulté les re- -mêmes , et
las Meras,
beau-frère de Ménendez, On ne peut leur supposer l'intention de colomnier sa mémoire, et nous le livrons, environné de toutes ses victimes, au sévère jugement de la postérité
On apprit, trois semaines après cette sanglante journée, que des Français construisaient un fort et un navire sur la côte de Canaveral. Ménendez ne douta point que ce ne fussent les deux cents hommes échappés au désastre du capitaine Ribaut, et il se rendit aveo des troupes plus nombreuses 3, sur ce rivage, qu’il atteignit le 1°" novembre. Les Français, n’ayant pas terminé leurs retranchements, se retirèrent sur une hauteur, et Ménendez leur fit proposer de se joindre à lui, en leur assurant qu’il les traiterait comme ses propres soldats : la plupart y consentirent; mais vingt hommes déclarèrent à ses envoyés qu'ils aimeraient mieux étre dévorés par les sauvages que de se remettre entre ses mains, et ils s’enfoncèrent dans les forêts.
Nous avons vu que les prisonniers faits par Ménendez, dans les premiers moments de son expédition, avaient été mis à bord d’un navire qui devait les transporter en Espagne ; mais ils brisèrent leurs fers ; ils s’emparèrent du vaisseau, et changeant ensuite de direction , ils se rendirent en Danemark, d’où ils regagnèrent la France.
Ces hommes étaient les tristres débris des expéditions faites à trois reprises différentes, pour fonder au nord de la Floride un établissement.
La uouvelle de la destruction de cette colonie excita en France l’indignation publique; mais la guerre contre les huguenots s’y était rallumée.
La cour les haïssait; elle regardait l'amiral de Coligny comme leur chef le plus redoutable. Tout ce qu’il avait fait en faveur des protestants était considéré comme une suite d’hostilités criminelles ; et les hommes qui avaient joui de sa faveur n'étaient
lus couverts de la protection royale.
s projets de colonie furent abandonnes : on ne voulait pas rompre avee l'Espagne. On dissimula tous les
ressentiments que devait inspirer un si sanglant outrage; et 6e fut un guerrier dévoué qui se changea de le punir,
Le pe pY Dominique de Gourgues, né à Mont-de-Marsan, avait été employé au service des rois de France, dans toutes les guerres qu'ils avaient eues depuis trente ans. Il s'y était signalé par de belles actions ; et son dernier fait d'armes, en Italie, avait été de soutenir um siége avec trente soldats contre un corps de troupes espagnoles. La place fut prise d'assaut, et la garnison passée au fl de l'épée :
on ne laissa la vie à de Gourgues que pour le faire servir comme forçat sur une galère. Ce navire fut ensuite capturé par les Tures, près des côtes de Sicile, et on le conduisit à Rhodes et à Constantinople; mais ayant été remis en mer, il fut repris par Romegas, commandant les galères de Malte. De Gourgues recouvra la liberté et revint en France. Il fit ensuite un voyage sur la côte d’Afrique, au Brésil, dans la mer des Indes; êt à son retour dans sa patrie, il apprit le massacre des Français établis au nord de la Floride, et il résolut d’en tirer vengeance.
De Gourgues fit des emprunts et vendit ses biens pour équiper trois navires, montés de cent cinquante soldats et de quatre-vingts mariniers, avec des preros ur un an: il avait pour ieutenant Île capitaine Casenove. L’expédition partit de Bordeaux le 2 août 1567 ; des vents contraires la retin-
rent près de Po et la portèrent
ensuite vers l'embouchure de la Charente, d’où elle reprit la mer. Elle atteignit les rivages de Cuba, après une longue traversée, et gagma le cap St- Antoine, situé à l’extrémité occidentale de cette île. Alors de Gourgues assemble ses équipages et leur peint les cruautés exercées contre les Français.
« Voilà , ajouta-t-il, le crime de nos « ennemis ; et quel serait le nôtre, si « nous différions plus long-temps de « venger l'affront qui a été fait à la «nation française ! C’est ce qui m'’a « engagé à vendre tout mon bien; c’est « ce qui m’a ouvert la bourse de mes
« amis. J'ai compté sur vous; je vous «ai crus assez jaloux de la gloire de « votre patrie, pour Jui sacrifier jus- «qu’à votre vie en une occasion de « cette importance. Me suis-je trompé?
« J'espère vous donner l’exemple, être « partout à votre tête; refuserez-vous « de me suivre? » Les gens de guerre déclarèrent qu'ils l’accompagneraient partout.
