‹ Étemens d'idéologie (volume 3)Chapitre 50 sur 72 · UB L\ DÉDUCTION DB VOS IDBB · texte numérisé non relu

UB L\ DÉDUCTION DB VOS IDBB

Si j'ai hieu fait connaître dans les cliapitres précé- «Icus eu quoi cimsiste notre existence, quelles août réelleiuent m» principales opérations intellectuelles, comment clle^ composent toutes nos idées , comment elles nous apprennent à les rapporter aux corps extérieurs qui eu sont les causes premières, et enfin comment nous iwrveuoiis à revêtir ces mêmes idées

de signes sensiblM qui nous servent à les combiner et à les maltii^ier , il me restera bien peu de choses à dire sur la dédnotion de ces idées , appelée raitormement, et sur les causes de la certitude et de Terreor.

En effet tonte notre eust^nce consiste à sentir , et nous n'existons que par nos sensations tant internes qa'*extemea. Toute Fezistenoe des étref qui ne sont pas nous ne consiste pour nous que dans les impressions qa^ils nous causent , et nous ne connaissons d'eux que ces impressions que nous leur rapportons , parce qu'ils résistent à nos mouvemens sentis et youlus. C'est ainsi que nous acquérons tout d^un temps les idées essentiellement corrélatives de mouvement et d'étendue , et par suite le moyen de mesurer la durée, qui nous est connue parla succession de nos perceptions.

Tout ce que nous sentons et percevons est bien certain et bien réel pour nous ; nous ne sommes pas même susceptibles d'autre certitude et d^autre réalité. Toutes les idées que nous formons de nos premières perceptions devraient donc être aussi certaines et aussi conformes à la réalité, si les jugemens par lesquels nous les composons étaient irréprochables. Mais nos jugemens sont eux-mêmes une espèce de perception. Elle consiste à voir , à sentir qu'une idée peut être attribuée à une autre , que cette idée sujet renferme implicitement dans sa compréhension l'idée attribut, ou du moins que celle-ci peut y être ajoutée. Ce sentiment est encore une perception. Il ne saurait être une illusion, il existe réellement quand

l36 PRINCIPES

nous réprouvons. tJii jagement B^est done juDaû &ns en lui-même, il ne peut l'être que reUtivement à d^autret , o^est-à-dire lorsip^ oonsûtc à «ttribaer à une idée une idée oontndiotoira à d'antres îdéei que nous lui avons déjà atttribuées par d'autres jagemens. Biais alors cette idée UÊJet telle que nous la sentons aotuellement , quoique représentée par ]e même signe, n'est plus exactement telle quenoas h sentions quand nous avons porté ces jogemens antérieurs. Elle n'est plus réellement la même, nous a avons un souvenir imparfait, et nous avons déjà vi combien malheureusement cela est faoile et fréquest, et même combien cela nous est impossible à érilv toujours. Cest là la cause de toutes nos erreurs , et il ne saurait y eu avoir d'autres. Concluons qn'il n'existe pour nous que deux sortes d'évidence , eeUs de sentiment et celle de déduction. Celle de sentiment est de toute certitude , par conséquent œlle de déduction n'est pas moins certaine , quand la déduction a été légitime , cVst-à-dire quand rien de contradictoire ne s'y est glissé ; mais malheureusement il y a souvent très-loin de l'évidence de sentiment à celle de déduction , ou d'un premier fait à ses ultimei conséquences , et le chemin de l'un à l'autre est glissant et scabreux.

