CHAPITRE VI
DB LA HBTnODB.
'-DMnMiondela mélliodeetde la seiaoce. — %» On cohmIC nitaxdes cbotea tingnlièret ^e â«t chdkes nnivertellM» ce ^*ellef aoot ; ao contraire » on connaît mieux dei nni- T«raallei qœ des lingolièrei » ponrqaoi eltei sont 9 c'est-4" dire , qadlei aont leurs caases> — 9<* Ce que cherchent à sarolr ceux qui philosophent. — 4^ La première partie par laquelle on découvre les principes est purement analytique. —5* Dans tous les genres , les causes les plus nnirerselles sait eonnues par elles-méroas. — 6^ Quelle est la méthode Çii conduit simplement des principes reconnus i la scienea positÎTe? — 70 Dans les sciences civiles comme dans les Kiences naturelles, la méthode qui conduit de la sensation tnx principes est analytique , et celle qui commence par les principes eux-mêmes est synthétique. — 8^ Méthode pour trouver si la chose proposée est matière ou accident.
— ^Méthode pour trouver si l'accident proposé est dans un sujet ou dans un autre;— 10° Méthode pour trouver In «anse de Tefiêt proposé. — 1 1» Les mots servent à Tinveation comme moteâ. , et è la démonstration- comme gigtÊts,
— la" La méthode de la démonstration est synthétique. — l3** Que les définitions sont les seules propositions premières universelles. — i4° Nature et définition de la définition. — 15" Propriétés de la définition. — 16® Nature de la démonstration. — I7<* Propriétés de la démonstration et ordre des choses è démontrer. — iS^ Vices de la démonstration. — 19" Analyse géométrique; pourquoi elle ne peut pas être traitée ici .
10 Pour ooanaitre la mélliode , il faut se rappeler ï déQnition de la philosophie. Nous Tayons donnée, '1 1 1..*
I^ BOBBE5.
ohap. I, art. a , à pea près en oes termes : îm philosophie consiste à acquérir par un raisonnement juste, la connaissance des pliénomènes ou effets aperçu diaprés la conception d^one production ou d'une g^ nération quelconque reconnue possible, et à aoqoérir la connaissance de la production qui a lien , (Ttprès la conception de Teffet apparent. La mé^odt de philosopher est donc la manière laplus courte de décoayrir les effets par les causes connues , etUi causes par les effets connus. Mous pouyons dire qo* sons connaissons un effet quelconque, quand nos» sapons ses causes, ce qu'elles sont, dans quelsiq^ elles existent, et dans quel sujet elles produisent Veffet, et comment elles Popèrent. Ainsi , la soienee proprement dite (tou dioti) est la science des causes; tonte autre connaissance (que Ton appelle tou otî) n^est que la sensation, ou bien l'imagination on le souTenir qui résultent de la sensation.
Les premiers de tous les principes de la scienoe sont donc les perceptions (les apparences) produites par la sensibilité et l'imagination. A la yérité^nons connaissons tout naturellement ce qu'elles sont; mais pour ounnattre pourquoi elles existent , c^està-dire de quelle cause elles proviennent, nous ayons besoin du raisonnement qui consiste ( comme nous rayons dit , chap. i , art. a ), dans l'addition ou la composition , et la diyision ou la résolution. Tonte méthode par laquelle nous recherchons les causes des choses, est donc oompositiye ou résolutiye, ou en partie compositiye et en partie résolutiycLa résolution s^appelle analytique, et la composition synthétique.
CALCUL OU LOGIQUE. Il5
Toates les mAthodec ont oeU de oomman , q«e mwède toojonrf du connu à PinoGonu; cela ident per iad^fiutîoii même de le philosophie ; dans la oaonaÎMance des seneatiouf (dei choses lies) le phéaomène tout entier est plus eomia baonne de ses parties. Quand nous Toyons un ie,uous le connaissons i^utôt, ou le concept « totale de cet homme nous est plus connue que ées défiguré, à^aaimé, de raisonnable, qui le osent; c'est-à-dire que nous yoyons cet homme entier, et que nous connaissons ce qu'il est d'aToîr remarqué ses particularités. Ainsi dans maissanor (ton oti) ou de ce qui est, on coms par s'occuper de Tidée totale. Au contraire, la connaissance (ton dioli ou des causes) , c'est" I dans les sciences , les causes des parties sont t connues que celles du tout ; car la cause du e compose des causes des parties; et il faut nérement que les composans soient connus ayant nposé. Mais par les parties , je n'entends pas I parties de la chose même, mais celles de sa e ; en sorte que par les parties de Thomme, je ux pas dire sa tête, ae» épaules, aeê hras, etc., la figure, la quantité , le mouvement, la sensi- , le raisonnement , et autres choses semblables, nt des acoidens qui, réunis , constituent non i masse totale de l'homme , mais la totalité de ure. C'est là ce qu^ signifie ce que l'on dit cornaient , que certaines choses sont plus connues oui, et que d'autres le sont plus par la nature; ne eras pas que ceux qui établissent cette dis-
tinotion pensent qu'il j ait rien qni n'étant oonntf d*aacnn homme, aoit cependant connu par la mture; on doit donc co mp rendre que ce qu'îlaappdlent les olioaes lea plus connues par Jtoug, sont oeHtf dont la notion noua rient par les sens , et que Itf plus connues par la naiure , sont celles dont aoK ' n^aoquërons la connaissance que par le raisonneuMit: oVst dans ce sens que Pou a coutume de dire qwk* tous sont plus connus de nous que les parties, e^eità-dire , que les choses qui ont des noms moins iMÎyersels [et que pour ahréger oousappelons singuHèrBS (ou indiyidus)] sont plus connues de Jiouu que les choses qui ont des noms plus universels (et que omu appelons universelles ) ; tandis que les causes dci parties sont plus connues de la nature que la oiUB du tout , ou en d^autres termes , qu'elle connaît pl«i les choses universelles que les singulières.
