D'EMERSON A QUÉBEC
Enfin nous voilà rendus à la frontière américaine. Dans quelques heures nous la franchirons dans un endroit très visiblementindiqué par de petits poteaux plantés à courtes distance les uns des autres, entre Emerson et West Lynne.
À Emerson comme ailleurs, les estomacs ont besoin de nourriture, et c’est ce qu'on nous propose jüstement de faire à notre arrivée à la gare de cettr charmante petite ville qu’on a baptisée du nom d’'Emerson. Une tren-
taine de carosses sont mis à notre disposition, et en cinq minutes nous sommes rendus chez M. Fairbanks, dont j'ai déjà eu occasion de parler. En attendant que le déjeûner soit tout à fait préparé, nous envahissons le salon, et pour la centième fois, Demers, en véritable révolutionnaire, entonne la ‘ Marseillaise, ” et LeVasseur fait les variations sur le piano. Aux chansons francaises succèdent les airs américains et anglais. Mais bientôt sur l’aimable invitation de M. Fairbanks nous entourons les tables pour le déjeuner. Nos boutonnières s’ornent en un clin d'œil d’un harmant petit bouquet qu’on a eu la délicaiesse de placer devant chacun des couverts. Déjeuner délicieuxet servi avec dextérité par les dames d’Emerson.
Après le déjeüner, les cigares et promenade dans le parterre de M. Fairbanks, qui est un vrai gentilhomme dans toute acception du mot.
Grande réception à l’Hôtel-de-Ville à neuf heures. Quoique la distance ne
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soit pas très longue pour s’y rendre, les voitures sont là qui n’attendent qu’un signal pour nous y transporter.Quelquesuns ayant manifesté le désir de faire une marche, mes compagnons et moi prenons nos jambes et nous nous aventurons sans guide dans la rue principale d'Emerson. Il faut dire que cette rue était pavoisée ; il y avait même des inscriptions dont une nous a vivement frappés. Elle était ainsi conçue: “ Vive la presse” Du français à Emerson, mais c'est me” veilleux, nous dimes-nous. Oui du bel et bon français. En effet, il y a des Canadiens-français dans Emerson, et aussi des Belges, tous aussi affables et aussi hospitaliers les uns que les autres. MM. Prudhomme et Ritenotf, que nous sommes allés voir, sont des négociants à l'aise, et qui nous ont très bien accueillis.
La salle de l'Hôtel-de- Ville était décorée avec un goût exquis. Les pans étaient littéralement recouverts de verdure, et au milieu de la salle, sur une
table, les dames, je suppose, avaient installé toute une jardinière de fleurs naturelles. Rien de plus poétique que cette exposition de bouquets dans un hôtel-de-ville, où l'on ne s'attend guère à remontrer que des sergents de ville ou des huissiers. Au fond sur une estrade en hémicycle trônent les maires et les conseillers de ville d'Emerson et de West Lynne. Deux adresses sont présentées aux touristes. M. Pense qui en est rendu à son vingt cinquième discours, s'exécute de bonne grâce et tout est terminé. Cependant il nous faut bien accepter les bonnes offres qu’on nous fait de visiter les ‘ Quatre coins ” ou les ‘‘* Four corners, ” c’est-à-dire, aller à West Lynne, de là à Pembina, et enfin à Saint-Vincent, où le trarn nous attend. d EN
Cette petite promenade estcharmante.
Il nous faut traverser la rivière Rouge deux fois, d’abord sur un pont en quittant Emerson, et puis sur un bac de Pembina à St-Vincent. St-Vincent
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et Pembina appartiennent aux Etats- Unis, et voilà pourquoi nous avons pu nous vanter d’avoir foulé le sol du Dakota.
À 11.30 h., le train s’ébranle et fuie Ja gare de St-Vincent. Nous sommes déjà dans le Minnesota, examinant un pays que nous n'avons pas encore VU, y étant passé de nuit. Le pays est beau ; ii est plat, comme toujours, mais on aperçoit par ci par là des habitations
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pleines clôtures, c'eût été une erreur grave, car les clôtures dans toutes ces régions brillent par leur absence, mais les endroits cultivés sont très beaux.
Nous prenons le diner à Hallock ; au moment même où nous entrions dans ce village se publiait le premier numéro du ‘‘ Kittson Country Entreprise ”, jolie feuille hebdomadaire spécialement dédiée aux cultivateurs duü Minnesota, du Dakota, et de la partie sud du Manitoba.