La flottille cingle au nord de l’île pour gagner le canal de Bahama ; elle atteint les côtes de Floride, passe devant la rivière de Mai, où les Espagnols la saluent de deux caronades, et continue sa navigation le long de la plage, jusqu’à ce qu'on l’ait perdue de vue. À l’entrée de la nuit, de Gour-
es débarque, à quinze lieues au nord e la forteresse, sur les bords de la rivière que nous avions nommée la Seine, et s’empresse d'ouvrir des relations amicales avec Saturiova et les Indiens, irrités des mauvais traitements qu’on leur avait fait éprouver depuis le départ des Français. Un jeune homme, nommé Pierre de Bray, natif du Hâvre, se trouvait alors dans cette tribu ; il était du nombre de ceux qui avaient pusortir du fort Caroline, quand Ménendez s’en était emparé, et il avait été humainement recueilli par Saturiova. Son séjour au milieu des sauvages l'avait mis à portée d'apprendre leur langue ; il put servir de guide et d’interprète , et son intervention fut d’autant plus utile, que les Indiens s’unirent ki l'entreprise formée par de Gourgues. Ils convinrent avec lui qu’ils se rencontreraient au-delà d’une rivière située à quatre lieues du fort, et le capitaine envoya quelques hommes pour connaître l’état ments ennemis. Pédro Ménendez y avait laissé quatre cents Espagnols, sous le commandement de Villaréal :
ils étaient distribués dans trois forts.
Le plus grand était celui que les Français avaient occupé, et qu’on avait remis en état de défense : les deux autres avaient été construits par Villaréal, à deux lieues de distance, et vers la partie inférieure du fleuve, dont le lit les séparait. Chacun de ces postes
es retranche-
avancés était gardé par soixante hommes.
Les Françaisetles Indiens parents sans être aerue une petite rivière voisine de l’un des derniers forts. De Gourgues le fit attaquer par deux côtés à la fois, et les ennemis , ne pouvant résister à ce choc impétueux, voulurent prendre la fuite : ils étaient entre deux feux, et il n’échappa aucun des soixante hommes de la garnison. La
lupart furent tués dans le combat; es autres étaient réservés à un genre de mort plus funeste, Le second fort fut attaqué avec la même ardeur : de Gourgues avait passé sur l’autre rive du fleuve avec vingt arquebusiers, et les Indiens l'avaient rejoint à la nage.
L’ennemi, forcé dans ses retranchements, voulut se retirer et gagner, à travers les bois, la forteresse principale; mais cette garnison eutle même sort que la première.
Avant de marcher vers la place où se trouvaient réunis plus de deux cent soixante hommes, de Gourgues fit put de nuit les sauvages pour les embusquer dans les forêts; il laissa un officier et quinze arquebusiers dans un des forts avancés , remonta le cours du fleuve avec son corps de troupes, et chercha, en s’approchant de la forteresse, les moyens de l’attaquer sur le point qui lui paraissait le plus accessible.
Au premier bruit de son approche, Villaréal avait fait sortir un détachement de quatre-vingts hommes pour reconnaître l'ennemi. Ce corps fut enveloppé : de Gourgues l’attaquait en tête ; Casenove lui coupait la retraite :
ils furent taillés en pièces. Ce malheureux combat porta l’épouvante dans la place : les assiégés ne songèrent plus à se défendre: ils s’échappèrent précipitamment et s’enfuirent dans les forêts ; mais ils y étaient attendus par les sauvages , qui les perçaient à coups de flèche. Le petit nombre de ceux qui tombèrent vivants entre les mains du vainqueur fut pendu aux mêmes arbres où, trois ans auparavant, on avait pendu les Français. On rapporte que Ménendez avait fait attacher au
lieu « Je « F De « Je « Es « me€ Le d’ho our spas dat ses :
ces après ques vaien ce co où les sés, terre
vingts mèche
rinier.
venaie lui po teur :
moign à leur dans d en bot il s’en ation ieues son v le6Git ville l barqu:
compt à Mon se tro Franc Le rise es na:
alors 6 en tot la Roc à son jour ti artir.
rée d fleuve teindr
xante homn-
s passèrent, tite rivière s forts. De r deux côtés ne pouvant eux , voulutaient entre à aucun des irnison. La le combat; à un genre second fort ardeur : de l’autre rive busiers , et t à la nage.
retrancheet gagner, 2resse prineutle même
la place où 1s de deux : Gourgues es pour les 5; 1]. laissa usiers dans nta le cours je troupes, t de la fortaquer sur le plus ac-
approche, in détachemes pour rps fut entaquait en a retraite :
s. Ce malvante dans songèrent chappèrent nt dans les tendus par ent à coups e de ceux e les mains ux mêmes ravant, on )n rapporte ttacher au
lieu de l'exécution l’écriteau suivant :
« Je ne les traite point ainsi comme « Français, mais comme hérétiques. »
De Gourgues fit écrire à la place :
« Je ne les traite point ainsi comme « Espagnols, mais comme parjures et « meurtriers. »
Le commandant n’avait pas assez d'hommes pour garder les forts, et our s'établir dans un pays où les
spagnols pouvaient aisément ramener des troupes beaucoup plus nombreuses : il prit le parti de faire détruire ces retranchements par les Indiens, après avoir fait porter dans ses barques les pièces d’artillerie qui s’y trouvaient. Casenove futchargédeconduire ce convoi jusqu’à la rivière de Seine, où les grands navires avaient été laissés, et de Gourgues se rendit par terre vers le même point, avec quatrevingts Aonsbusiers, armes sur l'épaule, mèche allumée, et avec quarante ma-
riniers armés de piques. Les Indiens venaient de toutes parts au-devant de lui pour l’honorer comme un libérateur : il recut d’eux de nombreux témoignages d'amitié, et pour répondre à leurs vœux il leur promit-de revenir dans douze lunes. Ses vaisseaux étaient en bon état et prêts à mettre à la voile; il s’'embarqua Ê 3 mai 1568 ; sa naviation fut heureuse : il fit onze cents ieues en 17 jours, et continuant son voyage, il arriva à la Rochelle le 6 juin. Après avoir reçu dans cette ville l'accueil le plus distingué , il s’embarqua pour Bordeaux , et alla rendre compte du résultat de son expédition à Montluc qui l’avait favorisée, et qui se trouvait alors dans le midi de la France.
