‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 21 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mais , dès ce moment , tous devez le comprendre , et 00 exemple va vous le rendre plus sensible.

- Je reçois la sensation de la couleur jaune : je suis affecté ; mais cela ne m'apprend rien , j'éprouve seuknmit une certaine modification accompagnée de plaisir ou de peine. Ce n'est ensuite que par les senniions de certains rapports que sent mon jugement, on , comme on dit , par des jugemens que je porte , qoe je sais que cette sensation, me vient par Pocil , qnVUe est causée par un corps , qu'elle est un effet de la lumière , que le même corps qui me la cause , m'en cause d'autres ; que je puis en faire tel usage , etc.. Ainsi , vous voyez que tout ce que nous savons ne oonsiste que dans des rapports entre les diverses chows que nous sentons. Voilà donc l'utilité et les fonctions du jugement bien établies.

Observons actuellement que pour sentir un rapport il faut déjà avoir eu au moins deux idées : ainsi TactioD de la sensibilité proprement dite précède néceslairement , au moins d'un moment , celle du jugement ; ces deux facultés ne peuvent pas commencer à s'exercer précisément dans le même instant. Gela répond clairement , ce me semble , comme je vous l'avais promis , à la première des deux questions que nous nous étions faites dans le chapitre précédent *,

' Oo pourrait m* objecter que» dès la première sensntion que nous éprouvons, nous pouvons la jugler agréable ou désagréable. Gela est vrai : je crois même que nous le faisons , et je crois de plus que c'est le seul jugentent que nous puisûons porter de cette première sensation , faute d'autres icroMS de comparaisons. Mai» ce fait ne détroit pas ce que

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Ceci ne yent pas dire , an reste , qw nous ne naissions pas doués de la faculté de juger comme de celle de sentir. L'une et l'antre sont également des résultats de notre organisation ; nous TaTons déjà dit Ainsi , je n'ai pas plus de peine à eoncerotr qu'un en&nt qui rient de nattre a en lui la capacité de sentir un rapport , qu'à oonoeToir qu'il a celle de sentir une sensation ; mais je dis qu'il ne peut commencer à user de l'une qu'après s'être servi de l'autre. L'expérience prouve de plus que celle de juger est la dernière qui se fortifie , et on pourrait même dire la dernière qui s'éteint. Nous verrons ailleurs quelles circonstances paraissent nécessaires pour qu'elle commence à agir.

Remarquons encore que non-seulement il faut avoir deux idées pour sentir un rapport , mais qu'il n'en faut jamais que deux ; car dans tout rapport il ne peut y avoir que deux termes , savoir, l'idée de laquelle on en rapprocha une autre ,' et celle que l'on en rapproche ; c'est ce qu'on appelle le sujet et l'at«' tribut. S'il j avait plusieurs sujets ou plusieurs at-

}e viens de dire ; car dans celte première sensation sont renfermées implicitement denx idées , celle de notre ficuUé sentante et celle d'ane affection qui la modifie ; et co premier jugement n'est que la perception du rapport que celte •Action a avec notre sensibilité , de la modifier «n bien on ea mal. Cette perception de rapport peut donc naftre tout d« •aitede notre preaière aflTection; mais enfin elle ne saurait la précéder , «Ile ne peut que la suivre , et cela suffit pour la vérité de ce qac j'avance. Nous reviendrons eneore sur eet objet au chap. viii.

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bributa , il y aurait plusieurs rapports et par conséquent planeurs jugemeus , et nou pas un seul. Le sujet et l'attribut peuvent bien, à la vérité , être chacun une idée extrêmement complexe , c'est-à'dire y composée d'one foule de parties , mais elle est toujours consiléfée comme unique ; et , dans chacun de nos juge* neos , il n^y a que deux idées ou deux groupes d'idées [ai soient opposés Pun à l'autre.

Par exemple , quand je dis , V homme qui découvre me vérité , est utile à V humanité toute entière , e prononce beaucoup de mots , mais je n'exprime [u'oa jugement : r homme qui découvre une vérité, at le sujet ; est utile à l'humarUté toute entière , st l'attribut. Cependant, V homme, exprime l'idée 'na individu ; qui , une idée de relation ; découinre , idée d'une action; une , une idée de nombre : irité , l'idée d'un produit de notre intelligence. QÎlà cinq idées bien distinctes, et chacune d'elles rt composée de bien d'autres; mais, à elles toutes , les n'en font plus qu'une; car je ne parle pas rulement de C homme, ou de Vhomme qui découvre, lais de Vhomme qui découvre une vérité : c'est là idée complète et unique, quoique très-composée, Mit je vais en rapprocher une autre. Il en est de lême de l'attribut: est, exprime l'idée de Texistence; Hle , un idée de qualité; à, une idée de relation; humanité , Tidée d'une collection d'hommes ; ^ute, une idée de qualité; entière , une autre idée s qualité. Cela fait bien six idées , et toutes aussi imposées que les premières. Mais , à elles toutes , les ne font encore qu'une seule idée ; car je ne juge

m^^^'^^'^mm

IDEOLOGIE.

