ET DE SES EFFETS
INTEODUCnON.
La faculté de vouloir est un mode et une corné» quence de la faculté de sentir.
Les trois premières parties de mes Ëlémens d^idéologie renferment tout ce que j^avais à dijre de Pintelligence humaine, considérée sous le npport de ses moyens de connaître et de savoir. Cette analyse de notre entendement et de celui de tout être animé ,
3 IVTRODVGTIOIf.
tel que nous pouycms en concevoir et en imaginer , n'est peut-être ni aussi psrfiiitc , ni aussi oom*plète qu'on pourrait le désirer. Mais je crois du moins qu'elle nous découvre bien l'origine et la source de toutes JK>s cdnnaissuices, ttlcs iréritablss opérations mleUsotvelles qui entrent •dans leur composition ; et qu'elle nous montre nettement la nature et l'espèce de la certitude dont ces connaissances sont susceptibles, et les causes perturbatrices qui les rendent incertaines ou erronées.
Munis de ces données , nous pouvons donc essayer de nous en servir, et employer nos moyens de connaître soit à l'étude de notre volonté et de ses effets , pour acbever l'histoire de nos facultés intellectuel- Ibs y sdit à l'étude des éUes ^ui se jmst pas jmoi, afin de nous faire une idée juste de' ce que nous pouvons savcdr de ce singulier univers livré à notre avide curiosité. Je pense , par les raisons que j'ai dites dans mcm Traité de l'entendement, que c'est la première de ces deux veekerckes qui doit nous occuper d'abord. En conséquence, je me reporterai au moment où j'ai essayé d'en tracer le plan ; et je me permettrai de répéter ici ce que j'ai dit alors dans ma Logique, chap. 9, p. 3 16. Obligé d'être conséquent, il faut bien qu'on me pardonne de rappeler le point d'où je pars.
(( Cette seconde manière , ai-je dit , de considérer » nos individus , nous présente un système de pbé- )> nomtoes si différent du prender, que l'on a peine n à crcnre qu'il appartienne aux mêmes êtres , vus )> seulement sous un autre aspect. Sans doute on
f ABAGEjàPSE I. 3
povnît ooDocToir liicnBiiie ne €mBt qme vecedes impreniàns y se les rappeler , lee oomct les oonfamer tonjonfs avec mue indifféparfidte. Il ne serait alors ipii'an ^tre «fdkamt et camnaissant, sans pasgioih pio p w a cn t dite , relattrement à lui , et sans acHm rdalnre- OMBt anx autres êtres : car M n^aurak aucun motif pour vouloir g et aucune raison ni aucun nMyela pour agir; et certainenienty dans cette supposîtiony qudles que fussent ses facultés pour îufer cft cxnnattiey dles resteraient dans une grande stagnation , fiiute de stûnulant et d'agent poir É'ezover. liais rhoBune n'est pas cela; il est on être ffoukmi en conséquence de ses imprminnii et de ses connaissances , et aguêont en conséquence de ses yolentés (i).C'est là ce qui le constitue d'une part susceptible de souf&anoes et de jonisaBnces , de iMidieuretde maHieur, idées carrélati^Fes et inséparables; et de Pautre part y capable d'infuence et de puissance. Ccst là ce qui fint qu'il a des hetobu et des mo^^its, et par conséquent des droite et des demnrg , seit seulement quand il n'a affiûre qu'à des êtres inanimés , soit plus encore quand il est en contact avec d'antm êtres susceptibles aussi de jouir et de aonffflîr. Car les droits d'un être sensible sont loua dans ses besoins , et ses de v oi rs dans ses waaymÊB ; et il est à remarquer que in,tJublesse
Ob «a pe«t dise aalaat tte toas 1» étsM ■■lafc qm» wmu , et taimt de tooe ceux yie aime iau^mam;
