CHAPITRE XI. l
(nentaires nuMent lei unes àea antres, ou plutôt 'dles ne sont que des modiGoatioas d^une faculté ique , oelle de sentir. Cest ainsi , je crois , qu'il it entendre le principe de GAdillao , ^ue toutes opénUions , ou , comme il dit souvent , toutes • facultés de Pâme ne sont toujours que la sen* tion transformée / principe profond et fécond , qui iqu'à présent donnait lieu à beaucoup de diseuses, parce que cette manière de Pénoneer laisse at-4tre quelque chose à désirer.
Je TOUS ai montré de plus en quoi consiste tout que nous sarons des propriétés aes corps , et que Banière dont je les considère explique très-&ci- MBt la génération et la nature de plusieurs idées i ont toujours beaucoup embarrassé les métaphyiens, et qui nVmbarrassent si peu les autres homti que parce quHls ne se mettent pas en peine de Noir ce qu'ils font quand ils pensent et qu'ils raiinent; cliose cependant assez nécessaire pour bien oser et bien raisonner, quelque sujet que l'on ite.
l^noi qu'il en soit , il résulte de ce petit nombre fca erv ations , que, si nous ne nous sommes pas (tés , nous ayons déjà une idée nette de l'instrunt onlTersel de touted nos découvertes , de ses proies , de ses effets , de ses résultats , et du principe toutes nos connaissances , ce qui n'était peut-être I encore arrivé , et ce qui ne peut être inutile aux >grè8 ultérieurs de l'espiit humain.
Sans doute nous sommes loin d'avoir fait une hjsre eomplète de l'intelligence humaine; il (Iradrait a i6..
des milliers de vicdames poar épnijer un sujet à yaste , mais du moins nous en ayons fait une analyii exacte ; et le peu de Tentés que noos arons recnefllies est , si je ne me trompe , dégagé de tonte obsonrite , de toute incertitude , et de tonte snppositioi hasardée , en sorte que nous ponyons y prendre wm entière assurance : d'où il arrive qu'étant certains de la formation et de la filiation de nos idées, tout ce que nous dirons par la suite de la manière d'ezpfimer ces idées , de les combiner , de les enseigner, h régler nos sentimens et nos actions , et de dirifor celles des autres , ne sera que des conséquences 4e ces préliminaires , et reposera sur une base oonstantif et inyariable, étant prise dans la nature même de notre être. Or , ces préliminaires constituent ce qte Pan appelle spécialement Pidéologie , et toutes lei conséquences qui en dériyent sont Tobjet de la grammaire, de la logique, de renseignement, de la morale priyée , de la morale publique ( ou l'art social )» de réducation et de la législation, qui n'est autre chose que Téducation des hommes faits. Nous ne pourrons donc nous égarer dans toutes ces sciences qu'autant que nous perdrons de yue les dbseryatioDS fondamentales sur lesquelles elles reposent.
U paraîtrait, par ce résumé, que nous n'ayons plus rien à dire sur l'idéologie proprement dite : et e£fectiyement , si je n'ayais égard qu'à ma façon de yoir, j'aurais bien peu de choses à ajouter à oe qui précède. Je me contenteraii de yous rappeler que ma manière de décomposer la pensée satisfaisant à l'explication de tous les phénomènes qui sont explica-
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blc8 y Yoas ne ponveft plas vous refuser à oonTenir qull n' jT A dans toutes nos idées que des sensations , dw soaTeoirti des jugemens et des désirs; et après quelques obsenrations générales sur les rapports de l^idéologie et de la physiologie , je tous proposerais de passer à Pétude de l'expression de nos idées. . Mais TOUS aTez pu remarquer que dans l'établis- SOBent de ma théorie idéologique , je ne me suis oceupé que des faits sur lesquels elle est fondée , sans m'cntbarrasser des systèmes des auteurs qui ont écrit sur oes matières « et sans me mettre en peine d'en disenter presque aucuns. Or, aTant d'aller plus loin , il est booque tous ayez une idée des opinions les plus aeeréditéee : pour cela il suffira que nous examinions cdiede Gondillao, parce qu'elle est le fond commun de tontes les autres, qui n'en sont guère que des fanantes.