Que ferons-nous donc pour y marcher sans broncher ? et quels appuis nous offrent à cet effet les logiciens ? Examinons-les. Chercherons-nous des seoonn dans l'art syllogistique et dans la forme des raisonuemens ? Biais il est évident que le danger est dans le fondn, c'est-à-dire dans les idées, et non pas daus

la forme, o^est-à-dirc dans la manière de rappix>cher ces idées les unes des autres. De plus , tout oet art syllogistiqaene consiste toujours qu'à tirer une oousécpienoe particaiière d^une proposition plus générale. Mais cette proposition générale, qui nous assure de sa justesse ? Là , l'art nous abandonne. Il nous dit que c'est un axiome, que o^est un principe, et qu*il ne faut pas disputer des principes , qu'il faut s'en rapporter au bon sens, au sens commun , au sens intime , et mille autres choses de ce genre , c'est-àdire , oomme le remarquent très-bien MM. de Port- Royal et Hobbes , que les règles que l'on prescrit à nos raisonnemens ne nous guident que quand nous n'en avons que faire , et nous abandonnent dans le besoin. A quoi il faut ajouter que ces règles sont toutes Ibndées sur un principe doublement faux , qui est que les propositions générales sont la cause de la justesse des propositions particulières , et que ce sont les idées générales qui renferment les idées particulières.

Premièrement , il est faux que les propositions générales soient la cause de la vérité des propositions particulières. Ce sont au contraire les faits particuliers bien examinés, et les jugemens justes que nous en portcms qui sont le principe de toute yérité, et qui f rapprochés les uns des autres avec scrupule et avec réserve , nous autorisent à nous élever à des considérations plus générales , c'est-à-dire à porter le même jugement d'un plus grand nombre de faits à proportion que nous apercevons qu'il est juste de chacun d'eux.

!l38 PRIHCIPES

Seocndement, il est encore fkax qae oe aoient les idées gëuérales qui nsniermeiit les idées partioiilières , ou da moiiis cela mérite esplioatîoD. Nom ayons to qaand nous ayons parlé de la formation de nos idées abstraites de différens genres , que sépanat de beaucoup dUdées individuelles celles qui Isv sont propres, et ne conservant que celles qoi Inr sont communes , nous en formons l'idée d'uneapAce; qu'ensuite eu reprenant les idées de plusieurs espèces , et en en séparant celles par lesquelles elles dii&rent , nous formons l'idée d'un genre ; et ainsi tôtjours abstrayant, nous nous éleyona aux idées pbu générales d'ordre et de classe. Ce sont donc lesi^^ les plus générales qui sMtendent à un plus gnnd nombre d'êtres , c'est ce qui constitue ce que l'oa appelle Yextenêion d'une idée ; mais oe sont lesîdétf particulières qui oonseryent un plus grand aonbn d'idées composantes , c'est ce qui constilae la cosh préhension d'une idée. MM. de Poii-Boyal ayaicnt fait cette remarque , mais ils auraient dû en tirer an plus grand parti ; car ce n'est pas le nombre d'étrei auquel peut s'étendre une idée qui fait rien à oe qu'on peut en juger, oe sont les idées qu'elle renferme qui font qu'on peut ou qu'on ne peut pas loi eu attribuer une autre , c'est-à-dire en porter tel on tel jugement. Aussi je puis bien dire qu'un hcmmt est un animal , parce que l'idée d'homme renferme toutes les idées qui composent l'idée d'animal; nisi< je ne peux pas dire qu'un cunimal est un homme t parce que l'idée d'animal ne renferme pa& toutes les idées qui composent l'idée d'homme. U est donc yrai

euoore uue fois , qae l'extension d'une idée ne fait rien du tout aux jagemeos qu'on en peut porter. De plus , il est à remarquer, et je crois que cela ne l'a jamais été , que dès que deux idées sont comparées dans une proposition , l'extension de la plus générale est tacitement réduite à l'extension de la plus partionlière. Car quand je dis que Vhomme est un animal , je yeux certainement dire qu'il est un animal de l'espèce humaine, et non de toute autre , autres ment je dirais une sottise énorme.

