‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 35 sur 99 · CHAPITRE a. j. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE a. j. I

Ddue, qae nous n'ayons pas encore. BM^OBve- «nt n'est donc d'abord pour nàhs qu'une sensation ;mple , une manière d'être. Je me meus , je le sens , t -voilà tout. Voyons ce qui en arrive.

Je m'agite en divers sens , je n'éprouve aucune ippontion ; tout oe que je rencontre , fut-ce un fluide ithéré , de la lumière , de l'air même , n'est rien pour DBoi, puisqu'il ne me donne pas le sentiment de résistance à ma volonté : c'est le néant absolu ; je ne sais pas même que c'est là ce qu'à tort ou- à raison j'appillerai le vide qnand je connaîtrai le plein; je ne sais pas que je traverse ce vide , puitque j'ignore qu'il est étendu et qu'il y a au monde quel^ïecbose qai soit étendu.

Bientôt le mouvement que je voudrais continuer , qoi n'est qu'une manière d'être que je voudrais prokoger, cesse malgré moi; oe qui l'arrête n'est pas .moi, mais c'est quelque chose , c'est un être, etjilît être est un corps. J'ignore sans doute que ce corps est étendu , c[u'il a des parties , une forme , une figure; il ne me semble qu'un point, qu'une vertu résistante , comme je ne parais à moi-même qu'une ▼erta sentante : je sais seulement de lui qu'il existe. Je ne prétends pas même que ce soit dès la prcinière expérience que je parvienne à ce faible résultat; mais que ce soit après une ou aprèMnille , peu uuporte , il suffit que j'aie trouvé la rouW

Parmi ces nombreuses expériences , il y en aura

sûrement une où , pressant cet être en glissant sur

^ surface , je sentirai que je me meus sans cesser de

««utir cet être. Dès-lors cet être cesse de n'être qu'uu

120 IDEOLOGIE.

point; wftni recomuis des parties les unes à côté des autras^ je juge tpL^il est étendu ; car la propriété d^étre étendu est bien en elle-même la propriété dV Toir des parties distinctes , 4es parties situées les nnef hors des autres ; mais o^est par notre mouvement que nous la connaissons ; elle est , par rapport à nous, la propriété d^étre touché continuement pendant qae nous faisons une certaine quantité de moayemeiit Voilà donc V étendue connue; c'est. une nouTcUe : propriété des corps dépendante de leur résistaaoeai mouvement , de leur existenoa par rapport I Mil' | Elle en est use conséquence si immédiate , que qaiii' | une foîi nous la connaissons , nous ne pouvons plu concevoir rien qui en soit totalement privé. Nom ^ pouvons bien supposer qu'un corps est exoessivenuBt petit, admettre que son étendue est réduite aatiat que possible , même jusqu'au point d'être imperceptible à nos sens ; mais nous ne pouvons l'imaginer absolument nulle, sans anéantir le corps lui-même. Jamais aucun être humain ne comprendra réellement comment existerait un être qui n'existerait nulle part et n'aurait point de parties. C'est s'abuser soi' même que de se persuader qu'on comprend pareille chose ; j'en appelle à la conscience intime de toas ceux qui scruteront de bonne foi leur propre intel* ligence.

Aussi , liaand j'ai dit que , tant que nous ne foisons que sentir sans agir nous ne nous paraissons à nous-mêmes qu'un point, qu'une vertu sentante, 'et que , quand nous sentons résistance à notre volonté, l'être qui s'y oppose ne nous semble d'abord qu'an

