CHAPITRE IV
p<u grand, on dit oommunément que je sens , que je porte un jugement négatif, que je juge que l*idée ^étre grand ne convient pas à Pierre. Cela n^est pas exact; je fais plus, je sens positivement que Pidée de rCétre pas grand lui convient. La négation i%4V pirtie de Tattribut ;tt3a est si vrai , que o*eai comme je jugeais que Vidée détre petit ou du moins ^étre de la iaiUe commune, convient à Pierre; ce qui est înoontestablement un jugement positif. Cette dntinction pourra paraître minutieuse : cependant die est très-importante; car l'expression que je oom- Ws jette du louche sur l'opération de notre pensée dans le jugement. Je sais , pour moi, qu'elle m'a long-tems empêché de la comprendre nettement. En effet, juger, c'est sentir un rapport, c^est une chose pGsitive : or, que serait-ce que sentir qu'un rapport a'existe pas ? Ce serait sentir une chose qui n'existe pas ; cela implique contradiction. De plus , en adop> tant l'explication que je rejette, on est obligé de ne pas faire de la négation une partie de l'attribat , on en fait une modification du verbe ; et il faut par conséquent faire du verbe un troisième terme , ce qui brouille tout : enfin cela conduit à méconnaître une vérité, la base de tout raisonnement , et que je vous prouverai dans la suite ; cVst que tout jugement consiste à reconnaître que l'idée totale de l'attribut est comprise toute entière dans l'idée du sujet , et en fait partie. Mais nous verrons cela quand nous en serons à la troisième partie de ce Cours, à l'histoire de la déduction de nos idées *. I En allendant, je crois devoir une explication provisoire
4,8 IDEOLOGIE.
Pour le moment retenez qne tout jugement est positif, que la négation n^existe que dans la forme de
è eeax qui ont déjà étadié U matièr* , et qui pourraient être ^jflkrprU de cette dernière assertion Eu efièt , ils savent que Tldée exprimée par Taltribut doit toi^urs élre une idée plus générale que celle exprimée parle sujet. On peut bien dlrei un homme est un animai; mais on ne peut pas dire ,«11 animal est un h&mme. C'est ponr cela qae les anciens logiciens, à tort on i raison, ont appelé raltribut ïe grand terme , et la proposition dans laqnelle il entre la majeure » par opposition au sujet * quMIs nomment Àe petit terme « et à la proposition qni le renferme, qu'ils nomment la mineure» Cela semble contraire au principe que je viens d'avancer, que Vidée totale de C attribut est comprise toute entière dans Vidée du sujet ; mais cette contradiction apparente va s'expliquer et s'évanouir par une distinction très-simple.
Il y a denx choses è considérinr dans une idée , son extên» sion, on le nombre de» objets auxquels elle convient , et si compréhension , ou le nombre des idées qu'elle renferme. Plus une idée est générale, plus elle convient è un grand nombre d'objets ; mais moins elle relient des idées propres k chacun d'eux : el au contraire , plus elle est particulière , plus est petit le nombre des objets auxquels elle s'applique ; mais plus elle renferme des idées composantes de chacun d'eux. Ainsi, l'idée générale renfetme l'idée particulière dam son extension, et l'idée particulière renferme l'idée générale dans sa compréhension. En effet , dans l'idée d* animai sont compris tous les individus hommes i mais dans les idées composantes de l'idée homme , est comprise l*idée d'être uo individu de la cUfse des animaux , d'être un animal.
Or , comme je soutiens que tout jugement consiste toujours à voir que l'idée de l'attribut est une des idées composantes de celle du sujet, est unci circonstance qui lui appartient, je me crois en droit de dire que l'idée de cet attribut , bien que plus
OUPITfiE IV. 49
Vexpressioa , et qu'elle fiait toujours partie de Pattribut.
Actuellement que vous connaissez suffisamment
générale, fait partie de celle da sujet , quoique plut partici^h' Un , et que c*est pour 4;ela , et pour cela seul, que na^T pOttYODS affirmer l'atlrllMit d« sujet.
J'eo ai d'autant plus de raison, que dès que deux idëes sont conparées , dès qu'elles sont la matière d'un jugement « (iles ne difiërent plus que par leur compréhension «* elles Mal toujours parfaitement égales en extension. Quand l*oa ik^Chomme est un animal , on entend un animal de Tttpèce des hommes , et non pas de l'espèce des singes ou Je tonte autre. De même quand on dit , cet homme est m«'i»ie, on entend malade de sa maladie particulière» et non pti de tentes les infirmités qui pev-vent mériter à «n être ae»> liUelenotu de malade. C'est toujours l'extension du sujet qoi détermine l'extension de l'attribut. Celle-ci ne peol j*iiaiila surpasser, puisque Tattribut n'est jamais dit que des olijf is auxquels s'applique le sujet ; mais elle doit l'éga- 'er , puisque l'attribut est toujours dit de tous les êtres auxquels s'étend le sujet.
