‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 31 sur 99 · CHAPITRE VII. . loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. . loi

iju'il en a au. Il me semble qu41 ne peut y réussir pour flcm propre corps que par robservation de la souplesse ou de la rigidité de ses organes ; et , pour les oorps étrangers à lui , que par Papplication immédiate de oes mêmes organes sur eux ; et alors nous Toilà encore revenus , non-seulement à la nécessité d'an mouvement senti et voulu , mais encore à celle d^un sentiment de résistance éprouvé ; à quoi il faut ijouter qu'on ne saurait comprendre comment le mouvement d'un organe pourrait être senli si ses pirties n'étaient pas douées d'une certaine force de i^tance au mouvement.

n me parait donc prouvé , i^ que nous sommes tiès -assurés de Texistence des corps, c'est-à-dire d'êtres qui ne sont pas notre moi sentant et voulant, ftt qui lui obéissent ou lui résistent plus ou moins ; 30 que c'est à la faculté de vouloir , jointe à celle de nous mouvoir et de le sentir , que nous devons la connaissance de ces corps et la certitude de la réalité de leur existence ; 3° que , pour que ces facultés produisent cet efifet , il faut que ces corps soient doués d^une certaine force de résistance au mouvement. Action voulue et sentie d'une part , et ré- ^ittance de l'autre ; voilà , j'ose n^en pas douter , le Hen entre les êtres sentans et les êtres sentis ; c^est li le point de contact qui assure très-certaiuement oeui-là de l'existence dé ceux-ci , et je ne leur en vois pas d'autre qui soit possible.

De cette vérité , si c'en est une , comme je le crois ^fèg-fermement , il résulte deux conséquences sin- S^ères } l'une , qu'un être complètement immatériel

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et sans organes , s'il en exista , qe ({ue noas ne pouTODi savoir , ue peut absolument rien oonnattre que lui même et ses a^eotions , et ne saurait en auciine mt nière se douter de Peûstence de la matière et ^ corps ; l'autre , que pour nous à qui on a tant dit sani preuves que si nous étions tout matière nous ne pourrions penser , il est démontré au contraire que , à nous étions totalement immatériels et sans corpii nous ne pourrions pas penser comme nous faisons , et nous ne saurions rien de tout ce que nous saTQBfi Peut-être saurions-nous des choses toutes différestei. Mais qui nous le dira ? Et qui osera nous apprenIfP comment nous serions si nous étions d'une maniiR que nul de nous n'a pu ni éprouver ni observer , et dopt nul de nous ne peut même concevoir la ponî* bilité ? et d'ailleurs de quoi cela nous aervirait-îl?

Tels sont , suivant moi , les résultats inoontesUbles de Texamen auquel nous venons de nous livrer. Maintenant il reste à voir s'il ne nous laisse pas encore quelque chose à désirer.

Tavais un double but à atteindre. Je devais ftin voir , d'une part , que c'est à tort que l'on attribiM à toutes nos sensations proprement dites , ou à oc^ taines d^entre elles , la propriété de nous &ire oosnaitre les êtres qui les causent ; et de l'autre , que ospendant nous avons un moyen certain de connaître ces êtres , et que leur existence n'est point une illusion, n s'agissait de prouver aux hommes trop ooBfians , que tant qu'on ne fait que sentir des sensatifMtf on n'est assuré que de sa propre existence | et aiU hommes trop sceptiques que quand on sent que l'oP

^JHAPITBEVn. Io3

yeut , que l'on agit en conséquence , et que i'oo

éprouve une résistance à cette action sentie et voU"

hte, on est certain non-seulement de son existence ,

mais encore de l'existence de quelque chose qui n'est

pu soi.

Le premier point sans doute n'est pas sans intérêt ; car, nous former une idée fausse de la nature de un sensations , nous ferait rencontrer beaucoup d'obstacles à bien connaître les propriétés des corps et la génération de cette connaissance. Cependant , qoind je serais dans l'erreur à cet égard , et quand ooas aurions bien plus de moyens que je ne crois d'être assurés de l'existence des être» qui ne sont pas ooas, l'existence de ces êtres n'en serait que plusœrtaine , et le fondement de nos connaissances n'enserait pas ébranlé.