QUPITREIX. lai

I WÊÊtai

'une yerta résistante, je me s^^Brvi de 8 abstraits que nous sommes flHRoés à comme des êtres réels , afin de rendre ma tsque sensible. J^ai voulu rendre manifeste sentions uniquement que nous avions une

que quelque chose lui résistait, et que lyions rien de plus ; mais je n'ai pas pré- 3lir que nous crussions être un point ma- .e , ni que nous nous fissions une idée d'une loonque axiatante sans appartenir à aucun

est împttMible. C'est pourquoi, en même nous découvrons la propriétéd'étre étendu ui résiste à notre volonté, nona.la découla notre moi qui sent ; il s'étend et se réir ainsi dire , dans toutes les parties par les-

sent et qui se meuvent à son gré. Nous I l'étendue de notre corps comme celle des ps , et nous la circonscrivons par les mêmes 1 est même vraisemblable que c'est la preit nous nous apercevons ; car le corps qui rtient ne diffère des autres , à notre égard , [ue c'est par lui que nous sentons ; du i^ste , ime eux résistance à nos mouvemens; et il n que quand un de nos membres s'appuie outre un autre, la double sensation que vons dans la partie qui se meut et dans résiste , doit nous donner pi Jh d'avantage «nnaitre ce qui arrive dans cette occasion, 1 il s'agit d'un corps étranger qui ne nous . Cette conjecture tirerait une nouvelle examen physiologique de la manière dont

I '22 IDEOLOGIE*

s'opèrnnos sensations , et de la oorrespoudanceqni existé fSt« les divers organes de la sensibilité; dum ce n'est pas ce dont il est question aotaellemest : nous y reviendrons quand il en sera tems. Pour k moment , il suffit d^avoir expliqué œ que c'est qse rétendue de notre corps et des autres , et montré qie nous ne la connaissons que par l'effet oombinédeh mobilité et de l'inertie des corps.

L'étendue dans ce sens , est une propriété da corps; mais nous donnons souvent une antttdjpîfication au mot étendue. Lorsqaë nous en fl fc uM fe synonyme du mot espace , il eifprime une antie idée; il semble alors que ces deux termes , étendwt, espace , représeutent un être réellement existant. Ge n'est cependant véritablement qu'une idée abstniti dont nous sommes dupes. Voyons comment nous h oomposoDS , c'est le seul moyen de la connaître et \ de faire qu'elle ne nous égare plus , car toute illision disparaît quand on se comprend.

Je fais une certaine quantité de mouvement pour arriver d'un point d'un corps à d'autres points du même corps; je dis que ce corps est étendu. Qvs l'on ôte ce corps, il me faudra toujours la même quantité de mouvement pour aller du lieu où était un de ces points matériels à ceux où étaient les antres ; je dirai qu'il y a la même étendue , le même espace entre eux ; seulement , comme je puis me mouvoir en tout sens dans cet espace^ ce que je ne pouvais faire avant , j'ajouterai que cet espace est vide au lieu d'être plein , comme je dis d'un coffre qu'il est plein ou vide suivant qu'il y a dedans quel-

CHAPiTaE IX. ia3

obose oa lien. Mais un oofiVe coiiâiflti||3|ns les 18 qui le composent , indépendamment ftcie qu'il erme, et l'espace n'a point de parois. Or, qu'on lise ce que c'est qu'un coffre yide qui n'a pcnnt de is, si oe n'est le néant absolu. Aussi avons-nous [ue tant que nous nous mouyons sans résistance, ne nous rencontrons n'^est absolument rien. L'es- \ est donc la propriété d'être étendue , considérée rément de tout corps à qui elle puisse apparte- : i^ttt une idét «bstraite; c'est le néant personj^nr la faculté ^pe nous avons de nous mouvoir ad aucune chose ne nous en empécbe , quand le nous le permet : nouvelle preuve que c'est en t mouvant que nous découvrons s'il eûste qudchose ou rien autour de nous, autour de notre ilté de sentir et de vouloir, n voilà assez sur l'étendue : passons à ses oonsé- Boes. Plusieurs propriétés générales et communes is les corps ne sont que des dépendances néces- M et immédiates de celle d'être étendu : il suffira es indiquer. Telles sont celles d'être divisible , oir une certaine forme, d'être impénétrable.

èa qu'un être est étendu, il est nécessairement sible; car puisque être étendu c'est avoir des les telles qu'il faille faire un mouvement pour ■ de l'une à l'autre , on peut toujours s'arrêter au eu de ce mouvement , et par là se trouver entre de ces parties et l'autre , et par conséquent les .rer, les diviser. La divisibilité, la possibilité re divisé , résulte doue inévitablement de la proté d'être étendue.