» danstousleBgenresesttonîouraetessentiellementle » principe des droits ; et que la puissance , dans <piel- » que sens que l'on prenne ce mot , n^est et ne peut ja- » mais être la source que de deyoirs , c^est-à-dire de » règles de la manière d'employer cette puissance. » Beioins et moyens, droits et devoirs, dérivent donc de la faculté de vouloir. Si l'homme ne voulait rien , il n'aurait rien de tout cela. Mais avoir des besoins et des moyens , des droits et des devoirs , c'est avoir, c'est posséder quelque chose. Ce sont là autant d'espèces de propriétés , à prendre ce mol dans sa plus grande généralité^ ce sont des choses qui nous appartiennent. Nos moyens sont même nne vraie propriété, et la première de toutes dans le sens le plus restreint de ce terme. Ainsi , les idées &«soins et moyens, droits et devoirs, supposent l'idée propriété / et les idées richesse et dénâment , jus* tice et injustice, qui dérivent de celles-là, ne sauraient exister sans cette idée propriété, IX faut donc commencer par éclaircir cette dernière : cela ne se peut qu'en remontant à son origine. Or , cette idée de propriété ne peut être fondée que sur l'idée de personnalité; car, si un individu n'avait pas la conscience de son existence distincte et séparée de ' toute autre , il ne pourrait rien posséder , il ne saurait avoir rien qui lui fût propre. Il faut donc , avant tout , examiner et déterminer l'idée de person^ nalité. Mais avant de procéder à cet examen, il y a encore un préliminaire nécessaire : c'est d'expliquer avec netteté et précision ce que c'est que cette faculté de vouloir, de laquelle nous prétendons
PABAGBAPHE I. 5
que iiaûfient tontei ces idées, et à Foccasioii de lafielle noitt ¥01111118 ea faire l'hiitoire. Nous nV looi pas d'antre moyen de voir clairement com- ■mt cette fim^ulté ^kfgeadre ces idées , et comment (oites les oonséquenoes qui en réioltent pevfient étM regardées comme ses effets. Cest ainsi que toa> jours en i«moiitant, on plutôt en desioendant d'édidfln en échelon , on est inrinciblement ramené à rétude «t à robsearration de nos fiMsultés inteUectacUes , toates les foia que Ton veut creuser jusqu'au fond Le sujet quelconque dont <m s'occupe. Cette Térilé est peat-étre plus précieuse elle seule que tontes celles que nous pourrons recueillir dans le eovs de notre travaiL Je vais donc commencer par exposer en quoi consiste notre faculté de vouloir.
Cette lÎMsiilté ou la volonté est une des quatre facilftés primordiales que nous avons reconnues dans PinteUigenoe hnmaîney et même dans celle de tons lesétree anisBés^et dans lesquelles nous avons tu fue se résolvait nécessairement toute faculté depe»- «sr on de sentir, quand on la décomposait jusque dans ses vrais élémens , et quand on n'y en admettait point de postiches*
Noos avons regardé la faculté de vouloir comme la quatrième et la dernière de ces quatre subdiri* siens primitives et nécessaires de la sensibilité , parce ^ae dans tout désir , dans toute volonté ou volition, en on mot dans toute propension quelconque , on peut toujours concevoir l'acte d'éprouver une impcession, celui de la juger bonne à rechercher ou à éviter , et même celui de se la rappeler jusqu'à un
b INTRODUCTION.
certain point, puisque , par la nature même de l'acte ide juger, nous aTons tu que Pidée sujet de tout jugement peut toujours être considérée comme une représentation de la pi«mière impression que cette idée a fidte. Ainsi , plus ou moins confusément , plus ou moins rapidement , Tétre animé a toujours dA sentir', se ressouvenir, et juger avant de vouloir.
