‹ États-Unis d'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 56 · L'OUEST · texte numérisé non relu

L'OUEST

De L'Oui, AMÉRICAINS, ES CONTRÉES HANGEMENT COLONIES, EUR ESPRIT

‘ance à ses à tous les Mississipi, uation des nt au midi nt surtout Les Franu’un, petit ils avaient es et sous tions dont peu sensi- , en temps défense et elles assuommunicaégnait une

confiance mutuelle dans les relations de la France avec un grand nombre de tribus.

Les peuplades indiennes placées entre les colonies de France et d’Anglegleterre jouissaient d’ailleurs d’une grande influence dans les démélés des deux gouvernements : on était de part et d'autre intéressé à les ménager, à les entraîner dans son alliance, et à les avoir pour auxiliaires.

Cette importance politique des Indiens ne fut plus la même quand ils n'eurent pour voisins qu’une seule puissance européenne, et qu’ils se virent environné” et comme assiégés par ses possessions. La chaîne des postes fortifiés que les Anglais occupaient alors autour d’eux, se composait des forts de Frontenac et de Niagara, près du lac Ontario; de ceux de Buffalo, de Presqu'île, de Sandusky, au midi du lac Érié; des forts de Miamis et de Détroit, vers son extrémité occidentale; de ceux de Saint-Joseph, de la Baïe-Verte et de Michillimakinac, autour du lac Michigan : les postes de l'ouest étaient ceux de l'Illinois, de Chartres et de Kaskaskia, et l’on trouvait dans l’intérieur les forts de Vincennes, sur le Wabash; de Massiac,

près de l'embouchure du Tennessée ;

de William, vers celle du Kéntucky, et de Pittsbourg, sur l'Ohio.

Les Indiens sur le territoire desquels ces différents postes étaient dispersés, se voyant lout à coup privés des serours d’une puissance qui les avait habituellement protégés , conçurent de vives alarmes pour leur existence. Ils regardaient ces forteresses comme les berceaux d’autant de colonies nouvelles; et en voyant les rapides accroissements de l’Angleterre dans toutes les régions qu’elle avait déja soumises , ils craignaient que chacun de ces nouveaux établissements ne vînt également à s’étendre, et que toutes les nations américaines, refoulées enfin les unes sur les autres, ne perdissent progressivement leurs territoires.

Frappés de cette opinion , que tant de pertes successives avaient puissamment accréditée . les Indiens cherchè-

rent à s’unir entre eux, et à prévenir par une attaque imprévue les périls dont ils se croyaient menacés. Les Shawanèses, les Delawares et les Indiens de l'Ohio se mirent à la tête de cette confédération, qui fut formée en 1763 : les opérations de la guerre furent distribuées entre toutes les tribus , et les forteresses que les Anglais venaient d'occuper sur les frontières de leur nouveau territoire furent simultanément assaillies par les peuplades indiennes les plus voisines. La lupart de ces postes n’avaient que de aibles garnisons; la récente conclusion de ia paix augmentait leur sécurité, et comme ils n'étaient pas sur leurs gardes, le succès des ennemis était plus facile. Les forts de Niagara, de Détroit et de Pittsbourg furent les seuls dont ils ne s’emparèrent point : les garnisons en étaient plus nombreuses, et ces places étaient mieux approvisionnées. première ne fut pas même attaquée ; le major Gladwin défendit vaillamment la seconde con.

tre les Ottowais ; et le fort Pittsbourg, commandé par le capitaine Écuyer.

résista aux premiers efforts des Indiens de l'Ohio. Un corps de troupes, placé sous les ordres du colonel Bouquet, était envoyé au secours de cette place ; il se dirigea sur le fort Ligonier, et gagna ensuite à marches forcées la vallée de Bushy-Run : les défilés en paraissaient encore libres; mais, le 5 août 1765, les Anglais y furent soudainement environnés par une nuée d’ennemis, qui accouraient des hauteurs voisines, et qui les assaillirent de toutes parts dans cet étroit passage. Les Indiens ont une manière de combattre qui les rend toujours redoutables dans les pays couverts et montueux. Leurs escarmouches sont fréquentes ; ils savent dresser des embuscades : immobiles pendant des jours entiers, Îls attendent en silence l’arrivée de l’enaemi; s’ils sont trop faibles pour vaincre, ils ne s’enfuient que pour revenir à la charge sur un autre point ; leur retraite est encore un stratagème; on ne peut ies atteindre à la course, et il faut les envelop-

per de toutes parts pour les accabler.

Dans cette suite d Ci ge qui commencèrent vers le milieu du jour, et qui ne cessèrent qu’à la nuit, les troupes anglaises chassèrent enfin les Indiens de toutes leurs positions; mais le lendemain, à la pointe du jour, elles furent enveloppées de nouveau par des forces plus nombreuses. Le colonel Bouquet résolut d’en venir à un combat décisif; et quand l’action fut enpagée» il fit replier le centre de sa igne, dans la vue d'attirer sur ce point les principales attaques des Indiens. Ceux-ci se jetèrent en effet dans le passage qu’on venait de leur ouvrir; mais les troupes qui se retiraient devant eux allaient rapidement se porter en embuscade sur une hauteur boisée où leurs mouvements n'étaient pas aperçus : tout à coup elles en sortent, et fondent avec impétuosité sur les flancs de lennemi, qui, surpris et accablé par cette attaque inattendue, ne peut, ni soutenir le choc, ni regagner librement ses profondes retraites. Il en périt un grand nombre dans les deux journées du 5 et du 6 août : ce fut la dernière tentative des sauvages ; et le colonel Bouquet, poursuivant sa route vers Pittsbourg, y arriva quatre jours après avec son convoi, dont il avait été obligé de détruire une partie, parce qu’un grand nombre de chevaux avaient succombé à la fatigue et aux pu de la marche.

L'objet de son expédition était rempli, Pittsbourg était ravitaillé; les Indiens, découragés par deux défaites successives, avaient abandonné le siége de la place, et le colonel Bouquet, n'ayant s de troupes assez nombreuses pour in poursuivre dans leurs forêts , revint prendre ses quartiers d’hiver en Pensylvanie. Les sauvages, descendant les vallées de l'Ohio, ne s’étaient crus en sûreté ’après être arrivés au Muskinghum.

Tà, ils recueillirent leurs forces, ils cherchèrent d’autres alliés, et attendirent le printemps suivant pour renouveler leurs hostilités, et ravager encore les frontières. Mais le général Gage, devenu commandant des trou-

pes britanniques, fit préparer contre eux deux expéditions. Un corps de troupes, mis sous les ordres du colonel Bradstreet, allait agir contre les Wiandots, les Ottowais, les Chipewais et les autres nations voisines des grands lacs : un autre corps, commandé par le colonel Bouquet, devait, comme dans la campagne précédente, attaquer les peupiades situées entre les lacs et l’Ohio. Bradstreet se porta rapidement à Sanduski, rentra en possession de tous les forts du nord-ouest, parvint à contenir les Indiens de ces

contrées , et les réduisit à demander .

la paix; mais les préparatifs de l’expédition du midi exigeaient beaucoup plus de temps , et les troupes qui en aisaient partie ne purent arriver à Pittsbourg que le 17 septembre 1764.

Les Indiens de l’Ohio furent alors déconcertés par l’imminence du péril, et ils envoyèrent au colonei Bouquet plusieurs députations pour négocier la paix : cependant, comme leurs propositions étaient encore ambiguëés, le colonel, voulant mettre un terme à leurs irrésolutions, pénétra plus avant dans l’intérieur de leur contrée; il gagna les vallées du Beaver-Creek et u Muskinghum, et les Indiens, ne pou-ant arrêter sa marche, lui firent demander, le 17 octobre, une conférence pour le lendemain. Cet officier sy rendit avec un corps de troupes réglées, de volontaires virginiens et de cavalerie légère : les chefs des Delawares, des Shawanèses et des Sénécas y vinrent eux-mêmes avec leurs princiaux guerriers; et le colonel, après eur avoir rappelé les infractions qu’ils avaient faites à leurs précédentes promesses d'amitié, ne consentit à leur accorder la paix que lorsqu'ils auraient remis entre ses mains tous les prisonniers qu’ils gardaient encore.

« J'ai avec moi, leur dit-il, les pa- «rents, les amis de eeux que vous « avez enlevés : ils brâlent de se ven- « ger, et ils demandent satisfaction.

« Les Ottowais, les Chipewais, les « Wiandots, ont déja fait la paix; nous « sommes maîtres du cours de l'Ohio.

« du Mississipi, du Miamis et des iacs;

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«nous vous environnons de toutes «parts, et nous pourrions extirper « votre nation entière; mais nous ne « vous traiterons pas avec rigueur, si « vous nous ramenez dans douze jours, «et sans exception, tous vos prison- «niers, anglais et français, hommes, « femmes et enfants, et tous les noirs « que vous avez également arrêtés. »

Dès le premier jour, les Delawares rendirent dix-huit Européens, et ils remirent, comme gage et comme symbole des autres restitutions qu’ils devaient faire, un faisceau de quatrevingt-trois tiges de jeunes plantes, exprimant le nombre des prisonniers qui étaient encore absents. Les Shawanèses hésitaient à prendre un engagement semblable ; et pour les d forcer, le colonel Bouquet s’avança dans leur ays jusqu'aux rives du Scioto : alors ils se soumirent à rendre également leurs prisonniers. Le 9 novembre il en était arrivé deux ceut six dans le camp; on eut, le même jour, une nouvelle conférence pour la paix : les Sénécas et les Delawares la conclurent les premiers, et leur orateur Kiyashuta offrit les colliers ou présents accoutumés (voyez pl. 42). « J'offre ce wampum pour « essuyer les larmes de vos yeux, et je « vous rends les derniers hommes de «votre chair et de votre sang qui « soient restés entre les mains des Sé- « nécas et des Delawares. Nous inhu- « mons avec cet autre wampum tous «les hommes qui ont péri durant la « guerre que le mauvais esprit avait « suscitée, et nous recouvrons leur dé- « pouille de terre et de feuilles, afin « qu’elle ne soit plus aperçue, et que la «trace de nos haines soit ensevelie.»

