CHAPITRE VIU. I I T
mouvepiçiit analogue, et qui produisent en aoas la sensation d'un rapport de différence entre eux , o'està-dire ce que nous appelons un jugement ? Assuréiqent personne n'oserait prononcer que cela n'est pas.
Au contraire , chacun sait que beaucoup de sensations ont par elles-mêmes la propriété de nous être tgréahles ou désagréables. Or, qu'est-ce que trouver une sensation agréable ou désagréable , si ce n'est pas en porter un jugement , sentir un rapport entre elle et notre faculté sentante? Et sentir ce rapport entre une sensation et nous, n'est-ce pas sentir en même tems le désir d'éprouver cette sensation ou celui de l'éviter? Toutes ces opérations peuvent donc ie trouver et se trouvent réellement réunies dans un ^ul fait , dans la perception d'une seule sensation lueloonque ; j'ai donc eu tort de le nier, et d'avan- :er que nos facultés de juger et de vouloir ne peuvent commencer à agir que quand nous avons éprouvé la sensation de mouvement et celle de résistance.
D'ailleurs , si on me l'accordait , je me trouverais avoir prouvé une chose absurde , c'est que jamais nous ne pouvons commencer à juger ni à vouloir; car aucun fait direct ne prouve que les deux sensations de mouvement et de résistance doivent faire une exception à la loi générale. Il n'y s^ même pas sentiment de résistance proprement dit , quand il n'y a pas auparavant sentiment de volonté. Dans cet état , il ne peut exister que la sensation du mouveonent et celle de sa cessation ; or , ces deux sensations, bien que très-opposées , ne le sont guère plus que celles de blanc et de noir , de chaud et de froid ; et a 12...
lia IDEOLOGIE.
on iie parait pas suffisamment fondé à affin unes oe que Ton nie des autres.
Au contraire , un fait constant démontn sentiment de vouloir , que la sensation d'u peut précéder en nous la sensation de mou car chacun de nous sait qu'un résultat cox notre organisation , et probablement de celle les êtres sentans , c'est qu'une douleur quel surtout si elle est vive , nous fait éprouver 1 de nous remuer , de nous agiter , très-indé] ment de toute connaissance de Fefiet qui vera , et même malgré la certitude que Te nuisible. Or, qu ^est-ce que ce besoin , si ce désir ? il est irréfléchi sans doute , mais il pas moins un désir , et un désir très-vif.
donc pas à craindre que nous ne puissions ] rer de nous mouvoir avant de savoir ce q que le mouvement j et il est très-possibb premier de tous les mouvcmens faits par cb nous ait été accompagné de volonté.
Mille faits viennent à l'appui de ceux-1 manière d''envisager les objets nous met su de comprendre comment certaines circonsfc notre organisation , provenant de la diffère tempéramcns , des âges , des maladies , ont Xi fluence sur nos jugcmens et nos penchan concevoir ce que c'est que les déterminati tinotives * , qui autrement sembleraient r toutes les idées que nous nous faisons de la
> Ce sont (1c5 sensa lions qui renferment jngrnien
ca&FiTBE vm. 1 1 3
à'ifpr de notre faculté de penser. Maiâ nous en parlerons ailleurs.
A cette heure eonolaons que ma nouvelle théorie est fondée sur des faits positifs , et que la première ^ portait que sur un rapport aperçu entre deux idées généralisées , dont je m'étais servi sans m'en doater, comme si elles étaient deux êtres réels. Cda doit vous montrer , jeunes gens , comhien il est tisé et dangereux d'ahuser de pareilles idées , quoi- \n*il soit utile et nécessaire de s'en servir. Nous ivons hien fait , sans doute , pour étudier notre faculté de sentir , de distinguer les différentes fonc- ^ ioiis que nous avons pu reconnaître en elle, de xnsidérer séparément la sensation , le souvenir , le logement , le désir , en général ; mais il ne faut jamais oublier que ce que nous avons ainsi séparé par U pensée se trouve souvent confondu et réuni dans le même fait, et que c'est toujours des faits réels dont il faut partir. Au reste , tout ce que nous veinons de dire ne détruit rien de ce que nous avions établi précédemment au sujet de la sensibilité , de « mémoire, du jugement et de la volonté : cela nous •Contre seulement leurs effets sous leur vrai jour.
Il reste donc constant que nous ne voyons pas que '(< sensations sans action nous prouvent certaine- ^^t une autre existence que la nôtre ;
Que le mouvement sans volonté ne parait pas 'i^ffisant non plus pour nous donner cette certitude ; Que la volonté peut précéder le mouvement ; Qoe le mouvement volontaire nous donne seul un ^^ sentiment de résistance ;
Il4 IDEOLOGIE.
Que le leiitiiiiciit de quelque chose qui résiste à nïie action que nous vooloas, nous prouve inyiDoiblement la réalité d^nne autre existence que celle de notre yertu sentante ;
Qae nous savons donc avec certitude qu^il y a des corps , et que la première propriété que voas leurs connaissons est la force d^inertie. '
Voyons actuellement comment celle-là nous fiât ^ découvrir toutes les autres , et nous fait composer certaines idées dont on ne s^est jamais bien rendu compte , faute de connaître la manière dout nous les formons : ce sera la meilleure preuve que doos avons réellement trouvé la base de toute existence réelle , et l'origine de toute connaissance certaine.
Je dois convenir auparavant que j'aurais pu arriver plus promplement aux résultats que nous venons de trouver. Mais il s'agissait d'opiuions fort contestées ; j'avais à me réfuter moi-même sur deux points ; j'ai cru devoir donner un peu d'étendue à leur exameu , et je suis persuadé d'ailleurs que cette discussion n'est pas sans utilité à d'autres égards : au reste on peut la passer , si l'on veut ; mais alors U ne faut pas lire l'un sans l'autre les chapitres VU etYlII. Il faut s'en tenir à ce résultat, que quand un être organisé de manière à vouloir et à agir , sent eu lui une volonté et une action , et en même tems une résistance à cette action voulue et sentie , il est assuré de son existence et de l'existence de quelque chose qui n'est pas lui.
Voilà le lien entre notre moi et les autres êtres : c'est la volonté et Vaction sentie réunies* L'une