QUATRE JOURS SUR LE PACIFIQUE
Enfin nous allons vers l’extrème Ouest ; on me dit alors que le chemin du Pacifique était terminé jusqu’à 409 milles de Winnipeg, depuis lors la ligne s’est allongée de près de 400 milles, de sorte que le Pacifique à la date actuelle s'étend à l’ouest de Winnipeg jusqu'à une distance de 800 milles ; ajoutez-y les 300 autres milles depuis St-Vincent jusqu’à Selkirk, et de Selkirk à la baie du Tonnerre, nous arrivons à 1,300 milles de chemin à peu près terminés.
De Winnipeg à Portage la Prairie,
nous ne voyons rien de bien intéressant. On entend trier aux gares :
Stonewal, Hanlan, Poplar Heights, Ossawa, High Bluff et enfin le Portage la Prairie où nous ne faisons qu’une courte étape, le temps de se réconforter.
Après souper nous nous remettons en route avec l'intention bien arrêtée—
notre programme avait été tracé d’avance—, de nous rendre jusqu’à l'extrémité du chemin, c’est à-dire à quelques milles à l’ouest de Regina.
Tandis que les excursionnistes sont livrés au sommeil, je vais commettre quelques indiscrétions sur le compte des directeurs du Pacifique. M. Egan, surintendant,.et M. Harder, agent du fret, et M. Harstone, agent de publications, nous avaient ménagé bien des surprises. D'abord nous étions les hôtes du Pacifique, c'était affaire entendue d'avance ; les organisateurs avaient fait imprimer—sur papier de luxe doré sur tranche. notre itinéraire pour le temps que nous serions leurs hôtes.
Dans les endroits habités, il était bien facile pour eux—moyennant finances--, de prendre des arrangements avec les hôtelliers pour rous donner l’hespitalité ; mais une fois dans la prairie, il leura fallu ériger des tentes, transporter des provisions, monter tout un système culinaire pour satisfaire les
vanñ- | appêétits de plus de cent voyageurs que mité le bon air de la prairie a rendus aussi illes voraces que des Sioux. Cependant il était écrit que nous ne devrions pas sont : souffrir de la faim et encore moins de ettre la soif. Attaché au train était un char mpte de fret, où l’on avait installé une igan, quantité prodigieuse de bonne. et même it du d'excellentes choses. J’énurnère : du blica- champagne, du claret, du /ager beer, du n des brand y, du old tom, du scotch—ces deux hôtes derniers articles sont indispensables en endue voyage.—des cigares, des cigarettes, aient biscuits. fromage, viandes conservées , doré et fumées, etc., etc. Je serais parti pour our le: la chasse aux bufiles avec un semblable hôtes. assortiment, au risque même detravert bien ser les Montagnes Rocheuses, et d'aller ces-—, rejoindre le chemin du Pacifique du rec les ” côté de la Colombie britannique.
pspita- Il est 5 heures du matin, et mon rie, il compagnon de lit et moi-même, assis à nspor- l'arrière du train, sommes occupés à ut un méditer sur.la brièveté de la vie, je me
re les trompe.—sur la longueur du chemin
qui nous reste à parcourir pour voir le bout du C. P.R.,—cardles Auglais n’appellent jamais le Pacifique autrement que le C. P.R., ça va plus vite ! Après deux heures de méditation, le sifllet de la locomotive nous avertit que l’on va enfin s'arrêter. Il était temps, car depuis Brandon, nous n’avions pas encore fait d'arrêt. Nous regardons avec la plus grande curiosité pour nous informer du nom de la ville qui s’offre à nos regards.
C'est Broadview, nous dit-on. Quelle ville immense! quelques tentes, un wigwam de Sioux à une certaine distance, et dominant la scène, deux grands édifices em toile qui doivent nous servir d'abri durantle déjeuner qui s'apprête, et pour ledinerquidevraavoir lieu le même jour, à 9 heures du soir.
Telle est la ville de Broadview, qui ne renfermait pas alors une seule maison.
Après un somptueux déjeuner, notre train s’ébranle en route pour Regina, le Chicago de l'avenir.” J’ai déià eu occasion d’en donner une description
ir le n'a pnent près et de n va puis e fait plus er du ards.