M. Wallace est un homme entreprenant, etil n’y a pas de doute que la fortune lui sourira.
Laissons maintenant filer la locomotive, et après nous être bien reposés, entrons à St-Paul. Il est sept heures du matin ; la ville commence à se réveiller. Les rues sont encore peu animées, mais on s'aperçoit que le mouvement ne tardera pas à s’opérer.
Passons sous silence un déjeüner dans l'hôtel des Marchands, puis allons faire ie tour de la ville.
St-Paul
St-Paul est une très-belle ville. Elle se compose de deux parties, dont l’une l’inférienre, est située sur le rivage du Mississipi, l’autre, la supérieure.est bâtie sur des collines. Le fleuve n’est pas bien large, un quart de mille environ ; les hauteurs sont aussi élevées que le promontoire de Québec du côté sud de la rivière St-Charles. Le coup d'œil du haut de la colline principale est joli, mais la nature n’a rien d’aussi grandiose dans ses aspects que n0s paysages de troisième ordre dans notre
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province. Tout est rétréci, les rivières comme les horizons.
St-Paul est la capitale de l'Etat du Minnesota et appartient au comté de Ramsay. Sa population est d'environ 70,000 âmes. C’est le grand centre où aboutissent les grandes lignes de chemins de fer du Nord-Ouest. Sept grandes artères viennent l’alimenter quotidiennement, et il y au moins 150 trains qui chaque jour partent et arrivent à la gare ‘‘ Union ”, la plus belle de l’Amérique.
Le commèrce de gros s'élève à un chiffre qui n’est pas inférieur à cent millions de dollars ; il y a, à part cela, la partie manufacturière dont l’importance est immense.
Il y a 65 églises dans St-Paul dont le plus grand nombre joignent l'élégance à la grandeur. On a construit en 1881 des édifices dont le coût réuni s’est élevé à $3,000,000. L’aqueduc, les usines à gaz, les chars urbains sont sur un excellent pied et ne le cèdent en rien
aux autres villes américaines, si on en excepte les grands centres, où la population se chiffre par trois cent mille à un million d’âmes.
On vanie beaucoup la société de St-Paul, qui se targue d’être une des plus aristocratiques des Etats-Unis. Ce qu’il y a de bien certain c’est que les institutions de charité sont sur un excellent pied et font honneur à l’esprit religieux des citoyens.
Le fait est qu’on y respire une autre
atmosphère qu’à Chicago ; bien qu’il y ait de l’activité et beaucoup de déplacement, on sent que la population a un air plus réservé : pas de brouhaha comme à Chicago.
. Les environs de St-Paul offrent un intérêt tout particulier aux touristes. Le lac Minnetoka, la chute Ge Mine-ha-ha attirent chaque année des milliers de visiteurs. Sur les bords du lac Minnetonka est construit l'hôtel Lafayette, qui peut contenir plusieurs centaines de pensionnaires.
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Il y a plusieurs Canadiens français à St-Paul qui se distinguent dans le commerce, dans l'industrie et voire même dans le journalisme. Un journal français, le ‘ Canadien ”, propriété de M. Michaud, paraît toutes les semaines.
C'est le seul organe des populations françaises de l’ouest’américain. Disons à sa louange:que sa rédaction est bien soiguée, et qu'ilestésriten bon français.
Nous sommes allés saluer son propriétaire, dont l’accueil a été charmant.
Considérée sous le rapport du site, St-Paul est la plusjolie ville qu’il nous ait été donné de visiter. Les résidences privées, situées sur une colline assez élevée, sont d’une richesse de construction remarquable, et sont supérieures même sous ce rapport à Ce que nous avons vu de mieux à Chicago, à Détroit et à Minnéapolis.
Les Québecquois qui ont desmaisons à construire ne sauraient mieux faire que d'aller chercher des modèles à St-Paul ; il y en a là pour tous les goûts.
J’ai beaucoup admiré St-Paul et jene puis cacher mon admiration. On se repose en parcourant ses rues ; C’est un délassemént réel, tandis que bien souvent, ailleurs on 6e sent, soit écrasé par la hauteur des édifices, soit fatigué par le débraillé des hommes et des femmes qu’il nous faut coudoyer.
St-Paul est situé à 2,000 milles de l'embouchure du Mississippi. En 1831 il n’y avait que trois personnes dans l'endroit, 50 en 1847, 300 en 1849, 20,000 en 1870, et aujourd'hui la population dépasse un peu 70,000. : Ce n’est donc qu’à dater de 1850 qu’on peut considérer St-Paul comme un endroit digne de mention. C’est une ville qui a 25 années d'existence. Ses manufactures sont au nombre de près de huit cents, et la somme d’affaires qui s’y fait est d'à peu près seize millions de dollars.