Les mêmes conditions furent ensuite stipulées avec les Shawanèses; et ceuxci, gardant encore dans leur défaite un caractère noble et fier, déclarèrent qu’ils ne renonçaient point à la guerre par sentiment de faiblesse et d’impuissance, mais par commisération pour les femmes et les enfants.

L'arrivée de tous les prisonniers au milieu du camp offrit un attendrissant spectacle. Les pères, les maris,

ies frères reconnaissaient leurs fils,

leurs épouses, leurs sœurs, dont ils

avaient été séparés : d’autres, cherchant en vain ceux qu’ils avaient perdus, n’osaient s'informer de leur sort et tremblaient de recevoir une réponse.

Les Indiens eux-mêmes ne délivraient qu’avec un extrême regret leurs captifs, auxquels ils s'étaient attachés, et qu’ils avaient admis dans leurs familles ; ils les quittaient en pleurant et les recommandaient aux soins du commandant anglais. Ces prisonniers n'avaient jamais été traités comme esclaves, et les Indiens, en leur laissant la vie, les avaient adoptés et les avaient nourris comme leurs frères, leurs sœurs, leurs enfants : plusieurs avaient grandi au milieu des sauvages; ils avaient appris leur langue et contracté leurs habitudes, et il fallut user de contrainte pour les ramener parmi les Européens : quelques-uns même parvinrent à s'échapper, et ils regagnèrent les établissements des Indiens.

L'armée ayant atteint l’honorable but de son expédition , décampa le 18 novembre; elle se rendit le 28 à Pittsbourg ; des pain furent envoyées dans les différents postes. Les prisonniers se dirigèrent vers leur pays natal; et le colonel Bouquet revint, dans les premiers jours de l’année 1765, à Philadelphie, où les représentants de la Pensylvanie adressèrent des actions de grace à cet officier et à ses soldats.

Le même hommage leur fut rendu par les représentants de la Virginie; et le roi d'Angleterre, George III, honora les mérites du colonel, en le nommant brigadier général de ses armées, et en lui confiant en Amérique un commandement dans les provinces du midi.

Lorsqu'on eut rétabli la paix dans les régions situées à l’ouest des Apalaches, les gouverneurs des colonies anglaises, accrues par de si vastes territoires, cherchèrent à connaître l’étendue et les ressources de leurs nouveaux

pulation et aux émigrants que l’Europe lui fournirait encore : ües terres fécondes allaient étre exploitées, et de nouvelles issues étaient promises au commerce. Ces contrées n'étaient acquises, il est vrai, que d’une puissance européenne ; mais ce titre de possession suffisait aux nouveaux occupants, et les droits des indigènes n’étaient pas comptés. On regardait ces nations comme des tribus sauvages; on les croyait sans propriete parce qu’elles étaient errantes dans les bois, et l’on semblait les assimiler à des voyageurs qui traversent un territoire sans l’occu-

r et sans en étre souverains. C'était

rner à nos sociétés civiles l’application du droit des gens, qui doit embrasser l’humanité entière.

En parcourant différentes parties de ces contrées, on découvrit les premiers vestiges de quelques anciens monuments, qui semblaient appartenir à une naticn plus avancée vers l’état social. Les uns avaient la forme de tertres pyramidaux; d’autres se prolongeaient dans les plaines comme des retranchements; d’autres suivaient les contours du sommet d’une montagne, et embrassaient des espaces plus ou moins étendus. La plupart de ces li-

nes de circonvallation n'étaient que ds ouvrages en terre, accompagnés d’un fossé parallèle, qui avait fourni les matériaux de leur construction :

quelquefois on y avait employé des ierres informes dont on avait cherché N assortir l’une à l’autre les inégalités.

Ces digues ou ces enceintes étaient souvent élevées vers le confluent des rivières, et l’on a pu juger par leur situation, qu’elles étaient destinées, soit à conteuir les fleuves dans leur lit et à prévenir l’inondation des plaines voisines, soit à protéger contre les invasions de l’ennemi les habitants d’une ville ou ceux d’une vaste contrée. La crainte du péril et le désir de l’écarter ont mn dans plusieurs pays des moyens de défense analogues, sans que les peuples aient été conduits à les emprunter les uns des autres par esprit d'imitation. Il suffit, pour

expliquer ces ressemblances, de se rappeler que la marche naturelle de fa race humaine est un état progreuit :

et que les arts qui naissent du besoin ont quelquefois recours aux mêmes procédés. On a pu en faire l’observation dans plusieurs contrées de l’ancien et du nouveau monde, où les peuples étaient sortis de l’état sauvage et avaient fait de premiers pas vers la civilisation (voy. pl. 87, 38 et 39).

Nous ne chercherons point ici à

pee dans les mystérieuses annales ‘un ancien peuple sur lequel il ne nous est resté aucune tradition historique : un grand nombre de générations plus nouvelles ont passé sur sa tombe; on en peut juger ainsi par les vieilles forêts qui couronnent aujourd’hui ses monuments. La verdure des mêmes arbres s’y renouvelle depuis huit à dix siècles, et leur âge se reconnaît par le noinbre et le développement successif de leurs couches concentriques. Mais cet indice d’une haute antiquité est le seul que nous ait laissé la nature; et lorsque nous voulons découvrir quelle fut cette nation, de quelle contrée elle était originaire et à quel progrès social elle parvint, le doute, les conjectures, les sys naissent en foule. Comme la chaîne des événements s’est rompue, on cherche à substituer aux faits les pros itiée; on remonte aux siècles abuleux, car chaque pays a les siens, et l’on pense que l'examen critique de quelques traditions merveilleuses peut souvent conduire à la vérité.

Il était facile de constater si ces monuments ne renfermaient aucun vestige de leurs fondateurs; et l’on reconnut, en fouillant la terre de ces informes pyramides, élevées par la main des hommes, qu’elle recouvyrait les ossements et la poussière de leurs ancêtres. Les cônes les plus élevés renferment un plus grand nombre de dépouilles; ils ont été exhaussés annuellement par de nouvelles couches de terre que l’on trouve parsemées des mêmes débris : quelquefois un lit de ierre les recouvre; il reçoit à son tour es cendres d’une autre génération , et

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La traditio 11° Zivra

chaque couche successive s’enrichit de ces funèbres débris.

Les proportions de ces monuments tumulaires sont beaucoup plus élevées dans les régions du midi que dans celles du nord; et l’on peut juger par la quantité de ces dépouilles mortelles que la population fut en effet plus nombreuse dans des pays où le sol était plus fertile , où le climat était plus doux. Il paraît, d’ailleurs, qu'après avoir inhumé séparément et sur les lieux mêmes, tous ceux qui avaient péri, on rassemblait ensuite dans un inême monument tous ces débtis dispersés. Ce transport était accompagné de quelques rites solennels, et nous avons déjà remarqué que les nations américaines en ont conservé l'usage :

le respect qu’elles ont pour les tombeaux est fondé sur les sentiments de la nature, sur le regret d’avoir perdu ceux qui nous furent chers, et sur le désir d’honorer leur mémoire.

Ces lieux de sépulture devaient être pres près des habitations; aussi on es trouve fréquemment dans le voisinage des enceintes fortifiées. Mais plusieurs s'élèvent isolément dans la plaine, comme les derniers indices d’une ancienne population , dont tous les autres vestiges ontdisparu. En fouillant dans ces tombes antiques, on y a trouvé quelques débris de vases d’argile, d’armes ou d’autres instruments

e pierre grossièrement taillée, ou de cuivre rongé ‘par le temps; mais on n’y a reconnu aucun meuble en fer, qui fût antérieur à l’arrivée des Européens.

Les principaux monuments de ces antiquités américaines ont été découverts sur les bords de l'Ohio et de ses affluents, dans les territoires où se sont élevées dans la suite les villes de Mariette, de Circleville, de Newark (vov.

pl. 38) ; d’autres ont été trouvés sur es bords du Miamis (voy. pl. 37 et 39); d’autres dans le pays des Illinois.

Le genre de structure est semblablo; mais les plans et les proportions diffèrent , et tous ces travaux paraissent remonter à une nation qui n’existe plus.

La tradition ia plus accréditée et

la plus générale est que cette nation à demi civilisée fut détruite et remplacée par d’autres peuples plus barbare.

Ceux-ci, après s'être emparés du sol, dégradèrent les monuments, en foulèrent aux pieds les ruines, et les laissèrent usurper par l'invasion graduelle des forêts qui s’y enracinèrent. Les vainqueurs comme les vaincus semblaient être venus du nord-ouest :

tous les récits des sachems et des vieillards indiens s’accordent à faire suivre cette marche aux différentes nations d'Amérique. Dès le temps même de la découverte, les naturels du pays exprimèrent cette opinion aux Européens : elle leur avait été transmise de père en fils par leurs ancétres; et les documents que l’on a recueillis depuis sur les migrations des euples et sur les analogies de leurs raits, de leurs langues, des monuments qu'ils ont laissés, font présumer que les extrémités nord-est de l'Asie purent envoyer en Amérique plusieurs essaims d’habitants, et que parmi les hommes qui passèrent d’un pays à l’autre, soit en parcourant d’île “en île les archipels intermédiaires, soit par les chances fortuites des vents et des naufrages, les uns furent sédentaires et cultivateurs, les autres restèrent chasseurs et nomades. Ces différences de condition n’excluent pas une commune origine; mais elles semblent indiquer plusieurs migrations successives, dont chacune a eu son caractère, et dont le temps n’a pas effacé toutes les traces.