IDÉOLOGDL

Il n'o^ rtaulle pu m oerUÎae forme , m qD'on mppelle itn Ggiu4.

ODTpi ne pCQt être étendu à l'infini, eir exùlenit pu d'autrM. D'eillenn, noiu ue | noua feîre une idie réelle de l'iofiiii duu genre ; o'eat encore It one idée ebstraife qui : ■roir moune eiiitenoe pontiTei o'eat onl!

blton qui n'aurait qn''nn bout , ou m£me (pi nil pas de boula. Tout corps k dono des Noat ippelona aurfeoe de ce oarf» l*uiembl pdnli qui le lenninent , o'«t-4-dîre paué I il ne nous empéolie pins de nous monr dicpwitïon de cette lurfioe oonit^tip oi appelle la forme ou la figure de Se oor emploie oea deux mots indifféramnlent , i tort; ou devrait appeler ezcludrement ton corps la manière d'dtre étendu que noua lu naiaaoua par le taot eu noua mouvant antoui et réurvcr le mot ligure pour l'impresai oetio forme fait sur notre mil. La mémi préientc plusieurs figuras, suivuit qu'elle d'un oAté ou d'un autre; maU elle fait ton m^me împrcsaïon sur le tact , ce qui prouri que o'eat là sa Traie manière d'être, et que r^aialanre à notre mouvement qui nous fait o la manière d'iltru nklle des oorps.

Pniiqu'un uorps est étendu ou n'est rien absolument qu'il mit impénétrable , c'est' qu'un autn- coq» ne puisse pas occuper la (i'eaiiarr qu'il remplit, i moins qu'il ne la II i<ar s'ils occuiiaieut tous ïes deux en mâtM

GHAPITBE IX. 125

même lieu ; ils ne seraient plus que oommènn; l'un des deux serait anéanti; il n'y aurait pas coexistence.

Aussi, lorsque nous voyons deux corps s^unir de manière qu^ils occupent moins d'espace que lorsqa'iU étaient séparés , nous en concluons qu'un des deux ou tous deux sont poreux , c'est-à-dire, qu'ils referment entre leurs parties solides ou réelles, des espaces vides dans lesquelles se sont logées les parties solides ou réelles de l'autre corps. C'est aussi ce que BOUS prouve directement l'augmentation de poids à volume égal , qui résulte toujours de pareille union. Mille expériences prouvent que tous les corps connus so&t poreux ;ldnsi la porosité est encore ime propriété générale des corps; elle est une conséquence de l'étendue , mais elle n'en est pas une conséquence nécessaire; car on peut très-bien concevoir un corps dont les parties ne laisseraient aucun intervalle catre elles. Si cela n'arrive jamais, il faut sans ^ute qu'il y ait quelque raison ; mais elle nous est Ùiconnue.

Les corps sont donc poreux; mais ils pouiraient lie pas l'être , au moins suivant nos moyens de les Connaître. Au contraire, il faut absolument qu'ils Soient étendus pour que nous les connaissions, puis- <)ne nous ne les counaissons que par le mouvement. X)ès qu'ils sont étendus , il est nécessaire qu'ils soient impénétrables ; et c'est celte impénétrabilité qui fait que l'un résiste au mouvement de l'autre, ce qui constitue l'inertie, et que l'autre communique de son mouvement à celui-là, ce qui constitue l'im-

palnoa^Tcl est l'enehaineiiieiit des propriétés prineipales que noas déooayrons dans les corps, à partir du premier moment où nous sommes oondaits néotssairement à juger qu'ils existent. Je Tais maintenant expliquer oomment noas apprécions et mesuroiu les uns par les autres les effets sensibles de eet propriétés , et cette explication me fournira de noa- Telles preuves que c'est bien ainri que nous appre« nous à les connaître, et que j'ai bien démêlé oe qu'elles sont pour nous.