Neuf cents personnes trouvent de l’emploi dans ces fabriques variées. Comme on le voit, St-Paul ne peut manquer de devenir une grande ville, malgré les
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C'est la ville manufactugière par excellence. St-Paul fonde Les pérance sur le commerce. Minnéapolis a des pouvoirs d’eau dont on ne saurait trop calculer l'importance. Ses habitants ont bien compris qu'ils devaient surtout s'attacher à utiliser les ressources naturelles que leur apportait le Mississippi pour mettre en mouvement des moulins à farine, et des scieries. Aussi il faut voircomment fonctionnentcesimmenses machines, qui dans une seule journée livrent au commerce 25,000 barils de farine, provenant du meilleur blé de PEtat. Il y a des moulins, qui à eux seuls donnent cinq mille barils de farine par jour. On dit que Minnéapolis possède les plus grands moulins à farine de l'univers entier, et je le crois sans peine.
Il y a là 30 grands édifices consacrés exclusivement à la moûture du blé. Des
scieries considérables sont constamment en opération, s’alimentant des forêts qui bordent le Mississippi supérieur. Les chûüfés St-Antoine découvertes par le P. Hennepin, récollet, ont une pente de 82 pieds et onthe force motrice de ! 20,000 chevaux. Aussi utilise-t-on largement ce pouvoir d’eau immense.
Afin de donner une idée aussi exacte que possible de la grandeur et de l’acti vité que l’on déploie dans ces moulins à farine, je donnerai une description de celui de MM. Pilsbury et Cie, description empruntée à un confrère qui a fait l’excursion en même temps que nous.
L'établissement de messieurs Pilsbury & Cie, situé dans un lieu charmant, est, sans aucun doute, un des plus considérables du monde entier.
Les bâtisses mesurent 145 pieds sur 175. Elles sont à 7 étages. Chaque étage a 18 pieds de hauteur.
Dans le bas de l'édifice est placé le pouvoir moteur. Ce sont deux roues turbines de 50 pieds de diamètre chacune.
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Ces roues sont mises en mouvement par une chûte d’eau de 52 pieds de hauteur, venant de la rivière Mississipi.
Le pouvoir moteur est de la force total de 12,000 chevaux.
À ces deux roues turbines, :est attaché un axe en fer de 6 pouces de diamètre
s'étendant dans toute la longueur de la bâtisse.
Sur cet axe principal sont placées quatre grandes poulies de 12 pieds de .
diemètre chacune et de 6 pieds de largeur. Elles sont entourées de courroies de cinq pieds de large, transmettant le mouvement aux diverses machines des étages supérieurs. .Les poulies pèsent cinq tonneaux chacune et servent ainsi, par leur poids considérable, à régulariser le mouvement des motanpes et autres machines.
Au premier étage du moulin, se trouvent 200 moulanges brèvetées, dont quelques-unes à doubles meules et forment en tout 300 meules en mouvement.
Le grain passe entre 14 paires de meules avant d’être réduit en farine.
Des moulanges, le blé est transporté dans une machine appelé ‘‘ séparateur ” placée au troisième étage.
Dans le second étage, 1? hommes sont employés à paqueter la farine, à marquer les quarts et à les placer sur des élévateurs qui lès descendent à l'étage inférieur du moulin.
Dans le troisième étage se trouvent un très grand nombre de machines ‘t séparateur ” qui servent à séparer la farine du son.
Il y a aussi un immense appareil destiné à recueillir la poussière produite par la moûture du grain. Cette machine transporte la poussière dans un immense réceptable d’où on la pousse dans la rivière par une machine à souffler.
Cette poussière est si fine et si déliée qu'elle est presque aussi inflammable que la poudre. Elle fut la cause de l'incendie du moulin il y a quelques années.
MM. Pilsbury & Cie ont soin d’arrëter le mouvement des machines une
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fois la semaine. Ils choisissent pour cela le dimanche. Ainsi ils préviennent l’échauffement des meules et des.
tourillons ; et par ce moyen aussi évitent un incendie pouvant résulter de l’inflammation de la poussière de mouture.
MM. Pilsbury & Cie ont encore pris une précaution de plus. Ils ont pourvu le moulin de plusieurs pompes mues par l’eau et qui éteindraient: tout commencement d’inéendie.s’il s’en déclarait.
