Ethel
« Un des plus pénibles sacrifices que j'aie ja^ mais faits à la mode, c'est de me croire obligé de me rendre assidûment aux courses d'Ascot et de protéger de mon suffrage et de ma présence toutes les contrefaçons qu'elles ont produites en France. L'affectation du plaisir est un crime de lèse-poésie ; on l'expie tôt ou tard par quelque chose de pire que fennui , par l'impossibilité d'éprouver aucune jouissance réelle.
<c Ce divertissement, qui consiste à ne rien voir I. 1
en allendant toujours quelque chose, ne convient qu'aux hommes nés patients ; la patience est une des vertus des Anglais. Je suis sûr que cet homme assis tranquillement sur les ruines du monde dont parle Horace, était un Breton primitif. Chez nous, la patience ne s'élèvera jamais au-dessus du rang des prétentions : c'est un emprunt de plus que nous faisons à nos voisins ; rien d'emprunté n'a de grâce. Aussi, lorsque nous prétendons nous divertir d'un spectacle qui dure cinq minutes , et qu'il faut espérer pendant six heures , sommes - nous ridicules comme tous les gens qui s'imposent des plaisirs dont la source n'est pas en eux.
« C'est surtout à ce dernier voyage que je me suis senti frappé de l'incompatibilité d'humeur des deux nations. Voici le quatrième printemps que je sacrilie à la passion de l'élégance. En admirant ce que l'Angleterre a de plus national en fait de plaisir, de plus magnifique, de plus célèbre, de plus gai, de plus vif, en un mot, les courses d'Ascot, je redeviens Français malgré la mode. Je sens qu'un mot pour rire au coin du feu vaut mieux que toutes les solennités de l'élégance moderne. Je suis tellement rétrograde en cet instant, que j'oubliais qu'il n'y a plus de coin du lèu dans des maisons à calorifères, encore moins de mots pour rire dans des réunions