Vous saurez donc que ce philosophe justement célèlnre , que l'on peut regarder comme le fondateur de la science que nous étudions , et qui jusqu'à présent en tient le sceptre * , a jugé à propos , d'après Locke,
« Avaot Coodillac , noui ii*kvions guère , sur les op^ra- UoM de l'esprit humain , que des observations éparses plus o« Boina fautives : le premier il les a réunies et en a fait un corps de doctrine ; ainsi ce n*est que depuis lui que Tidéologie est vraiment une science. Il l'aurait encore bien plus avancée , si » an lieu de disséminer ses principes dans plusieurs onvrages, il les avait rassemblés daps un traité unique qui contint son système tout entier; mais , quoiqu'une mort prématorée Tait empêché de rendre cet important aiTvice à la raison humaine , il n'en est pas moins le guide le plus
a iG.:.
l6o IDÉOLOGIE.
de partager rintelligence de l^omine on sa fiionlté de sentir , en entendement et en yolonté; puis il reconnaît comme parties intégrantes de l'entendemeiit, l'attention , la comparaison , le jugement , la réflexion, Fimagination et le raisonnement, vupé. \ il joint ensuite la mémoire , qu'il partage mémecjiul* quefois en réminiscence, mémoire proprement dite, et imagination ( dans ce cas le mot imagination s'a pas le même sent que ci-dessus ) ; enfin, il distingne dans la volonté le besoin , le malaise, l'inquiétode, le désir , les passions , l'espérance et la volonté pioprement dite. On peut yoir cette division dam n Logique, part. I, chap. vn; dans les leçons piâiminaires de son G>urs d'Étude , art. a ; dans son E«û sur l'origine des Connaissances humaines, partit chap. n et in , et dans plusieurs endroits de ses onvrages : elle n'est pas partout exactement la même.
Yoilà bien des parties distinctes dans cette seule chose que nous appel(His la pensée. Les disciples de Condillac , et G>ndillao lui-même , y en ont quelquefois ajouté d'autres , et souvent eu ont retranché : ces variations indiquent déjà qu'il y a de l'arbitraire daos ces divisions, et qu'elles ne sont pas manifestement commandées par les faits ; mais pour en être tout-àfait certains, il nous suffit de nous rendre un compte exact de la signification de tous ces termes.
Je vois d'abord comme en parallèle et presque en opposition l'entendement et la volonté. Je comprends,
généralement suivi par tons les Loni esprits de nos joart,et il a la gloire cl*avoir puissamment contribué i les former.
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bien qne l'on ezpiinft par lemot volonté cette faonlté , œ pouToir que nous ayons de ressentir des désirs , des penchans pour certaines manières d'être , et de l'âoignement pour d'autres : c'est aussi l'usage que nous ayons fait de ce terme , et je le crois fondé; mais je ne Tois pas de même pourquoi on grouperait sous le seul mot entendement des choses aussi distinctes que sentir , se ressouyenir et juger.
En effet , on peut dire que nq^ connaissances ne consistent proprement que dans les jugemens que nous portons des impressions que nous receyons ; qu'ainsi , rigoureusement parlant , il n'y a de tout oela que le jugement qui appartienne à l'entende- OMnt ; et qu'il faudrait ne placer que lui sous ce titre , tandis que la sensibilité , et même la mémoire , iraient très^bien se ranger ayec le désir , qui est un effîet immédiat et nécessaire de l'impression reçue.
D'un autre côté, si on considère que sentir et youkûr sont des modifications soudaines , et pour ainsi dire forcées , et que se ressouyenir et juger portent un caractère de pi as de réflexion, on pourrait ranger la yolonté ayec la sensibilité comme en étant une dépendance , et laisser ensemble sous un autre nom, la. mémoire et le jugement, et tout ce qui 7 tient ; ce qui produirait encore une autre distribution. Peut-être pourrait-on encore ayec plus de raison obseryer que la sensibilité et la mémoire s<mt les facultés qui fournissent au jugement et à la yolonté les sujets sur lesquels ils s'exercent ; qu'elles sont intimement liées ; et que sous ce point de yue , il oonyient de les réunir comme étant le principe
t62 IDÉOLOGIE.