11 ne fiiut pas conclure de cette analyse que la faculté de vouloir ne soit , suivant moi , que celle d'avoir de ces sentimens prononcés et réfléchis auxquels on donne spécialement le nom de volontés , et que l'on pourrait appeler volontés expresses et formelles. Au contraire , je crois que , pour en avoir une idée juste, il £rat s'en faire une idée beaucoup plus étendue ; et rien de ce que nous avons établi précédemment ne nous en empêche. Car puisque nous avons dit que dans le désir le plus machinal et le plus soudain, et dans la détermination la plus instinctive , la plus purement organique , nous devons toujours concevoir les actes de sentir, de se, ressouvenir et de juger conmie y étant implicitement et imperceptiblement renfermés, et comme l'ayant nécessairement précédée, ne fût-ce que d'un instant inappréciable , nous pouvons , sans nous contredire, regarder toutes ces propensions, même les plus subites et les plus irréfléchies, conmie appar* tenant à la faculté de vouloir , quoique nous en ayons fait la quatrième et la dernière des facultés élémentaires de notre intelligence. Je pense même qu'il le faut , et que la volonté est réellement et pro-
prenent la facnlté générale et nmyerselle de trouver lue chose quelconque préférable à une autre ,• «Ile cTétre affecté de manière^à aimer mieux telle kpresnon , tel sentiment , telle action , telle poa- NMon , tel objet que tel autre. Aimer et Aonr aont des mots uniquement relatifs à cette fiiculté , qui B*anraîent aucune signification si elle nVxistait pas; et aoii action a lien toutes les fcûs que notre sensibi" Uté éprouve une attraction ou une répulsion quelconque. Du moins c'est ainsi que je conçois la volonté dans toute sa généralité, et c'est en partant de cette manière de la concevoir que j'essaierai d'expliquer aes effets et aea conséquences.
Sans doute la volonté , ainsi conçue , est une partie de la sensibilité ; la faculté d'être affecté d'une certaine maniàre ne peut pas ne pas faire partie de la fiKulté d'être affecté en général; mais elle en est m mode distinct , et que l'on peut en séparer par la pensée. On ne peut pas vouloir sans cause ( c'est même une chose à bien remarquer et à ne jamais oublier ) : ainsi on ne peut pas vouloir sans avoir senti ; mais on pourrait sentir toujours de manière à ne Tooloir jamais. Nous l'avons déjà dit , on peut imaginer l'homme , ou tout autre être animé et senâUe , sentant de fiiçon que tout lui serait égal ; que tontes ses affections , bien que diverses , lui seraient indifférentes ; et que par conséquent il ne pourrait ni rien désirer , ni rien craindre , c'est-à-dire qu'il ne pourrait pas vouloir : car désirer et craindre , c'est vouloir y et vouloir n'est jamais que désirer qvdqne chose et craindre le contraire, owrécipro-
quement. Daiis cette supposition, Tétre animé et sensible serait encore un être sentant ; il pourrait même être discernant et connaissant, c^est-è-diie jugeant. Il suffirait pour cela qu^il sentit les différences de ces diverses perceptions , et les différentes circonstances de chacune, quoique incapable de prédilection pour aucune d'elles , ni pour aucune des combinaisons qu'il en pourrait faire. Seulement , et nous en ayons fait la remarque précédemment , les connaissances de l'être animé, ainsi constitué» seraient nécessairement bien bornées ; car sa faculté de connaître n'aurait pcûnt de motifs pour entrer en action , et sa faculté d'agir , si même elle eustait, ne pourrait s'exercer avec intention , puisque pour avoir une intention il faut avoir un désir , et tout désir suppose une préférence quelconque.