Dans les pays civilisés, les annales des peuples sont souvent attestées par des inscriptions qui deviennent les premiers monuments de leur histoire; mais quels éclaircissements avons-nous pu obtenir jusqu'ici de quelques caractères informes, tracés autrefois par des peuplsdes américaines? Le plus remarquab - des tableaux symbol:sues

u'elles ont laissés est une suite 42 gures et de lignes irrégulières, gravées sur un rocher, près de la rivière de Taunton, dans la colonie de Massachusett (voy. pi. 40.) On n'est frappé, au premier aspect, que d’un

11° Zivraison. (ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE.) 11

LES bai

nauge de signes bizarres et confus ; sais au milieu de ce chaos on distinge plusieurs têtes humaines; c’est evidemment à des hommes et à leurs actions que se rapporte l’ensemble de ces images; et on pourrait les regarder comme un monument laissé aux :

bords de la mer per quelque peuple qui avait prclongé ses conquêtes jusqu’au point où la terre vint à lui manquer.

Quelquefois, en parcourant les forêts des Indiens, on aperçoit encore sur la tige des arbres de semblables signes, taillés dans l’écorce ou grossièrement peints d’une couleur vive et brillante : tantôt ils indiqueut par un emblème le nom d’une tribu sauvage, tantôt les lunes et les jours où Îles guerriers ont combattu, les victoires qui is ont «ignalés oi Îe nombre de theveiures us ont levées sur l’ennemi. L’eximea de ces figures comnémoretivus que les Indiens emploient encore, conduirait peut-étrs à expliquer celles qu’un ancien peuple avait zravées sur les rochers, et dont la forme était aussi barbare.

Le travail des vases d’argile que l’on”

a exhumés des tombeaux semblerait annoncer une nation plus avancée dans les arts; mais ce genre d’ustensiles se perfectionne plus aisément: la forme en est souvent donnée par la nature: on en trouve le modèle dans l'enveloppe fibreuse ou compacte de quelques fruits. La noix du cocotier, les calebasses, d’autres écorces semblables étaient de premiers vases; la figure en fut imitée; et le besoin fit vaner la fabrication.

On a pu reconnaître, dans les fouilles qui ont fait retrouver quelques-uns de ces débris, les vestiges de plusieurs populations d’animaux dont les familles n'existent plus. Une de ces espèces gigantesques tient à la forme de l’éléphant; mais elle en excède les proportions: la différence de sa denture en suppose une dans la manière de se nourrir : on lui donne en Amérique le nom de Mammouth, et les naturalistes l’ont :: 1gée dans la classe des mastodonte

D’anciennes races humaines ne sont douc pas les seules qui aient disparu du nouveau monde : le temps, les révolutions physiques y ont détruit d’autres générations: leurs ossements, ensevelis dans les profondeurs de la terre, mêlés à ses différentes couches, et convertis à l'éto’ fossile, attestent leur haute antiquité, et “hacunx de ces espèces à Eu Sa place &i Son rËL re.

Tant de couches de terre et de rochers, tant i2 débris :’animaux terrestres ou maritinies, tant de minéraux mis en fusion dans les arsenaux des volcans et rejetés par leurs éruptions. ont :té ent5sés L£le-mêle, ou réguiïèrement déposés sur la face du continent américain, qu'on peut ju", en comparant entre elles ls deux: grandts parties du monde, que l’un et l’autre hémisphère, soumis à de communes lois, ont également recu leurs productions et leurs espèces vivantes, analogues dans les contrées qui ont pu correspondre entre elles, dissemblables dans celles qui n’ont eu les unes r les autres aucune communica-

ion.

L'intérêt du sujet nous a conduits à cette digression ; mais le genre d’ouvrage dont nous avons à nous occuper, ne nou; permettrait pas de lui donner plus d’étendue, et d’entrer dans des recherches de philologie , d’archéologie, d'histoire naturelle, qui feraient perdre de vue la série des événements et les considérations liées à leur examen.

Après la paix de 1763, on s’occupait moins en Amérique de recherches spéculatives sur l’origine et les antiquités des habitants que du désir de bien connaître leur situation actuelle.

On ne se borna plus à visiter les régions situées au delà des Alléghanys, et après avoir pénétré vers l'occident, on voulut tenter au nord-ouest d’autres découvertes. Le capitaine Carver entreprit er. 1766 un voyage dans cette direction : :! parcourut le lac Michi-

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et revint à celle de Saint-Pierre, qu’il remonta jusqu’au milieu du pays des Nadouessis. Carver fit ensuite sur la rive gauche du Mississipi une sembla-

ble exploration; il entra dans la ri- -

vière des Chipewais, et il parcourut toute la contrée qui le séparait du lac Supérieur. Ce voyage au milieu des tribus indiennes du nord-ouest montra qu’elles appartenaient toutes à des peuples chasseurs et pêcheurs : leur senre de vie n’était modifié que par eur situation au milieu des forêts, ou des prairies, ou sur les bords des lacs et des fleuves.

De telles excursions étaient accompagnées de fatigues et de périls; mais elles offraient aux voyageurs un sujet bien digne de leurs méditations; et c’est sans doute un grand spectacle que celui où l’on peut embrasser et comparer entre elles les deux extrémités de la vie sociale, le commence l’origine des peuples et celui où l’on recueille les fruits de ia civilisation. De semblables comparaisons conduisaient à plaindre la situation des sauvages ; mais on faisait peu d’efforts pour la changer; et si quelques voix s’élevaient par intervalies, pour proclamer les devoirs des sociétés policées envers les nations dans l'enfance, c’était un stérile hommage rendu aux droits de l'humanité.

Un autre intérêt que celui des aborigènes occupait alors les colonies anglaises; elles cherchaient avant tout à améliorer leurs relations avec la métropole, à se défendre des empiétements de son autorité, à se dégager enfin des entraves et des charges qu’elles commençaient à souffrir avec plus d’impatience.

En étudiant l’histoire des colonies, on pouvait remarquer que l’Europe les avait entraînées dans toutes ses guerres. La part qwelles avaient à prendre aux hostilit:; était le résultat inévilisle de leur dépendance : il y av:11 des combats à l:vrer partout 0 l'on rencontrait les sujets d’une puissance ennemie ; et dans quelque r:rüe du monde que la querelle eût pris sun origine, elle s’étendait bientôt

oint où

d’un continent à l’autre. Cette sujétion avait exposé les colonies à de nombreuses agressions, et leur avait si souvent fait acheter par des sacrifices les secours nécessaires à leur sûreté, que les habitants désiraient ne plus s’engager dans des guerres eurorat et n’avoir désormais à comttre que pour la défense de leurs propres intérêts et de leur territoire.

La situation des colonies pendant la

pas leur faisait encore plus habituelement sentir le besoin de maintenir l'intégrité de leurs priviléges politiques et commerciaux; elles discutaient leurs droits; et la liberté d'opinion dont elles avaient constamment joui leur avait fait contracter l'habitude d'analyser les principes de la richesse publique : on ne se bornait point à des évaluations vagues; on réduisait en chiffres tous les calculs; et cette règle, propre à frapper tous les esprits, donnait plus de précision et de force aux réclamations.

Plus le commerce des colonies avait alors d’activité, plus il était intéressé à se soustraire à des règlements rigoureux, dont l'application devenait plus fréquente. Différentes causes avaient concouru au développement de ses relations, et l’on était à portée de reconnaître que l'accroissement du commerce d'un peuple ne se proportionne pes seulement aux progrès de sa popuation; il se règle aussi sur ceux de son industrie et de son bien-être. Une société qui commence se borne à satisfaire à d’indispensables besoins; mais éveillez dans son sein l'amour du travail, l’émulation, et tous les sentiments qui la portent à étendre la sphère de ses facultés et de ses jouissances, son industrie suit la même progression : les arts entrent dans la cité; ils s’entr’aident mutuellement; ils affermissent les bases de la prospérité et de l’ordre public, et concourent à ce développement des facultés humaines, qui est le plus noble but auquel les sociétés puissent atteindre.

On put se convaincre, en observant cet essor de l’industrie dans les colonies anglaises, qu’il ne s'était jamais

ralenti depuis plus d’un siècle, et qu’il avait été beaucoup plus rapide depuis l'année 1748, époque du traité d’Aixla-Chapelle. Le relevé que l’on fit des différentes opérations de ce commerce pendant les vingt années suivantes montre que, durant cette période, il avait mis annuellement en circulation une somme moyenne de soixante-cinq millions de francs, soit pour les ventes, soit pour les achats, et que la valeur des exportations de l’Angleterre pour l'Amérique dépassait de seize millions par an la valeur des produits qu’elle en recevait. Cette balance était favorable à la métropole; mais les colonies profitaient, pour acquitter le solde de compte qu’elles avaient à lui remettre, des bénéfices de leur commerce avec les Antilles, les côtes d'Afrique et le midi de l’Europe. Les exportations u’elles avaient faites pour ces contrées dits l’année 1769 avaient excédé de sept millions de francs la valeur de leurs importations; la pl'\part des marchandises qu’elles y vendaient étaient acquittées en numéraire, et il en refluait en A Rs une grande partie.