Auparavant , observons que oe que j'ai dit de l'inertie de la matière ne signifie pas du tout qu'elle soit essentiellement passive et qu'elle^ ait besoin, pour être mue, d'un principe d'acttth étranger à elle , ni même qu'elle ait plus de tendance au repoi qu'au mouvement. Je trouve, au contraire, que les faits conduisent à une conclusion opposée; car, quand même on ne regarderait pas la pixxiuction des êtres animés comme une démonstration sufEsante que l'activité est propre à la matière et inhérente à sa nature , et qu'elle ue fait que se manifester par l'organisation , on ne peut au moins nier que l'attraction ne soit une tendance au mouvement existante , à tous les instans, dans toutes les particules de la matière. J'entends ici par le terme général d'attraction, non-seulement la force de graritation en vertu de laquelle tous les corps célestes pèsent les uns sur les autres , et tons les corps terrestres pèsent vers le centre du globe , mais encore toutes ces attractions particulières qui produisent les combinaisons chimiques, l'adhésion, la cohésion, etc.

CHAPiraEix. , 127

>r, toutes ces forces toujours agissantelT et les >liénoinèneâ qu'elles produisent , me montrent qu'il l'y a nulle part de repos absolu dans la nature , et qu'il n'y a même jamais de repos relatif que par l'effet des forces contraires qui se balancent ; d'où je ooDclus que ce n'est pas le repos, mais le mouyement , qui est l'état naturel de la matière ; et si je n'ayais craint de trop choquer les idées reçues , f aurais mis T'activité à la tête des propriétés des ooèpa y et je n'aurais regardé la mobilité que comme une ^nséquenoe de l'activité. Au reste , ce ne sont pas lés classifications que nous faisons qui sont importantes; œ qui essentiel est de bien voir les phénomènes |lih, dans le cas présent, de ne pas se &ire une idée fausse de l'inertie , laquelle ne consiste qu'en ceci : c'est que quand un corps reçoit du mouvement , le corps qui lui en donne en perd une quantité égale à celle qu'il lui communique. Passons à une autre observation.

La durée est encore une propriété èommune à tout ce qui existe, c'est-à-dire à tout ce qui sent ou est senti. Différente en cela de toutes les autres propriétés des corps , elle pourrait même appartenir à des êtres sans étendue , si nous pouvions en connaître ou même en concevoir de tels ( voyez l'Extrait raisonné). Par cette raison, nous n'avons pas besoin de connaître autre chose de nous-mêmes que notre propre sentiment pour nous faire l'idée de durée : notre seule existeuoe sufEt. Je sens uue impression actuelle ; dès que je puis porter le jugement que je ï 'ai déjà sentie, je puis prononcer que j'existe ac-

1 atf IDÉOLOGIE.

tiielleiliittt, que j^ezisUb alors, et que j^ai oontinaé d'exister dans l'interralle. Tout cela est oouîprii dans Taote de reooimattre oette impressioii. Dès oe moment j'ai donc l'idée de durée, qui n^est antn ohose que celle d^une socoession d'impressions. Lorsque je connais d'autres existenœs que la mienne, quand j'aperçois un objet et que je m'assure qne c'est bien le même que j'ai déjà yu , je lui applique oette idée de durée , je dis que cet objet a duré : cela ne souffre pas de diffioullé. Mais si j'aoqaien ainsi l'idée de durée , je n'acquiers pas de mène la possibilité de mesurer oette durée; ear la suooessioa de mes impressions n'est ni asse« uniforme ni assn invariable pour me senrir de mesuri^ d'ailleurs ji n'ai aucun moyen pour constater les limites de U durée de chacune. Je n'ai donc pas l'idée de tempt, qui n^est que celle d'une durée mesurée*. Noof allons voir comment elle nous vient , et examinant comment nous mesurons les effets sensibles des propriétés des corps. Nous commencerons par l'étendne.

■ Cette dëfinition du temps, qui m'a éié contestée » est celle de Locke. Essai snr FEntendement humain, liv. H • chep. XIY.

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