J'observerai , en passant , que cette supposition d'une indifférence parfaite dans la sensibilité montre bien clairement , suivant moi , que c'est à tort que certaines personnes veulent faire de ce qu'elles appellent nos sentimens et nos affections, des modifications de notre être essentiellement différentes de celles qu'elles nomment perceptioru ou idées, et refusent de les comprendre sons ces dénominations générales de perceptions ou d'idées ; car la propriété d'être affectives , qu'ont certaines de nos perceptions, n'est qu'une circonstance particulière , une qualité accidentelle dont toutes nos modifications pourraient être douées, et dont, comme on vient de le voir, toutes aussi pourraient être privées; mais elles n'en seraient pas moins toutes, comme elles sont en effet ,
à» perceptions > c^est-à-dire des choses perçues on laties. La preuTe en est qu'il y a de ces modificatiou qai , après avoir possédé la qualité d'être afhddwesy la perdent par Pefifet de l'habitude, et d'ntres qui l'acquièrent par l'effet de la réflezitoa; le tout sans cesser d'être perçues , et par conséquent (Tétre des perceptions. Je crois donc que le mot perception est véritablement le terme générique.
Quant à la distinction que l'on établit aussi entre les mots perception et idée, je ne la crois pas plus légitime , si ou la fonde sur la prétendue propriété qu'a l'idée d'être une image ; car l'idée poirier n'est pas plus l'image d'un arbre que la perception du rapport de trois à quatre n'est l'image de la différence de ces deux chiffres ; et aucune des modifications de notre sensibilité n'est Timage de rien de ce qui se passe hors de nous. Je pense donc encore que l'on peut regarder les mots perception et idée comme synonymes dans leur sens le plus étendu ; et par les mêmes raisons les mots penser et sentir comme équiyalens aussi , quand ils sont pris dans toute leur généralité. Car toutes nos pensées sont des choses senties, et si elles n'étaient pas senties elles ne seraient rien ; et la iensibilité est le phénomène général qui constitue et comprend toute l'existence de l'être animé , du moins pour lui-même , en tant qpHétre animé , seule condition qui puisse le rendre être pensant.
Quoi qu'il en soit, aucun des êtres animés que nous connaissons , ni même de ceux que nous imaginons , n'est indifférent à toutes ses perceptions ; il est toujours compris dans leur sensibilité , dans leur faculté
d'être aSeetéa , de l'être d'nne manière telle qaecerbUDcs perceptioDS leur [araûseiil ce que l'on appelé agréablet , et oertaiDei antres, ce que l'on appelle âétagréabUs. Or c'est là ce qni couïtitae b fiicnltéde VOdltnr. Aciaellement qnc mns non* eo sommes bit nue id^ bien nette , nous pouvona voir fioUemeut comment cette ftcallipniJail les idéea de f^rrounn- Uli et de pTopriiti.
De la faculté de vouloir màttenl Itt idéet iepei^ goDualilé et de propriété- Tout homme qni pronoace le mot moi, sans être mélspliysicieii , (^lend (rès-bien ce qu'il vent dire ; et néanmoins , même éluit métaphysicien, il réussit souvent fort mal à s'en rendre compte et à l'expliquer. Nous ailoDs lâcher d'y parvenir  l'aide de qnelquea ré&eiiona très 'simples.
Ce n'est pas noire corps tel qu'il est pour les autres , et tel qu'il leur apparaît , que nous appelons noire noi. La preuve en est que nous savons fort bien dire comment sera noire coi^s quand nous n'eiislerous plus, c'est-A-dire quand noire moi ne sera plas. Ce sont donc là deax êtres bien distincts.
Ce n'eat pas non plus aucune des facnlt^ particulières que nous possédons qui est pour nous la même chose qne noire moi ; car nous disons : J'ai la faculté de marcher, j'ai celle de manger, de dormir, de respirer. Ainsi ,j>ou mci qui possède est «me chose disliocle de la cboie possédée.
