CHAPITRE VI
DE LA FOEHÂTIOir Sp NOS ID^BS COMPOSéBS.
VonA donc quatre facultés distinctes dans notre faculté de penser, et quatre espèces différentes parmi nos perceptions ; et de ces quatre , les trois dernières aont des conséquences de la première , elles n'auraient pas lien sans elle.
Mais aucune des innombrables idées ou perceptions qui sont dans nos têtes ne sont des idées simples, cVst-à-dire, ne sont l'effet d'un seul acte intellectuel ; toutes sont composées, c'est-à-dire, n'ont été formées que par l'intervention de plusieurs de ces facultés àémentaires.
Voyons donc comment ^ avec ces élémens , sen" sations, souvenirs, jugemens et désirs, nous formons tontes nos idées composées.
Quand nous avons éprouvé pour la première fois une sensation , si nous n'avons fait uniquement que la sentir, cette sensation a été pour nous une idée absolument simple , un seul acte intellectuel.
Si nous y avons joint tout de suite le jugement
({u'elle était produite en nous par un tel être , dès^
lors elle a cessé d'être une idée simple , elle est de-
yenue une idée composée de l'action de sentir et de
3oO EXTRAIT RAISOimÉ
celle déjuger; mais elle a encore été particnlièTeà un se al fait.
Qaand ensuite nous ayons éprouvé une sensatioD pareille , à Foccasion d^autres êtres , le souyenir de cette sensation est devenu une idée générale et commune à toutes les sensations semblables, dans laquelle ne sont pas comprises les circonstances de tems et de lieu , et antres particulières à obacone d'elles.
Cest ainsi que Pidée de ronge n'est plus pour nous le Souvenir de l'impression causée par tel coq» rouge, mais de celle produitcf également par tous les corps rouges ; de même que l'idée de bonté n'est plas celle de la qualité de tel être bon , mais de tous les êtres bons.
n en est de même de nos idées des êtres réels : celles-là sont toujours composées. Nous les formons de la réunion de toutes les impressions qu'ils noas font.
De la réunion d'une certaine odeur, d'une certaine saveur, j'ai formé l'idée de la première fraise que j'ai vue. Aujourd'hui l'idée de fraise est pour moi une idée généralisée et commune à tous les êtres à peu près semblables auxquels je l'ai étendue^ en écartant les petites différences qu'il y a entre eux.
C'est donc en réunissant plusieurs de nos idées ou perceptions élémentaires , que nous formons nos idées composées individuelles , et en retranchant de cellesci quelques circonstances , que nous les généralisons. Ces deux opérations suffisent à former toutes nos idées composées, et elles ne renferment jamais d'aa-
DE l'idéologie. 3oi
es éléinens que des sensations, des souyenirs , des .gemens et des désirs.
n est seulement à remarquer quUi n'existe réellelent que des individus , et que nos idées ne sont lint des êtres réels existans hors de nous , mais de ares créations de notre esprit, des manières de olastr nos idées des individus.
U s'ensuit enoore que plus une idée est générale , lus est grand le nombre des individus dont elle est Ltraite , oe qui constitue son extension ; mais moins le retient des particularités de chacun d'eux, car le ne demeure composée que de celles qui leur sont >mmunes : c'est ce qui compose sa compréhension.
Cela £dt que nous pouvons affirmer de chacun de ss individus tout ce que nous pouvons affirmer de idée générale , tandis que nous ne pouvons pas affir> ler de celle-ci les circonstances particulières à laque individu qui ne sont pas entrées dans sa irmation ; mais cela ne fait pas que ce soit l'idée Snérale qui soit la cause de la vérité de l'affirmation ; est , au contraire , des faits particuliers que vient lujours la certitude.
/VVVVVV«AA^^/VV«/VVVV^<VVVVVVVV«A/VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV%VVV\M<V%/'