Je pourrais bien encore faire un autre reproche aux logiciens syl logistiques. Car s'il faut admettre avec eux que les propositions générales sont la cause de lu justesse des propositions particulières, et que les idées générales oomprenuent les idées parlionlîères, il est contradictoire de dire comme eux que le moyen terme qu'ils introduisent dans le syllogisme est égal aux deux termes comparés, et que la majeure et la conséquence sont égales et identiques. An reste, j'aurais tant de critiques à faire de ce prétendu art syllogistique que j'oserai traiter sans ménagement d'illusoire , que je ne m'arrêterais pas à cette observation , si elle ne m'amenait à Condillac , à qui nous ayons en très-grande partie l'obligation de noas en ayoir débarrassés. Lui , en admettant ce dernier principe d'égalité et d'identité , a du moins rejeté l'autre , qui lui est opposé. Mais ce principe de la prétendue identité qu'il a conseryé, qu'il a toujours exagéré de plus en plus , et qu'il a fini par pousser jusqu'à dire que le connu et l'inconnu sont une aeule et même chose , me parait l'ayoir encore a 21.

a4o PRINCIPES

embarrataé, arrêté dam aa marche , et être la came que ses derniers écrits ne sont pas les meillears, da moins à mou avis *• Ce n'était effeotiyement fiûre là que la moitié du chemin. Il fallait tout simplenot prendre rinyerse de la marche ancienne, Toirh source de toute vérité dans les faits particnlien et les idées générales renfermées dans les idées pirticulières , dire nettement que les maximes génénki ne sont la vraie cause d^aucune. connaissance, etqw Ton ne doit tout au plus 's'en servir, encore tprèi s^étre bien assuré de leur justesse, 'que«mmmed*n moyen abrégé pour arriver À quelques conséqucoMt qu'elles renferment dans leur extension. C'aurait Ai là porter dans la théorie la rénovation tant déoréi par Bacon, et qui est introduite dans la pntûpw depuis que dans tous les genres de recherche, en w s'appuie généralement que sur robservation et Teipérience, ce que bien des gens ne.fimtpent-étrriqM par imitation et sans savmr pourquoi; aussi s'écirleut-ils souvent de cette excellente méthode , et méoie se iachent-ils contre ceux qui cherchent à récUirer et à montrer pourquoi elle est bonne.

< Les Trtii titres de gloire de Gondillac sont» suivent Moi, ses Traités des Sensations , des Anioianx et des Sjstèmeijtl ses beaux morceaux sur l'Histoire de TEsprit hnmain. U mettrais encore au même rang , le premier de ses onvragcf i le Traité de torigne de* Connais tances humaines, uaX' gré ses nombreuses imperfections ; parce que c'est la première fols que Ton a réellement essayé de donner nnebaii solide i toutes nos connaissances, en les fondant sor l'ezaom détaillé de nos facultés et de nos opérations ialetleetodles.

LOGIQUES. a4l

ios anciens logiciens ne nous ont donc donné que . règles bien fausses ou du moins bien inutiles, ir nous guider dans la forme de nos raisoonemens. yons s'ils ont éié plus heureux pour nous appreni à éolairoir les idées qui en sont le fonds : car st là l'essentiel.

Le seul conseil qu'ils nous aient donné à cet ird est , lorsque nous sommes embarrassés, de défi- ' les idées qui nous occupent ou sur lesquelles nous pu tons. Cet ayis est bon , mais ils l'ont gâté : i" en itendant qu'une idée est bien définie , quand on a uvé on cru trouver ce qui l'a fait être d'un tel ire et ce qui la distingue de l'espèce la plus yoisine ; en distinguant des définitions de mots et des déifions de choses ; 3<> en prétendant que les défiions sont des principes , et que par conséquent n'en doit pas disputer. Je crois au contraire que définitions ne sont pas des principes , que si elles Lent des principes il faudrait discuter très -soisusement si ces principes sont vrais ou faux, s toute définition est ou doit être l'explication de lée , et par conséquent la détermination de la eur du signe qui la représente , et qu'enfin il est jours fort inutile de chercher et souvent impossi- : de trouver ce qui la fait précisément être de tel ire ou de telle espèce.