3* Ceux qui philosophent cherchent simpleinent et indéfiniment la science , c'est-à-dire à savoir le pluii qu'ils pourront , sans aucun hut particulier ;oo hicu ils veulent découvrir la cause de quelque phénomène ou telle autre chose déterminée, comme la cause de la lumière, de la chaleur, de la gravité d'one figure proposée, et autres choses semblables; ou ils désirent savoir dans quel sujet existe tel accident proposé , ou entre plusieurs accidens, quels sont ceux ([ui conduisent le plus sûrement à l'efiet dont ils rtudicnt la génération; ou domment certaines causes (larticulières données doivent être assemblées pour produire un effet déterminé. Vu la variété de ces recherches , il faut employer tantôt la méthode aualy-
j CALCUL OU LOGIQUE. 1 27
Bt ^ ^, tantôt U méthode sjnthéliqae, et qoelquefoû
ir '.'.< âtties lef deux.
i--^^ 4'Mtû puisque la soicnoe ooQsûte à oonnattre 'liUnt que possible les causes de toutes les choses ,
ri ctqae les causes de toutes les choses singulières ^t c o mposées de causes des choses universelles ou tîiBples, il est nécessaire que ceux qui cherchent la •oienoe firaj^ement (ou en général) connaissent les cauMS des choses unirerselles ou de ces accidens qui appartiennent à tous les corps , en un mot les Causes communes à toute matière ayant de connaître les causes des choses singulières , o^est-à-dire , de oes accidens qui distinguent uu être d'un autre. D^nn autre côté, avant que les causes de ces choses universelles puissent être connues, il faut savoir quelles sont ces choses universelles elles-mêmes; et puisque les choses universelles sont contenues dans la nature des choses singulières , il fisiut les en tirer pir le raisonnement , c'est-à-dire par voie de résolution. Donnons-nous pour exemple un concept queloonque, l'idée d'une chose singulière , du carré. Vidée da carré se résoudra dans celles-ci : un plan Urminépardes lignes droite t et des angles droits, en certain nombre , égales et égaux. Ainsi nous aurons ces idées universelles ou convenant à toute matière , ligne , plan ( dans laquelle est contenue surface) p terminé, angle, rectitude, égalité, dont il faut trouver les causes et les générations pour en composer la cause du carré. De même , si l'on se propose l'idée de l'or, en la décomposant , on trouvera celle de solide, de visible, de pesant , (c'est-à-
dire tendant an œntre de la terre ou an mouvement de haut en bas); et beaucoup d^autres plus ani?e^ selles que l'idée de l'or elle-même , et qui peuTent se décomposer jusqu'à ce qu'on arriye aux pliu nm- ▼erselles de toutes. Or, en résolvant de la même ^ manière les unes et les autres, on connaîtra ce qu'elles . sont ; et leurs causes étant ainsi connues séparément j. et ensuite réunies , on trouvera les causes des choses |. singulières. Nous conclurons donc que la méthode \ pour découvrir les notions universelles des choses ,, est purement analytique, ^
5o Mais les causes des choses universelles (<le celles dont quelques causes se trouvent absolument partout), sont manifestes par elles-mêmes, ou (comsie on dit ) sont connues par la nature , de sorte qve nous n'avons besoin absolument d'aucune méthode pour les découvrir. L'unique cause universelle de toutes les autres , c'est le mouvement ; car la différence de toutes les figures vient de la différence des mouvemens par lesquels elles sont construites; on ne peut pas concevoir à un mouvement d'autre cause qu'un autre mouvement ; et les différences des choses perçues par les sens , comme les couleurs , les sons, les saveurs, etc., ne sont causées que par des mouvemens existans , tant dans les objets agissans que dans les individus sentans : aussi, quoiqu'on ne puisse connaître, sans le secours du raisonnement, ce que c'est que le mouvement , cependant il est manifeste à tous qu'il existe du mouvement quelconque; et quoiqu'il faille quelque explication pour faire entendre à la plupart des hommes que tout
GAIiGUIi OU LOGIQUE. I 29
^'^laiigement consiste daiis un mouvement , oe u^est PM que la chose ne soit manifeste par elle- même (car personne assurément ne peut comprendre qu^il 'orte de son état ou de son mouvement aotuel.autre- Oient que par un mouvement )j mais cela vient de oe ^ue la direction naturelle de l'esprit est corrompue par les préjugés des mattres , ou de ce qu^on n^apporte «bsolnment aucune attention à la recherche de la vérité. fioLes choses universelles et leurs causes , qui sont les premiers principes de la connaissance ( tou dioti), étant xxmnues, nous aurons tout de suite leurs définitious ( qui ne sont que les explications de nos idées les plus simples ). Gir celui , par exemple, qui conçoit bien l'idée de lieu , ne peut ignorer cette défini» tion: un lieu est Tespace qui est rempli et occupé complètement par un corps ; et celui qui conçoit l^idée du mouvement , ne peut méconnaître que le inouvement est la privation d'un lieu et l'acquisition ^'un autre. Ensuite , nous aurons aisément les géné- Mtioiifl de ces choses , ou leurs descriptions , comme y par exemple , que la ligne est engendrée par le mouvement du point; la surface, par le mouvement de U ligne ; un mouvement , par un autre mouvement, etc. Reste à chercher quel mouvement pro- Qoit tels effets, comme quel mouvement produit 4 ligne droite; quel autre la ligne circulaire; quel oioavement pousse ou tire, et dans quelle direction ; ^Qel mouvement fait que la chose vue, entendue, etc., eat vue ou eutendue de telle ou telle manière , etc. Mais la méthode de cette recherche est la méthode composiiive ; car il faut d'abord voir quel effet pro-
l30 HOBBES.
4ait le oorps mu ; en ne considérant en lui r ^KMe qne le mouvement, Pou trouye qu^il k ligne ou la longueur; puis l'on dierohe o le corps étendu en loaguesr, s'il est mu ; late qn'il engendre la surface , et ainsi su ment on examine tout ce qui provient da ment simpU ; ensuite, continuant de la m nière, et additionnant, multipliant, sous divisant le mouvement de ce genre , on < quels effets , quelles figures en résultent , e sont leurs pn^riétés. De cet examen est née de la philosophie qu'on appelle la géoméiri
Après la considération des effets du ma simple, vient celle des effets que le mouvea corps produit dans un autre corps ; et eomm* vement peut exister dans chacnne des par eorps, sans qne pour cela le tout sorte de il fÎEiut chercher d^abord quel mouvement pi mouvement de translation dans un tout, dire chercher ce qui arrivera si un corps qu en rencontre uu autre , ou en repos , ou déjà vement , et dans quelle direction et avec q tesse ils seront mus après le choc , puis que ment engendrera ce second mouvement dam sième corps, et ainsi de suite. C'est dans c dérations que consiste la partie de la philosc traite du mouvement.