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qui était loin d’être flatteuse pour la capitale d’une provinee. Si on en croit certains journaux, il y a déjà plus de 1,000 citoyens ; lors de notre passage il y en avait à peu près 300.
Nous poussons nos investigations plus loin, car nous brûlons dun désir, bien légitime, de voir poser le dernier rail. Il nous fait parcourir encore 16 milles. Plus on avance dans l’ouest, plus la route devient mauvaise. On est ballotté de mème que sur un vaisseau durant la tempête, ou comme lorsque nous faisons le trajet en calèche entre la gare du Palais et la rue St-Joseph.
Enfin nous touchons au terminus du chemin de fer du Pacifique, le 29 août 1882, vers les quatre heures de l’aprèsmidi. Le temps est superbe, et la prairie est inondée des rayons les plus ardents et les plus éblouissants d’un soleil majestueux. A peine le convoi est-il arrêté, que nous sautons à terre et prenons notre course vers l'endroit où sont les travailleurs, la plupart des Norvégiens
et des Suédois ; il y a cependant plusieurs Canadiens-français.
Les travaux sont poussés avec une grande rapidité. Les entrepreneurs emploient deux mille chevaux et quatre mille hommes pour faire le terrassement et poser les rails. Ils patent par mois $280,000 à $300,000 dé gages ; ces gages pour chaque ‘ouvrier sont assez variables, de $2.25 et plus. Sur la ligne se trouvent des chars qui servent de dortoirs, de cuisines et de réfectoires ; ils sont à deux étages et construits très solidement. C’est dans ces maisons
ambulantes que les travailleurs trou-
vent ieur pension et ieur gîte. On conçoit facilement que ces pauvres ouvriers nau:aient pu coucher à la belle étoile, surtout par des nuits froides comme 11 en arrive sisouvent dans le Nord-Ouest, même durant la.saison d'été.
Deux petits incidents du voyage que j'allais oublier. Ce sont deux baptêmes, l’un d’une ville, l’autre d’un petit Cris
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né le jour mème du mariage d’un Cris avec une Crise. La ville est, ou plutôt sera celle de Pense, et l'enfant s’appellera M. Climie-Pense.
Les deux cérémonies ont :été imposantes.
Pense est une ville considérable ; tous les édifices sont construits en bois, mais cet édifice se réduit à une traverse de chemin de fer. Suivant l’antique coutume, on a cassé la bouteille de champagne en lui donnant une poussée vers la traverse. Sans la présence de cette pièce de bois et de cette bouteille, le bäptème de la ville aurait été illicite et invalide à la fois.
C'est ainsi que Penseville fut fondée du nom du Président de l'Association de la Presse, et rédacteur du ‘‘ Kingston Whig,” M. Pense.
M. Climie Pense a eu pour parrains MM. Pense et Climie ; ce dernier est secrétaire de l’Association.
I n’y a plus que 600 milles à parcourir pour arriver aux Montagnes Rocheu-
ses, mais comme ‘ les ombres descendent dans la plaine” et que notre locomotive se refuserait peut-être à aller plus loin, nous préférons d’un commun accord virer de bord, et retourner vers les pays de l'Orient.
Nous prenons la directions de Broadview, arrêtant toutefois à Troy où notre ami Duchesnay doit nous rejoindre. La nuit est déjà venue, et l’on nous annonce que le diner n'aura lieu qu’à minuit.
Et voilà comment cette fois, la seule, l’on n’a pas su mesurer à temps la profon.
deur de nos estomacs. Mais en attendant nous arrosons. le terrain, au cas où il serait trop sec, pour faire une plus facile digestion Enfin nous voilà rendus et nous nous faufilons sous la tente-réfectoire, nous rapprochant autant que possible de la cuisine, d’où s'échappent des émanations qui chatouillent très agréablement la membrane olfactive de mon ami B. Casgrain. Levasseur, Duchesnay et Pelletier se sentent aussi très émus en face de cet appareil culi-
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naire, qui se déploie lentement à nos regards, trop lentement même »u dire de mon voisia de gauche, qui de temps à autre plonge une main indiscrète dans une Caisse où prônent majestueusement des enfants du Haut Sauterne, de la Gironde et de la Champagne. En attendant le solide, dit-il, faisons mieux que nos compagnons qui déchirent à beiles dents les salmis de canards aux olives, et les poulets de prairie.
