CHAPITRE VIII
coMMEirr vos facultés nrrBLLBcruELLBS
COHMEVCEITT-ELLES A AGIR?
Ce chapitre est destiné à réfuter une opinion que j'ai émise autrefois. Je disais , tant que nous ne connaissons que Texistenoe de notre moi sentant , toutes nos perceptionsse confondent nécessairement les unes dans les autres à mesure quMles nous arrivent. Plusieurs simultanées ne nous paraissent qu'une ; nous n'avons aucun moyen d'en distinguer nettement deux en même lems. Donc nous ne pouvons porter aucun jugement, encore moins former des désirs , encore moins exécuter des mouvemens en vertu de ces désirs. Tout cela supposé vrai, il s'ensuivrait que si des mouvemens volontaires étaient nécessaires poor nous apprendre l'existence d'êtres autres que notre moi , nous ne Papprendrions jamais. Aussi , quand je pensais ainsi , je croyais en même tems que des
DE L IDEOLOGIE. 3o5
moaYemens fortuits étaient suffisans pour nous faire dëooayrir Pexistence des oorps.
Aujoardlrai je crois qae des mouvemens voulus peayent seuls nous conduire à cette connaissance ; mais en même tems il me parait prouvé par la théorie et par les faits ^ C[ue, par cela seul que nous percevons une sensation , nous pouvons porter au moins le jugement qu'elle est agréable ou désagréable d'une certaine manière, et par conséquent , former le désir de l'éprouver ou de l'éviter ; et qu'ainsi , sans connaître d'autre existence que celle de notre moi sentant , nous pouvons concevoir le désir d'éprouver la sensation de mouvement.
Donc aussi , la simple sensation , le seul sentiment de notre moi sentant d'une certaine manière , la seule conscience de notre existence sentante , suffit pour faire naitre souvenirs , jugemens et désirs , pour mettre en action la mémoire , le jugement et la volonté.