‹ Etats-Unis, Manitoba, et Nord-Ouest [microforme]Chapitre 21 sur 33 · TROIS JOURS DANS LE MANITOBA · texte numérisé non relu

TROIS JOURS DANS LE MANITOBA

. Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur la rue principale de Winnipeg, le Main ” street, et avoir visité les bureaux du secrétaire d'Etat, l’'honorable M. LaRivière, nous descendons la

rue qui conduit au bateau, et après quel-

ques minutes d’attente nous voguons sur le “ Marquette,” grand bateau assez Us rapide. Les excursionnistes sont noîn- de | breux ; à part les membres de la presse mil d’Ontario et de Québec, il y a encore dev.

ceux de la presse de Winnipeg à qui will nous sommes redevables de cette jolie Not promenade. M. Rowe, du “ Winnipeg Pay!

Times ” et M. Luxton du ‘ Free Press ” au | ont nolisé le ‘“ Marquette ” à leurs Say propres frais Preuve que la presse G manitobaine fait d’excelientes affaires. prof Après avoir passé le pont Louise, qui Ses relie les deux rives de la rivière Rouge dé pour les besoins du chemin de fer du TRge Pacifique, nous voyons défiler à nos les. !

yeux le premier établissement colonisé

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par Lord Selkirk en 1813 et 1814, [paroisse de Kildonan], la cathédrale de St-Jules, les paroisses de St-Paul, de

St-André et de St-Clément ; puis le Fort

de Pierre où nous nous arrêtons un instant. C'est une vaste parallélogramme en pierres jaunâtres, avec des bastions à chaque. extrémité angulaire.

Il renferme un magasin, des hangars, des résidences privées. Le Fort et son contenu appartiennent à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il est situé à 20 milles de Winnipeg. Nous passons:

devant Selkirk, et puis la réserve sauvage de St-Pierre s'offre à notre vue.

Nous continuons à contempler lé paysage jusqu’à ce qu’on arrive enfin au lac Winnipeg, à 60 milles de St- Boniface.

C'est un lac immense, mais d'une profondeur quiatteint à peine dix pieds.

Ses bords sont si plats que leau déborde, et forme tout autour des marérages. Il est cependant navigable pour les bateaux qui ont un faible tirant

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d'eau. La rivière Rouge s’y jette par quatre branches différentes ; celle du milieu est la plus propice aux fins dela navigation

Nous ramassons quelques coquillages sur les bords du lac, et le “ Marquette ” tourne de bord pour nous conduire jusqu’à Selkirk, et de Ià à Colville Landing où nous devons pren-

dre le train qui doit nous ramener à

Winnipeg.

Mais l’heure est arrivée de prendre le diner. Un voyage sur l’eau a ouvert nos appétits ; nous nous mettons à table vers une heure. Le menu du diner est des mieux choisis, et tour à tour, comme dit la chanson, nous faisons sauter dindons, fricots de volailles ; les vins ne sont pas!non plus à dédaigner. Nous étions encore “ à déguster le gloria qu’on nous avertit qu’il doit y avoir une réunion de la presse au salon, dans le but de voter des remerciements aux propriétaires du

Times et du Free Press pour leur cordiale

réception. Plusieurs discours furent prononcés à cet effet, entre autres par M. Pense, président de l'association, M.

Camerou, du ‘“ London Advertiser,” M.

Creighton, M. P. P., et M. Elder, M. P. P.

propriétaire du ‘* Telegraph ” de St-Jean, N. B. et récemment élu comme député provincial. M. Jos. Tassé, M. P., a été l'interprète de nos sentiments de reconnaissance à l'égard de MM. Rowe et Luxton.

Le ‘‘ Marquette ” touche à Selkirk à 6 heures du soir. On se rend à terre sur trois à quatre bouts de pianches. Il v’existe pas de quais proprement dits sur les bords de la rivière Rouge. Le bateau vient se mettre tout près de terre, à.

quelques pieds seulement, et ras de danger qu'il ne touche au foud.

Encore ici réception.Je m'attendais à trouver une petite ville, mais quel désenchantement, quand je me vis en face d’un petit village. I1ly a bien un journal, quelques beaux édifices en bois, mais pas de ville. Comme com

pensation nous rencontrons des gens polis, le cœur sur la main. Un lunch nous avait été préparé par les soins du maire, et une adresse nousest présentée par le greffier du conseil de ville.

Le départ sonne vers 7k heures, et nous nous précipitons à bord pour traverser la rivière où le train régulier du Pacifique doit arriver à 8 heures. En effet à cette heure même nous étions emportés avec la plus grande vitesse vers Winnipeg, où nous arrivons à 9 h. p. m.

Tout le grouve français, qui avait accepté durant la journée l’aimable invitation des honorables MM. Dubuc et LaRivière d'aller séjourner à St- Boniface, part en compagnie de ces messieurs à qui nous sommes! redevables d’avoir passé la plus belle journée de notre long voyage de 18 jours, la journée du lendemain.

A 11h. p. m. nous étions installés à l'hôtel St-Boniface, résidence somptueuse. L'hôtel est tenu par une dame

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française, autrefois de Montréal. On y trouve tout le confort désirable, de bonnes chambres et une table bien garnie, et les charges...nulles.

Le lendemain, jour consacré au Seigneur, nous nous dirigeons vers: neuf heures à l’église cathédrale ; je constate avec plaisir que la foule est recueillie et considérable.

Le chœur de l'orgue répand sur nos têtes des flots d'harmonie ; l’orgue, le plus beau et le plus vaste du Manitoba, laisse entendre des sons qui nous rappellent ceux de notre vieille basilique.

