‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 75 sur 99 · CHAPITRE X.VU · texte numérisé non relu

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out comme un mot : nous en voyons même tous les oars des exemples ; et quoique ces exemples se trouvent dUuiB les gestes des gens qui ont déjà Pusage des lignes articulés , ils ne pronyent pas moins par le fait [ue la chose est possible. Je pense donc , sur la quesioa proposée , que les signes artificiels , de quelque ^enre qa'ils soient , peuvent représenter et constater les idées de toute espèce , et que le degré de compli- Dation des idées qu'ils nous mettent à même de former, et des combinaisons qu'ils nous donnent la possibilité d'en faire , ne dépend pas de la nature même des signes , mais de leur degré de perfection , qui les rend capables d'exprimer des nuances plus ou moins fines, et de constater des analyses plus ou moins délicates. Cette dernière obseiTation commence à nous faire entrer plus ayant dans notre sujet. Il s'agirait actuellement de rechercher dans tout langage quelconque jusqu'à quel degré de connaissance nous conduirait chaque degré de perfection des signes qui le composent : mais cette entreprise est évidemment impossible à exécuter ; il ne faudrait rien moins que refaire , depuis leur origine , tous les systèmes de signes imaginables ; et , quand cela se pourrait , il serait encore impossible déjuger les effets des différens états de ces systèmes de signes que nous ne sommes pas habitués à employer. Les divers degrés de perfection des langues parlées sont moins difficiles à reconnaître et à apprécier : nous pouvons , jusqu'à un certain point , nous représenter ce que serait une de ces langues , d'abord si on lui ôtait toute conjugaison et toute déclinaison ; puis si on la privait successive-

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ment d'ardoles , de pronoms , de prépositions , de oon jonctions , etc. ; et enfin si , réduite à des substantifs et des verbes invariables , on retranchait enooit de ces mots tous les dérivés et les composés , et qv'on ne conservât que les primitifs. Nous ne saurions , il est vrai , même dans ce cas , répondre encore pleinement à la question proposée , et assigner ayec justesse le degré précis de connaissance auquel nous oondiiirait cette langue dans ces différens états ; mais noos voyons clairement qu'après chacun de œs retranehemens* successifs elle deviendrait toujours plus difBeile à manier , moins capable de nous guider dans Pacte du raisonnement , moins pn^re à rapprocher nos idées les unes des autres , à les combiner , à les réunir sons tous les aspects dont nous avons besoin , à constater des différences légères entre elles ; et qu^enfin , dans le dernier état où nous la mettons , elle ne pourrait plus représenter que quelques groupes principaux d^idées fortement distincts entre eux , et ne doimer lieu qu^à quelques jugemens très - grossiers et presque palpables que nous en porterions. Elle est alors, malgré les avantages des signes articulés , réellement inférieure à un système de gestes qui serait perfectionné. Cependant , ce dernier état , auquel nous l'avons réduite , est l'état primitif de cette langue parlée et de toute autre. Un langage quelconque ne peut jamais avoir plus de signes que ceux qui l'instituent n'ont d'idées. Il en a d'abord très-peu ; ce petit nombre de signes aide à travailler ce petit nombre d'idées ; il y fait découvrir de nouvelles circonstances j de nouvelles vues qui fout sentir le besoin de

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Doa veaux signes pour les exprimer ; et ces noayeaax sigiies serrent à aperoeToir de nouvelles combinaisons qu'il faut encore représenter. Oest ainsi que le langage satis&it d'abord les besoins de la pensée , puis lui en fait contracter de nouveaux en favorisant son action , et qu'alternativement Pidëe ùài naître le signe , et le signe fait naître l'idée. Ce sont ces innombrables actions et réactions successives qu'il faudrait pouvoir saisir pour être en état de répondre pleinement à la question que nous nous sommes proposée au oonimencement de ce paragraphe : elle est donc absolument insoluble dans ses détails. Mais nous vojons bien en masse que les connaissances et les langages marohent toujours de front ; que le niveau se rétablit à-chaque instant entre l'idée et le signe , et que , par conséquent , la langue la plus perfectionnée est toujours celle employée par les hommes les plus éclairés , et si elle n'est pas plus parfaite , c'est parce que leurs idées ne sont pas plus avancées.