Cependant il leur restait encore à combler un déficit annuel de neuf millions, et cet embarras venant à se renouveler chaque année faisait prévoir l’accroissement graduel et rapide d’une dette, sous le poids de laquelle on pourrait un jour être écrasé, à moins que le commerce des colonies avec d’autres États n’acquit de nouveaux développements. Cette extension devenait nécessaire à leur prospérité; et lorsqu’elle était entravée par les lois prohibitives de la métropole, il s’ouvrait entre les colonies anglaises et les possessions du dehors un commerce intérlope, d’autant plus lucratif qu’il échappait aux tarifs onéreux imposés par l’Angleterre, et qu’il pouvait aisément tromper la surveillance de l’administration des douanes, parce qu’il faisait ses versements sur un littoral immense et facilement abordable. Cependant la base d’un trafic prohibé est toujours si fragile, que les colonies désiraient obtenir d’une manière légale de libres relations avec le dehors.

Les restrictions imposées à leur commerce étaient particulièrement nuisibles à celui de Boston, qui était alors la ville la plus riche et la plus peuplée; mais elles se faisaient aussi ressentir dans les autres colonies dont les intérêts se trouvaient liés avec les siens.

La cause de toute. les provinces devenait la même; le Massachusett, en soutenant ses propres droits, pouvait compter sur l’appui de l’opinion générale, et les résolutions dont il prenait l'initiative recevaient bientôt l’approbation de tout un peuple; car on commençait à donner ce nom aux habitants des colonies; et cette dénomination, qui semblait déjà ériger en corps de nation plusieurs pays dont les intérêts étaient les mêmes et dont les vœux étaien unanimes, allait imprimer à leurs démarches un nouveau caractère de grandeur.

Les colonies anglaises s’étaient accoutumées pendant la guerre à entretenir les unes avec les autres de nombreuses relations. Le besoin de se défendre était le même pour toutes; il exigeait que leurs mesures fussent concertées, et que leurs contingents militaires se rendissent ensemble sur

les frontières menacées, pour prendre

part aux mêmes expéditions. L’exemple de ces associations avait été donné par les colonies de la Nouvelle-Angleterre, dès les premiers temps de leur formation : toutes les guerres que ces provinces avaicrt eues, soit avec le Canada et l’Acadie, soit avec la Nouvelle-Belgique, soit avec les différentes nations sauvages, voisines de leurs possessions, les avaient disposées à unir lev:s intérêts, leurs conseils, et tous lerrs moyens d'attaque ou de résistanc.

À nisure que les domaines de ia Grande-Bretagne en Amérique vinrent à s’étendre le long des côtes de l'Océan, et qu’une plus grande ligne de frontières occidentales fut elle-même exposée au fléau de la guerre, toutes les colonies intéressées àsuivre en commun leurs opérations militaires se rapprochèrent les unes des atitres. Une partie

des troupes préposées à leur défense

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était envoyée par la métropole; les autres étaient levées dans le pays même :

chaque gouvernement local avait ses milices, d’abord chargées de veiller à la sûreté de leurs foyers, et destinées ensuite à porter secours à tous les points menacés. Ces troupes américaines, moins régulières et inoins exercées que celles d'Europe, avaient cependant sur elles l’avantage de mieux connaître le pays, d’être plus accoutumées à la manière de combattre les Indiens, de savoir éviter leurs piéges, et de leur pe des stratagèmes semblables. Les milices, levécs en Amérique sous différents noms, devinrent bientôt la principale force des colonies : leur nombre suivit l’accroissement de la population, et cette contrée put commencer à compter sur ellemême pour assurer sa propre défense, quand l’Angleterre eut acquis toutes les colonies françaises situées au nord de ses possessions, et toutes celles qui s’étendaient entre la chaîne des Apalaches et le Mississipi. On n'avait plus de combats à y livrer à des troupes européennes : les nations indiennes étaient les seules auxquelles on eût à disputer ces territoires, et leurs ressources étaient déjà tellement réduites

. que les colonies n’avaient besoin pour

les contenir d’aucun secours de la métropole. Les tribus sauvages pouvaient commettre des déprédations sur les frontières, et porter le ravage dans des habitations isolées; mais elles étaient bientôt punies de ces violations, et chacune des guerres où elles se trouvaient engagées ne faisait qu’augmenter leur faiblesse.

Les colonies anglaises, qui s'étaient agrandies au milieu de cette longue suite d'épreuves, reconnurent qu’elles avaient en elles-mêmes un principe d'existence. Elles étaient animées # ce sentiment de confiance et de fierté qui tient à la force : elles comptaient les priviléges qui leur devaient appartenir, ceux qu’on leur avait accordés, ceux qu’on leur refusait encore, et désiraient vrfiter du retour de la paix pour: “rer leur situation, etdonner de plus coudes bases à leur prospérité.

La métropole, he: remarqué leurs accroissements prugressifs, vou- Jait du moins les diriger à son gré, et cherchait à conserver assez d’ascendant sur les colonies pour continuer de les retenir dans la dépendance. Eile était parvenue depuis longtemps à modifier la plupart des chartes ancisanes

ui leur avaient été accordées, et à

aire prévaloir l’autorité royale sur celle des propriétaires ou des compagnies qui avaient obtenu les premières concessions; mais en cherchant à simplifier et à renforcer son pouvoir, elle n'avait pas touché aux droits des citoyens, à ceux qu’ils tenaient de leur patrie originaire et qui étaient inhérents à la qualité d’Anglais : ainsi la procédure par jurés était un de leurs

riviléges; ainsi le système représenatif était la base de leurs constitutions coloniales. Les habitants votaient dans leurs assemblées les impôts, les lois, les règlements d'administration locale; et la sanction royale, nécessaire à la plupart de ces actes, était généralement accordée à tous ceux qui n’avaient rien de contraire aux droits et à la législation de la métropole; mais quand ses intérêts et ceux des colonie: se trouvaient en collision, chacun: :!:s deux autorités cherchait à étenire sa prérogative, et la ligne de démarcation était trop vaguement tracée pour ne pas étre souvent en litige.

Les restrictions mises par le gouvernement britannique au commerce de ces possessions éloignées avaient été d’abord regardées comme une com-

ensation des dépenses qu’il avait à aire pour les protéger; et les colonies pouvaient s’en tenir à leurs relations avec la métropole, et à “stème d’échanges entre leurs proc ‘vus territoriales et ses articles manufacturés, aussi ne qu’elles ne furent pas.

en état de pourvoir par leur propre industrie à une partie de leurs besoins ; mais dès qu’elles purent avoir des fabriques, et qu’elles furent intéressées

à ouvrir des communications directes

avec d’autres pays, il fallut que ies rèlements exclusifs fussent enfin modi-

és par des exceptions, après avoir été

souvent enfreints par des violations clandestines, qui avaient pour résultat de décréditer la loi avant de la faire

abolir. , Les nouvelle: és 4° l’Angleterre dut »ecorder ax colonies lui

laissaient néaamoir.s l'avantage de tarifer ce commerce, de déterminer ses droits d'importation ou d’exportation, et de limiter la nature des productions et des marchandises dont il pourrait se composer. Ces conditions n'avaient pas empêché qu’il ne prit un grand c veloppement; et la quotité ues aroits perçus par la métropole s’accrut dans méme proportion.

Quoique les colonies anglaises ne se fussent point refusées au payement de cet impôt, cependant elles n'en avaient jamais reconnu formellement la légitimité. Leurs hommes d’État commençaient même à soutenir en principe qu’elles ne pouvaient étre soumises qu'aux impôts votés pe elles : ce privilége leur paraissait étroitement attaché au système représentatif; les charges du pays devaient se régler sur ses besoins; ses propres assemblées en étaient juges; et s’il avait à subvenir aux frais de sa défense, c'était à lui-même d’asseoir les contributions destinées à y pourvoir. Ce droit d’impôt réclamé par les colonies et contesté par la métropole, devint la première cause de leurs dissensions, et l’animosité de leurs dtbats conduisit enfin à une rupture et à des hostilités déclarées.

La guerre précédente avait entraîné l’Angleterre dans une longue suite d’expéditions dispendieuses qui avaient accru la dette de ’tat. On avait envoyé dans les coionies toutes les ‘roupes, tous les approvisionnements de guerre dont elles avaient besoin ; et le gouvernement , qui avait fait les &1ces de tous cesarmements, r ivait pas alors réclamé le rembourse: de leur valeur : il ne voulait pas & : utre Les embarras des colonies, au n.oment où la guerre leur imposait d’autres char-

es. Mais aprés le retour de la paix, il espéra obtenir ce recouvrement par la voie des impôts, et il ft présenter

au parlement la proposition d'établir un droit de timbre dans les colonies d'Amérique. Ce droit devait s'appliquer à tous les actes que l’on aurait à produire devant les cours de justice et de chancellerie, soit civile, soit ecclésiastique, ainsi que devant les universités et les cours d'amirauté : il s’appliquait aux sentences des tribunaux, aux licences de commerce, aux assurances, aux lettres de marque, aux obligations de payement, à tous les contrats rela- ‘ ‘3 à la transmission des biens par rs , par vente, par concession ; il s’étendait même aux pamphlets, aux almanachs, à toutes les publications otidiennes. Le produit de ces taxes evait être versé en Angleterre dans la caisse de l'échiquier; on l'y tiendrait en réserve, et le parlement en ferait ensuite l'emploi, pour subvenir aux frais que la protection et la défense des colonies pourraient exiger.

Ce projet de bill, qui fut proposé le 10 mars 1764, n’était encore qu'une mesure comminatoire, sur laquelle on désirait sonder l’opinion publique.