Aux quatre coins de l'édifice est pratiquée une grande ouverture eù l’on introduit le grain destiné à la mouture.
‘Au moyen de machines puissantes, ce grain arrive sous les moulanges C’est alors que commence le travail de la moûture.
Tout à l’entour du moulin, sont placés des chars qui arrivent au moulin au moyen d’une chaine sans fin.
Minnéapolis est une très jolie ville ; ses rues sont propres, l2rges et par conséquent bien éclairées. Les maisons de
commerce et les résidences privées sont construites avec un goût exquis, et rivalisent assez avantageusement avec celles de St-Paul. Il y a des chars urbains trainés par des locomotives, qui transportent les voyageurs à quinze milles en dehors de la ville.
Les Canadiens français sontnombreux à Minnéapolis. Comme à Chicago, il y a une église exclusivement française, desservie par un prêtre d’origine canadienne, M. l'abbé Chandonnet. L’état social de nos compatriotes n’est pas des plus florissants, bien qu'ils ne soient nullement à plaindre. Avec un peu d’économie iln’y a pas de doute pourtant qu’ils réussiraient à se créer un avenir prospère.
On dit que Minnéapolis surpassera bientôt St-Paul en population et surtout en importance. Je n'ai pas de jugement à porter là-dessus, car je ne voudrais pas m'attirer les malédictions de mes amis de St-Paul, qui ::valisent de zèle pour endre leur ville la plus prospère du
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Minuesota et lui conserver sa prépondérance. On dit aussi que la population de Minnéapolis dépasse de 5,000 âmes celle de la capitale du Minnesota.
D'Emerson à Québec
De Minnéapolis nous nous rendons à Chicago de nuit, de sorte que les paysages nous restent inconnus. Le lendemain matin cependant, à notre entrée dans l'Illinois, nous avions le plaisir de revoir un pays déjà connu, mais qu'il est difficile de se lasser d'admirer. Le fait est que l'Illinois est un pays magnifique sous tous les rapports. Impossible de le trouver en défaut,qu’on%% considère sous le rapport agricole ou sous le côté industriel, c’est toujours l'Etat par excellence. Aussi nous ne laissons pas que d'admirer ses productions en tous genres; le blé, le maïs, les légumes, les productions minières, etc. etc., ravissent tous nos amis de la presse, qui n’ont pas d'yeux assez grands pour tout voir et tout examiner.
L’Illinois est d’après des statistiques sûres, l'Etat qui produit le plus, et qui par ses villes et villages sert plus que tout autre à accroitre la réputation industrielle et agricole de toute l’Union.
Cet Etat fait l’orgueil des Etats-Unis de l'Amérique et contribue pour une large part à sa fortune.
Il est huit heures du soir et c’est un dimanche ; nous sommes rendus à Chicago, après avoir passé toute une longue journée et une nuit dans les chars, à partir de St-Paul. La ville est toute illuminée par des lumières éiectriques ; les théâtres ne chôment pas plus le dimanche que la.semaine. Les débits de fruits, etc. sat en pleine opération, {peut-être même on y vend malgré les règlements municipaux). En
tous cas, on sert les pratiques qu’elles.
quelles soient, pourvu qu’elles aient le * bon esprit de payer la note qui leur est présentée. Ceci vient à dire qu’à Chicago on n’observe guère le repos du
dimanche ; l’énigme est bien facile
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à trouver, car Chicago est la ville du laisser-aller et on ne s'occupe pas plus de l’observance du dimanche qu’on ne prête atiention à ne pas blesser la morale, etc.
Détroit
Nous passons deux heures dans la capitale de l'Illinois et nous prenons le ‘“ Michigan Central”, en route pour Détroit, où il est bien entendu que nous aurons cinq heures à notre disposition, pour visiter la ville fondée par Lamothe Cadillac.
Fondée comme on sait, par les Fran.
çais en l’année 1700, la ville de Détroit estla plus ancienne de l'Etat du Michigan. En 1812, elle fut cédée à l’Union Américaine par la couronne anglaise,qui alors semblait éprouver un souverain plaisir à donner aux Etats-Unis des possessions extrèmement importantes.
Malgré toutes les vicissitudes la ville de Détroit n’en a pas moins conservé ses traditions,ses mœurs,et l’usage de la langue La Il n’y a pas de doute que ce
ne soit la ville la plus française des Etats-Unis. Mais la tendance de la population vise à tout angliciser, et cela se conçoit facilement, quand on considère que la majorité est anglaise.