pas seulement da sujet , qu'il est, qn'il existe , oi qaUl esi utile, ou qu'il est utile simplement à th»' manité, mais quHl est utile à P humanité toute entière; ce n'est qu'alors seulement que mon sens est complet , et ce n'est qu'un seul fidt que j'aflbraie en prononçant tant de mots. Ainsi ^ comme je Fai annoncé, cette phrase si longue n'exprime qu'un seul jugement.

Dans celle-ci, au contraire, Pierre et Paul exîftent; quoiqu'elle soit bien courte, il j a denxjugemens; car il y a trois termes. Je raj^rodie l'idée d'exister de celle de Pierre et de celle de Paul, qui sont deux idées distinctes et séparées; ce n'est qu'une manière abrégée de dire que Pierre existe, et que Paul existe aussi; ce qui fait deux jugemens tellement distincts que l'un peut être juste et l'antre faux.

Il est si vrai que le nombre des jugemens tient au nombre des terofès, c'est-à«dire au nombre des groupes d'idées , et non au nombre des idées coai<4l posant chaque groupe , que quand je dis , /e genre . humain existe , je n'exprime qu'un seul jugement quoiqu'il y ait bien plus d'idées renfermées sous ces mots , le genre humain , que sous ceux-ci , Pierre et Paul.

Il ne faut pas cependant que la forme de l'expression fasse illusion. Par exemple , quand je dis , un et un font deux, je ne prononce pas deux jugemens ; car je ne dis pas que un fait deux , et que un fait encore deux , mais je dis que un ajouté à un fait deux, phrase dans laquelle il n'y a qu'un juge-

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aussi n'y yoyex-voiu que deux termes. Si éUit raisonnsble , au lieu de dire on et an IX, on dirait un et un fiiitdenx, oomme on jouté à un fait deux ; puisque , dans un oas dans Tautre , il n'y a réellement qu'un sujet mais, dans les langues, l'usage est souvent , parce qu'elles ont été faites ayant la

nous qu'il ne peut jamais y ayoir plus de rmes dans la sensation d'un rapport, dans onent.

«nant je dois aller aunlevant d'une difficulté rrait vous embarrasser. On vous a sûrement y en vous parlant de grammaire latine ou a, qu'une proposition était l'expression d'un it , et oela est vrai -y mais on vous a peut-être i, car c'est assez l'usage, que toute propoi. composée nécessairement de trois termes , , l'attribut , et la copule ou le lien. Si cela ai, oela impliquerait contradiction avec le s que je viens de vous démontrer; car comt pourrait-il qu'il n'y eût que deux termes jugement, et qu'il y en eût nécessairement is la proposition , qui n'est que son exprèsle ? Aussi cela est-il faux , et voici comment '■ induit en erreur.

remarqué que , dans toutes les propositions ques , le verbe être se trouve ou explicitemme dans celle-ci , Pierre est grand , ou imtent comme dans cette autre , Pierre marche , I peut traduire ainsi, Pierre est marobant.

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Cette obseryatioii est juste; mais les grammairîeiUi qui ne sont pas toujours idéologîstes , sont partis de là pour imaginer qu^il y avait je ne sais quelle propriété occulte dans ce yerbe être , et qu^il était une espèce de liaison nécessaire entre le sujet et Pattribut; iU Pont appelé Uen ou copule ^'"et ils en ont fait ud troisième terme de la proposition; mais le yerbe être ne lie rien , et le nom de lien qu'on lui donne est yide de sens. Le yerbe être se trouve dans tontes les propositions , parce qu'on ne peut pas dire qn^nne chose e$t de telle manière, sans dire auparavant qu^elle est» Je ne puis ni juger, ni exprimer que Pierre existe grand, sans auparavant juger et exprimer que Pierre existe. Mais ce mot est, qui est dans toutes les propositions , y fait toujours partie de Tat tribut; il en est toujours le début et la base; il est l'attribut général et commun de toutes les cho- . ses qui existent , ou dont on parle comme existantes. Il n*y a donc pas trois termes dans la proposition, non plus que dans le jugement dont elle est Ténoncé.