Que mettrai -je donc à la place de tous ces prin- Mss que j'ose réprouver ? Une seule observation que ) fournit l'étude attentive de nos facultés et de B opérations intellectuelles , et celle de la forman de nos idées. La voici :

2^0, PRIHCIPES

Je reourque q«e tootct dm idérs rîàmefltdeiios seniatioiif j qae uoiu n^avona pliu d*idéM purfidtBnMot simplea; que toatof muai des gruup ci tfMéi réuniei enTcrtu de jugemeiuqiie nonsaTomporiéi des premières ( qae tous nos jngemens oqiBiiiNrt è voir , et toutes les propositions par lesquelles aou les espriaMms oonsistcBt à dire , qom Viàée sajrtds ces jagemens et de ces praposîticos F B nfa i i ae Fidét qai lui est attribuée ; et que dans fous nos nâsoinemens ce premier attribut deyicnt le sujet d*aB second , le second d'un troisième, le troisième d*aB quatrième , et ainsi de suite aussi longtemps qa*Sl est néoessaire de oherober des idées inlermèdiBini eutre la première et la dernière , en sorte qns kdtfnière est comprise dans Urpremière, si le iusomisment est juste , et que si le oonti ui rg anifOy k raisonnemeiit est fiiuz et sa conolusion erranii; d'est-à-dire y en d'autres termes , que nos niiOi^ nemens sont toujours ce que dans Pécole on appJiH des sorites; et efFeotiyement la première figure di fameux syllogisme dans laquelle , sans trop savoir pourquoi, on plaçait le fondement de la justesse es toutes les autres y n'était rien autre ohose qu'on sorite que Ton bornait toujours à trois termes t sfis qu'il eût la nline d'être un syllogisme.

Je conclus de ces réflexions , qu'il n'y a rien da tout à dire sur la forme de nos raisonnemens; car ils n'en ont qu'une réelle. Elle leur est donnée par la nature de nos facultés intellectuelles , et il nous est impossible de leur en &ire prendre vérilablement une autre, quoique souTent elle soîl

masquée par des tournures elliptiques on oratoires.

Quant aux idées , c^est-à-dire au sujet et à la matiare du raisonnement , je ne connais d^autre préoantionnéoëiaaire à prendre que celle de les former avec «oin y d*ezan\mer souvent si nous ne les altérons pas y et si elles sont bien toujours les mêmes sons le même signe. Et lorsque nous ayons sujet d'en douter ou de suspecter leur justesse première , ou bien lorsque nous voyons les autres ne les pas bien saisir, ou en tirer des conséquences contraires aux nôtres, il n*y a pas d'autre moyen que d'en fidre, non pas une définition pédantesque çt arbitraire y mais une revue aussi scrupuleuse et une exposition de leurs parties composantes aussi détaillée que oela est possible. Cela détermine également la valeur de Pidée et celle de son signe. On sent bien que cette revue et cette exposition ne peuvent jamais être absolument complètes. Pour que cela fût , il faudrait peut-être à propos d'une seule de nos idées , faire repasserions nos yeux presque toutes celles que nous avons jamais formées , tant elles sont toutes étroitement enchaînées et liées entre elles.. Mais il faut que cette revue et cette exposition dont je parle portent principalement sur les points douteux et sur ceux qui ont trait à la recherche ou à la dispute qui nous oooupe.

CSet examen £iit, si nous rencontrons dans nos idées quelque chose de louche ou de faux, il faut suspendre toute conclusion et recourir à de nouvelles recherches, c'est-à-dire à de nouveaux faits, pour nous mettre en état d'aller plus loin^ sans

!244 PaiHCIPES

qnot notre oonoluaion lerait au inoiiiahaMardée.£UiB pourrait à toute rigueur n'être pas fiauase , oar d^ne idée composée qui renferme des élémens lîiux ctd« élémens yraif on peut tirer det oonaéqnenoes jaiki ai ellea dérivent légitimement de eea demien élimena. On peut même d'un jugement &ux tîier aat oonaéquence qui aoit juf te , ai, aana qu'on s'en apc^ çoiye , elle n'en déooule réellement paa ; l'an 4 l'antre nous arrive très-aonvent ; maia alors il n^ s paa de certitude; et la vérité, ai elle osiate^n'ot que l'effet d'un heureux hasard.