Cela n'empêche pas toutefois que le premier drapeau qui ait flotté sur le territoire de l’Ouest a été le drapeau de la France.
Et comme l’a si bien dit M. Lacroix, qui a consacré plusieurs de ses écrits à l'étude de la fondation de Détroit, ‘le pres: Signe de la rédemption par toute la Nouvelle-France, a été érigé par la main des Français, et l'Evangile a été prêché la première fois par des prétres francais.
Devant la robe noire du missionnaire, le casse-tête de l’Indien est tombé de ses mains. et le plus fier républicain de l'Amérique Septentrionale a baissé son front altier devant la croix du Christ.
Las premiers martyrs de la foi, tombés sous la hache du farouche sauvage, furent des missionnaires français, qui,
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seuls,cans armes et sans or, vinrent braver les fatigues, les périls et la mort pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Le premier temple que le Détroit a vu s'élever à la Majesté Su prème, a été un temple catholique : le premierenfant qui aété régénéré dansles eaux baptismales ; le premier mariage qui à été béni par l'Eglise et la première tombe quis’ouvrit pour recevoir la première victimé de la mort, ont été des fils de la France. Voilà ce que nous enseigne la véritable histoire de l’Ouest.
Trente-huit ans s'étaient écoulés depuis la fondation et l'établissement de Détroit, et son fondateur, M. de Lamothe-Cadillac était mort. M. Joseph fut nommé administrateur des biens que son frère possédait à Détroit, et le 28 août, 1738, ‘toute la terre du Détroit ” sur laquelle est à présent bâtie la ville, fut vendue par lui en sa qualité de “procureur,” à M. Barnard Maichen pour ‘‘ la somme de cinq mille piastres.
Aujourd’hui vingt-cinq pieds de front
sur une des rues principales, coûtent le triple de toute cette somme.
Il a quelques années toute la ville du Détroit fut mise en éveil.
Un document d’une importance et d’une rareté extraordinaire se trouvait, par un heureux hasard, entre les mains de M. Lacroix.
La curiosité publique était à son comble. Toute la presse,sans distinction, voulait voir et palper ce papier d’une si haute valeur; et le lendemain, toutes les feuilles de la ville en parlaient et faisaient force commentaires. Les bouquins, les tracés, les plans et les archives de la ville qui dormaient tranquilles depuis des années sur leurs rayons couverts de poussière, furent arrachés avec avidité de leur sommeil, époussetés, examinés, étudiés et commentés. D’après l’examen qu’on en a fait, on a pu constater jusqu’à un certain point que, quand le Détroit fût vendu, en 1738, par le frère de M. de Cadillac, la ville pouvait contenir une population
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de 455 âmes ; elle avait deux rues de vingt pieds de large et trente habitants, sans compter quéiques huttes. De nos jours encore on respecte et vénère chaque pied de terrain qui appartenait autrefois à son fondateur.
Détroit est une jolie ville, je lai parcourue en tous sens,et je doisavouer que j'ai été frappé par la beauté de ses édifices, de ses résidences privées, de ses carrés,par la propreté de ses rues,par le bon air qu'on y respire, et sa physionomie générale. On se sent plus chez soi que dans toutes les autres villes de la grande République. Les “onstruc. tions sont généralement faites dans un bon style. Les édifices publics ne le cèdent pas en beauté à ceux de Chicago :
ce qui n’est pas peu dire. Tous les excursionnistes sans exception ont été unanimes à admettre que Détroit est une très belle ville.
Quatre heures sont bientôt passées quand on visite une ville intéressante :
aussi ce fut avec regret que je rie vis
pour aiusi dire forcé de quitter Détroit afin de suivre les excursionnistes d’Ontaric jusque dans leur ville-capitale.
Nous nous rendons à ia gare du ‘ Canada Southern ” vers midi pour prendre le train qui sedirige au sud vers le lac Erié,longeant sur tout le parcours, distance d’une quinzaine de milles environ, la rivière Détroit. Les paysages sont très attrayants et la campagne m’a paru très riche sur tout le trajet. La rivière Détroit n’est pas bien large, et à l'endroit où le train doit la traverser, il y a un pont qui communique de la terre ferme jusqu’à la Grosse Isle. De ce dernier endroit un bateau passeur fait le service régulier d’un côté à l'autre dè la rivière touchant à Amhertsburgh, qui se trouve sur le sol canadien.
D’'Ambhertsburg à St-Thomas, le pays n'offre rien qui puisse intéresser.