Le second point , au contraire , est d'une toute- 3Qtre importance ; car s'il n'était pas vrai que quand je sens un désir , quand je fais , en conséquence de ce désir , une action que je sens aussi , et quand f éprouve une résistance à cette action , je suis certain d'une existence autre que celle de ma faculté de sentir , j'aurais , contre mon intention , prouvé que Qons ne sommes jamais sûrs de cette seconde existence , en prouvant que tous autres moyens de la connaître sont insuffîsans ; mais j'avoue que je n'ai pu cette inquiétude , et que je crois avoir établi ce second point d'une manière incontestable ; car il est bien constant que ma volonté c'est moi, et que ce ^i résiste à ma volonté est autre chose que moi. Toutefois l'on voit que pour que cette résistance me '

I o4 IDÉOLOGIE.

8oil connue pour être une TéritaUe réslatance , il ne suffit pas que je sente un désir ; il faut qa» ce désir soit suivi d'une actiim , que je sente oette aetîon aussi quand elle a lieu , et que tantôt elle ait lieu libroment , tantôt elle éprouve une opposition. Voilà poirquoi , pour avoir connaissance d'autre chose que de ma vertu sentante, il fallait que j'eusse la faontté de faire des mouvemens , et pourquoi la premièn manière dont les êtres autres que moi m'appanis* sent , c^est par la propriété qu'ils ont de résister snx mouvemens que je fais faire à la portion de matièn qui obéit à ma volonté et par laquelle je sens.

Cette propriété fondamentale des corps que non nommons foroç d'inertie , est donc nécessaireqieiit 1| première par laquelle nous les aperoevoDS. Elle sit la base de toutes celles que nous leur cannaisaoM et que nous joignons ensuite à celle-là pour fonoer IHdée complète de chacun de ces êtres. Sans elle noos n'aurions pas connu les corps étrangers à nous , ni même le nôtre. Nous ne nous serions pas seulemeat aperçus de nos mouvemens ; car c'est la résistance de la matière de nos membres au mouvement , ({Oi nous occasionne cette sensation de mouvement. Aiafif si la matière avait pu être non résistante , nous n'aarions certainement jamais rien connu que nous t ^ nous n^aurions connu de nous que notre vertu ic&' tante. Il n^est même pas aisé de concevcnr comnent nous aurions pu sentir quelque chose , quoi que oc soit.

Autrefois j'ai été plus loin ; j^ai soutenu qoe si nous ne connaissions d'existence que celle de notre

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tante , si nous ne connaissions pas les autres as ne ferions éternellement que sentir des ns , et que nous ne parviendrions jamais à

rapports et des désirs ; qu'ainsi , dans oelte m , nous n^aurions ni jugement ni volonté, rès-oonyaincu que j'avais tort. Cependant Lte examen ; non pas assurément que je s mes opinions aient assez d'autorité pour Teur de ma part vaille la peine d'une disilennelle , mais parce que ceux qui auraient on ancienne opinion me diraient : Vous lyé autrefois qu'on ne peut vouloir que . eùnnatt les corps ; vous montreK anjourm ne peut coTmattre ces corps qu'en y«rlti mens sentis et voulus ; il s'ensuit que notts is jamais les connaître , et que tout oe qttt i dit là-dessus porte à faux. Ce raisonneit irréplicable. Aussi , quand j'ai dit que mté ne peut naitre tant que nous ne oon- )as l'existence des corps , j'ai soutenu en is que des mouvemens involontaires suffi-

nous apprendre cette existence. Aujoure je conviens que ce dernier point n'est pas . ;t que je pense que des mouyemens votdus isaires pour connaître l'existence des êtres B nous , je dois faire voir que nous pouvons rant d'avoir cette connaissance. Ce sera chapitre suivant ; ensuite nous reviendrons n des diverses propriétés des corps.

lo8 IDEOLOGIE.

oà formée de plasieurs , oVst-à-dire de la lésion de pluflîears fxniite sentans ; et si elle change de mtare, je ne saurais affirmer si ce n^est pas plusieurs de ces douleurs composantes qui disparaissent , oa d^autres- qui s'y joignent

Fondé sur ces moti£s , on peut et on doit dooc ' ordire qu'une seconde sensation venant se joindre à la première , ne donnera pas pLus de prise qn'dleà l'action du jugement , et que toutes celles qais1l^ yiendront se confondant de même ensemble , jamds » par l'effet de sensations simultanées , le jugement M peut commencer à agir tant que ces sensatioosioil de simples impressicms dénuées de toute oodÂdisanoe de leurs causes.