PARAGRAPHE II. Il
En est-ii de même de la faonltë générale de sentir? At ftemier coup d'oBtl il paraît ^e oui , puji{iie je âk de même : Pai la faculté de sentir. Cependant iâ aotts trouvons nue gnuide différence , pour pe« fu nous pénétrûos plus avant Car, ai je me de» tiaadeoommentjesais<j[ae j'si lafiicaltéde mardier, je réponds : Je le sais parce que je le sens , ou paroe que je l'éprouve , parce que je le vois , ce qui est encore le sentir. Mais si ji$ me demande comment je AÛs que je sens , je sais obligé de répondre : Je le ans parce que je le sens. La fikculté de sentir est done celle qui nous manifeste toutes les autres, sans laquelle aucune d'elles n'existerait pour nous , tandis qu'elle se manilesleelle-méaie, qu'elle est celle audelà de lacpielle nous ne saurions remonter et qui constitue notre existence , qu'elle est tout pour isoiis^ qu'elle est la même chose que nous. Je sens para que je sens , je sens parce que j'existe , et Je n'existe qne parce q[ue/e sens. Donc mon existence et ma seBH tibiUté sont une seule et même chose ) ou , si l'on veut , l'existence de moi et la sensibilité xle moi mut deax êtres identiques.
Si nous faisions attention que , dans le discours ,/# oa moi sigmfie'toujottiv l'être ovlIêl personne morah qm parle, nous trouverions que y pour nous expriafter •rec exactitude , au lieu de dire : J*€U la faculté de marcher, je devrais dire : La faculté de sentir , qui constitue la personne morale qui vous parle , a la propriété de réagir sur sitB jambes de manière que son corps marche \ et au lieu de dire : rai iafacabé de sentir , je devrais dire : La faculté de sentir , qui
I^ INT&ODUGtION.
constitue la personne morale qui tous parle , existe dans le oorps par le({uel elle tous parle. Ces locations sont bizarres et peu usuelles, j^en conyiens ; taaàâf à mon ayis , elles peignent le fidt avec beaucoup de yérité : car , dans tous nos entretiens comme dans Wtes nos relations , c'est toujours une fiicalté de sentir qu'il s'adresse à une autre.
Le moi de chacun de nous est donc pour lui sa propre sensibilité, quelle que soit la nature de cette sensibilité, ou ce qu'il appelle son ame, s'il a une opinion arrêtée sur la nature du principe de cette même sensibilité. Il est si vrai que c'est là ce que nous entendons tous par notre moi , que nous regardons tous la mort apparente comme la fin de notre être, ou comme un passage à une autre existence y suivant que nous pensons qu'elle éteint ou qu'elle n'éteint pas tout sentiment. Cest doiic le fait seul de la sensibilité qui nous donne l'idée de la persan^ naUté , c'est-à-dire qui nous fait apercerûr que nous sommes un être , et qui constitue pour nous notre moi ^ notre être.
U y a pourtant , et nous en ayons déjà fait la remarque ailleurs (i), une autre de nos facultés avec laiquelle nous identifions souvent notre moi : c'est notre ydLonté. Nous disons indifféremment : Il dépend de moi , ou il dépend de ma volonté , de faire telle ou telle chose. Mais cette observation , bien loin de contredire l'analyse précédente , la confirme : car la faculté de vouloir n'est qu'un mode de la faculté de sentir ; c'est notre faculté de sentir modifiée de la
(i) Tome i«r, ehap. i3 desilémen» d'Idéologie.
PAl^QBAPHE II. 13
iwière qui la rend capable de jouir on de souffrir , tHê réagir sur noe organes. Ainsi, prendre sa to* UêH pour yéqaiy aient de son moi, o*est prendra là jvtie pour le toat ; c^est regarder comme réquÎTa^» Itntde ce mot la portion de sa sensibilité qui en cou» titut tonte l'énergie, celle dont nous ne pouvons gaèra la coBceroir séparée , et sans laquelle elle serait près» qae nulle , si même elle n*était pas toat-à-fait anéan* tie. 11 m' j a donc là rien de contraire à ce que nooi Te- Dou d'établir.