Gela nous fait voir pourquoi l'attribut doit toujours être Doe idée au moins aussi générale que le sujet. C'est qu'on Ae peut pas accroître ^ volonté l'extension d'une idée (cela en fait une autre idée) , au lieu qu'on peut toujours la astreindre de manière à n'être qu'égale è celle d'une autre* On ne peut pas étendre l'idée d''animalh tous les êtres, elle deviendrait l'idée à! être , tandis qu'on peut très-bien la restreindre à ne s'appliquer pour le moment qu'eux animaux appelés hommes ; elle n'est pas dénaturée pOQf cela.
Mais ces réflexions nous montrent aussi bien clairement combien est fausse cette dénomination de grand terme donnée à l'attribut d'une proposition , puisque les deux termes sont toujours égaux eo extension, et que c'est le sujet qui.
«•■■•■■•■■«•■■■■■■■■■■«■■a^Bl^Bi^iMBHMMHMMMHaHMHMaMnMMWMI<kMM«
cHAPirmi T.
Faircx ^prowé : mms mwa. usêA hktÊL des dénn d de tré»-Tils. Ob doBBe le BOM de ToloBlé à oeU adonriUc £ieHllé qae Boas sfiBK de acBiir ce qm\ j^pelle dci dénn. EDe est «ae caaaéqacBee iiim dtale cC aéeeenic de ht smgalièfe piopnété qm\a eerUfoef iroMrioos de nous £ûre peine ou ^aîsii et de» jogemeiis que noas en partons ; car dès qi nous aroos jugé qà^unt chose est pour nous ce qi
ptr ca Mrtore , esl n^cessaireBent le grmmd terme soos rapport «le la coaiprélicosioo.
Caat U la diSéreuee radicale entre fancieane lo^qw f 'appayast $wr des hypoihèae* hasardées et des fomoles va a«* f «t la ooavelle logique , fondée sor robserration attei tlva de la formalion de nos idées ; entre la fausse concepti< d« fart fyllof isiiqae et l'exposilion Traie da anécanisaae a tarai de aof délaftionf .
Att resta astrooTera cette explication pins complète dai la Grammaire , ebap. i*' et chap. m > $. 4 * ^^ surtout da la I/Ogique, o& je me flatte qu'elle ne laissera rien à désire Ce n'était pas encore ici le moment de lui donner tous ses dt veloppemens.
CHAPREEV. 5l
ooos appeloos bonne oa mauTaÎM, il nous «t impoisUiIe de ne pM désirer d'en jouir , ou de Fériter:d'où yoiu yojes que la jseule ùçon d'empéeber U îolaDté de s'égarer, est de rectifier le jogemeut qui la détermine.
La volonté n'est , oomme nos autres facultés , qu'un résultat de notre organisation; mais elle a cela de partioulier, que nous sommes toujours heureox ou malheureux par elle. Je puis bien avoir one sensation ou un souvenir qui ne me fasse ni peine ni pUisir. Lorsque je porte un jugement , ce ^i m'importe, à cause des conséquenoes qui en résoUcnt^ c'est de porter un jugement juste; du reste il m'est égal de sentir tel rapport ou tel autre ; ni l'on ni l'autre ne me sont par eux-mêmes agréables on désagréables à sentir. Le désir , au ccmtraire , ex* dut rindifférenoe; il est de sa nature d'être une jouissance s'il est satisfait , et une soufiranoe s'il ne l'est pas i en sorte que nécessairement notre bonheur ou notre malheur en dépendent : et même, si par erreur nous nous avisons de désirer des choses qui aras soient essentiellement nuisibles , c'est - à • dire qui nous conduisent inévitablement à d'autres dont nous voudrions éfxe préservés , il est indispensable que nous soyons malheureux ; car , de quelque c6ié que la chance tourne , il y a un de nos désirs qui n'est pas satisfait. C'est là une prcj^riété bien remarquable dans la volonté.
Elle en a encore une autre bien incompréhensible et bien importante; c'est qu'elle dirige les mouvemens de nos membres et les opérations de notre in-
