CHAPITRE PREMIER
DE LA L0GIQX3E.
Qlj'lST-BLLB ? QUB DOIT-ELLB iTRB ?
JusQu'à présent la Logique n^a été que Part de tirer des conséquences légitimes d'une proposition Supposée yraie et avouée comme telle.
Mais premièrement les règles que l'on nous a donlides pour atteindre ce but, fussent-elles bonnes, manquent toutes d'une garantie qui nous assure de leur justesse ; car elles sont toutes fondées sur le syllogisme ; et les diverses formes du syllogisme reposent sur ce fameux principe : deux choses sont égales entre elles quand toutes deux sont égales à une même troisième chose ; et , en conséquence , le syllogisme consiste uniquement à introduire un moyen terme entre le grand et le petit termes.
1^ rRIHClPES
Ce principe est vrai , mais il ne fait rien à Taffaire ; otr il n*e0t pas vrai q«e k grand, le petit et le oioyen tennea d'mi syllogisme soient exactement égaux enfare eux ; si oela était , ils n'exprimeraient qa'one seule et même chose; et il n'est pas pins yrai que la majeure , la mineure et la oonséqncnoe d'nn syllogisme soient des proporitions égales entre dies. Si elles étaient parfaitement égales, Tone ne dirait rien de plasqne l'antre , et on ne serait pas plus ayanoé à la troisièiiie qu'à la première. Si, au oootraire, la mineare dit autre ofaoM que la majeure, et la oonséqaenee plus que toutes deux, elles se sont pas égales entre elles. Cela est incontestable *. Ainai, tout notre syi* tème d'argmmoDlatkfli «t éê lûmmamtnt est ml fondé.
D'ailleurs , qnané la prinofpa anr lequel s'appuie
* Auasi» OB août dit, 1*08 autre celé, qaa la pw^ terme rtoferma la moyen , et celui-ci le petit terme ; ta» est Yrai $oas le rapport de leur extensioa ,. c*est-i-dire àt nombre detol^eU anqud l'idée s'applique, et cela est fsoi ■OUI le rapport de la comprâieoslon, c*eal-è-dfre dn nomltn de* idées que l'idée totale renferme i er ', e'ett la enmpr^bcalion d'une idée A laquelle il faut avoir égard • et c^ccl leo)««n l'idée particulière qui ren/erme l'idée géoéralo daaa saet»* préhension ; c'est ce qui lait qu'on peut dire qn'nn Cëri»i*f est un arbre , et qu'on ne peut pas dire qu'un arhrt ett m cerisier i c'est ce qui fait aussi que la cause de la Térité D*est pas dans les propositioos générales , mais dans les pro« positions paritcnliéret, dont ia réunion permet de former une proposKIon générale, de laqnelle emnile on déduit commodément d'aotrrs propositions particulières | lout cela sera amplement etpliqiié par la suite.
LOGIQUES. igy
ce système le justifierait pleinement, il resterait enoore à prouver oe principe lui-même , et tous les autres principes non contestés desquels on argumente, à trouver en quoi ils sont vrais, et pourquoi ils sont vrais; or, o'est oe que la Logique n*a pas même entrepris de fidre. Elle établit pour premier principe , qu'i/ ne faut pas disputer des principes, et pourtant chaque logicien en admet un jdus ou un moins grand nombre que ses prédécesseurs, approuve les uns , oritique les autres $ mais aucun ne montre la cause première de la vérité de ceux qu^il admet, de la fausseté de ceux qu'il rejette.
Les uns disent qu'il faut s'en rapporter au bon sens , à la conviction intime, au sentiment prolbod de quiconque jouit de sa raison. Les autres disent qu'une proposition est certaine , indubitable , quand elle présente un sens clair et distinct , ou quand , traduite en d'autres mots , elle ne peut jamais faire un sens plus net et plus certain, ou quand la contradictoire implique contradiction et absurdité ^ etc. , etc.
Tout cela, quoique assez vague, et sujet à mille difficultés dans les applications, peut être juste et vrai ; mais il faudrait feiire voir pourquoi. Or , c'est œ que personne n'a fait. Ce sont pourtant Jà des propositions comme d'autres, dont la vérité a besoin d^étre prouvée , et doit pouvoir s'expliquer et se démontrer ; car oa. n'y est pas venu tout d'un coup. On doit pouvoir montrer nettement comment on y est arrivé , et pourquoi on a eu raison de s"* y attacher. L'homme a nécessairement senti avant de
ig8 pRinciPEs
juger. U a port^ des jugemens oonfas avant de former des proporitioiia explicites ; il a fidt des propositions partioulières avant d'en faire de générales. Tout cela demande à être développé.
Gela n'étant pas fait , convenons qne notre Logique , même supposée irréprochable dans ses procédés , s'appuie sur une idée fausse dans la déduction des conséquences ; que surtout elle manque d'an point fixe auquel puissent se rattacher tous ses principes ; et que par conséquent elle est sans aucune base certaine d'où nous puissions partir, et qui puine nous assurer de la solidité et de la réalité de toatoe que nMis savons ou croyons savoir ; c'est pour cda que l'on n'a jamais pu réfuter victorieusement et méthodiquement les sceptiques les plus téméraires, et qu'on s'est contenté de les écarter et de les accabler d^un mépris affecté , qui cache et décèle en même temps l'impuissance de les vaincre; car il est plus aisé de dédaigner que de répondre.
On a pu et dû peut-être se contenter de cet état précaire , tant que la science humaine , n'ayant encore faitque peu de progrès , et n'étant guère composée que de quelques aperçus plus ou moins heureux, ne permettait pas même l'espérance d'atteindre jusqu'à la source et à la cause première de tonte certitude. Mais aujourd'hui , de nombreux succès ont montré la force de l'esprit humain. Beacoup de nos découvertes ne sont plus des fruits hasardés tiu génie qui devine , mais des effets de k raison qui vent. Beaucoup d'assertions établies méthodiquement se sont trouvées confirmées par des faits postérieurs. Tout
prouve enfin qu'il y • des vérités certaines pour nous, et que notre intelligence est susceptible d'une marobe usarée et toujours la même dans toutes les parties de ses reoberobes. On a donc le dixnt et le devoir d'euger que la Logique, qui prétend présider à toutes nos oonnaissanoes , soit elle-même une science rigoureuse, qu'elle ait un point de départ certain, que tous ses principes ne soient que des conséquences d'an premier fait pris dans la natujre, qu'elle rende faison de nos écarts et de nos succès , en un mot , qu'elle soit réellement la science de la vérité, et qu'elle nous montre nettement en quoi elle consiste, C'est effectivement ce qu'elle doit £ûre et ce qu'elle ioit être. Jusque-là, on ne peut la regarder que comme m jeu futile, et le plus trompeur de tous. Il fiiut a renouveler totalement.