D'autres grammairiens ont cru que le verbe être ^ exprimait Faction de Pesprit qui juge, la persuasion de Phomme qui parle. Mais encore une frâs , le verbe être par lui-même n'exprime que Pexistence.

Si en outre il exprime Paffirmation, ce n'est qu'accidentellement , c'est par la forme qu'on lui fait prendre. La preuve en est que quand je dis , Pierre être bon, il n'y a pas plus d'affirmation, pas plus de prononcé de jugement que quand je dis, Pierre bon. Le yerbe n'exprime l'affirmation que quand il est à un mode défini. Cest donc dans

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le mode, et non dans le verbe même, qu^est l'affirmalion : aussi une phrase n^est jamais une proposi tion, un prononcé de jugement, que quand il s^y trouve un mode défini énoncé ou sous-entendu. Mais que le verbe exprime ou non Taffirmation y*»* ce n^est là qu^un acoefloÎTe , qui ne Tempéche pas de Étire toujours partie de Pattribut.

J'ai d<mo eu raison, et âè vous dire qn^il vûj ayait jamais que deux termes dans un jugement , et d'analyser , comme je Pai fait ci-dessus , les énoncés des jugemens que je vous ai cités pour exemples.

G>mme la discussion à laquelle je viens de me liTrer porte sur un point encore contesté , j^ai été CQotraint de l'étendre un peu : elle a dû vous panltre longue ; et cependant je crains que vous ne l'ayez trouvée pénible , parce qu'elle est prématurée à quelques égards. Nous y reviendrons quand nous traiterons spécialement de l'expression de la pensée; vous l'entendrez plus complètement alors , ^ce que plusieurs préliminaires nécessaires auront été expliqués * : mais j'ai dû anticiper un peu ; sans quoi ce que l'on a pu déjà vous dire des principes de la grammaire aurait jeté quelques nuages sur la manière dont je vous ai expliqué les sensations de rapports. Cela doit commencer à vous montrer combien la science de la pensée , et celle de Ul parole , sont intimement liées , combien elles sont nécessaires l'une à l'autre, et combien il est dan-

f^oyez la Gramiuaire , chap. n et

gereux de s^ocooik idées avant d^avoii forment en nous preuves.

* De oe qu'il faut oe qu'ail n^en faut sensation de rapp faut encore que c la pensée en même qu'elles ne s'y coc fondaient ensembl deux qu'une seule nous venons de ^ qu'un sujet ou un terme dans la fMH sensation de rappt un rapport entre blanc , il faut q qu'elles ne se tné sensation de gris ; de comparaison. B sera fort utile Ion comment notre fat agir.

Faisons encore, a échappé à beau gioiens, et qui d qu'il n'y a point d podtions négative forme de l'exprès pensée. Par exem

gereax de 8''ocoaper de la manière dVxprimer ia idées avant d'avoir étudié la manière dont ellei m forment en nous : vous en verrez bien d'autrei preuves.

* De oe qu'il faut avoir à la fois deux idées , état ce qu^il n'en faut avoir quMenx pour sentir IM sensation de rapports, nous devons oonolure qa'fl faut encore que oes #bux idées soient présentes à la pensée en même tems d'une manière distincts , et qu'elles ne s'y confondent pas| car , si elles se oo*fondaient ensemble, elles ne feraient plus à dk* deux qu'une seule idée complexe , comme celles ^ nous venons de voir, qui, réunies, ne forment qu'un sujet ou un attribut. Il n'y aurait donc qu'on terme dans la pensée; il ne pourrait pas y avoif sensation de rapport. Exemple : Pour que je scntB un rapport entre la sensatioa de noir et celle i^ blanc , il fiiut qu'elles demeurent séparées , f^ qu'elles ne se mêlent pas de manière à former k sensation de gris ; car alors il n'y a plus de terVM de comparaison. Retenez cette remarque , elle nQtf* sera fort utile lorsque nous examinerons quand et comment notre faculté de juger peut commencera agir.

Faisons encore, en finissant, une réflexion qoi a échappé à beaucoup de grammairiens et de logiciens, et qui dissipera bien des nuages : e'cit qu'il n'y a point de jugement négatif. Dans ks propositions négatives, la négation se trouve dans la forme de l'expression , mais elle n'est pas dans la pensée. Par exemple, quand je dis, Pierre n'est

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