Mais, en la soumeti.nt à ce tribunal on fit revivre avec pius d’aigreur toutes les discussions ge s'étaient élevées précédemment sur les droits respectifs de la métropole et des colonies. Les partisans du bill soutenaient que le parlement d'Angleterre avait le droit d'étendre ses actes à toutes les possessions britanniques , que son privilége de représentation ne se bornait point aux domaines de l’Europe, que les intérêts des différentes parties de l’État ne pouvaient pas être divisés, et que le gouvernement, chargé de veiller à la sûreté des colonies, joignait à cette obligation le droit de les y faire concourir dans une égale proportion et par des moyÿ.as semblables. L'impôt du timbre qu’il se proposait de leur appliquer n'était-il pas établi en Angieterre? N'y avait-on pas soumis toutes les transactions sociales ? N’avait-il pas pour but d’en constater la notoriétéet de les mettre sous la sauvegarde de la foi publique? N'était-ce pas une légère perception sur des contrats plus ou moins profitables ? Ne tenait-elle pas

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enfin à des actes habituellement volontaires, ou à des époques qui se représentaient rarement dans le cours de la vie? On cherchait ainsi en Angleterre à justifier l'emploi de cette mesure, et l'on regardait le droit de l’imposer aux colonies comme aussi légitime que celui d'assujettir leur commerce à uelques restrictions. Si l’Angleterre, isait-on , a pu leur appliquer les principes de son acte de navigation, si elle a été fondée à croire qu’en échange de la protection qu’elle leur assurait elle uvait limiter à son gré leurs relaions commerciales ; si, enfin, en leur imposant quelques prohibitions, elle n’a fait que suivre la règle observée par les autres puissances européennes envers leurs colonies, le droit qu’elle a d'établir une taxe nou:elle ne dérive-t-il pas de la même source que celui d'imposer et de régler leur commerce?

Ces théories financières, et les inductions qu’on voulut en tirer pour assimiler l’une à l'autre deux contributions de diverse nature, donnèrent bientôt un champ plus étendu à la discussion. Les adversaires du bill proposé sur l'établissement d’un droit de timbre , avaient d’abord représenté que cette mesure fiscale enveloppait tous les actes de la vie, et qu’elle imposait à la gestion des sffaires d’inutiles entrawes et des conditions onéreuses. Les coluæies y avaient longtemps échappé, sans que les intérêts particuliers en souffrissent, et sans que les actes du pouvoir et les règles de la loi fussent moins respectés. Pourquoi prescrire aux habitants un nouveau sacrifice, aggraver leurs charges, méconnaître leurs droits, et ne pas même écouter leurs représentants? C'était abolir le pius précieux de leurs priviléges, que

e transférer au parlement britannique le droit de voter leurs impôts. Quand la discussion eut été conduite àcepoint, les prétentions législatives de la métropole furent examinées avec plus de sévérité ; et le principe, qu'aucun impôt ne pouvait être établi sur les colonies par un autre pouvoir que par leurs représentants, fut hautement

proclamé : il ne l'était pas seulement par les autorités publiques; la même opinion s'était répandue, s'était aecréditée dans toutes les classesde citoyens :

ns on se plaignait des exigences e la métropole et du joug qu’elle voulait appesantir sur les colonies. Cependant, c'était par leur établissement et leur concours que l’Angleterre avait agrandi sa puissance; c'était pour s'enrichir elle-même qu’elle s'était apy ds une partie de leur commerce.

moment était venu où les colonies devaient jouir d’une condition meilleure : elles aspiraient à se dégager des entraves qui avaient ralenti leurs progrès: leurs lois avaient besoin d’ére modifiées; et un peuple qui s'était accru jusqu’à trois millions d’âmes , ne ressemblait plus àees essaimsdefugitifs et de proscrits qui étaient venus, deux siècles auparavant, chercher un refuge dans ces contrées sauvages.

t, d’ailleurs, le droit d'imposer des taxes intérieures n’avait-il pas été attribué aux colonies par leurs premières constitutions, e les autres chartes qu’elles avaient obtenues depuis ? Ce droit avait été solennellement invoqué, en 1692, par les représentants du Massachusett; il l’avait ensuite été par ceux de New-York et des autres colonies du centre et du midi. On se rappelait que, en 1739, le projet de faire imposer Îes colonies par le parlement britannique avait été mis en discussion ; mais que Robert Walpole, alors premier ministre , regardant cette mesure comme dangereuse, avait mieux aimé en laisser la charge et la responsabilité à ses successeurs. Le même système fut reproduit en 1754; mais la guerre allait se rallumer dans les colonies , et, pour ne pas s’exposer à leur mécontentement, on ajourna l’exécution de ce projet.

Si le droit de soumettre à des restrictions le commerce des colonies anlaises était moins contesté à la mépole que celui d’y établir d’autres impôts, néanmoins il faisait naître un secret mécontentement, et il affaiblissait l’affection de ces contrées envers ja mère patrie. Le gouvernement bri-

tonnique ne sut pas faire usage avec ménagement d’un privilége dangereux qui pouvait ébranler les bases de la prospérité des colonies. Les règlements qu’il voulait y faire exécuter, dans la vue de restreindre aux productions de la terre les exportations du pays, rencontrèrent une vive opposition, et les intérêts des colonies parurent encore plus sacrifiés lorsqu'on mit de nouvelles entraves à leurs communications directes avec l'étranger. |

Quoiqu'il eût été admis en principe que leur commerce devait être exclusivement dirigé vers la métropole, cepondan on avait ensuite permis que a Pier de leurs productions fussent

e ées vers d’autres pays, tantôt à condition qu’elles seraient d’abord envoyées dans les ports d'Angleterre , et que les négociants britanniques se trouveraient admis au partage de ce bénéfice; tantôt sous la réserve qu’elles acquitteraient un droit de sortie ou de transit. Les relations de commerce habituellement suivies entre les colonies du continent et les Antilles étaient également soumises à des droits que leur modicité fit d’abord tolérer sans murmure; mais les tarifs s’élevèrent, on fit de nouveaux règlements prohibitifs, et le mode employé pour leur exécution les fit paraître plus vexatoires.

Tous les négociants des colonies se répandirent en plaintes amères, en voyant la marine royale établir ses croisières à l’entrée de leurs ports, visiter avec sévérité leurs navires, faire un grand nombre de saisies, et joindre, à la rigueur d’une loi ruineuse, toutes les formes absolues d’une exécution militaire.

Chacun de ces griefs, considéré séparément, n’eût pas fait éclater une insurrection; mais il fomentait le mécontentement , il était mis au nombre des sujets de plainte, et le sentiment du malaise actuel était accru de jour en jour par les inquiétudes de l'avenir :

on se croyait incessamment menacé de mesures plus oppressives; et les colonies, perdant toute espérance d'être favorisées par la métropole, considérèrent le proiet de les assujettir à une

taxe nouvelle comme le fatal principe d'un système d'impôts qui allait progressivement s'étendre, et faire disparaître leurs dernières franchises.

L'Angleterre voulut enfin convertir en loi la proposition d'établir un droit de timbre; et quand le bill en fut reproduit, en 1765, à la chambre des communes, par Greenville, qui était alors premier ministre, le général Conway fut le seul qui osût protester contre cette mesure, et déclarer qu'elle excédait les droits du parlement, puisque les colonies n’y étaient pas représentées. De si sages observations ne changèrent point l'opinion de l’assemblée. Le gouvernement tenait à son autorité : il l’avait exercée jusqu'alors dans des questions de commerce et de législation, et il ne considéra les mécontentements qui se manifestaient dans les colonies que comme des mouvements partiels et faciles à réprimer, tant il comptait sur l’ascendant de force et de puissance dont il jouissait depuis les derniers traités de paix. Cette mérise lui devint funeste; sa loi aliéna ous les esprits, et la fermentation fit de si rapides progrès dans les colonies, u'elles ne balancèrent plus à faire clater leur ressentiment. Voyant que l’on voulait arrêter l’essor de leur industrie, elles résolurent de ne faire usage que des articles de leurs propres manufactures , et de ne plus recourir à celles de la métropole. Boston donna cet exemple, et les autres colonies l’imitèrent : l'exportation des laines ne fut pre permise ; les habitants se vêétirent e tissus grossiers, ouvrages de leurs propres mains , ou fabriqués dans leurs ateliers, encore peu perfectionnés; ils aimèrent mieux se priver de ce qui constituait les recherches du luxe et les agréments de la vie, que de sacrifier leurs franchises coloniales. Des réunions populaires s'étaient formées dans les principales villes pour exalter encore cet esprit d’irritation : ces assemblées étaient tumultueuses; on s’y animait à l’envi les uns des autres; on commençait à regarder comme ennemis du bien public tous ceux qui ne partageaient pas cette effervescence, et il