Le bruit de cette courageuse entrerise s'était promptement répandu, et es navires espagnols, qui croisaient
alors dans ces parages, s'étaient rendus en toute hâte vers l'entrée du port de la Rochelle, afin d’arrêter de Gourgues à son passage ; mais ils arrivèrent un jour trop tard : cet officier venait de partir. On le suivit à la trace vers l’entrée de la Gironde, et l’on remonta ce fleuve jusqu’à Blaye sans pouvoir l'atteindre. De Gourgues ge rendit ensuite
à Paris : il.offrit au roi ses services, et proposa les moyens de remettre sous son obéissance le payÿs.qu’il avait reconnu; mais le gouvernement espagnoi s’était adressé à Charles IX pour obtenir justice de la sanglante expédition qui venait d’être accomplie : il la re-
résenta comme une criminelle atteinte à l'alliance formée entre les deux cours, et de Gourgues fut forcé de se réfugier à Rouen, et de s’y tenir long-temps caché.
Cette expédition restera dans l’histoire comme un monument remarquable de patriotisme et d’intrépidité; mais en l’honorant sous ce rapport, plaignons un siècle où de si terribles représailles étaient considérées comme un acte de jte La représaille n’atteint pas les seuls coupables; elle me à côté d’eux l’innocent, et mêle aveuglément l'injustice à la vengeance.
De Gourgues, persécuté et, ensuite négligé par sa cour, trouva les étrangers plus bienveillants envers lui : son mérite le fit rechercher par Élisabeth, reine d’Angleterre; et don Antoine, qui prétendait à la succession de. Sébastien, roi de Portugal, le choisit, douze ans ss , pour amiral de la flotte qu’il avait armée contre l’Es-
pagne : mais de Gourgues était déja affa
aibli par l’âge , il mourut avant d’occuper cet emploi.
Les contrées que cet homme intrépide avait voulu reconquérir étaient alors mises en oubli : elles avaient coûté d’inutiles sacrifices ; une imprévoyante politique les abandonnait; et si nous. voulons remonter aux causes qui firent échouer ces grandes entre-
rises, nous les trouvons surtout dans e peu de liaison qu’elles eurent entre elles. Les hommes de la première expédition ne se trouvaient plus en Amé-.
rique au moment où le gouvernementi leur envoyait de tardifs secours. Les hommes de la seconde se préparaient à quitter leur forteresse, ils en avaient ruiné les retranchements et l’avaient mise hors d'état de soutenir unsiéce, lorsqu'ils furent brusquement assaillis bar des ennemis supérieurs en forces.
Ces contrariétés n'auraient point eu lieu, si le projet de fonder un établissement avait été exécuté avec l'esprit de suite et d’ensemble qui seul pouvait en assurer le succès. 1
Mais le caractère de secte religieuse, imprimé à la colonie nouvelle, l'exposa dès son origine à toutes les persécutions dirigées alors en France contre le calvinisme. Cette colonie ne pouvait attendre aucun secours du souverain, quand les réformés étaient en guerre avec lui : elle ne fut protégée que dans les jours de trève qui brillèrent par intervalle ; mais alors l’occasion était manquée, le fruit de tous les travaux antérieurs ne pouvait plus se recueillir à temps, et le mal devint irremédiable quand le gouvernement lui-même ne considéra plus que comme de mortels ennemis ceux des Français qui ne partageaient pas sa croyance.
D’autres gouvernements d'Europe, sans se montrer plus tolérants envers kes hommes qui n'avaient pas leurs opinions religieuses , eurent du moins une politique plus éclairée rt plus heureuse dans ses résultats : ils exilèrent une partie des dissidents et ils encouragèrent les autres à s'éloigner; mais ils les envoyaïent de la métropole dans ses colonies; ils les suivaient des yeux, et les protégeaient encore dans ces lieux de refuge; ils ne voyaient dans ces établissements nouveaux qu’un accroissement de puissance pour la mèrepatrie. C'était étendre au-delà desmers sa D pure son commerce, son industrie, et ouvrir aux hommes inquiets et fatigués de leur situation, une autre carrière à parcourir et un nouveau champ d’espérance.