Nos compagnons de voyage commencent à nous quitter; à St-Thomas les adieux commencent à se faire, et depuis St-Thomas jusqu’à Toronto,
étroit d'Onle.
e du pour d vers cours, milles ysages Je m'a it. La rge, el verser, de la e. De asseur côté à hertsadien.
as, le resser.
mmennas les re, et pronto,
nous perdons plusieurs de nos plus intimes amis. entre autres notre charmant secrétaire, M. Climie, et madame Climie, M. Weld, madame et mademoiselle Weld; cette dernière rédige en partie le ‘* Farmer’s Advocate, ” un des meilleurs journaux d'agriculture que nous connaissons. À chaque station où nos amis nous quittent pour aller dans leur famille, nous chantons nos airs les plus en vogue, et crions des hourrahs frénétiques en l’honneur de chacun d’eux. Les liens d’amitié ainsi contractés dans un voyage Ge trois semaines, entre des gens qui ont à supporter les mêmes fatigues et les mêmes ennuis, se resserrent facilement. La preuve en est que plusieurs d’entre nous se sont fait des amis dévoués de la plupart des journalistes d'Ontario. Tous nous ont montré une bien vive sympathie, et j'en appelle à mes compagnons de voyage de Québec qui seront unanimes à déclarer que MM. Pense, Climie, Allen, Weld, Law,
Stevenson, Calloway, Higgins, Tye, James, mesdemoiselles Crawford et Horton, et une foule d’autres nous ont donné des preuves de ia plus franche amitié.
Enfin nous voilà rendus au terme de notre voyage, c’est-à-dire à Toronto, qui était le véritable point de départ. Les adieux se font cette fois d’une manière encore plus solennelle et plus touchante.
Chacun prend sa direction, et moi je vais m'installer à l'hôtel Walker, à deux pas de la gare du “ Credit Valley ” ; la journée du lendemain devant être consacrée à une promenade aux chutes de Niagara.
À Theures le surlendemain matin, nous prenions le convoi du Grand-Tronc, qui nous déposait le soir en pleïne santé à la gare Bonaventure. Et le matin du 8 septembre nous revoyions notre cher Québec, nos familles et nos amis, après une abserce de dix-huit jours, et après avoir accompli le plus beau voyage qu'il nous ait été donné encore de faire,
Tye.
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Les anière hante.
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atin, ronc, santé in du > cher après après Dyage faire,
en Compagnie de gens gais, courtois et remplis de meilleures dispositions à l'égard des excursionnistes de la province de Québec. J'espère que l’année prochaine nous aurons le plaisir de saluer ces braves journalistes, dans un endroit qui ne sera pas très éloigné de Québec. C’est le souhait le plus ardent que je forme, de concert avec tous ceux qui ont pris part à l’excursion de 1882.
Quelques notes
pour ceux qui désirent aller se fixer au Nord-Ouest ou au Manitoba.
Culture et Chauffage
On cultive dans le Nord-Ouest canadien toute espèce de céréales ; le blé donne en moyenne 25 minots par arpent ; l’avoine, 50 minots ; l'orge 40 minots ; le seigle et le sarrazin, 35 minots ; les pois, 25 minots.
Le blé-d'Inde ne réussit pas très bien.
Le lin et le chanvre donnent un excellent rendement.
Les pommes de terre ou patates viennent mieux que partout ailleurs dans le Dominion of Canada. Des cultivateurs en ont récolté jusqu’à 1,200 minots par arpent.
La moyenne de production des navets et de 600 minots par acre de terre.
Les légumes en général poussent avec une vigueur extrême. Les choux, les carottes, les oignons, melons, citrouilles, betteraves, panais croissent à merveilles.
Les fruits sauvages ne manquent pas dans ces fertiles contrées. On trouve les bluets, les mures, les atocas, les fraises, les merises, les framboises, etc.
Les fruits du jardin, comme les pommes, les prunes, les poires, les gadelles, groseilles, cerises peuvent donner aux colons les meilleurs rendements.
Le poisson abonde dans tous les lacs et rivières du Nord-Ouest et du Mani-
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toba. On mentionne comme les plus nombreux la carpe, le doré, le brochet.
le maskinongé, le poisson blanc, la barbue, le saumon, la truite et une foule d’autres.