Tout cela se réduit à dire que tonte notre ocrfrtud^ fondamentale consiste dana l'évidenoe de si^ timens, laquelle noua acqnérona par dea obaeiTih tiona et des expériences sorupulenaca et rigoureuMj que notre certitude de déduction est tonte aasn complète quand nous n'altérons pas la première ptf l'inexactitude de nos jugemens successifs; etqa*!! n'y a pas d'autre certitude pour nous , ni d'aatic cause d'erreur que les obangcmens impereeptiblst qui se font à notre insu daus les idées que nous eiprimons toujours par le même signe comme si cUei étaient toujours les mêmes.

Je pourrais (loir là, mais je dois encore ijontcr quelques réflexions.

D'abord uous avons déjà remarqué en parlant dst signes de nos idées , que ohacuu de noua apprend leur signification dans des circonstances différentes, et le plus souvent au hasard , et qu'ainsi il est difficile, pour ne pas dire impossible, que uous ayons appris à attacher tous exactement et précisément la

même idée an même mot. Nous ayons obseryë de pins y en pariant de noi jagemens, que nos idées l'altèrent t r ès a onrent dans nos têtes à notre insu , et ^'ainsi le mol qni les exprime change de signiâcadon dans notre booohe sans que nous nous en aperoerîona. D faut ajouter ici que ce triste effet vient surtont des variations de nos sensations internes, de l'état général de nos individus , de Pembarras ou de la liberté des fonctions de nos organes , et qu'il est mne conséquence inévitable de la différence des Ages, des aesea , des tempéramens , de l'état de santé ou de maladie et des différentes espèces de maladie, des impressions habituelles et des sentimens et passions dominantes. Il est en effet impossible que le mot amour , par exemple , réveille exactement la même idée dans la tète d'un enfant ou d'un vieillard , d'une £emme passionnée, ou timide , ou coquette , on intéressée , d'un jeune homme libertin ou délicat , iatipiké oa vigoureux. Par des raisons analogues quoique iifféreutes , il ne se peut pas que le nom d'une Knenoe, le mot Clùmie, par exemple, réveille les mêmes idées dans la tête d'un savant ou d'un ignorant , d'un homme bien élevé ou d'un rustre , bien que ni l'un ni l'antre ne sache la Chimie, d'un homme même qui l'étudié pour l'amour de la science ou de rhumanité, ou seulement pour y chercher des oocaaîoiia de gain. Ces exemples ne finiraient pas ; souvent les nuances sont très-fines , mais toutes sont des causes d'erreurs et de dissentimens , et elles sont innombrables.

On sent bien que certaines classes d'idées y sont

plus sujettes que d^aatres. Cest là ce qui comtiiae non pas le degré de certitude des différentes soienccii car dans toutes la certitude est également entière quand les raisonnemens sont justes ; mais il est {htt difficile de les faire justes ces raisonnemens dsBiki unes que dans les autres. Les idées morales, fu exemple , sont très-ezpoaées à être altérées àwtn insu par la disposition de nos sentimens, nos otmDtères , nos âges et les degrés de notre expérienMi Voilà pourquoi les sciences morales sont si diffioUei, et pourquoi les opinions y sont si yariables. Lei sciences physicjues et naturelles sont déjà acoesiiblci à un moindre nombre de déceptions , mais elles n'ti sont pas exemptes. Les sciences mathématiqiiei,iB contraire , en sont presque entièrement à Pabri. Dm quelque disposition d'esprit que nous soyons, il nom est impossible, si nous y donnons l'attention tniBsanlc , de ne pas apercevoir l'exactitude ou l'inexietitudc d'un calcul ou d'une équation, ou d'an nisouueiuent sur une proposition de géométrie, parce (]ue ces idées sont trop diiTérentcs de toute aatre iwiir qu'elles puissent s'y mêler, et pour que DM alTcc lions les allèrent.