Enfin notre tour est arrivé, et les fricandeaux de veaux aux petits pois vont rejoindre les filets de truite (au gratin, s'il vous plait).
A ? heures nous sortions de la tente.
à peu près gelés ; les naturels du pays ayant eu l'esprit d'allumer un feu pour éclairer la scène, nousfûmes réchauffer nos doigts glacés, avant de prendre la direction de Brandon, où nous devions prendre le déjeüner, le lendemain matin 30 août.
Ilest grand jour—7 heures—et plusieurs de nos compagnons parmi Ceux qui se mettent au lit à 8 heures p. m.
sonc encore plongés dans les bras de Morphée, entre autres mon ami Stevenson de l’‘‘ Aurora Borealis.” que le bruit de la fanfare de Brandon réveille en sursaut. Les abords de la gare regorgent de citoyens qui se disputent l'honneur de nous offrir l'hospitalité. On nous mène à l’hôtel de Brandon, tenu par un Canadien-français, M. Bergeron. On fait un petit bout de toilette, et on déjeune à la hâte, afin de pouvoir visiter une ville âgée de quinze mois. Des voitures sont mises à notre disposition, mais nous préférons faire la course à pied. Nous rencontrons des Canadiensfrançais dans tous les coins : ce sont les Taché, les Laberge, les Ouellet, les Ruel, etc. Tous paraissent enchauntés de nous revoir. Ce sont de vieilles connaïissances, qui d'Ottawa, qui de Québec.
Deux deux fils de M. Pierre Laberge, de St Roch, établis à Brandon depuis un
an seulement, ont déjà réalisé des bénéfices considérables.
Après avoir visité la vilie, nous sommes invités à nous rendre dans un spacieux édifice appartenant au gouvernement fédéral. Un diner somptueux présidé par le maire Daly, est servi à 400 personnes. On boit à la santé des Brandonites, à la santé de la presse etc.
Plusieurs excellents discours sont prononcés, entre autres par M. Levasseur qui, sans flattarie aucune, a remporté la palme en cette circonstance. Plusieurs dames de Toronto m’en ont fait de grands éloges, et à plusieurs reprises. Ce succès a servi a accroître {a popularité des membres de la presse canadienne française auprès de nos amis d’Ontario.
M. Tassé devait le même soir à Portage la Prairie cueillir les applaudissements les plus enthousiastes.
En route pour Portage la Prairie. A 3 heures p. m. le train entrait en gare.
Mème réception qu'à Brandon, aussi cordiale et aussi hospitalière.
Toute une caravane de voiture à deux chevaux est là dans l’attente. Il s’agit d'aller faire une excuæsion dans la prairie ; visiter les grandes fermes qui avoisinent la ville est le but de ce voyage.
Nous nous laissons faire avec la meilleure grâce du monde. C’est alors que nous avons vu cet immense champ de 400 acres cultivé en blé seulement.
Nous avons vu fonotionner ces moissonneuses, qui non seulement, coupent le grain, mais qui vous jettent à côté d’elles les gerbes liées en bonne et due forme. C’est réellement beau de voir fonctionuer ces machines.
Après avoir ainsi parcouru une quinzaine de milles dans la prairie, on nous conduit souper dans différents hôtels, les uns au * Grand Pacific” les autres à l’hôtel Lorne. Quelques minutes après nous nous rendons à l'hôtel de ville, où l'élite de la société est déjà réunie auprès de vastes tables surchargées de vins, de gâteaux et de fruits. Le maire Collins, éditeur de la Marquette
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Review préside à la tabie d'honneur. Au moins une dizaine de discours ont été prononcés ce soir-là. Les éloges aux citoyens de Portage étaient aussi dans toutes les bouches, car il faut avouer qu'ils ont fait les choses avec une dignité et une générosité sans égale. Honneur au Maire Collins et à ses dignes collaborateurs !