àt font, et àt laimer enscmibft le jagcment elU Tolonté , lea regardant oomme des oonaéqaenoet.
Enfin , si Fon fait attention que toat désir qodoonque est le produit d'une sorte de diseeruemeat des qualités d'une chose , on trouTen que la yvMà elle-même appartient à l'entendement plus qae il sensibilité et la mémoire ; et oela produira un nouvd arrangement , ou détruira toute division. U 7 a doM* je le répète , bien de l'arbitraire dans celle adoptée.
Le vrai est qu'il vaut mieui. ne pas réunir foro^ ment sous des titres fantastiques des choses amâ différentes entre elles que la sensibilité, la mémoîis» le jugement , et la yolonté, et que nous deroos la laisser aussi distinctes et séparées dans nos nome» clatures , qu'elles le sont dans le fait '.
Si de cette division générale nous passons aux dé* taîls , je vois d'abord V attention à la tête des faoeltéi qui composent Ventendement : mais l'attention estelle doDo une faculté particulière? consiste-t-elle dans une opération de Tesprit distincte de toutes lei autres ? je ne le crois pas. Être attentif à quoique ce soit , c'est apporter à une chose quelconque le sois nécessaire au succès. L'attention est l'état de l'homme
■ On peut consoTTer la divisioa Entendememt et P^olmh té ; mais alors il faut ranger lous l'un de ces mots toot ce q[ui a rapport a savoir et à connaitre , et sous l'antre tout ce qui est relatif à vouloir et à agir. Mes troii premiers volumes, dans l'ëdition in<8<* , sont un traité de la première partie; mon quatrième est le commencement de la secondai que je n'ai pu terminer, et qui devrait aussi former troif Tolnmes » comme on peut le voir à la fin de ma Logique.
aupiTBE XI. i63
)VLt furmonter une difficulté ; c'est une manière , prodnite pur l'énergie de la yolonté ; c'est on t non pas une cause ; et je ne vois là aucune spéciale : j'aimerais autant faire une faculté ristesse ou de la fatigue. Mais , dit-on , quand attention à une sensation J'en ai la conscience, es les autres disparaissent. Hé bien ! les autres ulles , et vous ay^ une sensation : voilà tout. inrifiz de même la perception d'un souvenir , apport , ou d'un désir. Aussi , dit-on , l'atten* nrient successivement tout cela. Dans ce cas-là est rien par elle-même , et il est inutile d'en ; c'est aussi à quoi je conclus, it ensuite la comparaison : c'est , nous dit^on , luble attention , une attention qui se porte sur >bjets à la fois ; soit. J'ai déjà dit ce que je de l'attention. Mais comment comprendre la raison séparée du jugement? Juger n'est-ce itir un rapport entre deux objets , et sentir un t entre eux n'est-ce pas les comparer ? Aussi •t-on que nous ne pouvons comparer deux objets sa juger. Pourquoi donc séparer deux choses râbles ? Je ne vois toujours là que deux actions, »t juger. La oomparaisonest jugement, ou n'est isation ; elle n'est donc rien en elle«méme. Pasla réflexion.
8 avons déjà vu , obap. vi , p. 67 , ce que c'est fléchir ; il est inutile de le répéter ici : il suffit larquer que la réflexion n'étant qu'un certain [uenous faisons de nos facultés intellectuelles, est point elle*méme une faculté particulière.
l64 IDEOLOGIE.
Peu ditai autant de rimaginatioa , qu'on fait oon- •iater à raaMmbier dans un seul 6bjét fantastique les qualités de plusieurs objets réels. Gela n'a pas besoin de preuTes.
Quant à cette autre imagination qui consiste à avoir des souvenirs si vifs , que les objets semblent actuellement présens , nous ayons déjà observé , an cbap. m , qu'elle n'est que la mémoire , ou l'effet de la mémoire , qui va jusqu'à réveiller la sensatioo même. Elle n'a donc pas besoin d'un nom partiealier, non plus que la réminiscence, que l'on fiât consister à avoir des souvenirs et à sentir que ce sont des souvenirs. Gelle*-là est la mémoire unie à an jugement.