n dmncnre donc bien entendu et conrenu que It moi ou la personne morale de tout être animé, conçoa comme distincte des organes qu'elle fait mou* Tcir, eat ou simplement l'être abstrait que nous •ppelcns la eetuibiUté de cet individu, lequel refaite de ton organisation, ou une monade- sans étendue, cpû est supposée posséder éminemment cette teDobilité, et qui est bien aussi un être abstrait (si tontelbis l'on comprend cette supposilicn), ou uù petit corps subtil , étbéré , imperceptible , im» palpable, doué de cette sensibilité , et qui est bien encore à peu près une abstraction. Ces trois suppo* âticos sont indifférentes pour tout ce qui va sui* TTS; dans toutes trois la sensibilité se retrouve, et dans toutes trois aussi elle seule constitue le moi ou la persoone morale de l'individu, soit qu'elle ne loit qu'un phénomène résultant de son organisa* tion , sait qu'elle soit une propriété d^une ame spiri* toelle ou corporelle résidante en lui.
Il ne reste donc plus qu'une question : c'est de savoir si cette idée àe personnalité , cette conscience
l6 IVTftODUGTlOlf.
de ses modes , et pour regarder ses modificatioiis diverses comme des attributs de ce moi, comme des choses que ce moi possède, cet être n'aurait pts encore complètement notre idée de propriété. H faut pour cela avoir Tidée de personnalité bien complète , et telle que nous venons de voir que nous la formons quand nous sommes susceptibles de passion et d'acfio;i. Il est donc prouvé que cette idée de propriété est un effet et un produit de notre faculté de vouloir.
Mais ce qu*il faut bien remarquer, car cela a bien des conséquences , c'est que , s'il est certain que l'idée de propriété ne peut naître que dans un être doué de volonté , il est tout aussi certain qu'elle y natt nécessairement et inévitablement dans toute sa plénitude ; car dès que cet individu connait nettement son moi ou sa personne morale , et sa capacité de jouir ou de souffrir et d'agir, nécessairement il voit nettement aussi que ce m^i est propriétaire exclusif du corps qu'il anime, des organes qu'il meut , de toutes leurs facultés , de toutes leurs forces , de tous les effets qu'ils produisent , de toutes leurs passions et leurs actions ; car tout cela finit et commence avec ce moi, n'existe que par lui, n'est mu que par ses actes ; et nulle autre personne morale ne peut employer ces mêmes instrumens, ni être affectée de même de leurs effets. L'idée de propriété et de propriété exclusive natt donc nécessairement , dans l'être sensible , par cela seul qu'il est susceptible de passion et d^action , et elle y naît parce que la nature l'a doué d'une propriété iné-
'viuhle et maliénable , celle de son indiyida. H fallait bien qu'il y eût ainsi une propriété natorelle et nécessaire , puisqu'il en existe d'artiBcieU les et ccmyentionnelles ; car il ne peut jamais y ayotr lien dans Tart qui n'ait pas son principe radical dans la nature : nous en ayons déjà fait l'observation ailleurs (1). Si nos gestes et nos cris n'avaient pas l'effet naturel et inévitable de dénoter les idées qui nous affectent , ils n'en seraient jamais devenus les signes artificiels et conventicmnels. S'il n'était pas dans la nature que tout corps solide soutenu au-dessus de nos têtes nous fiasse nécessairement nn abri , nous n'aurions jamais eu de maison faite exprès pour nous abriter. De même , s'il n'y avait pas de propriété naturelle et inévitable , il n'y en aurait jamais en d'artificielle et conventionnelle. U eu est de même dans tous les genres , et on ne saurait trop le redire y l'homme ne crée rien ^ il ne fait rien d'absolument nouveau et d'extra-naturel , si l'on peut s'exprimer ainsi ; il ne fait jamais que tirer des conséquences et £ûre des combinaisons de ce qui est ; il lui est aussi impossible de créer une idée ou une relation qui n'ait pas sa source dans la nature, que de se donner un sens qui n'ait aucun rapport avec ses sens naturels. U suit de lÀ que , dans toute recherche qui concerne l'homme , il faut arriver jusquà ce premier type ; car tant que l'on ne voit pas le modèle naturel d'une institution artificielle qu'on examine, on peut être sûr qu'on n'a pas découvert sa génération , et
<i) Vojrcx , tur ee ni)et, le tome i« , ebap. t6 , et âiTcnendcoiu da a" «t da 3« tomes des Blémens d'Idéologie.
