DES PROPRIETES DES CORPS ET DE LEUR RELATIOV
Il demeure donc convenu qae tant que nous ne faisons que sentir , nous ressouvenir, juger et vouloir, sans qu'aucune action s'ensuive, nous n'avons connaissance que de notre existence , et nous ne nous connaissons nous-mêmes que comme un être sentant, comme une simple vertu sentante, sans étendue, sans forme , sans parties , sans aucune des qualités qui constituent les corps.
n demeure encore constant que dès que notre volonté est réduite en acte , dès qu'elle nous fait mouvoir , la force d'inertie de la matière de nos membres nous en avertit, nous donne la sensation du mouvement , ce qui peut-être ne nousvpprend encore rien de nouveau ; mais lorsque ce mouvement , que nous sentons , que nous voudrions continuer , est arrêté , nous découvrons certainement qu'il existe antre chose que notre vertu sentante. Ce quelque
Il6 IDEOLOGIE.
ohoM e^yilf notre oorps , oe sont kc oorpi esTirofl- UMua y «nert Paniven et toat oe qui l^ oompoie.
Sans doute nous ne savons pas d*abprd oe qie o^est ; nous ue distinguons, dans le principe, ni lu corps étrangers à nous, ni notre profire oorps ; maii enfin nous sommes assurés que nous existons,^ *[ que quelque chose existe qui n^est pas nous. Cette certitude est comprise dans le sentiment même àê résistance.
lia propriété de résister à notre volonté est donc r la base de tout ce que nous apprenons à connaitre ; ! et nous ne la découvrons que par les effets qui soi' ! vent notre volonté , par nos mouvemens. Cette propriété est la force d'inertie des corps , qui n^a lien et ne se découvre que par leur mobilité.
Si la matière avait pu exister parfaitement inuDObile, nous n'aurions rien senti; et quand nous •■rions senti , nous n'aurions pas agi , nous n'aurioiis connu que notre sentiment. Si la matière avait pa être parfaitement mobile , absolument non réâstante * , nous n'aurions rien senti encore, puisque toutes nos sensations sont le produit de la réaisUsM de nos organes à Faction des corps , et de la téàsr
* Oa peut regarder comme presque absolument non rêsis' tante la matière de la lumière, celle des queues des comités et celle de la iMnière lodiacale , puisqu'elles ne font aacaa obstacle leniwle au mouvement des corps célestes qui le* traversent. Voyei VJSxposition du Système du Mondt , do M. Laplace , pag. a86 de rédilion in-4**. Cependant il faut bien que ces matières soient capables d'une résistance quelconque, puifqu*elles produisent des sensations visuelles*
GBAPtTRE IX. 117
Qoe de ces oorps à lear action les uns wÉ^ a^' €8; et quand nous aurions pu Bentir et agit,tious orions agi sans être ayertis ; nous n'aurions jamais léeouTett Texistenoe des corps ni celle de nos or- Suies.
Mais dès que nous pouvons agir et nous en apersevo&r y le vouloir et éprouver résistance , Panivers rii Battre pour nous. Semblable à ce point animé fu'oii observe dans Toeuf les premiers jours de Pinoubation , et qui, imperceptible d'abord , se déve- ^oppe y s'accroît , et devient un animal parfait , nous lUoBs voir notre sentiment s'étendre , se répandre AaBs tous nos membres , s'apercevoir de lelvs formes , de leurs limites , de leurs fonctions , décou- Yrir tout ce qui l'entoure , le juger , le connaître , le oonvertir à son usage , et le soumettre à sa volonté. La mobilité et Vinertie sont donc à notre égard les deux premières qualités des corps , celles sai|S leaqudles notre organisation ne saurait subsistât, àms lesquelles nous ne pouvons rien Sentir , noue Be pouvons rien connaître , sans lesquelles nous ne pouvons pas même concevoir ce que serait l'existence de l'univers.
Observez cependant que ces deux propriétés des corps en nécessitent une t)roisième , c'est celle en ▼erta de laquelle ces corps en mouvement ont là puis- »nce d'agir sur les autres corps , de \€ff&ç\siOet ; ^^ y pour me servir des expressions de d'Alembert^ , ^ite force qu'ont tous les corps en mouvement ,
' Art. Corps , ancteane Emcyvlopédie,
Il8 IDÉOLOGIE.
de "^tflÊ oasù en mouvement les autres corps qÊ^aS%ncontrent» D'Alembert reooniutt bien cette force poar être une propriété des corps ; mais il m lui doone point de nom : je rappellerai la foret d'impulsion ; et , contre l'avis de d^Alembert, je li reoonualtrai pour une propriété du premier ordre, '■ c^est-à-dire générale et invariable , et toujours aâh . tante , quoiqu'elle ne s'exerce pas toujours , pane | que , comme Pinertie , elle se retrouve tonjoun li j même dans tons les corps dans les mêmes ciroooctances. Je dirai donc que Vimpulàon ( prise aiasi comme puissance et nou pas comme effet ) est dtfi les coiyt cette propriété par laquelle, lorsqu'ils nit en mooyement , ils communiquent de leur moafement aux autres corps qu'ils rencontrent; de Eoéne que Vinertie est cette propriété qui fait qu'un coifi ne reçoit jamais de mouvement d'un autre oaqM
£'en le dépouillant d'une quantité de mouvement tle à celle qu'il en reçoit. Ce sont deux qualitéi correspondantes , dont l'une ne peut exister saitf l'autre , et ni l'une ni l'autre n'aurait lieu sans le mouvement.
La mobilité , l'inertie et l'impulsion sont donc trois propriétés inséparables. Nous verrons bientôt oomment nous apprenons à calculer leurs effets : nom ne faisons d'abord que les sentir.
L'idée 4i mouvement n'est pas d'abord pour nous cette idée composée dont nous nous rendons compte? en disant que le mouvement est l'état d'un corps qoi passe d'un lieu dans un autre. Un lieu est une pof' tion de l'espace; l'idée de lieu dérive de celle d'é-