Les gibiers et les animaux à fourrure y sont extrêèmement nombreux, entre autres le bison, l’ours, le caribou, le cerf, le chevreuil, le loup, la chèvre et le mouton des Montagnes, le renard, le chat sauvage, le chat tigre, l’hermine, le lapin, le vison, le castor, le rat musqué, la belette, le faisan, la perdrix, les canards, les tourtes, etc.
Le bois et le charbon ne soni pas aussi rares qu’on le croit généralement. Il y a de précieuses mines de houille le long des différentes branches de la Saskatchewan et dans la province du même nom.
On a trouvé du charbon sur les bords de la rivière McLeod, d’Athabaska. de la Paix, Mackenzie, à la Bataille et à la Biche. Il existe un terrain houillier d'à peu près 25,000 milles carrés dans cette région bornée au nord par ia
rivière Athabaska et au sud par la rivière à la Biche, et dont la profondeur est au moins de 300 pieds.
Il y a également du charbon près de la rivière Souris, et à quelques milles à l’est d'Emerson.
En supposant même que le bois et le charbon feraient défaut, les colons peuvent compter sur de vastes dépôts tourbeux qui peuvent fournir un excellent combustible.
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Les terres du Nord-Ouest
On a divisé les terrains en townships de six milles carrés. Ces townships sont divisés en 36 sections. Chaque section a une étendue de 646 acres ou un mille carré.
Pour obtenir untitre du gouvernement chaque colon doit cultiver son lot de terre pendant trois ans, en vertu de la loi du homestead. Il lui faut être âgé de 18 ans et payer $10 pour l'inscription de son lot.
À part la loi du homestead, le colon
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peut acheter une quantité égale de terrain dans le voisinage immédiat, à des prix variant de $2 à $2.50 l’acre conformément aux dispositions établies par le Gouvernement et par le Syndicat du Pacifique.
Les endroits les plus fertiles de cette partie du pays sont les vallées des rivières Rouge, Assiniboine, de la Pluie, du Cygre, de Qu’Appelle, de Souris, de la Saskatchewan, de l’Athabaska, de la Rivière à la Paix.
Les seuls inconvénients qui se présentent sont les gelées un peu hâtives, les maringouins, les mauvais chemins, les tempêtes, les feux de prairies, les sauterelles et le Sauvages.
Ces inconvénients ne sont pas d’une nature très sérieuse et il est très facile de se mettre à l'abri de ces derniers qui, du reste, ont des allures assez pacifiques.
Le voyage au Nord-Ouest
On se rend au Nord-Ouest de bien des manières. Les lignes suivantes sont
celles qui peuvent donner le plus de confort possible a l’émigrant canadien français.
Chemin de fer du Grand Tronc—de Québec à Chicago.
Chemin de fer de Chicago, Milwaukee et Saint-Paul—de Chicago à Saint-Paul.
Chemin de fer de Saint-Paul, Minnéapolis et Manitoba—de Saint-Paul à Saint- Vincent.
Embranchement de Pembina du Pacifique Canadien—de Saint-Vincent à Saint-Boniface ou Winnipeg.
Par cette voie, l’émigrant ne change de convoi que trois fois seulement.
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Chemin de fer du Grand-Tronc—de Québec à Chicago.
Chemin de fer de Chicago et du Nord- Ouest—de Chicago à Saint-Paul.
Chemin de fer de Saint-Paul, Minnéapolis et Manitoba—de Saint-Paul à Saint- Vincent.
Embranchement de Pembina du Pacifique Canadien—de Saint-Vincent à Saint-Boniface ou Winnipeg.
de Par cette voie encore, l’on ne change ien de convoi que trois fois.
dus Chemin de fer du Grand-Tronc—de Lan Québec à Détroit.
sul. Chemin de fer du Michigan Central sis. —de Détroit à Chicago.
int. Chemin de fer de Chicago Milwaukee, et Saint-Paul— de Chicago à Saint- ’aci- FRE “a + à Chemin de fer de Saint-Paul, Minnéapolis et Manitoba—de Saint-Paul à Saintnge \ Vincent.
Embranchement de Pembina du Pacifique Canadien—de Saint-Paul à Saint- Boniface et Winnipeg.
de Par cette voie, il faut donc changer de convoi quatre fois.
ord- PAR TERRE ET PAR EAU éa- V int- Chemin de fer du Grand-Tronc—de Québec à Sarnia.
aci- Steamers de la Cowpagnie de trans-
port du Nord-Ouest—de Sarnia à Duluth, par les lacs.
Chemin de fer du Pacifique Américain du Nord—de Duluth à Glyndon.
Chemin de fer de Saint-Paul, Minneapolis et Manitoba—de Glyndon à Saint- Vincent.