Ceci m'amène à une autre observation; j'avoue que contre une opinion assez répandue et qui était encore plus générale autrefois, je ne pense pas que rélude des Mathématiques soit plus propre qu'une autre à rendre l'esprit juste. Je ne dirai pas à l'appui de ma manière de voir , qu'il y a des mathématiciens qui Tout très-faux quoiqu'ils ne se trompent pas sur les objets de leur science; car où ne se trouye-t-il

LOGIQUES. a47

esprits fanx? Mais je remarquerai que oe a appelle assez "^mpropremeiit les MathémO' ■ (je ne parie ici «vaedesmathématiqiies pnres), ) dans la soiano» des calcnls arithmétiques et |ues , et dans oelles des propositions de géo-

e*est-4-dtre dans la connaissance des cornaa qne Ton peut faire des idées abstraites de é, et dans oelles des oonséqoenees qae Ton peat s propriétés abstraites de l'étendne. Or,onrailienx et plas sûrement dans ces deax sciences as les antres, simplement parce qne cela est >ile, parce qu'elles sont moins sujettes à l'erarce qu'elles sont moins exposées aux causes Bptibles de déception. Elles ne fournissent is plus d'occasions d'apprendre à. s'en garandirai même qu'elles en fournissent moins.

lus loin, la science des quantités nommément de monotonie absolue; elle ne s'occupe que ni genre d'idées et toujours comparées sous un

du même genre; c'est oe qui fait, comme nous

déjà y u , qu'elle peut se seryir d'une véritague à part , ayant non-seulement des signes ^ I syntaxe particulière, qui consiste dans les du calcul , ce qui constitue une véritable ; car, pour le dire en passant, ce que l'on

mal à propos la langue particulière des auences, n'est qu'une nomenclature, et elles se : toujours de la syntaxe des langues parlées.

mot matb^matiqae ne signifie que choses apprises » irCt qu'on n*apprcncl pu » si ce nVst ce qu*«)n iii-

La langue numériqae et algébriqae en est ioote^ féreDte. Je sais qaHl y a aoairent beauooap SttgnL et même du génie à bien uaer de toutes les noonoi qu^elle ofi're , o^est-à-dire à la bien écrire y miii M règles sont si sûres , que si l'on ponyait les aifi*. dre par cœur, sans y rien comprendre , ponrfu^ote ne les oubliât pas, une première proporitiaii éM. écrite , on pourrait arriver à sa dernière con s é qa a w sans savoir ce qu'on fait et sans se tromper, etc^ék peut-être ce qui arrive quelquefois à peu de duM près. Ce n'est assurément pas là le moyen de fanv le raisonnement. Ajoutez que ne donnant lien à t^ cune observation ni à aucune expérience, cUsM saurait babituer à porter à ces opérations lapréonlion et la sagacité qui y sont nécessaires. Aussi TO^ on de très^rands calculateurs avoir de la propoflMft à ne pas faire un examen assez attentif djês donnéti dont ils doivent partir. Aloi'S plus ils poussent kn leurs spéculations, plus ils s'égarent, sanstouteftii jamais se tromper dans leurs calculs , parce que oda ne se peut pas en en suivant les règles. La géométrie pure est tout-à-fait dans le même cas pour ce qai regarde robservation et l'expérience. A la vérité ses raisonnemcns quand elle est traitée par la méthode qu'on appelle encore suivant moi mal à propos ^^ thé tique , ses raisonnemens , dis-je , se f«mt dans les langues parlées, ils exigent des précautions ordinaires et ils sont rigoureux; mais encore une fois, c'est parce qu'ils sont faciles , et s'ils deviennent fatigans, ce n'est que par leur longueur.