En troisième lieu , on s'occupera de la r des effets qui résultent du mouvement de des corps, c'est-à-dire comment il se fait mêmes choses né paraissent pas toujours le
CALCUL OU LOGIQUE. l3l
^Disens, mais semblent changées, et on examinera ^qualités sensibles, 'telles qne la lumière , la cou- W, la transparence, Vopaciti, le eon, V odeur, \k taifeur, la chaleur, le froid, et autres ohoses flcmblables ; mais comme tout cela ne peut être conna qo'aaparayant on ne connaisse les causes de la sensilHlité elle-même, on traitera, dans cette trcisième pirtie , des causes de la vue , de Vouïe,àe Vodorat, do goût et da tact g et l'examen des qualités susditeiB et de. toutes leurs mutations formera une quatrième partie. Ces deux recherches réunies composent cette partie de la philosophie qu^on appelle la phy^ iique^ et ces quatre parties ensemble contiennent toat ce qui, dans la philosophie naturelle, est susoqitible de démonstration proprement dite. Glt puisqu'elle doit rendre raison de chacun des phénomènes ta particulier , si Ton cherche quels sont les mouye- Qens et les yertus des corps célestes et de leurs parties , le raisonnement doit être fondé sur les parties de la science susdite , ou bien il n'y aura point de raisonnement, mais seulement des conjectures absolument incertaines.
Après la physique viennent les sciences morales , dans lesquelles on considère les mouyemens des esprits , sayoir , le désir , V aversion , Vamour , la bien^ veUlance , V espérance, \r crainte, la colère, IVmulation, V envie, etc., leurs causes et leurs effets. Ces choses doivent être examinées après la physique , parce qu^elles ont leur cause dans la sensibilité et dans Timagination , qui sont Pobjet des recherches de la physique. Mais puisque tous ces sujets doivent 2 i^.
l32 HOBBES. j
être traités dans l'ordre que je viens de dire , l'on i ▼oit que l'on lie peut eomprmdre les effets physiques qne quand on eoonattlemonTementqiiieustediBi les parties les pins ténues dea oorps; ni oe moiftment des parties , que quand on sait comment le mouyement se commnniqoe; ni cette oommuoioition, qne quand on a examiné le monrement ea lui-même. Et puisque la nature et l'intensité de toutes les apparences sensibles résultent de mouvemeas composés, dont chacun a une certaine directknet une certaine vitesse , il faut étudier d'abord les directions des mouvemens simples ( c'est la géométrie) , ensuite les directions des meuvemens produits et manifestes , et enfin les directions des mouvemeas internes et invisibles ( ces deux derniers points composent la physique ). Ainsi ceux qui s'appliquent à la philosophie naturelle sans fonder leurs recherdies sur la géométrie , font des efforts inutiles ; et eenx qui parlent ou qui écrivent sur ces matières san^ savoir la géométrie, abusent de la patience de lears lecteurs et de leurs auditeurs.
7» La philosophie politique tient de très-près à h philosophie morale : cependant on peut l'en détacher, car les causes des mouvemens des esprits sont connues, non-seulement par le raisonnement, maisptr l'expérience de chacun qui observe ses propres mouvemens. C'est pourquoi non-seulement ceux qui, par la méthode syuàiétique, seront parvenus des premiers principes de la philosophie à la connaissance de nos désirs et des perturbations de nos esprits , en continuant la même route , arriveront aux causes et
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'a oéocMité àù l'établissement des sooiélës , et aoueiTout la aoîence da droit naturel , des devoirs oiiis, et des droits de U ciié dans tonte espèce de soété, et de tontes les choses qai sont du ressort de philosophi e politique , puUque le* principes de la iitique réndieni de la comnaissanee des moureau des esprits, et gare ceite connaissance dé» '6 de la science des sensations et des idées; maia oore ceux qui n'annient pas apprii U première iie de la philosc^phie, U géométrie et la physique, ivent cependant arriyer aux principes de la phiophie pf^itiqne par la méthode analytique ; car s se proposaient une queslion quelconque, par smple celle-ci, une telle action est-^Ue juste ou uste ? ils n'ont qu'à décomposer cette idée injuste , u ces deux-ci : fait et contre les lois, et cette ion de ^ , dans ces deux-ci , ordonnance de celui [peut obliger , et cette idée puissance , dans cellevolonti des hommes qui , pour avoir la paix , blissent une (elle puissance; et ils arriferontà résultat , que les désirs des hommes et les meuvens de leurs esprits sont tels, que s'ils n'étaient aprimés par une puissance quelconque, ils se rmenteraient réciproquement par la force : c'est que chacun peut reconnaître par expérience , en iminant son propre esprit ; et de là , il peut arri- ', par la méthode de décomposition, à détermioer ustice ou l'injustice de toute action proposée. Il donc clair, par tout ce qui précède , que la méde de philosopher pour ceux qui cherchent simulent la science , saus se proposer aucun but dé-
l34 HOBBES.
terminé , est partie analytique , partie Kynthétique ; qu'eu partant des sensations pour arriver à la déoou- ▼erte des principes , elle est analytique '; et qae daiu tous les autres cas elle est sjrnthétique.
80 II arrive quelquefois à ceux qui cherchait la cause de quelque effet ou phénomène déterminé, de ne pas savmr si cette chose dont ils cherchent la cause , est matière ou corps , ou bien un accident de quelque corps. Car en géométrie , quand on cherche la cause de la grandeur , ou de la proportion , on de la figure, on sait bien certainement que oes choses, grandeur, proportion, figure, sont des aocidens. Mais en physique , quand il s'agit des causes d'images sensibles qui se présentent comme étant oes choses mêmes dont elles sont les images , et en imposent au plus grand nombre des observateurs , il n'est pas toujours facile d'en bien }uger ; oela anite surtout lorsqu'il s'agit d'images visuelles. Parcxem* pie , celui qui considère le soleil , a l'idée de quelque chose de resplendissant , de la grandeur d'environ un pied de diamètre , et il appelle cela le soleil , quoiqu'il sache bien que dans le vrai le soleil est beaucoup plus grand. De même , on v<Ht quelquefois de loin une image ronde, qui de près paraît carrée; c'est pourquoi on peut justement douter si cette image est de la matière et quelque corps naturel , ou si c'est quelque accideut d'un corps. Voici la métliode à suivre dans l'examen de cette question. Il faut comparer avec l'idée elle-même les propriétés de la matière et de l'accident que nous avons déduites de leurs définitions par le moyen de la méthode synthétique»
CALCUL OU LOGIQUE. l35
't n les propriétés du oorps ou de la matière cooTÎeniQit à l'idée, elle est un oorps ; si elles ne lui oooieuait pes, elle est no aooident. Ainsi , puisque I matière ne pewt être ni produite , ni détruite, ni ignientée , ni diminuée , ni ehangëe de plaoe par ncv esenle fantaisie; ai Tidée est produite, détruite, igmentée, diminuée, déplaeée à yolonté, il est rtain quelle n'est pas nutière , mais aooident : or te méthode est synthétiijue.