Reste donc le raisonnement , qui est , dit-on, une suite de jugemens implicitement renfermés les uns dans les autres. J'en conviens ; et j'en conclus que ce n'est là qu'une répétition de l'action déjuger, et non une faculté particulière.
Voilà pourtant à quoi se réduisent toutes ces subdivisions si multipliées de ce qu'on appelle eqtendement. Je n'y retrouve jamais , en les analysant , que des sensations, des souvenirs et des jugemens; et je suis toujours plus convaincu qu'elles ne sont propres qu'à embrouiller la matière , en créant des êtres imaginaires , et en en confondant de très-réds. Voyons s'il en sera de même de la volonté.
On place à la tête des opérations intellectuelles que l'on rapporte à la volonté , une a Section nommée le besoin, que l'on nous dit être une souff'ranœ. Quand cette souffrance est faible , on l'appelle ma-
CHAFITBE XI. l65
laise ; et quand elle nous prive du repoi , on lui donne le nom à^inquiétudê. On noue présente oela comme trois opérations distinctes , et Ton fait interyenir la réflexion et Fimagination pour transformer oe« opérations en une quatrième, que Ton appelle le àé$ir, Pavoue que je ne comprends rien à cette explieation ; je ne yoîs encore là que deux choses , souffrir et déârer ; et ces deux choses je les connais bien par expérience. Souffrir, est une manière d'être, un produit de la sensibilité \ c'est Teffet d'une impression reçue : et cette impression est telle , qu'elle me ^t porter le jugement distinct ou implicite que je dois l'éviter , d'où il suit que j'en conçois le désir. Dans la puissaooe de concevoir des désirs , consiste uniquement ce que j'appelle volonté.
Notre auteur, au contraire, comprend encore
parmi les opérations dépendantes de la volonté, les
passions, l'espérance, la volonté proprement dite,
et jusqu'à la crainte, la confiance, la présomption.
11 est vrai qu'il nous explique que les passions sont
des désirs devenus habituels , que l'espérance est le
désir joint à un jugement , et que la volonté, dans
leaens restreint , est encore le désir joint à un autre
jugement. Ainsi ce ne sont pas là des impressions
âéoientaires , mais des affections composées , dans
lesquelles il n'y a que le désir qui appartienne réel>
Renient à la faculté appelée volonté.
Pour la crainte , la confiance , la présomption , etc. , ce n'est pas la peine de nous y arrêter : il est trop manifeste que ce sont des manières d'être , des états de l'homme, résultant de l'emploi bon ou mauvais
l66 IDÉOLOGIE.
de toutes ses fitonltés; etqae des résultats si oompli' qués ne peuvent jamais être regardés oomme des éli* mens.
Je persiste donc à penser que la manière dont Condillao a décomposé notre intelligence est yîoiettse ; et que plus on y réfléchira » plus on se cooyainon que la pensée de Phomme ne consiste jamais qn^ sentir des sensations , des souvenirs , des jugemstf et des désirs ^.
Au reste , Tezamen auquel nous Tenons de nou livrer peut nous fournir des réflexions importantaf. La première qui se présente , c'est que le grand idéologiste dont j'ose ici combattre quelques idées, a k mérite éminent d'avoir le premier bien reooona œ que c'est que penser.
n dit dans vingt endroits, et nommément dans ceux que je viens de citer : Les facultés de Vame naissent successivement de la sensation, Biles ne sont que la sensation qui se transforme pour devenir chacune d'elles. Toutes les opérations de Vame ne sont que la sensation même qui se transforme différemment , etc.... Et , ce qui est plus précis en* core , il dit , dans sa Logique , ohap. vn : Toutes les facultés que nous venons d'observer sont renfermées dans la faculté de sentir. Assurément c'est
' Pour l'intelligeoce compléta de cette discnuion, qœ j'ai tâche de resserrer, finTÎte le lecteur 4 relire VAimly de la Pensée , par Condillac , dans un des endroits cilét ci-dessus, et surtout dans le ohap. vii de la première partie de sa Logique , où elle est le plus détaillée , et que j*ai es principalement en vue.