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se forma tout à coup, sous le nom d'Ænfants de la liberté, une association d'hommes résolus à se porter sur tous les points où les institutions et les droits des colonies seraient menacés, et où l’on voudrait mettre la loi du timbre à exécution. Les autorités publiques, plus retenues dans leurs plaintes et plus graves dans leurs démarches , n’autorisaient point par une approbation formelle ces assemblées irrégulières, mais elles en toléraient les clameurs; elles y vovaient le libre essor de l'opinion générale et d’un mécontentement qu’elles étaient ellesmêmes intéressées à entretenir. Aussitôt qu'on eut appris en Amérique que le bill du timbre, voté par la chambre des communes, le 7 février 1765, avait été ensuite approuvé par la chambre haute, et avait reçu la sanction du roi, l'assemblée législative de Virginie déclara que cette colonie n’était point tenue d'obéir à une loi qui lui imposait une taxe quelconque, à moins que cette loi n’eût été votée par ses autorités mêmes. Pendant les débats qui précédèrent cette déclaration, le gouverneur essaya de changer l’opinion de la législature, en dissolvant cette assemblée et en ordonnant d’autres élections ; mais tous les membres qui s’étaient prononcés contre la loi du timbre furent réélus, tous ceux qui lui étaient favorables furent remplacés, et la déclaration qu’on voulait empêcher devint unanime. La même résolution fut adoptée dans la province de Massachusett, et ses représentants convoquèrent, pour le 1°* octobre 1765, un cougrès où seraient admis des députés de toutes les colonies, afin de pourvoir aux mesures d'intérêt public qu’exigerait la gravité des circonstances. Cette assemblée, qui se tint à New-York, proclamaledroitqu’avaient les colonies de n’être imposées que par elles-mêmes; elle résolut d’adresser à la fois des réclamations au roi et aux deux chambres du parlement, pour revendiquer ce droit et pour obtenir le libre exercice de la législation intérieure. Les autorités locales n'étaientelles pas seules à portée de juger des

lois et des règle ents convenables à leur situation? Était-ce à quinze cents lieues de distance qu'on pouvait apprécier leurs besoins et régler leurs intéréts? Les colonies n’avaient aucun député, aucun organe dans le parlement :

elles n’v trouvaient de bienveillants défenseurs que dans quelques hommes assez généreux pour ne pas les sacrifier à la métropole; mais une protection si impuissante n’empéchait pas les usurpations de l'autorité. Les atteintes aux priviléges des colonies se multipliaient de jour en jour : on ue se bornait plus à charger leur commerce de taxes exorbitantes, on attirait en Angleterre une grande partie de leur numéraire, en y faisant verser le produit de ces droits de douane ; on s’efforçait d’affranchir du contrôle de leurs assemblées tous les actes des officiers civils ou militaires que le roi chargeait de leur administration; et pour tenir plus aisément dans la sujétion ces provinces éloignées, on voulait y entretenir à leur charge un corps de troupes britanniques , sous prétexte d’en assurer la défense, quoique les habitants pussent aisément y pourvoir eux-mêmes, depuis qu'ils n'avaient plus à se préserver que des agressions des sauvages.

es représentations et cette unanimité de résistance produisirent en Angleterre une profonde impression.

Un nouveau ministère , plus favorable anx intérêts des colonies, fut placé à la tête des affaires : William Pitt en faisait partie; il se prononca dans le parlement, avec toute la force de sa raison et de son éloquence, contre l'établissement du droit de timbre, et il en obtint la révocation. Cependant la plupart des membres qui consentirent à le supprimer s’y déterminèrent plutôt parce qu'ils regardaient cette taxe comme im 4 sup et dangereuse, que parce qu’ils la croyaient illégale.

L'autorité législative du parlement sur les colonies leur paraissait incontestable ; mais ils admettaient qu’on devait l'exercer avec réserve; et comme le droit. d’établir des tarifs commerciaux n'avait pas étéaussi vivement contesté,

ils se rejetèrent sur ce genre de taxes, dans l'espérance d’y trouver un équivalent des autres contributions auxquelles les colonies se refusaient.

Un nouveau bill fut alors présenté au parlement pour établir des droits d'entrée sur le thé, sur le verre, le papier et les couleurs, qui seraient portés d'Angleterre dans les colonies.

On se proposait d’en appliquer les produits aux appointements et aux

ensions que le gouvernement aurait payer en Amérique, soit pour l’administration des colonies, soit pour leur défense, et de lisser le surplus à la disposition du park ment. C'était lui conférer une extension d’autorite dont il n’avait pas encore joui; c'était mettre tous les délégués du pouvoir hors de la surveillance des assemblées coloniales, qui jusqu'alors avaient voté elles-mêmes les fonds de leurs traitements, et avaient pu, par des témoignages de faveur ou de mécontentement, influer sur le caractère et la tendance de leur gestion.

Cette loi de douanes devait étre mise en vigueur à dater du 20 ocvembre 1767, et pour en surveiller l'exécution, le gouvernement britannique créa une administration permanente, dont le siége était fixé à Boston, et dont les agents étaient répandus dans les autres ports. Mais aussitôt que les colonies eurent connaissance de cette nouvelle entreprise contre leurs priviléges, elles firent éclater la plus vive opposition. Les associations contre le commerce anglais reparurent et se multiplièrent :

on résolut de se priver de la consommation du thé, quoiqu’elle fût déjà entrée dans les habitudes journalières des Américains : on renforça les règlements somptuaires, essayés depuis plusicirs années, et l'on chercha à s'affranchir de toutes les importations qui ne s’appliquaient pas aux premiers besoins ; soit afin de stimuler l’industrie coloniale, soit afin de priver la métropole des droits qu’elle imposait au commerce. C'était renoncer à des jouissances; mais l'amour du bien public afferimissait ce sentiment d’ab-

négation ; il ôtait aux privations toute espèce d’amertume, et la fermeté du caractère américain se prétait aisément à de tels sacrifices. La plupart de ces hommes avaient grandi au milieu des épreuves les plus difficiles : ils avaient reçu en héritage le leurs pères la constance, l’amour du travail, l’habitude de se roidir contre les obstacles. Voudraient-ils dégénérer des vertus premières qui avaient eu leur source dans la proscription, et qu’une longue suite de fatigues et de dangers avaient maintenues de race en race? Lorsqu'une résolution ferme est favorisée par l'opinion publique, elle entraîne enfin lles'plus indécis, et nul homme n'ose s'y soustraire. Aussi la même impulsion devint bientôt générale : on se récriade toutes parts contre

les impérieuses exigences de la mé- :

tropole, et contre ce système d’usurpations graduelles, qui, sous prétexte de régulariser le commerce, avait tour à tour étabii plusieurs formes d’impôts, dans la vue d’assurer à l’Angleterre un fonds de revenu dang ses colonies.

Depuis l’origine de ces contestations, il avait paru en Amérique plusieurs pamphlets, où l'on examinait les droits respectifs des colonies et de la métropole : ces observations, reproduites et commentées par la presse périodique, circulaient dans toutes les classes de citoyens. La balance n’était point égale dans cette discussion d’intérêts ; et les opinions les plus favorables aux colonies étaient aussi les plus répandues : elles devenaient po-

ulaires ; on y voyait l’expression de a volonté commune. Les réunions particulières où l’on agitait ces graves questions, se multipliaient dans toutes les villes, et les assemblées poiitiques secondaient ce mouvement.

La législature du Massachusett, convoquée au commencement de 1768, adressa des représentations sur le noue vel impôt au roi, aux deux chambres du paiiement, aux tes tu persons nages qui avaient fait révoquer Ja loi du timbre, et au milieu desquels s'é-

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comte de Chatam. Ce vénérable vieillard, que le roi avait conservé dans ses conseils , était retenu chez lui par ges infirmités lorsqu'on avait voté les nouvelles taxes imposées sur le commerce; et les Américains, le regardant comme un de leurs plus bienveillants défenseurs, recouraient à lui pour obtenir le redressement de leurs nouveaux griefs.

Les colonies avaient l’habitude d’entretenir en Angleterre des agents chargés de défendre leurs intérêts et d'appuyer leurs remontrances : ces députés étaient généralement choisis armi les hommes les plus habiles, us plus éclairés; et Benjamin Franklin était du nombre. Il joignait aux vertus publiques toutes celles qu honorent l’homme privé; et la considération due à la beauté de son caractère lui était aussi méritée par l’élévation de son génie. Il avait puisé dans la profession de l’imprimerie son premier oût pour l’étude; et laréflexion venant à seconder ses lectures, lui avait révélé ses découvertes dans le monde physique, etses grandes pensées dans l’ordre social. Ses observations sur l’électricité atmosphérique et sur les moyens de diriger et de maîtriser la foudre remontent à l’année 1752: c’était la plus grande découverte qui eût illustré le milieu du siècle ; elle attira sur son auteur l’admiration générale, Franklin montra que les sciences spéculatives et l’habileté de l’homme d’État peuvent se concilier; et s’il rendit son nom impérissable dans le monde savant, il mit sa principale gloire à servir honorablement son pays, et à se dévouer à la sainte cause qu’il avait embrassée.

Les agents américains défendaient avec chaleur les intérêts qui leur étaient confiés; et la force de leurs représentations faisait prévoir qu’ils ne fléchiraient point. «Les colonies, disaient-ils, étaient filles de l’Angleterre, et jamais elles n’avaient manqué d’égards envers la mère patrie; mais clles n’étaient pas ses sujettes :

elles avaient leurs privilèges à maintenir. Si leurs citoyens étaient animés

d’une noble fierté, ils l’avaient puisée dans le sang de leurs ancêtres, ils la devaient aux mêmes institutions. Les colonies seraient fidèles à leur serment d’allégeance ; mais elles avaient le droit d'obtenir que la métropole les amp sans les opprimer : vouloir es abaisser, c’était s’exposer à leur résistance. Vous voyez, ajoutaient-ils, les premiers effets de vos lois désastreuses : si elles rencontrent tant d’opsition, si elles irritent à ce point opinion pes c’est que les colonies sont déjà accablées de charges , et qu’elles ne peuvent en soutenir de nouvelles. Vous entendez le cri du besoin; faites qu’il ne dégénère pas en clameurs séditieuses : accueillez les vœux de trois millions d’hommes qui sont vos frères et qui désirent ne pas rompre avec vous. »

C’est en ce sens que s’exprimaient les hommes les plus attachés aux intérêts des colonies; mais lautorité de ces discours ne frappait point assez Pattention du gouvernement anglais :

il accusait de partialité ou de jactance les agents et les défenseurs de l’Amérique : on était incrédule à leurs prédictions, souvent même on les sou çonnait de mauvaise foi; et Benjamin Franklin écrivait à ses commettants

ue sa franchise avec les ministres tait souvent prise pour un artifice, et qu’il les trompait en leur disant la vérité.