^ S'il 8*agit de déeouTrir le sujet d'an aocident mu , chose dont on est incertain quelquefois , ame dans le piréeédent exemple , où l'on peut doudans quel sujet réside oette splendeur et oelte ndenr apparente du soleil ; Toici la marche à tenir 18 eette reoherohe. D'abord on dirisera toute la tîère en différentes parties, oomme l'objet, le mi- 1 , l'être sentant; ou on en fera quelque autre dis- >ution qui paraîtra plus appropriée à la question posée ; ensuite on eomparera ohacune de ces par-
à la définition du sujet, et on rejettera toutes les qui ne sont pas capables de produire cet acent. Par eitemple , si , par quelque raisoonemeut, ioleil est prouvé plus grand que cette grandeur «rente, oette grandeur n'est pas dans le soleil. Si loleii est dans une certaine ligne droite et à une taine distance , et qae la grandeur et l'éclat soient I dans plusieurs directions et à plusieurs distan-
différentes , oomme cela arriye par la réflexion
a réfraction , l'éclat ni la grandeur apparente ne
ont pas dans le soleil même ; ainsi le corps solaire
sera pas le sujet de cette grandeur et de cet éclat ;
l36 nOBBES. \
par des raisons semblables, on rejettera aussi Pair et ^= les autres corps , jusqu'à oe qu'il ne reste rien qu puisse être le sujet de la grandeur et de réclat,({M rétre sentant lui-même. Cette méthode est analytique, en tant que Ton diyise le sujet en partiatCt synthétique, en ce que Ton compare les propriéléi du sujet et de Paocident avec Paooident dont on ohe^ che le sujet. \
loo Quand au contraire , on cherche la cause | d'un efi'et , il faut avant tout , conceyoir et saisir ptf la pensée la notion ou l'idée complète de la ohoie qu'on appelle cause ; c'est-à-dire , savoir que la coëU est la somme ou l'agrégat de tous les acadens enttans tant dans les agens que dans le patient, q» concourent à P effet proposé , de mahière que ios* j existons, on ne peut pas concevàir que Vejtt j n'existe pas ; et qu'un d'eux manquant , onne ps^ \ pas concepoir que l'effet existe.
Mais quoique l'on sache bien ce que c'est qu'ans cause , quelquefois un accident qui ne sera qu'a* effet concomitant ou précédent , pourra paraître appartenir de quelque manière à l'effet proposé. D faudra donc l'examiner partioulièrementv, et roir si , lui n'existant pas , l'effet proposé peut être conçu exifltant ou non : et de cette manière on séparera les choses qui concourent à produire cet effet de celles qui n'y concourent pas. Cela fait , il faudra rassembler toutes les choses qui y concourent, et examiner si toutes ces choses existantes en même temps , il est cependant possible de concevoir que l'effet proposé n'existe pas. Si nous ne pouvons pas le concevoir,
<%t agrégat est la oauM tonte entière ; autremeut il ne Test pas , et il laat encore cheroher d*autres ohoses etleg y joindre. Par exemple, ri nous oherohons la CMse de la lumière , nous examinons d'abord les ottoses externes , et nous trouvons que toutes les fois que la lumière paraît , il y a un certain objet principal qui est comme la source de cette lumière, et «ans laquelle elle ne peut pas être conçue exister; ainsi d'abord quelque objet concourt à la génération de la lumière : ensuite nous considérons le milieu , et nous trouYons que s'il n'est pas disposé d'une certaine manière , par exemple, s'il n'est pas diaphane, ^oique l'objet demeure le même , l'eflet disparaît. U transparence du milieu concourt donc à la géné- ^tion de la lumière. Troisièmement, j'observe le <^s de l'être qui voit , et je remarque que par une tiauvaise disposition des yeux , du cerveau , des lierfs , du cccur , c'est-à-dire, par des obstructions, de l'engourdissement, de la défaillance, la lumière disparaît. Je fais donc entrer dans la cause de la lumière une disposition des organes propre à recevoir les impressions des corps extérieurs. D^un autre côté, de toutes les choses qui étant inhérentes à l'objet peuvent produire la lumière, l'action (c'est-à-dire an mouvement quelconque) est la seule qui ne puisse pas être conçue manquante tant que l'effet subsiste; sar pour qu'un corps puisse être lumineux , il n'est pas nécessaire qu'il soit de telle grandeur ou de telle figure , ni qu'il sorte tout entier de sa place ( à moins cependant qu'on ne dise que ce qui dans 1c soleil ou lans tout autre corps est la cause de la lumière, est
l38 HOBBES.
lu lumière même , oc qui aérait une distinotioBineple et ioadmisfible ; car , dire que par la lumière ou n^eB^ tend rien autre chose que U oante de la lumière, c*est dire que la oauBC de la lumière est oe ({û eustant dans le soleil produit la lumière). Reste doM que Pactioa par laquelle la lumière est eagendiée, est seulement le mouycment des parties du oaqs lamineux. Par là oo conçoit facilement quelle est li fonction du milieu, c^est de permettre la cpotiaiu* tion du mouvement jusqu^à Tonl; et enfin en qM Vaàï et les autres organes de Tétre sentant oonoo» rent à la production de Teffet , c'est en permettant li continuation du même mouyement jusqu'au cou ou au dernier organe de la sensibilité. Ainsi la casa de la lumière sera composée d'un mouvement «»• tiuué depuis son origine jusqu'à l'origine du mouTS ment vital , et le changement survenu an mouvemfli vital par l'arrivée de cet autre mouvement , est la la* mière elle-même. Au reste, que ceci sott pris seali ment comme un exemple; car sur la lumière et s génération , il y a bien d'autres choses à dire qn nous développerons quand il en sera temps ; touU fois il est manifeste que dans la recherche des cao* on emploie tantôt la méthode analytique et tantôt) méthode synthétique ; l'analytique pour concevoir s parement les circonstances de Teffet; la synthétiqn pour réunir les choses qui agissent chacune de les côté. Après avoir ainsi donné la méthode d'invcntioi il me reste à parler de la méthode d'enseignemeni c^est^à-dire de la démonstration et des moyens ( démontrer.
