DEUXIÈME PARTIE
VÉRIFICATION EXPÉRIMENTALE DES DEUX PREMIÈRES LOIS DU POUVOIR ROTATOIRE
Lorsque j'ai annoncé pour la première fois les relations qui existent entre le produit d'asymétrie et le pouvoir rotatoire, je pensais que l’on devait trouver très facilement les matériaux nécessaires pour faire leur vérification expérimentale en rassemblant les nombreuses mesures polarimétriques répandues un peu partout dans les Mémoires de Chimie.
Mais, en réunissant ces données, j'ai constaté que les corps actifs d’une constitution relativement simple étaient peu nombreux. Or c'était précisément à des exemples simples qu’il importait tout d'abord de s'adresser. C’est pourquoi je me suis décidé à préparer et à revoir toute une série de dérivés actifs simples, et, en premier lieu, ceux qui sont caractérisés par un seul atome de carbone asymétrique placé dans une chaîne ouverte.
À part quelques cas particuliers, faciles à interpréter, c'est à ce premier groupe de composés qu'est spécialement consacrée cette étude, les corps d'une constitution plus complexe devant faire l’objet de recherches ultérieures.
Observations polarimétriques.
Les observations polarimétriques nouvelles, consignées dans ce travail, ont été eflectuées avec un appareil Laurent (grand modèle), construit pour la lumière monochromatique du sodium (D).
On a désigné par &, les déviations angulaires observées à la température ordinaire et calculées pour une colonne de 10°. En réalité, aucune observation polarimétrique n’a été faite sur une colonne de liquide inférieure à 20°". Les tubes employés variaient de 20° à 5o°®,
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Dans quelques cas, on a calculé le pouvoir rotatoire spécifique [æ], par les formules bien connues qui se trouvent dans tous les manuels, par exemple : Agenda du chimiste, 1890, p. 124.
Jusqu'à quel point peut-on regarder comme comparables les diverses observations polarimétriques? C’est une question qu'il convient d'examiner de près.
De fait, on se borne, dans la pratique, à mesurer le pouvoir rotatoire à la température ordinaire de 15°-20°, relativement à la raie D du sodium. Cette manière de faire revient à admettre que les mesures polarimétriques relatives à nne même radiation, eflectuées à une même température, sont comparables entre elles. À défaut de notion plus précise, je me suis contenté de ce postulatum qui ne doit être en réalité qu’une première approximation.
On sait, en eflet, que la déviation du plan de polarisation dépend de la longueur d'onde, qu’elle peut même changer de signe pour une radiation spectrale donnée. Ce cas semble se produire surtout chez les corps dont le pouvoir rotatoire est voisin de zéro. En d’autres termes, les choses se passent peut-être comme si l’activité optique, au lieu d’être simplement fonction de À, était fonction d’un terme (B<+ À), positif ou négatif, suivant que ASP, et PB étant une constante spécifique dépendant probablement des dimensions moléculaires.
D'autre part, la température exerce aussi une influence sur le pouvoir rotatoire ; tantôt ce dernier augmente avec une élévauon de température, tantôt il diminue, sans que rien uous indique pourquoi ces changements se produisent dans un sens plutôt que dans l’auire.
Enfin, dans tous les cas où l’on ne peut faire d’observations polarimétriques que sur des corps dissous, il faudrait encore tenir compte de l'influence du dissolvant, qui semble dépendre à la fois de sa nature spécifique et de la concentration de la solution. Les résultats obtenus avec
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un mème composé actif observé dans plusieurs dissolvants présentent entre eux des écarts qui ne peuvent être attribués à des erreurs d'expérience. Cependant les nombres auxquels on arrive ainsi sont généralement d’un ordre de grandeur comparable. [l va de soi qu’il en est tout autrement lorsque le dissolvant exerce une action chimique sur le corps actif, par exemple dans le cas d’une dissolution de base active dans un acide (1).
Ces considérations nous amènent tout naturellement à conclure que, tantque les observations polarimétriques ne seront pas rigoureusement comparables entre elles, c’està-dire rendues indépendantes de la longueur d’oude, de Ja température et du dissolvant, il faudra renoncer à trouver les lois Quanrirarives d’après lesquelles se produisent les changements de signe du pouvoir rotatoire et ses variaüons numériques absolues. Dans l'état actuel de nos connaissances sur la question, on ne peut arriver qu'à des résultats purementQUALITATIFS, nous permettant seulement d’aflirmer que le pouvoir rotatoire de tel où tel composé doit être plus grand ou plus petit que celui de tel autre, de mème signe ou de signe contraire. C’esi précisément ce dernier point, — signe du pouvoir rotatoire,
qu'il s'agit d'étudier pour la vérification des deux lois énoncées plus haut. C est donc cette question du signe du pouvoir rota- Loire qui sera pour ainsi dire seule prise en considération
dans ce premier Mémoire sur la dissymétrie moléculaire.
(:) Les faits relatifs à ces variations du pouvoir rotatoire suivant la longueur d'onde, la température et le dissolvant ont été l’objet de plusieurs importantes Monographies. On consullera sur cette question : Varpetr, Optique physique. — LaNboLtr, Drehungsvermôügen(1870).— OsrWALD, Lehrbruch der allgemeinen Chemie (2° édit.), r8or, I, 433. — HoRSTMANN, ua excellent article publié dans le Zandwôrterbuch der Chemie de M. Ladenbourg, t. VE, p. 479. |
PDISSYMÉTRIE MOLÉCULAIRE.
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