L’Angleterre, n’apercevant encore dans les mouvements des colonies qu’uue insubordinatian sans consistance, et sans danger pour elle, espéra l'arrêter dans son foyer même, en envoyant des troupes à Boston; et le général Gage, qui était alors à New-York, y fit passer quelques régiments dont le débarquement commença le 1°° octobre 1768. Tous les esprits furent vivement exaspérés par cette occupation militaire : ils le furent encore plus, lorsque le parlement britannique, approuvant les mesures que le gouvernement avait prises pour faire exécuter la loi à main armée, déclara que les infracteurs pourraient étre traduits en Angleterre pour y étre jugés. C'était

les arracher à leurs juges naturels, leur ôter la procédure par jury , qu’on avait toujours regardée comme la première sauve garde de l’innocence, et les livrer à des tribunaux prévenus contre eux, et trop éloignés des lieux du délit pour apprécier la valeur des charges de l’accusation.

L'assemblée de Virginie se hâta d’adresser au gouvernement britannique des remontrances contre cette résolution; et sa démarche n'ayant eu aucun succès, les citoyens s’engagèrent de nouveau, par des associations

ui se formèrent de proche en proche ans toutes les colonies, à interromre leurs relations de commerce avec "Angleterre, et à ne recevoir aucune de ses importations. L'assemblée de Massachusett déclara qu’elle ne pouvait pius délibérer librement tant que la ville serait occupée par une garnison anglaise : elle se refusa aux subsides qui lui étaient demandés pour l'entretien de ces troupes; et les mémes pa furent Se rs par les assemblées de New-York, du Maryland, de là Delaware. Aucune colonie ne voulut consentir qu’on lui appliquât les lois rendues en Angleterre pour la répression de la révolte; car elles se croyaient toutes dans un légitime état de défense, puisqu'elles se bornaient à réclamer la jouissance de leurs droits.

Enfin le gouvernement britannique, renonçant à une partie de ses demandes, consentit à révoquer les droits imposés sur le verre, le papier, les couleurs, et il ne laissa subsister que les droits sur le thé; mais les colonies, sans lui savoir gré d’une demiconcession, qui paraissait ne lui avoir été arrachée que par leur résistance, se plaignirent avec la même amertume de la taxe qui n’était point révoquée.

La fermentation était plus vive à Boston que dans toute autre ville; plusicirs rixes avaient éclaté, au mois de mars 1770, entre les soldats de la ns et les citoyens : un poste de huit hommes de garde, commandés par Preston, avait été assailli par la multitude: il avait fait usage de

ses armes à feu, et plusieurs hommes avaient péri dans ce sanglant démélé.

L’effervescence poness en fut accrue; on demanda la sortie de la garnison, et, pour éviter des rixes nouvelles, le commandant la fit retirer au fort William.

Deux années se passèrent en demimesures et en inutiles essais de rapprochement entre les deux partis. Le commerce de la métropole avec les colonies se trouvait arrêté par les associations qui en refusaient les produits; l'administration des douanes an.

laises entravait à son tour les re}ations es colonies avec les autres pays, et cet état de gêne, qui interceptait tout commerce légal, ne laissait subsister v’un trafic de contrebande, toujours uneste à la bonne foi, à la morale et

à la richesse publique. Sur ces entre-|

faites, d’autres symptômes d’irritation allaient se manifester. Les associations formées dans les différentes villes avaient établi entre elles des correspondances habituelles : l’effet de ces affiliations était de les animer toutes du même esprit, et de propager rapidement leurs vœux et leurs résolutions.

Un comité central établi à Boston correspondait avec plusieurs comités prin- GRAN: ceux-ci dirigeaier.. d’autres réunions qui imprimaient le même mouvement à la province entière. Cette organisation fut imitée dans les autres colonies : partout on augmentait l’ascendant du peuple; et il devint bientôt impossible de modérer ce nouveau pouvoir, que la résistance irrite et qui aime à briser toutes les entraves.

uand la classe la plus nombreuse et la plus turbulente eut été mise en mouvement, les désordres particuliers se multiplièrent : on s’accoutumait au mépris de Pautorité, et, dans les atteintes qu’on lui portait, la dérision se mélait souvent à l’outrage. L’administration des douanes y était particulièrement exposée. Un de ses agents, à Boston, ayant voulu faire exécuter avec rigueur un règlement sur la contrebande, fut enduit de goudron, couvert ensuite de plumes, et promené

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aux bruyantes huées de la populace (voy. pl. 48). D’autres fois on ne se borna point à l’insulte : on chargeait du titre odieux d’ennemis publics les hommes qu’on voulait poursuivre; leurs maisons furent livrées au pillage ; eux-mêmes ne durent leur salut qu’à la fuite. Souvent il se mêle, au milieu des émotions populaires, des hommes intéressés à couvrir d’un voile leurs rapiaes ou leurs vengeances : ils tournent en licence leur prétendu zèle pour la patrie, et profanent par leurs excès la cause qu’ils affectent de servir. Les citoyens éclairés, et sincèrement amis de leur pays, voyaient ces désordres avec regret; et néanmoins ils craignaient le trop comprimer un mouvement irrégulier qui intimidait leurs adversaires. On était résolu à résister aux injonctions du gouvernement britannique, et ce n’était pas au moment où la lutte pouvait s’engager qu’il eût été prudent d’enchaîner l'audace des plus séditieux et de repousser d’ardents auxiliaires.

L'arrivée de plusieurs cargaisons de thé, que la compagnie anglaise des Indes orientales avait expédiées de Londres à Boston, offrit bientôt l’occasion d’éclater. Le peuple ne voulut

oint en permettre le débarquement :

il demanda au gouverneur de Boston le prompt éloignement des trois navires qui étaient chargés de cette importation; et sa demande ayant été refusée, on vit tout à coup une vingtaine de matelots, travestis en guerriers indiens, monter à bord des bâtiments, briser les caisses de thé, et jeter à la mer toutes les pacotilies. D'autres envois avaient été faits à New- York, à Pbiladelphie, à Charleston :

on les refusa dans les deux premières villes ; et les thés qui arrivèrent à Charleston furent renfermés dans des magasins où ils s’avarièrent.

Le gouvernement, plutôt aigri qu’intimidé par cette longue suite d’actes de résistance, dont le signal était habituellement donné par la ville de Boston, crut qu’en la traitant avec rigueur il découragerait les autres colonies, et leur ferait sentir la nécessité de ja

soumission. Lord North était alors premier ministre : il présenta aux chambres, le 14 mars 1774, un projet de loi qui fermait au commerce le port de Boston, et en transportait les priviléges au port de Salem : un second bili ôtait à la colonie du Massachusett la nomination de ses juges et de ses magistrats, et transférait à la couronne ce droit d'élection. Il fut proposé, ar un troisième bill, de faire juger dans d’autres colonies, ou même en Angleterre, les individus accusés d’actes de violence contre les officiers pubies. Toute l’éloquence d’Edmond

urke et du colonel Baré ne put emécher l'adoption de ces mesures vioentes : on sentit néanmoins qu’elles ne pouvaient pas être exécutées sans obstacle, et ce secret pressentiment les frappait déjà de réprobation. Le gouvernement résolut de les faire soutenir par les forces militaires qu’il de- Vait rassembler dans le Canada; et atin de ne pas avoir à craindre de défection dans cette dernière colonie, dont l’acquisition était récente et dont les habitants pouvaient encore regretter la domination de la France, il accrut leurs priviléges, il ménagea leurs opinions religieuses, et ne négiigea rien pour se concilier leurs affections.

À peine on eut appris en Amérique les nouvelles lois qui allaient priver Boston de son commerce et le Massachuseit d’une partie de ses libertés, qu’un même sentiment de douleur se manifesta dans toutes les colonies. Les lois devaient être mises à exécution le 1°" juin 1774 : l’assemblée de Virginie délai que ce jour serait consacré au deuil, au jeûne et à la piière. On demandait au ciel qu'il détournât les maux dont les colonies étaient menacées, ou qu’il bénît les armes qu’elles prendraient pour leur commune défense. Les mêmes äispositions à In résistance furent exprimées dans les autres colonies. L'assemblée du Massachusett demanda la formation d’un congrès général : toutes les autres provinces émirent le même vœu; toutes nommèrent leurs députés au congrès, et il fut résolu que sa session s’ouvri-

rait le 4 septembre à Philadelphie (voy.

: Le général Gage, envoyé comme gouverneur à Boston dans des circonstances si difficiles, était chargé d'exécuter les rigoureuses lois qui ordonnaient la clôture de ce port. Plusieurs régiments, venus d'Europe, du Canada et de l’Acadie, avaient été mis à sa disposition : on voulait comprimer le mécontentement par la forte, et le port fut en effet fermé le 1°° juin, sans que l’on éprouvât d'opposition.