' CALCUL OV LOGIQUE. I Si)
"^ ' II* Dans la méthode d'invention , Fusage des mots ^^ oonriste en ce qu'ils sont des notes par le moyen des- ^'- qotflles les choses déjà trouvées sont rappelées à notre SDOfenir. Car si cet effet n^a pas lieu , tout ce que Sons déoouTToos périt , et la faiblesse de notre mé- ^. moire ne noua permet pas , en partant des principes , d'allerau delà d^un ou de deux sylIogismes.Par exemple, si quelqu'un , en contemplant un triangle placé ^ nos 90S yeux , trouvait que tous ses angles pris en- Nmble sont égaux à deux angles droits , et que pour mîr conçu cette idée tacitement sans se servir d'auoans mots , ni proférés , ni pensés , il lui arrivât à la «- Tue d*un autre triangle différent du premier, ou du ■^ Dène vu différemment , de ne pas savoir si cette pro- ^ pKété existe ou non , il faudrait , sans doute , qu'il re- ^ commençât sa méditation à chaque triangle qui lui se- * i^t présenté. Or, ils sont en nombre infini ; et cela n'est '** pis nécessaire quand on se sert des mots , parce que V clitqne mot universel (note) représente l'idée d'une ^' iofinité de choses singulières (d'individus). Touter fois , comme je l'ai dit , les mots servent à l'invcn- ** tioQ comme notes pour se ressouvenir, et non pas oomme signes pour exprimer. Ainsi un homme solitaire peut devenir philosophe sans maître. Adam a pu l'être ; mais enseigner , c'est-à-dire démontrer , suppose deux personnes et un discours syllogis tique. la'» Puisque enseigner n'est autre chose que conduire l'esprit de celui qu'on enseigne à la connaissance des choses trouvées , en lui faisant tenir la route que l'on a tenue soi-même en les trouvant, la méthode de démonstration est la même que celle de
l4o HOBBES.
rcoherche, si ce n'est qii^il fiiat en supprimer la première partie ; o^est-à-dire ocille qui oonduit depuis b ■ensitioD josqa'aax principes universels ; car oeni^ puisqu'ils sont des principes , ne peuvent être àéaoBr très : et puisqn^s sont connus de la nature (ooomt nous Payons dit dans Fart. 5 ) , ils peuvent avoir besoin d'explication , mais jamais de démonstratioa. Donc toute la méthode de démonstration est synthétique ; et elle consiste dans l'ordre d'un discours ooamcnçant aux propositions premières , ou les plus aBiversdles comprises par elles-mêmes, et s'avançi^ tov^joors par un enchaînement continuel de pnip^ sitioos sjllogistiques, jusqu'à ce que la vérité de II conclusion oberchèe soit comprise par celui qui apprend,
i3<> Mais ces principes ne sont que des définitions) et il y en a de deux genres. Les uns sont des déânitions de ces mots qui signifient des choses dont on ne peut concevoir la cause; et les autres sont des définitions de ces mots qui signifient des choses auxquelles on peut concevoir une cause quelconque. Du premier genre sont le corps ou la matière , la quantité ou retendue, le mouvement en lui-même, et enSn les choses qui existent dans toute matière. Du seoood geure sont on tel corps, un tel mouvement, une telle grandeur, une telle figure , et toutes les autres choses par lesquelles un cot|>s peut être distingué d'un autre. Les noms du pi*cmier genre sont suffisamment définis , quand , par la phrase la plus courte possihle , on excite dans l'esprit de celui qui écoute, le concept ou Tidée claire et parfaite des choses dont
CALCUL OU LOGIQUE. l4l
eet mots sont les noms ; comme , par exemple , quand QQ dëânit le mouyement, le délaissement d*uu lieu etroccupatiom subite d'un autre lieu. Car, quoiqu'on •e IrouTe dans celte définition ni le oorps en mou- Tcment, ni la oaose du mouvement, cependant en intendant cette phrase, l'idée de mouvement se préiente assex clairement à l'esprit. Mais les définitions des noms de choses qui sont conçues pouvoir avoir vue oanse , doivent contenir cette cause elle-même ou le mode de génération. Aussi nous définissons le oerde une figure engendrée par le mouvement d'une liçM droite sur un plan autour d'un point, etc. U B^y a que les définitions qui doivent être appelées des propositions premières; et à parler rigoureusement, «acoDe autre proposition ne mérite le nom de principe, car les axiomes d'Eudide, puisqu'ils peuvent être démontrés, ne sont pas les principes de la démonstration , quoiqu'ils ^ent reçu l'aulorité de principes d'un consentement unanime , parce qu'ils n'ont pu même besoin de démonstration. Les choses que l'on appelle postulata ou demandes, sont dans le ▼ni des principes non de démonstration, mais de OQBstmctioQ , c'est-à dire non pas les principes de la ^eience, mais ceux de la puissance, ou, ce qui revient au même , ce sont des principes non des théoi^es qai sont des spéculations , mais des problèmes qui ont trait à la pratique et à l'exécution d'une chose jyaeloonqne. A plus forte raison , on doit encore moins regarder comme des principes ces maximes vulgaires , telles que la nature a horreur du vide , la nature ne fait rien en vain, et autres pareilles qui ne
'4^ . BOBBES.
sont ni ëyidentes par elles-mêmes , ni démontrables par d^autres,. et qui se trouTent bien plus souTent fixasses que vraies.
Mais pour en revenir aux définitions , voioi li raison pour laquelle les choses qui ont une otoie et une génération doivent être définies par cette cause et cette génération ; c^est que le but de k démon stralion e^ft la connaissance des causes et dt la génération des choses , laquelle , ai elle ne te trouve pas dans la définition , ne peut pas se tnmfw dans la conclusion du premier syllogisme qui naît de ces définitions ; et si elle ne se trouve pas dais cette première conclusion , elle ne se trouvera dam aucune de celles (}ui la suivent : et alors on n'arrivera jamais à aucune vraie science, ce qui est oofttre le but et Pintention du démonstrateur.
i4° Les définitions que nous venons de dire être les principes ou les propositions premières , sont dei , discours; et comme elles sont destinées à exciter dans Pesprit de celui qui écoute l'idée d'une oboee, si un nom a déjà été imposé à cette chose , la définition ne peut être que l'explication de ce nom par le moyen d'un discours. Mais si le nom a été imposé à une idée composée , la définition n'est autre chose que la résolution de ce nom dans ses parties les plus universelles , comme lorsque nous' définissons V homme en disant que c'est un corps animé , sentant , raisonnable. Ces noms , corps , animé , etc. , sont les parties de ce nom total d'Aomme ; d'où il arrive que les définitions de ce genre consistent A exprimer le genre et la différence de la chose définie;
€ALGUL OU LOGIQUE. l^^
de manière que tous oes noms , excepté le dernier, apriment le genre , et le dernier seulement marque la différence : mais si un nom est le plus nniver- ■d dans son genre, sa définition ne peut pas résalter du genre et de la différence. On doit la faire pir le moyen d'une circonlocution quelconque , poiir?n qu'elle soit le plus propre possible à expliquer la Taleur de ce nom. Il peut arriver aussi , et il inive souvent , que ce genre et la différence sont joints de manière que cependant ils ne forment pas lue définition. Par exemple , ces mots , ligne droite , OQotiennent bien le genre et la différence, et cependttt ce n'est pas là une définition , à moins que Toii tte pense qu'une ligne droite est bien définie en di- <uit : une ligne droite est une ligne droite. Toutefois ^ existait un mot différent de ces deux là qui signifiât à lui seul la même chose qu'ils expriment à eux deux , ils feraient alors à eux deux la définition de oe mot unique. D'après tout ce qui vient d'être dit , <Mi peut comprendre comment la définition ellemême peut être définie , et que c'es/ une proposition dont le prédicat décompose le sujet lorsqu^id est susceptible de décomposition; ou VexpUque par quelques exemples, lorsqu'au ne peut pas être dé' compoêé, z5o Les propriétés de la définition sont :
lo Qu'elle lève toute équivoque et dispense de cette multitude de distinctions dont abusent ceux qui oroient que la philosophie peut s'apprendre par des disputes ; car la nature de la définition est de définir, c'est-à-dire de déterminer la signification a i3.