Tout tend du reste à me faire croireque

j'entends la messe à Québec.

Un archevêque à son trône ; un sanctuaire dont les stalles sont -occupées par des prêtres séculiers ; des écoliers à leurs bancs, en avant de la nef, tout près du baiustre ; dans la nef, des juges, des ministres, des députés fédéraux et locaux, des médecins, des avocats.

Je voudrais pouvoir exprimer tous

les sentiments d'émotion qui me sont mnntés au cœur durant cette messe que je n’oublierai jamais.

A l'issue de l'office divin nous nous dirigeons à l’archevêché, pour y saluer le saint et vénérable prélat qui a nom Mgr Taché, la plus belle figure de l'histoire de l'Ouest. Nous étions là vingt Canadiens français réunis autour d’un des premiers fondateurs de l’église catholique au Nord-Ouest, le continuateur de l’œuvre dont les débuts furent confiés à Mgr Provencher. Aussi que cette courte réunion m'a laissé d’agréables souvenirs ! Au moment où la conversation est la mieux engagée, sonne l’Angelus. Après l’avair récité, Mgr Taché s’écrie : ‘ C’est l’Angelus le plus solennel que j'aie récité ici, et cette circonstance me rappelle aussi un autre Angelus plus solennel auquel j'ai assisté ; c'était au Vatican, il était prononcé par Pie IX, et 500 évêques y répondaient.”

Nous disons adieu à Sa Grandeur

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et un quart d'heure plus tard, après avoir été rendre visite à l'honorable M.

Royal et délecté un verre de champagne à la santé de la famille du député de Provencher, nous étions commodément installés à la table de M. le juge Dubuc; et quelle table, grands dieux ! Un vrai festin de Lucullus que nous avons fait là! Nous y avons mangé (c’est un détail) du pémican, du vrai pémican, qui n’a pas dû être préparé par un Peau-Rouge.

Madame Dubuc nous a fait l'honneur de sa table avec une grâce charmante et il n’y a pas de doute que c’est à son habileté comme maîtresse de maison que nous devons d’avoir pu savourer des mets et des vins aussi délicats.

Le menu est épuisé ; le café, le pousse-café, le gloria, etc., n’existent déjà plus qu’en souvenir, lorsque nous prenons des voitures pour aller saluer M. l'abbé Ritchot, curé de St-Norbert, paroisse située à neuf milles de Winni.

peg. Il est trois heures ; le soleil est

très ardent, mais nos voitures (pas les nôtres, mais celles de nos bienveillants

amis de St-Boniface) vont nous mettre à |

abri de ses coups. Le trajet est un peu long, car la route est cahoteuse. Du reste, rien qui nous presse, car on sait d'avance que le père Ritchot a le cœur bon, et que ses réceptions du soir valent tout autant que celles du midi:

toujours avec le même bon cœur, la même excellente cordialité.

En effet, à peine avons-nous mis le pied dans le presbytère, que nous étions maîtres du terrain. Les uns envahissent le jardin, les autres les salles du curé.

Les carottes, les choux de Siam et le céléri du potager nous servent de projectiles pour assaillir nos ennemis, car il y en a partout. Certaine dame se plonge à travers une haie de gadelles, et selivre à un glanage tel, que je ne sais pas quel procédé aurait pris le bon Père pour faire son vin, s’il n’eût eu la précaution de les cueillir quelque temps avant notre arrivée.

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Le père Ritchot nous fait visiter son église, qui n’est pas précisément une cathédrale ; mais on doit en bâtir bientôt une nouvelle dans les dernier goûts.

LeMay, Levasseur ec quelques dames nous font une musique délicieuse ; pendant ce temps, le maître de céans nous raconte ses courses dans la prairie avec les Métis, les chasses aux bufiles, les évènements de 1867 à 70, avec une verve infatigable. L'ami Pelletier en a fait une jolie narration dans le Canadien.

La trop courte après midi passée avec M. l'abbé Ritchot fut couronnée par un souper qui n’a rien gâté de la fête. De ma vie je n'oublierai le céléri et le légendaire vin de gadelles du bon Père.

La noirceur est arrivée ; il nous faut retourner à l’hôtel $t-Boniface ; quelques points noirs se dessinent à l’horizOn, et qui sait si nous ne sommes pas menacés d’un orage ! Parmi les disciples de Vennor les plus savants décident qu’une tempête &e tonnerre est imminente. Hélas ! qu’allons-nous

devenir ? Nous mettons nos chevaux au grand trot, mais les éclairs fendent la nue dans la région du sud, et nous avons encore deux milles à parcourir.

Enfin. nous touchons au terme de la route, et la pluie ne fait que de commencer. Heureusement pour notre

caravane, Car si nous nous fussions

attardés un quart d'heure de plus, nous aurions été gratifiés en route du plus bel orage de pluie. d’éclairs et de tonnerre qu’il soit possible d'imaginer.

Les tempêtes du Manitoba et du Nord- Ouest ont un caractère très ‘violent.

Il pleut de l’eau, il pleut des éclairs :

ceux-ci tombent perpendiculairement à l'horizon, et il en tombe des quantités prodigieuses à la fois. C’est à donnerla

chair de poule même aux plus intré-

pides. Mon ami Pelletier, qui a pourtant du sang froid, a cru être en très grand danger.

Une fois la tourmente finie, nous disons le bonsoir à monsieur et à

madame Dubuc, confiant à leur garde.

deux des nôtres, Tassé et Le Vasseur.

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