l8 I5TRODUCTI05.
que pr conséq u ent oo n/ia. connaftpasoomplètenie
Cette ol»er?ation troaTcn bien des applicatiai
il me semble qa*on n'y a pas toi^oiirs assez f
garde, et que c'est ce qui fiât qu'on a 80dy<
discouru sur le sujet qui nous occupe, d'une n
nière fort inutile et fort rague. On a instruit sok
nellement le procès de la propriété , et apporté
raisons pour et contre , comme s'il dépendait de ne
de faire qu'il y eût ou qu'il n'y eût pas de propri^
dans ce monde ; mais c'est là méconnaître tout>à-fi
notre nature. Il semble *, à entendre certains pliil
sopbes et certains législateurs , qu'à un instant pi
cis, on a imaginé, spontanément et sans cause, de dJ
tienéimien, et que Ton aurait même pu et même c
s'en dispenser. Mais le tieneX. le mien n'ont jamais é
inventés ; ils ont été reconnus le jour où on a pu di
toi et moi ^ et l'idée de moi et toi, ou plutôt de moi
autre que moi, est né, sinon le jour même oà i
être sentant a éprouvé des impressions, du moi
celui où en conséquence de ces impressions il
éprouvé le sentiment de vouloir, la possibilité d'
gir , qui en est la suite , et une résistance à ce sa
timent et à cet acte. Quand ensuite , parmi ces êtr
résistans , par conséquent autres que lui , l'être sei
tant et voulant a reconnu quHl y en avait de sei
tans comme lui, il a bien fallu qu'il leur accoi
dât une personnalité autre que la sienne , un m
autre que le sien et différent du sien , et il a toi
jours été impossible , comme cela le sera toujonn
que ce qui est sien ne soit pas différent pour h
de ce qui est leur. Il ne' s'agissait donc pas de dt^
P^BAGRAPHE IL IC)
ente d'abord »H\ est bon on manvais qa*il esûte telle (M telle eipèoe de propriété, dont nooa verroBf par la anite les arantagea et les incoQvéniens ; mail il fidlait , ayant tout , recomiahre qu'il y a nne propriété fondamentale , antérieure et supérieure à tonte institution , de laquelle naîtront toujours tous les sentimenS et les dissentimens qui dérivent de toutes les antres ; car il y a propriété , sinon précisément partout où il y a individu sentant , du moins partout on il y a individu voulant en conséquence de son aentiment, et agissant en ' conséquence de sa volonté. Ce sont là , ou je m'abuse beaucoup, d'étemelles vérités contre lesquelles viondront toujours échouer toutes les déclamations qui n'ont pour base que l'ignorance de notre véritable existence , et qui n'ont dû qu'à cette ignorance le grand crédit dont elles ont joui dans différens temps et dans différena pays.
Gmime aucune autorité ne saurait m'en imposer quand elle est contraire à l'évidence , je dirai naïvement que le même oubli des vraies conditions de notre être se retrouve dans ce fameux précepte tant ▼•nté : Aimez 'votre prochain comme vouM^méme, U nous exhorte à un sentiment qui est certainement très-bon et très-utile à propager , mais qui certainement aussi est très-mal exprimé , car , à prendre cette expression à la rigueur, rinjonction est inexécutable. C'est comme si on nous disait : Avec vos yeux, tels qu'ils sont , voyez votre visage comme vous voyez celui des autres. Cela ne se peut pas« Sans doute on peut aimer un autre autaut et même plus