l44 aOBBBS.
da nom défini , et de la sépurer de toute antre signification que oelle qoi ett oontenue dane la défioitîoo ; et o^ett ponr oda qn'nne teole définiti on tiwt lien de tontes les dietinotioiii qne Vaik pe«t fdisii sujet de Tcdijet définL
3" Elle présente la notion nnirerselle de YdijA défini^ de sorte qu'elle est une espèoe de peîntiit universelle qui s'adresse non à Tooil mais à l'espfit^ oar œlui qui peint un homme, produit l'imam et cet homme, comme celui qui définit le nom konmt produit IHmage d'un homme quelconque.
3* Il n'esk pas nécessaire de disputer n les éjfr nitioDB doiyent être admises on non ; oar il nes'agit que d'une seule chose entre le mettre et le diso^> c'estque celui-ci comprenne toutes les parties do défini , qai sont contenues et développées dans k définition. S'il les comprend , et que cependant il w yeuille pas admettre la définition , la co n tr ov erse M finir là tout de suite; car c'est la mémo chose qvc s'il ne voulait pas être enseigné : s'il ne les eooprend pas sans contestation , la définition esl inepUt puisque sa nature consiste à présenter t^remeat IHdée de la chose. Les principes sont connus ptf eux-mêmes, ou ne sont pas des principes^
4° £n philosophie , les définitions sont antérieure* aux noms définis ; oarelles sont le commencement de renseignement de la phila^bie : et ses progrès consistent à arriver par la méthode de composition , à la connaissanœ du composé. Puis donc que la définition explique par voie de résolution le nom composé , et que la marche est d'aller des parties composantes
CILCUL OU LOGIQUE. l45
u'diofet oompoeéei, il fiiat eooiultre les dé6iii- QQs avant lot noma oompoaés : et même quand les Maades partîn sont espliqoëa dans le diaeoart, il W pas néoeasûre à U aornoe qoe le nom expriunt la ohoieeiMipoBée de tcmtesees parties , existe. W eiMiple, oea Boma-ci étant 9nmD.uM^éqmUaièf , Uëdriimtèrm , ncêmmgU , il n'est pas da tout néoeains à la féométria qne le mot earrtf existe. On n'emioia les noma définis en pkiloaopliie , qne pour néger.
5* Lea noma eompaaés qvi aant définis d*«ne malèndana nna partie de la philoaophie , penrent être ifinîs aatreacnt dana nne antre. Tela sont les mots iiilNda et hjp e yliu l e , qui sont définis différemment i géométrie et en rhétorique. Car les définitions ot instituées ponr aenrirà nn enseignement en parti- Uier, et le rendent plus laoile. Mais si une défini- Ml peut rendre utile à une autre partie de la pbilopbie nn mot qui a été jugé propre à transmettre aa brièvement des oonnaissances géométriques , on «t , par le même moyen , firire la même ohose dans antres parties, et on en a le droit ; car Pusage des «u vis-à-vis de aot-méme , et même aveo les autres, «rva qa'ila en soient eonsentans , est tout à fait bîtnire.
fil» Anouu nom n*est défini par un seul mot , parce l'on seul nMit ne pent être la résolution , la déoom- «itâon d'un ou de plusieurs autres mots.
7* Le nom défini ne doit pas être répété dans la rfinâtion ; car le défini est un tout qui est composé, t ilift«t*î«n du composé est sa résolution dans ses «I 1 3..
l48 BOBBES.
«arUmt ^ celles de lliomme, daas lesquelles on trouve lea^ppelniers fondemens des deroirs ou de U dootriot oWile, qui est le ominmnemeiit de la pfailosofliWi La preure que o^est biea là le Téritable arrangeniAl de toute la scienoe , o^est que les parties que nous ayoDS placées les dernières ne peuvent être dénoB* trées que quand œlles qui les précèdent sont ooniiaei. Je ne puis pas citer d'autre exemple de cette méthode , que la manière dont j'ai commencé ces &é^ mens de j^losophie, et que je suivrai dans tootls reste de Pouyrage.
i8<> Nous «vous parlé , dans le chapitre précédent, des paralogiêmes qui tiennent à la &nsseté des prémisses ou au yioe de la composition : mais îndépoir damment deceux4à, il y en a deux qui sont proprei à la démonstration : c'est hkpétitiçn de principe et la cause fausseg et ils suffisent pour tromper non-fleolement le disciple peu instruit, mais même quelqas' ibis le maître , et pour faire que ce qu'ils croient ^ démontré ne le soit pas. On dit que Ton fait use pétition de principe , quand ,. énonçant en d'autres termes la eonelusion qu'il s'agit de prouver, on U donne pour la déCnition , c'e8t-à-dii*e pour le principe de la démonstration. Effectivement en prenast ainsi pour cause de la chose cherchée , la chose ellemême ou l'effet, la démonstration fait une espèce de cercle; car elle revient d'où elle était partie. Par exemple , celui qui pour démontrer que la terre est immobile au centre de l'univers, supposelrait que la gravité est la cause de cet effet , et la définirail la qualité par laquelle un corps gratte tend au
CALCUL OU LOGIQUE. l4<)
cntn de Punivert, ferait un raUoDnement infructueux; car Vùa oherohe pourquoi la terre a cette qua- «é) et celui qui en donne pour raison la gravité , ^Mme l'effet lui-même pour la cause de Teffet.