Quand gous tiers nos excellents amis de lätharmante ville qui venait de nous fêter avec tanc d'éclat, ilétait près de onze heures. Aussi de L'Hôtel de ville àanotre litil ne s’écoula pas cinq minutes.
La nuit précédente avait ête si courte et marquée par tant d'incidents de nature
à donner sur les nerfs, que le mieux qui -
nous restait à faire était d’estalader au plus vite le 2e étage de notre Pullmarn.
Demain matin, nous serons sur la partie est du Pacifique, qui va de
* Selkirx à la baie du Tonnerre. J'avais
donné le consigne à mon voisin de lit de ne faire lever au premier chant du coq. Je fus servi à souhait ;
mon ami Pelletier, qui, par parenthèse, se levait toujours avant le soleil, eut la <omplaisance de m’annoncer que l’heure du réveil était sonnée, et que, si je voulais voir des paysages charmants, il en était temps.
Je m'habille à la hâte, je me frotte la figure avec deux ou troiscuiiierées d'eau sale que notre nègre avait dû recueillir dans quelques trous margcageux du Nord Ouest. Et vite je me Ke sur la plate-forme en arrière du train.
Quel spectacle ! De l’eau, des lacs, du bois, des épinettes, oui, des épinettes !
Et puis des rochers et même des montagnes, de vraies montagnes. Et plus nous avançons dans notre course vers l’est, plus il y a des’lacs, plus il y a des
montagnes. Quelle nature tourmentée
que ce pays, où Dieu s’est plu à semer pour ainsi dire des îles et des ilots sur un océan immense. Nous n'avons parcouru que 120 milles de chemin durant la nuit, et nous nous trouvons dans un pays si différent d'aspect de
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celui que nous avozs suivi la veille, que j'ai cru pendant quelques minutes être le jouet d’un rêve. Mais non, la
réalité était bien là, devant moi. Mes
compagnons ne sont pas moins émerveillés du paysage qui s'offre à leurs regards.
. Nous n’avons pas encore terminé nos exclamations de joie en même temps que de surprise à la vue de cettecontrée superbe qui se déroule devant nous, qu’on nous annonce que nous allons bientôt arriver à la petite ville du Portage du Rat, située comme on le sait, à la tête du Lac des Bois. Une réception cordiale nous attend au Rideout et chez M. Macdonald, qui est à la tte de scieries cousidérables.. Les citoyens et le Conseil de ville nous ayant souhaité la bienvenue d’une manière officielle, nous nous mettons de suite à table, afin de pouvoir faire ensuite. uneexcursion sur le lac des Bois. Ici nous sommes les hôtes de MM. Manning et Macdonald.
Un grand bateau remorqué par un tout
petit steamer nous fait décrire une série de zigzags à travers les milliers d’iles qui couvrent le lac.
La course est assez rapide, et parfois l’on dirait que le vaisseau qui nous porte va aller s’abîimer sur quelque rocher ou écueil, tant la direction qui lui est imprimée par notre toueur, semble différente de ce qu’elle devrait être. Mais aucun malheur ne nous est arrivé. La promenade dure près de deux heures, et à midi notre convoi continuait sa route vers l’est, en gagnant le lac de l’'Epervier. La voie n’est pas complètement terminée dans cette partie du pays. Le lieu étant très montagneux, il a fallu ‘construire des ponts sur pilotis, dont plusieurs ont au moins 1000 à 1500 pieds d’un sommet à l’autre, leur hauteur dépasse aussi 70 à 80 pieds.
Après avoir pris un exeellent souper donné par MM. Manning, Macdonald et Cie, nous retournons à notre Pullman, non sans avoir crié plusieurs hourrahs
une Iliers
1rfois nous elque n qui ueur, vrai us est >s de onvoi gnant st pas e parontaponts
O1ns et à i 70 à
ouper ald et Iman, rrahs
en l'honneur de ces aimables citoyens du Portage du Rat, qui nous ont reçus à bras ouverts. |
- Le lendemain matin nous devions nous réveiller à Emerson, sur la frontière du Manitoba. Partis de Winnipeg le lundi à 3 heures p. m. nous arrivâmes à Emerson, le vendredi matin, après avoir passé près de quatre jours sur le chemin du Pacifique.