52 IDEOLOGIE.
telHgence. LVmploi de nos forces méoaniqaes et intelleotueiles dépend de notre volonté ; en sorte qae c^est par elle seule qa% noos produisoiis des effets, et que nous sommes une puissance dans le monde. Quand je sens des sensations' ou des souvenirs , w •ont des modifications cpie j'épronye, elles n^affeotent que moi ; quand je porte des jugemens sur œs sensations et ces souvenirs , que j^y sens des rapports, que j^y découvre des vérités , ce sont euoore des choses qui se passtmt en moi , et n'influent que sur moi; mais quand , par suite de ces jugemens, je ressens des désirs , et qu^en conséquence de ces détirs , j^agis , alors j'opère sur tout ce qui m'environne. C'est donc ma volonté qui réduit en actes les résidtats de toutes mes autres facultés intellectuelles. Je ne prétends pas dire néanmoins que toutes nos pensées et tous nos mouvemens soient absolument volontaires : je sais que beaucoup ont lieu à notre insa, et même malgré nous -, et j'examinerai quelque part jusqu'à quel point et suivant quel mode toutes nos fiioultés dépendent de notre volonté. Mais il n'en est pas moins vrai que nous faisons beaucoup d'actions quand nous le voulons, et que ^ par difTéreus moyens , nous nous procurons aussi , à notre gré , beaucoup d'idées, et exécutons beaucoup d'opérations intellectuelles. C'est sans doute la considération de ces effets de notre volonté qui nous a conduits à croire que nous étions plus essentiellement actifs dans Texercice de cette faculté que dans celui des autres ; car si par être actif on entend seulement agir , sentir une sensation, un souvenir, un rapport, est une action
cBAPiraE V. 53
tout comme sentir un désir ; ainsi nous ne sommes pas plus aotife dans un cas que dans Tautre. Si, au oontraire , par être actif on n^entend pas seulement agir, mais agir librement , c'est-à-dire d'après sa yoloDté; et si par être passif on entend agir forcément oa contre sa volonté , il n'y a peut-être pas une actÙD dont nous soyons moins les maîtres que de sentir ou de ne pas sentir un désir : ainsi , à ce compte , il n'y aurait pas en nous une faculté plus passive que celle de vouloir. Mais cela rentre dans la question que je viens de promettre d'examiner ailleurs : je ne veux pas la traiter ici , parce qu'elle exige des explications que je né puis pas encore vous donner , et parce qu'à présent je n'ai pour objet que de vous fidre connaître ce que c'est que la volonté.
Une autre conséquence plus juste que l'on tire généralement des effets de la volonté, c'est le désir que nous avons tous que la volonté des autres soit conibrme à la nôtre, nous soit favorable, c'est-4-dire qu'ils nous veuillent du bien , qu'ils nous aiment. Ce désir est la source du plaisir que nous goûtons dans l'amitié ; il est très-raisonnable ; car la bienveillance de nc6 semblables est pour nous une grande source de bonheur , puisqu'ils agissent d'après leur volonté.
Une suite encore très-juste de ce désir de la bienveillance est celui de l'estime ; car nous éprouvons tous que nous sommes très - disposés à vouloir du bien à ceux en qui nous connaissons de bons sentimens et de grands talens.
Et enfin, du désir de la bienveillance et de l'es-
54 IDEOLOGIE.
lime des autres naît, ayeo beaaooap de raisc bien-être que nous éproaTOOf quand noua non tons animés de mouyemens de hiimfiiiaanoe, malaise qui nous tourmente quand noua nous i naissons travaillés de passions hainenaes, biei Punet Fautre soient encore ignorés ; car nous ft très-bien en secret que , si nous venons à être nus , dans le premier cas tous les cœurs vienii nous, et que dans Tautre nous sommes rebuta tous nos semblables ; et nous entrevojons ooc meut qu'il est impossible qu'un jour ou Panti disposilinus ne soient pas aperçues, on du i soupçonnées. Aussi tous les hommes bons ont 1 tude et les manières de la candeur et de la aén et les méohans celles de la dissimulation et de ûance} mais cela même les fait reconnaître.
Ces observations et un grand nombre dVutr y tiennent, demanderaient à être développées beaucoup de détail i ; mais cela composerait un de morale , c'est-à*dire de Part de régler nos < et nos actions de la manière la plus propre à rendre heureux. Ce n'est point ici le lieu d'à foudir un pareil sujet ; je me propose de le t quaud nous connaîtrons complètement notre fi de penser et toutes ses opérations ; Part d'emj toutes nos facultés de la manière la plus prc nous conduire au bonheur étant la plus bel] plication de la connaissance dq ces facultés, pouvant être , sans cette connaissance , q routiue aveugle dénuée de principes. Déjà voyez que cet art consiste presque uniquem
OUPITRE V. 55
e former des désirs oontradiotoires , puisque des sujets certains de chagrins ; à nous préutantque possible des maux physiques , puis* Kmt de vraies souffrances ; enfin , à obtenir la Uanoe de nos semblables , et à nous concilier •âpre approbation , puisque ce sont des biens
le moment , retenez seulement que , de même isla faculté déjuger nous ne saurions rien, .le de vouloir nous ne ferions rien ; que nos dirigent nos actions , et sont la cause de pres- B nos plaisirs et nos chagrins } et que , puisant la suite nécessaire des jugemens que nous des choses, le seul moyen de les bien régler porter des jugemens justes et vrais. Mainte- Mans à autre chose ; voilà des préliminaires j pour aller plus loin.
nblerait que ce serait ici le moment d'examiqu'à quel point nos autres facultés sont sounotre volonté, et comment notre volonté elle- Bst susceptible d'être influencée ; mais il faut vant avoir vu les effets de ces différentes fale reviendrai ailleurs sur ce sujet.
56 mioijOGiE.