7e trouve l'exemple d'une cause fauête dans un ïnité sur cet matières. Il s'agissait de prouver que k terre se meut. L'auteur dit d^abord que , puisque ttioleil et la terre ne sont pas toujours dans la même otoation à l'égard l'un de l'autre , il faut absolument 9^ l'un des deux obange de place ; cela est vrai : ensuite, que les vapeurs que le soleil élève de la terre et de la mer sont nécessairement mues à cause ^ ce mouvement ; cela est encore vrai. Il en infère ^e de là naissent des vents ; cela doit encore lui ^ aooordé: que ces vents mettent en mouvement K8 eaux de la mer, et que le fond de la mer, pour sbsi dire fouetté par ce mouvement des eaux , doit K mouvmr: nous lui accorderons même cela. Mais il en conclut qpie la terre doit nécessairement se mourir, et cependant c'est un paralogisme; car si le ▼enta été la cause du commencement de la révolues de la terre , et si le mouvement du soleil ou de '> terre a été la cause du vent , le mouvement du soleil ou celui de la terre existait avant le vent luiiQâme. Si c'était la terre qui se mouvait avant la iiAissanoe du vent , il n'a pu être la cause de la révolutioQ de la terre : si c'était le soleil qui était mu et la terre immobile , il est manifeste que la terre a Pa n'être pas en mouvement quoique le veut existât. I4 cause de ce mouvement n^est donc pas celle qu'on lui assigne. On trouve beaucoup de paralogismes de
'l5o HOBBES.
oe païré dam let teîU en pkyâcîeu; ea a point de miew adifléàMB MJ«t ^ igp On pcmerm pral-llR ^^iôf à f méthode; U oanvkDdimîtd«fwkr dt cet géomètres appellent lofiilîqv* * pwle ■<; en supposant vraie la obow ofaerohée , i par une suite de raiaonnemens V on à des
nues qui proayeàt la vérité de la obase<
on à des ofaoecs imposables qui iBoat
supposition est fiinsse. Hais eet artne p(
pliquer ici : la raison en est que cette
peut être oomprise «t mise en pratique q
qui sont yersés dans la géométrie ; et l
eux-mêmes , o*est à proportion qu'ils ooi
plus grand nombre de théorèmes, et 1
présens à Tesprit , qu'ils peuvent mieui
la logistique $ de sorte que réellement <
distincte de la géométrie. Cette méthod(
ties : la première consiste à trouver enti
incoonucs et les ohoses connues , une é
appelle équation ; et Ton ne peut trouvei
tion , que Fou ne connaisse bien la nati
priétés et les tianspositions de la propor
tico , la soustraction , la multiplication
des surfaces, et Textraclion des racines
n'est pas d'un géomètre médiocre. La se
consiste, après avoir trouvé l'équation , à
si ou non , on en peut déduire la vérité oi
de la question ; ce qui appartient encore à
plus relevée. En6n, la ti-oisième partit
avoir trouvé une équation qui soit prop;
CILCVL OU LOGIQUE. l5l
la qnestioii, de la résoudre , de manière que ^oa la fiiUMeté deyienne manifeste, oeqni , I «piestîoos difficiles , ne peut se tBire sans re la natnre des figures curvilignes. Or, la sanoe de la nature et dea propriétés des figures pies , est tout oe qu^il y a de plais relevé en rie : ajoutez à cela qu^il n^y a réellement anléthode pour inventer les équations , et que y réussit à proportion de sa sagacité natu-
FIV DU PIÂCES JUSTIFICATIVBS.
1 U FHItl I lKHK SBCnOR .
I>ES ÊLÉHEIfS D'IDÉOLOGIE.
'^^^^AM^AA^MMAA^^M^^WMAAM«V%^A/M/^M/^^M«W«MV%MM«AMWWW\MWWVW«Vt<^
On va trouver ici ^ sous le nom de Supplément à la première section des élémens cP Idéologie, un morceau dans lequel j'appuie de quelques nouyeaux motife ma manière de concevoir l'artifice du jog^ ment et du raisonnement J'espère qu'il ne d^pltîn pas aux amateurs de ces recherches , parce qa'a resserrant et rapprochant les plus importons de WB principes logiques , je les présente sous une noaifdk Êice ^ et qu'en outre j'y ai ajouté quelques coDsidéntionssur la théorie des probabilités y qui ne sont pis sans intérêt^ vu le peu de progrès que cette science a encore &its. D'ailleurs ceux qui ne seraient pas curieux de ce dernier article, et qui seraient suffisanunent satisÊiits de ma théorie logique et convaincus de sa justesse, pourront se diq[»enser de lire ce Supplément, qui n'est qu'une surabon* dance de preuves.
▲ UL TRXMlilUI sBcnoii
A mesare que j'avanoe dans la rédaction de ces Elémens , je snis incessamment obligé de revenir sur des objets que j'ai déjà traités. Au commencement de la Grammaire, il a fallu que je reporte Pattention iu lecteur sur Panalyse du jugement ; que je rende encore pins précise Fidée de cette opération intellectneUe et de ses résultats, et qne je rappelle plusieurs ^effets déjà reconnus dans les signes , et plusieurs ^ leurs rapports avec la nature des idées quMls représentent.
Au commencement du volume qui traite plus spé- ^ement de la Logique , j'ai dû jeter un coup d^œil <& arrière sur Paneienne bistoire de la science, pour iiMntrer que la vraie Logique est absolument la même *<naau)e que celle de la formation , de Pexpression et ^la ooinbinaison de nos idées , c'est-à-dire celle que ^nis on a nommée Idc'ologie , Grammaire gêné- ^ ,oaL Analyse de Ventendement ; et pour faire ^ que mes deux premiers volumes ne sont que le ^emplacement plus ou moins beureux. des deux prêtres parties des anciennes Logiques, et le supplé- '^t de ce qui a toujours manqué à ces préliminai-
athtissei^.
*lM*MIGTIOIf. 167
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^yr I ait ou eu Aler
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s objections ; j'ai montré
ils sont également vraies,
à-e de nos idées , et quels que
. nous en faisons ; et j^en ai oon-
« régies quelconques que l'on a ja-
. à la forme de nos raisonnemens pour
. de leur justesse , sont absolument inuti-
doîres ; et que notre seul et uuique moyen
j préserver de l'erreur est de bien nous assn-
ji0 la compréhension de l'idée dont nous jugeons ,
E',elle est douteuse , de faire Ténumération la plus plèU possible des élémens qui la composent, et nâpalement de ceux qui pourraient contenir im- Bitement , ou repousser celui qu'il s^agit d'y adttre on d'en écarter.
P'est U que sans plus de détails j'ai terminé mou ^\é de Logique , qui , par conséquent , finit pres- I AU moment où tons les autres commencent. Cela
î56 SUPPLÉMENT
res si importans. Pai de plus été dans la i dHnsister encore sur Pexplioation de Vidée tenee, et sar celle de la réalité de nos ptnroi et de leur concordance nécessaire avec la ré êtres qui les causent , quand elles sont toute mement déduites des impressions premières « tes que nous font ces êtres.
Aujourd'huijemevoisdeméme contraint d 1er des conclusions de cette Logique , avanl plus loin y et de ne point appliquer à Tétndi tre volonté et de teê effets , ma théorie des o la œrtitode et de Terreur, sans lui avoir don qnes nouveaux dévelqppemens. lie lecteor c donner ces fréquentes rétrogradatioiia, oar d sent presque nécessairement de la nature d de la manière dont il a été traité juaqn*à pr< de la nécessité oà l'on est d'aller au devant d'à d'objections, quand on vent faire goûter une nouvelle.