Je dis que les connaissances et les langues marchent toujours de front , et que dans cette marche progressive le niveau se rétablit à chaque instant entre l'idée et le signe. Cela n'est vrai toutefois qu'autant que le signe est de nature à se bien prêter à ces accroissemens et à ces modifications successives : or , je crois que c'est une propriété qui n'appartient complètement qu'aux signes articulés ; et je suis persuadé que tous les autres systèmes de signes qui sont étendus , perfectionnés , raffinés à un certain point, si je puis m'exprimer ainsi, ne l'ont point été par leur vertu propre, par l'action directe des

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idées sur eux , mais ont été composés par des hommes qui avaient Pnsage des signes articulés, dont Pespiit avait été développé par ces signes , et qui (xit composé d^autres langages sur celui-là et d'après oelui-là * ; ca un mot, que ces systèmes de signes ne sont que des traductions d'un système de signes articulés , et dod pas des ouvrages originaux composés directement d'après les idées elles-mêmes. Cette réflexioD nou funène naturellement k l'examen des qualités partionlièrement propres aux signes artioulés ; examen important , puisque ces signes prédominent uniyersellement dans l'usage ordinaire , qu'évidemment ce sont eux qui ont provoqué , dirigé et 6xé la mardie générale de l'es{»it humain dans ses combinaisons et dans ses recherches , et que leur histoire est en même tems celle de nos idées et de nos raisonnemens. Encore une fois , la grammaire , l'idéologie et la logique , ne sont qu^une seule et même chose : je ne connais point de moyen de séparer ces trois sciences dès qu^une fois on sait ce qu'elles sont.

Le premier avantage des signes articulés est de marquer , de constater facilement des nuances trèsnombreuses et très-fines , et , par conséquent , d'exprimer distinctement des idées très-multipliées et très-voisines les unes des autres. Mais cet avantage ne leur est pas exclusivement propre ; je crois quM^

I C*esl ainsi que tous les instituteurs des sourds et muets on composé leurs systèmeit de gestes plus ou moins bien , snirant leur plus ou moins de connaissance de la rormatioD des langues et de celle des idées.

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ferait tëméraire de prononcer que des gestes * ne sont pas sasoeptibles de combinaisons aussi variées et «nasi diatinctes que les sons articulés : ainsi , à cet égard > je ne vois pas à ces derniers une supériorité asoes marquée pour être la cause de la préférence universelle qu'ils ont obtenue.

Je pense qu'elle est due, premièrement, à ce quHl est dans la nature de l'homme de produire des sons quelconques àèa qu'il est affecté : c'est un effet si néoessaire de notre organisation, qu'il a lieu malgré nous ; et ces sons sont tels , qu'ils peignent très^bien nos diverses affections, ce qui les en rend les signes naturels les plus certains et les plus distincts ; secondement , à ce que , de tous les signes artificiels dérivant directement des signes naturels , les sons sont les plus commodes à employer ; ils n'exigent ni espace ni liberté de ses membres comme les gestes et les attouohemens : dans quelque position que Ton soit, estropié, malade, agissant , on peut produire ces signes ; on les entend de même de jour comme de nuit, de loin comme de près, sans se déranger , sans se tourner vers eux , sans s'en occuper , sans même le vouloir.

Ces deux propriétés qnbnt les sons d'être les plus naturels et les pi us corn modes de tous les signes, font

I Je De parle point ici des Ggure* tracée* , parce que ce sont de< systèmes de signes artificiels secondaires qni n*ont pa être composas qne d'après les signes artificiels primitift qai «i^riTent immédiatement des signes naturels.

Ces signes secondafres ne sont que des traductions des signes primitifs.

que de toasils sont ceux qui nous deyieniientles plus profondément habituels par Pusage , et qui se lient et s'unissent le plus intimement en nous aux idées qu'ils représentent *. Or , si nous nous rappelons œque nous avons dit et des effets de Thabitude et de l'effet priofli* pal des signes , nous sentirons que cet avantage est ini' mense , et suiEt seul pour les faire préférer universellement , et pour que ce soit eux qui secourent le ploi efficacement les opérations de l'intelligence hunuiae. Les sons cependant ont encore une propriété trèfprécieuse , c'est de pouvoir devenir des signes permanens. Au moyen de l'écriture, ils demeurent fixés sous nos yeux comme les hiéroglyphes , les dessins et tous les autres signes durables , et peuvent) comme eux , réveiller en nous , à tout instant , les idées dont ils nous ont affectés passagèrement, et nous rappeler celles que nous pourrions avrâr oubliées et qui servent de liaison nécessaire aux autres. Youlons-nous apprécier l'importance de cet effet ? peqsons à la différence de Timpi-essioa que fait sur nous un ouvrage en l'entendant lire, ou en lelisaut nous-mêmes , surtout si le raisonnement est un peu serré , ou si le sujet ne nous est pas familier. Je pourrais bien citer un exemple encore plus frappant , c'est la différence qu'il y a entre calculer de tête et calculer par écrit } mais, dans ce cas, il

' Une autre circonstance qui contribue puissamment ^ produire cet <>fret , c'est Tintime correspondance qui esiste entre l'organe vocal et l*organe auditif.

M. Maine-Biran a eu grande raison dVn faire la renurqiir dans l'ouvrage ci-<lesfus cité.

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