J'expliquerai ici, en passant, pourqurâ je n'aime

;s mots de méthode synthéliqiie et analytique. qu"*!! u^y a aucune opération iulcllectuille où ; compose et décompose des idées , où il n^y ait iièse et analyse. Je ne vois pas , par exemple , -quoi on dit toujours l'analyse algébrique, et ae souvent l'analyse au lieu de Tal^èbre. L'algù- ' n'est point une méthode , c'est uuc langue écrite ; se sert de cette langue comme d^une auli'e pour aposer et pour décomposer. Très-souvent quand résout une équaticm dans ses éléiucus , c'est jwur reconstruire une ou plusieurs autres, il y a donc composition et décomposition. Je conçois r[ue Ton 3e analyse chimique, quand l'opération consiste décomposer une substance , et synthèse , au conraire, quand il s*agit de formel- de toutes pièces un Aouveau composé. Mais la science se compose do tout cela, et Ton ne peut pas dire qu'elle emploie plutôt la méthode analytique que la méthode synthétique. Quant à la prétendue méthode syntliétique que les géomètres croient employer quand ils démoatrent une nouvelle proposition par des raisonnemens suivis à la manière ordinaire , c'est un véritable abus de mots ; s'ils partent de propositions antérieurement prouvées , ils font une déduction comme tontes les autres et ne construisent rien; si^ comme il ne leur arrive que trop , ils partent d'axiomes ou maximes générales, peut-être vraies, mais qu'ils n'aient pas pris la peine de prouver, ou de définitions qui ne fassent pas connaître 'la génération de ridée définie , ils n'ont fait que la moitié du chemin , ils n'ont rien composé, ils n'ont que déduit, et non-

25o PRINCIPES

reniement leor synthèse n'est pas une méâiodC)niB leur marolie n'est pu rigonreose oommeils leenWi et donne même nne très-manyaise habitade àfl^ prit en l'aocoatnmant à se contenter de nepuo^ menoer par le commencement. En un mot, dh^ poser est un acte de l'esprit , et compoaer en eit* autre ; nous ayons besoin de tous deux à tout a im ^ Mais il n'y a point de méthode purement aiialytî|H ou synthétique. Reyeoons aux soiencee.

L'étude des sciences physiqaes et natnrellW)' particulièrement celle de la Chimie , me panlt Art de tontes la plus propre à former nn bon cspri^ c'est-è-dire à donner de bonnes habitudes à notaete* tclligence. En Chimie, les laits sont nombreu' variés, ils exercent la mémare ; ils sont eumpliqiii et souvent difficiles à démêler, eeln développe h sagacité et accoutume à l'attention. Ha fonmiiMt matière à beaucoup de déductions et à tarer êâ oouséquences multipliées, cela forme le raisoBBCiiieut. Mais en même temps comme les objets sort toujours là, on a recours fréquemment à l'expérioiice et à robservation , soit pour ne pas s'égarer dans le cours de la déduction , soit ponr en rériBcr le résultat quand elle est achcTée. Cest là Traineat remploi de la bonne méthode , qui, encore une ftùt nViit ui analytique ni synthétique, ou , ai l'on veat , toutes deux successiTcment quand il le fiint.

I^ PhyAologie serait encore très-propre à foiwet un bon esprit. Elle a, comme la Chimie, raranlagi «riiahituer à des observations délicates et à des nisuttucmeus lins, fréquemment mis à l'épsenTS psr