Il n’y eut dès ce moment aucun arrivage, et bienfôt même on s’opposa à la sortie des bâtiments qui se trouvaient dans le port. Cette rupture de toute relation de commerce et de navigation avec le dehors réduisit promptement à l’indigence une nombreuse classe d'hommes que ces branches d’industrie nourrissaient; mais elle fit éclater le vif et noble intérêt que prenaient les autres colonies au sort de cette malheureuse ville. Aucune rivalité de commerce ne leur fit désirer de s’enrichir de ses pertes : Philadelphie, New-York, Charieston ouvrirent des souscriptions en sa faveur; Salem, où l'en voulait transporter son commerce, offrit aux négociants et aux armateurs de Boston l'usage libre et franc de son port et de ses magasins, aussi longtemps que durerait cet orage.

Quelques peuplades sauvages témoignèrent elles-mêmes à cette ville qu’elles étaient touchées de son i:1/ortune; et leurs orateurs, ayant fait la collecte de tout l'argent qui se trouvait dans leurs tribus, vinrent apporter quelques dollars. « Voilà, dirent-ils, « tout ce que nous possédons; mais «nous allons chasser dans le haut « pays, et nous vendrons aux hommes « blancs nos pelleteries, pour vous en « apporter le prix. »

De tels exemples animaient le zèle des autres colonies; et cette affection, cette sympathie générale étaient constamment entretenues par les comités populaires qui s'étaient ligués pour la défense commune. Les Bostoniens, se voyant assurés du puissant appui de l'opinion, préparaient plus ouverte-

ment leur résistance aux nouveaux na pri qu’on voulait leur impcser :

ils refusaient de les reconnaître, troublaient par des clameurs leurs délibé.

rations, cherchaient à se pourvoir d’armes, et s’exerçaient à leur manicment, comme s’ils eussent été menacés d’une nouvelle guerre. La levée et l'entretien de leurs milices, autorisés et même prescrits par leurs anciennes lois , étaient le spécieux prétexte de ces armements.

Le gouverneur de Boston, voyant s’accroître le mécontentement public, voulut priver cette ville des secours men pouvait recevoir du dehors : il

t fortilier et occuper par des troupes l’isthme qui la sépare du continent, et on enleva, par son ordre, les poudres

’un arsenal placé dans le voisinage.

Ces mesures firent éclater de toutes parts un soulèvement, qui jusqu'alors s'était borné à quelques scènes tumultueuses. Trente mille hommes se levè.

rent dans la province de Massachusett, à la nouvelle des périls dont Boston était menacé. On courut également aux armes dans le New-Hampshire et le KRhode-Island; on exerça les milices; on exigea que tous les magistrats, tous les agents publics, xommés contrairement aux anciennes coutumes, renonçassent à leurs fonctions; et les autres colonies appuyèrent de leur assentiment toutes les mesures prises par les Bostoniens pour le recouvrement de leurs privilèges.

Il est à remarquer que le mouvement d’insurrection, qui se-communiqua rapidement à traver. toutes les colonies anglaises, ne gagna point les possessions pius récemment acquises par le gouvernement britannique. Le Canada, la Louisiane, les Florides ne prirent aucune part à cette commotion; leurs habitants n'avaient pas joui des mêmes prérogatives; ils n'avaient à revendiquer ni l'institution du jury, ni le droit de s'imposer euxmêmes, ni ces assemblées représentatives, souvent orageuses, mais toujours chères aux peuples, et regardées par eux comme les plus sûrs abris de leurs libertés. Le souvernement des

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alors les associés en distribuaient les domaines à leur gré; ils en réglaient les droits et les charges, et ils en exploitaient le commerce; mais les vicissitudes qe ces compagnies éprouvèrent dans leurs opératioñs , dans leur crédit et leurs ressources, ayant mis en péril le sort des colonies, le roi les réunit à la couronne, et toutes les lois émanèrent de lui. Cette forme de gouvernement, qui fut appliquée au Canada en 1674, s’étendit aussi à la Louisiane en 1730, et on la conserva aussi longtemps que ces pays restèrent sous la domination de la France. Lorsue l’Angleterre eut fait l’acquisition du Canada, elle ne changea point les règlements civils et politiques qu’elle y trouvait établis; elle laissa au gouvernement toute son autorité, et l’action du pouvoir royal n’avait pas à craindre le contre-poids et la résistance d’une population qui était alors trèsveu nombreuse. Le Canada n’avait que Jeux villes, celles de Québec et de Montréal ; tous les autres lieux habités n'étaient que des bourgs, des hameaux, des postes militaires, placés de loin en loin dans une immense région; quelques villages, quelques forts étaient egalement dispersés entre les grands lacs, le Mississipi et les Apalaches, et ces pays, qui devaient un jour se couvrir d’Européens , n’avaient encore que quelques établissements.

Dans une telle situation, ni le Canada, ni surtout les régions situées au midi des lacs et haignées par l'Illinois, le Wabash, l'Ohio et leurs affluents, ne pouvaient être entraînés dans les mouvements des colonies anglaises.

Les révolutions ont besoin du contact des hommes, de leur réunion dans les cités, et de cette fermentation que produisent alors le mélange et le choc des intérêts : c’est là qu’elles trouvent à mettre-en action le pouvoir des masses, le courage, l’ambition, l’ascendant du caractère, du génie, de l'audace, toutes les passions enfin qui se développent au milieu des erises de l

social. Les habitations disséminées ressentent peu ces ébranlements de la multitude. 11 n’y avait d’ailleurs aucune similitude de vues et d’intérits entre les colonies anglaises et les possessions nouvellement acquises : leur origine n’était pas la même, et leurs rapports mutuels n'étaient point encore assez intimes pour qu’elles pussent obéir aux mêmes impulsions.

Ce que nous avons dit du Canada et des contrées situées à l’orient du Mississipi s'applique également aux Florides , que l’Angleterrre avait acquises par les traités de 1763. Rien n'avait été changé dans la forme de leur administration; le nom seul du souverain était différent. Il s’était établi peu de rapports entre ce pays et les colonies voisines, et la différence des mœurs et des opinions politiques et religieuses maintenait cette espèce d’isolement.

L’Acadie elle-même, quoiqu’elle fit partie des possessions britanniques depuis 1713, avait toujours été trop séparée des autres colonies anglaises par la forme de son administration,

our s’unir à leur cause et entrer dans eurs démêélés avec la métropole.

Les colonies, en se prénarant à la résistance, ‘n’eurent donc point à compter sur le concours des autres provinces de la domination britannique; mais elles avaient assez de résolution, de dévouement ei uc force pour s'engager dans cette lutte avec confiance. L’Angleterreétaitséparéed’elles

ar l’immensité de l'Océan; il lui falait du temps pour armer; elle avait à courir toutes les chances de la navigation; une guerre imprévue pouvait retenir en Europe une partie de ses troupes et de ses escadres, et pendant:

ce temps les colonies unissaient leurs, forces et poursuivaient leurs préparatifs. Néanmoins, elles paraissaient encore vouloir éviter une rupture, et même, en adressant au gouvernement angiais leurs représentations les plus énergiques , elles renouvelaient les protestations de leur attachement et de leur fidélité envers la mère patrie; mais la fierté du langage témoignait assez qu’elles ne seraient fidèles qu’au gouver-

nement qui reconnaftrait leurs droits.

De telles déclarations d’obéissance furent regardées en Angleterre comme d’audacieuses menaces, et les hommes qui L'ancien aux conseils crurent quedes mesures vigoureuses pourraient seules sauver la dignité et le pouvoir du gouvernement.

Cependant il se formait autour d’eux une opinion plus favorable aux intérêts et à la cause des colonies. La voix de leurs assemblées s’était fait entendre; elle avait ému tous ceux qui aiment la franchise, le courage et les résolutions généreuses. Les vœux exprimes par des hommes qui réclamaient eurs droits, au nom des chartes qu’ils avaient obtenues, au nom même du pays d’où ils étaient originaires, perdaient le caractère de la sédition. Ils avaient partout de nombreux partisans; et tous ceux qui ne voyaient dans les habitants de l’Angleterre et de ses possessions éloignées que les membres d'une même nation, désiraient que l’une et l’autre contrée jouissent de tout le hien-être dont elles pouvaient être susceptibles. Ce but leur semblait être celui de toute association : chacun des deux pays devait être admis à y concourir de tous ses moyens. Ils s’enrichissaient mutuellement par un échange de bons offices, et si les colonies étaient florissantes, la métropole pouvait obtenir d'elles des services plus habituels et plus importants. Falait-il que, pour maintenir son ascendant sur de si belles provinces, elle prit la funeste mesure de les affaiblir ?

N’était-il pas plus juste de chercher à les retenir dans le devoir par le sentiment de leur bien-être, et de leur ôter, en les rendant heureuses, le désir de changer de situation? Si enfin il fallait prévoir que toute colonie tend à s’émanciper à mesure qu’elle devient plus forte et plus grande, ce motif ne suffisait point pour en prolunger la faiblesse. Les gouvernements auxquels fut confié le destin des peuples ont une plus haute mission à remplir que celle de veiller aux intérêts du pouvoir : il leur appartient d’en proportionner l'action et l'étendue aux différents âges de

la société, d’élever l’enfance des colonies, de seconder leurs progrès, et de régler sur leurs besoins les bienfaits qu'ils ont à répandre sur elles.

Lorsque la commotion produitedans les colonies anglaises conduisit à discuter en Europe de si graves questions d'ordre social et d'économie politique, ces études étaient favorisées par l’opinion générale. On les croyait d'autant plus dignes d’exercer tous les bons esrits, qu’elles avaient pour but d’améiorer le sort des hommes, celui des nations comme celui des individus, et de résoudre le difficile problème du gouvernement le plus heureux, le plus peternel, le plus favorable au dévelo pee de l'intelligence humaine et de a prospérité publique

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