A la vérité, ces sensations peuvent hien nous doa ner des souvenirs ; mais il est manifeste que ces soo venirs sont aussi de simples impressions, et que s'A viennent plusieurs ensemble , ils feront le même eff( que les sensatious dont ils sont les images , ib s confondront de même : ainsi point d'action encore d la part du jugement.

A cette heure , supposons qu'à une sensation sia pie actuellement présente , vienne se joindre un soc venir d'une sensation passée , se confondra-t-il aVi elle ou non? Si l'on songe qu'il n'y a rien dsUBS : nature de la mémoire qui nous avertisse qu'un soc venir est un souvenir, que nous-mêmes qui le sam bien , il nous arrive pourtant d'avoir des sonveni sans savoir que ce sont des souvenirs , on n'hésite pas à prononcer qu'un souvenir fera le même eflf qu'une sensation actuelle , qu'il se confondra (

GRAPiTREvin. log

oéffie tLvee la première sensation , et qu^il n*y a encore rien à attendre de oette oombinaison pour la Bussance de Taotion du jugement.

On doit donc conçli^re que tant qu'on ne oonnait jNtf les circonstances , les causes , les moyens de ses aensations; tant qu'on ignore l'existence des corps et celle de ses propres organes , l'action du jugement ne saurait commencer.

Or , on ne peut désirer qu'en conséquence d'un jugement; on ne peut donc former un désir que quand on a porté au m(Hns un jugement : ainsi , taat qu'on n'a pas eu la sensation de mouvement , on ne juge ni ne désire ; on sent son existence , et ToiU tout.

Mais qu'un hasard , quel qu'il soit , me fasse fiure on mouyement, je le sens ; qu'une douleur quelconque me fasse remuer le bras , j'ai le sentiment que je nie meus , j'éprouve la sensation de mouvement ; mon bras rencontre un corps , il est arrêté : je ne sais encore ni ce que c'est que ce corps , ni ce que c'est que mon bras ; mais ma manière d'être change : au lieu de la sensation de mouvement, j'éprouve celle de résistance : je ne puis les éprouver ensemble ; et elles sont trop opposées pour que, quand j'éprouve l'une et que je me rappelle l'autre , je puisse OQofondre cette sensation et ce souvenir. Je les distiague donc ; je sens entre eux un rapport de différence , je porte un jugement ; en conséquence de oe jugement , j'en porte d'autres , je forme des désirs, etc. Ainsi c'est à cette époque que commence le développement de toutes nos facultés , et c'est à a 11"

IIO IDÉOLOGIE.

la seale sensation de mouvement que je le

On ne saurait nier que oe raisonnement ne soit très-conséquent ; mais il part d'un principe qu^oo ne peut établir par aucunes preuves directes , et qui n'est qu'un emploi abusif de deux idées généralisées. On dit : Une sensation pure et simple ne nous apprend rien que notre propre existence >. Sans doute cela est vrai de l'action de sentir en général , et de l'existence en général ; c'est-à-dire que quand on ne fait rien que sentir , on ne sent que sa propre exî^ tence : c'est certain. Mais une sensation réelle n'est pas l'action de sentir en général ; elle est un fait particulier ; elle ne nous fait pas sentir notre existence en général , mais une manière d'être déterminée ; elle est opérée par un certain mouvement denosorganes sentans , de nos nerfs. Or , qui est-ce qui pourrait assurer que dans le mouvement de nos nerfs qui produit en nous l'effet appelé une telle sensation, il n'y a pas des circonstances qui font que nous ne pouvons confondre ce mouvement avec un antre

' Si je voulais stipuler les intérêts de mon amour-propre, je pourrais tlire que ce principe hasardé n'est pas de moi; qu'il se trouve dans le Traité des Sensations de Coadillsc» et que je n'ai fait que le pomser & l'extrême. Mais qu'importe k la science que le germe d'une erreur soit de moi ou d'un homme plus habile que moi 7 Ce qui est utile , c'est de voir ce qui a pu égarer cet homme habile. D'ailleurs, li je Toulais rejeter sur lui une faute dans laquelle son autorité* pu m'entraîner , je devrais commencer par lui restituer tout ce que je lui dois, c'est-à-dire presque tout ce que je sais, et même tout ce qu'il ne m'a pas appris directemeol i puisqu'il m'a mis sur le chemin de le trouver.

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