Embranchement de Pembina du Pacifique Canadien—de Saint-Vincent à Saint-Boniface ou Winnipeg.
Chemin de fer du Grand-Tronc—de Québec à Toronto.
CF smin de fer du Nord—de Toronto à Collingwood.
Sieamers de la Compagnie du lac Supérieur—de Collingwood à Duiuth.
Chemin de fer äu Pacifique Américain du Nord—de Duluth à Glyndon.
Chemin de fer de Saint-Paul, Minneapolis et Manitoba—de Glyndon à &aint- Vincent.
Embranchement de Pembina du Pacifique Canadien—de Saint-Vincent à Saint-Boniface ou Vinnipeg.
Les agents d’émigration pour le Canada sont ceux qui peuvent donner
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la plus grande somme d'informations.
Il suffit de s'adresser à eux comme suit :
M. L. Stafford, Pointe-Lévis, P. Q.
M. J. J. Delay, Montréal, P. Q. rue Bonaventure.
M. W. dd. Willis, Ottawa, Ont.
M. R. MacPherson, Kingston, Ont, rue William.
M. J. A. Donaldson, Toronto, Ont.
avenue Strachan.
M. John Smith, Hamilton, Ont.
M. A. G. Smyth, London, Ont.
M. E. Clay, Halifax, N. E.
M. Samuel Gardner, Saint-Jean, N. B
M. Jean E. Têtu, Emerson, Man.
M. W. Hespeler, Winnipeg, Man.
Les émigrants devront se mettre en
garde contre les agents des nombreux embaucheurs américains dont le siège
d'opération est surtout à Duluth, à Saint-Paul, à Saint-Vincent et aux Grandes Fourches (Grand-Forks). Il y a encore les voleurs de bille‘s de passage qui sont disséminés un peu partout.
Comme dernier conseil aux émigrants nous leur dirons, comme M. E.
Tassé qui a écrit une excellente brochure sur le Nord-Ouest :
L’émigrant ne devra pas s’absenter plus de six mois de son homestead, a la permission du ministre de l’intériéur.
Autrement, il s’'exposerait à perdre ses droits.
11 ne pourra couper de bois sur son terrain que pour son usage personnel et exclusif : la loi lui défend d’en vendre avant d’avoir eu ses titres de propriété.
Il aura soin de n’acheter aucun transfert de lots, avant que l'agent ait recommandé l'émission des lettres patentes :
ce transfert serait nul, en pareil cas.
Il fera enregistrer de suite le transfert qu’il achètera, au ministère de l’intérieur, en payant une légère somme.
Il évitera de s'établir sur des terres déjà réclamées, ce qui lui fera dépenser inutilement son temps et son argent.
Il n’achètera aucune terre patentée, avant d'obtenir un certificat du bureau
d'enregistrement et du shérif constatant que la propriété n’est grevée d'aucune hypothèque ou charge quelconque :
puis, il enregistrera son contrat sans retard.
Il établira la preuve de l'occupation et de la culture de sa terre, pour obtenir la patente, devant l’agent local, appuyé du serment de deux témoins désintéressés.
Il aura le privilège, après avoir obtenu sa patente pour une première terre, de s'inscrire pour un second homestead aux mêmes conditions.
Enfin, il sera tenu de réclamer son droit d'établissement ou le homestead, trois mois après que l’agent local des terres aura reçu avis de l’arpentage, s’il se fixe sur des terres non arpentées, le gouvernement n'étant pas tenu, cependant, de protéger aucun colon établi sur des réserves, etc.
On sait peut-être que le terrain concédé par le gouvernement n’est susceptible de saisie qu'après l’émission des
lettres patentes. La loi de Manitoba protège également le colon pauvre, en exemptant de la saisie ses instruments aratoires,un certain nombre d'animaux, et la terre qu’il cultive—de pas plus de 160 acres—ainsi que les bâtiments. Il en est à peu près de même dans les territoires du Nord-Ouest.
Nous croyons utile d'indiquer approximativement les distances qui séparent les principaux endroits de la province du Manitoba et des territoires.
AU NORD DE WINNIPEG Milles.
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AU SUD DE WiNNIPEG Milles,
De Winnipeg à Sainte-Agathe,
De Emerson à Mountain CVisonss vussve peosse # Crystal City. ss sssssss #, Montagne à la tortue— (bureau des terres #4 Rivière Souris... osssose :
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A L'EST DE WINNIPEG Milles,
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