LOGIQUE. a5i

\ MMiveUM espMnoet. Oa peut ibIom ^oatar i*rfU ml aapérwim à la Chimie per Tobjel dont b i^Mompe; «tri oomme Vm n bien dit Pèpe , Vé* dt dt mnf-aïAaat est de toatei la ploj importanto «V mauM. De plu , en eomprenant, eonune oa le ■tydaae la eoDnaiuaBoedenos oi^iiei et delears Mtioiia , la oonnaîaMiiee da eentre aenritif et de a taotîoaa intalleottielles , la Physiologie > noas prend direolement qnels aont nos moyenii de een* ttn , leur fiwee et lear fiublesse , levr ^iendae et ir Umite et leor mode d'aetion. Ainai elle nona it fmr eomment nova devons nous en servir, et e est tMlement la première des soienoes et l*introletion à tootes les autrea. Mais la nature vivante «s est enoure si peu oomiue , elle nous présente ift ib mjrstèfss impéDétrabIcis jusqu'à présent , elle su anoBtre tant de points obsours on împarfaiteant dalairés , elle donne si rarement lien à dés exiita*****^ eomplètement satisfaisantes, que je eraînaia qu^en a'y livrant nn esprit enoore peu formé, . lien de a'faalntner à l'opiniâtreté des rechcrohes

I jCaqaareaappdls VJiMogia , a'Mt, ne doit être H paaS étra qn'ana partie «t usa déptadlaRM d« la Phyiio< {le » qaf Dt devrait pai même avoir on aom panienlier » et e doréoevant les physiologistes ne poorroet pafMdispea« •da traiter. Car lorsqu'ils négligent ce point, iU rendent itea lanrt antres azpllcaUons incomplètes , comme le fait m voir Tadmirable onvrage intitulé: Rapports âuphyêt" wmiém MO r« /» dans lequel Gabanie a r^llemeat posé les ■laa basât de tantes nos consaissanëls philosophiques et Miaaiea.

aSs PRIHGIPBS

et an eoarage du doute, ne «'«DeoahiBril **^ traite à le contenter de ocoauesancei wpi^i W^ et à se lÎTrer à des conjectures hesaidéebl* Ay**' ^^ logie , en un mot, est encore une science twf**' oUe pour servir de préfinration et pour wt/tm d*appreutissAge. IL fikuk se contenter d^en les principaux résultats pour s*en servir guides, mais n*aspirar à en recnler les bsBMsf qnand Tesprit est dans toute sa force.

Cequi résulte de tout ceci 9 à moaavis,«^cii^ nous devons toujours partir des inspressisMi ^ nous recevons , c*esl-4-dire des fidts; les eiM** avec attention pour n* j rien yoîr que ce qai J Mt! apporter le plus grand soin à nous former £a|rii ces faits des idées composées qui en aoient àm ta* séquences exactes, et prendre toutes les piéuailk* possibles pour que ces idées une fois détcrmûiéei * s'altèrent point à notre insu dans nos têtes pcaU le cours de nos déductions. Cest là , suivant ad la seule bonne métliode ; on Pappellera comme oi voudra; et c^est aussi la seule ccmolusion de ce écrit , qui n^est que l'exposé sommaire des prino^ logiques les plus importans , ou, si l'on veat,l récit des principaux faits relatifs à rinteUigenoehn maine , car c'est là dire la même obose de des: luanières différentes.

P. S, Si après les explications précédentes , qae qu^un avait encore de la peine à croire que la pa pétueije et imperceptible variabilité de nos idées e la cause sufllisante tie tontes nos erreurs , et qu'il i saurait y en avoir d'autre, je le prierais de dooiu

LOGIOUES. 253

momenfl d'attention à ce que f ai dit à ce s ma Logicpe , et surtout je PinTiterais à imortel outrage du saTant profond et ju- .

;ue j'ai oité oi-defisus. Je me persuade que itentire de l'histoire physiologique de nos i et des modifications qu'elles éprouvent , nos dispositions morales , par l'eflTet varié, ou' accidentel des âges, des sexes , des tem- , des maladies et des habitudes de tout lui laisserait aucun doute à cet égard. Je ici que tirer quelques conséquences de ce le tableau de la natnre humaine , qui pourv en fournir bien d'autres , et qui est éga* ftour toutes les branches de nos connaisne source de lumière dans laquelle on ne op puiser.

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