Qu'il me soît donc permis de rappeler ioî réduit toute la science logique à Tobservation faits qui résultent manifestement de rexan puleux de nos opérations intellectuelles. Le ] c'est que nos perceptions étant tout pour no( sommes parfaitement , complètement et né ment sûrs de tout ceque nous sentons aotnc Le second , qui n'est qu'une oonséquenoe d Ij^, c'est qu'aucun de nos jugemens pris i< ne peut être erroné , puisque par cela n^ nous voyons une idée dans une autre , elle , tuellement ; mais que leur fausseté , quan
A LA PBEBIIÈRE SECTION. iS^
iiniy art purement relative à toni les jugemens an- Uneua qne noua laïaaona aabsister , et consiste en s qoa cette iiUe dans laquelle noos yoyoas un ëlémt nonvean , noua la croyons la même qae celle ai nooa aTOOS tonjoun ene sons le même signe , ■dii qu'elle en est' réellement différente, puisque dément nouTeau que nous y voyons actuellement itiacompatible avea quelques-uns de ceux que nous irons TUS précédemment ; en sorte que pour qu'il 'y eAt paa de oontradiction, il fiindrait ou en ôter tt-là, on n*y pas admettre celuinii.
Après avoir établi ces deux principes , ou plutôt ■ deux, faits ,î*aidi9nné quelques éolairoissemens ; â été au devant de quelques objections ; j'ai montré H oes deux observations sont également vraies, Mlle que soit la nature de nos idées , et quels que îont lea usages que nous en faisons ; et j^en ai conia que toutes les régies quelconques que Ton a jauis prescrites à la forme de nos raisonnemens pour oos assurer de leur justesse , sont absolument inutînet illusoires ; et que notre seul et uuique moyen e nous préserver de Terreur est de bien nous assu- * de la compréhension de Tidée dont nous jugeons , tâelle est douteuse , de faire rénumératîon la plus ûBiplèta possible des élémens qui la composent , et vincipalement de ceux qui pourraient contenir imfliâlenient , ou repousser celui qu'il s'agit d'y ad- ■ettre ou d^cn écarter.
C'est U que sans plus de détails j'ai terminé mon ^té de Logique , qui , par conséquent, finit preste au moment où tous les autres commencent. Cela
l6o SUPPLEMENT
et ne ccuuriste que dans le pouvoir permanent de fiûif f toujours les mêmes impressions dans les mêmes (Woonstances , soit à nons , soit anx autres êtres sensibles qui nous en rendent oompte ( encore par des impressions qu^ils nous causent), quand noussomoMi parvenus à nous mettre en communication avec eu par des signes. •
APHORISHB n.
Puisque nos perceptions sont toujours tontes, tdia i que nous les sentons, quand nous sentons une idée dans une autre , elle y est réellement aotuelleuunt par cela seul que nous l'y sentons ; ainsi aucun de nos jugemens pris séparément et isolément , n^at faux : il a toujours et nécessairement la certitade qui appartient inévitablement à chacune de nos perceptions actuelles.
COROLLÀniE.
Aucun de nos jugemens ne peut donc être faut que relativement à des jugemens antérieurs; et oda suffit pour le rendre faux relativement à Texistenee des êtres causes de nas impressions, si ces jugemens antérieurs étaient justes relativement à oette exiitence.
AraoRisHK m.
Quand nous voyous dans une idée ou perception , un élément incompatible avec ceux quVlle renfermait auparavant , celte idée est autre quelle n^était ; car telle qu^elle était , elle exci uait ce nouvel élément
A LA PBEMIKRE SECTION. l6l
que nous y voyoïu ; et telle quVile est , elle exclut ceux qui sont incompatibles ayeo lui.
COROLLAIRK.
Dodo pour qu^elle soit la méuie idée qu^elie était auparavant , il faut en exclure cet élément que nous y Toyons actuellement : ou si ceux qui y répugnent sont à tort dans cette idée, il faut les en exclure euxmêmes , c'est-à-dire la rendre telle qu'elle était quand ils y ont été introduits par méprise j ce qui est cnoore la remettre au môme état où elle était avaut qu'elle ait été changée par un jugement faux , sans que nous nous en apercevions.
AraoRisME vr.
Quand nous portons un jugement d'une idée, qaaud nous y voyons un nouvel élément, il arrive donc nécessairement une de ces quatre choses :
Ou le jugement que nous portons actuellement est conséquent à une idée juste, alors il est juste ^ et ridée , sans changer de nature , n'a fait que se développer et s'étendre.
Ou il est inconséquent à une idée juste, alors il est faux, et l'idée est changée et est devenue fausse.
Ou il est conséquent à une idée déjà fausse , alors il est faux ; mais l'idée n'est pas changée ; c'est quand elle est devenue fausse précédemment ; qu'elle a changé par rapport à ce qu'elle était primitivement.
Ou il est inconséquent à une idée fausse , alors il peut être juste ou faux , mais jamais certain ; car
ies" M
l6o SUPPLEMENT
. . . , , al ^9Jef.
cl lie eoiiNiste que dans le pouvo^ . ...
toujours les mêmes impressur '*" . , .1,
cou.stauccs , soit a nous , sa "^^
J)le.s ((ui nous en rendent
pressions qu^ila nous O'
l.arvenus à nous met* ^^^^y^j^ i^élé^
par des signes. . ^^«nt méritant le nom de
..eut contenir aussi beaucoup „ . onpeutporter,enoonsé(îuettce
Puisque nof , '^ . "^ . » „ „* alors
^ , ., des iuccmensiuslcs,etaiow
(lue nous les ^ ^ ? „ «« «puI
î lement vrais, comme on enpc"*
flans une 8 . ^ ' .^ ^r „ «,!,u
. ^ qui seront complètement taux-, 0»»*
** . ne seront pas portés de celte idée, tû
nos lugf ^ 1 r , ,1 j-
« \ .est fausse , et en vertu de ce qu elle a oe
. ' «si ils doivent être considérés comme portes
.. Uée vraie , et rentrent dans ce que nous avous oept' . ' ^
ù ceux-ci.
J^esl lu ce qui nous arrive le plus souvent, tant
^us avons peu d^idées composées qui soient parfai-
(t'Uieut pures et sans mélange d'imperfection ; peul-
clre n'en avons-nous aucune j peut-être même suf-
lirait-il que nous en eussions une seule pour que
toutes les autres fussent ou devinssent bientôt de
inème jtar la seule force de leurs relations et de leurs
combinaisons prucbaiues ou éloignées avec elle.