‹ EthelChapitre 111 sur 172 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

sible ; cet écho de la moquerie dont il était l'objet, tout affaibli qu'il était en arrivant à sa pensée , lui paraissait insupportable. Et tous ces chagrins étaient le résultat d'un respect niais pour la fausse vertu d'une enfant capricieuse. Il avait eu la force de la compromettre sans avoir le courage de faire leur bonheur à tous deux. Il s'arrêtait toujours dans le chemin du mal sans jamais pouvoir quitter ce chemin. Qu'avait-elle à craindre , après tout? Sa réputation était depuis longtemps perdue... Ce qu'elle refusait, c'était leur consolation. L'obstination qu'Ethel mettait dans son inconséquence révoltait Gaston : une telle énergie d'enfantillage lui paraissait une insulte à son intelligence , h sa dignité d'homme. Ainsi la lutte des esprits se joignit à celle des cœurs pour exaspérer sa passion, qui devint de la fureur : il se jura de ne ménager rien, de braver tout, et d'accomplir même des crimes, s'il le fallait, pour triompher d'une résistance qui lui paraissait un tort bien plus grave quêtons ceux que pourrait jamais lui reprocher Ethel. Dès ce jour, il recommença la lutte par une profonde dissimulation ; il jurait de se venger quand il n'adorerait plus ; il n'aspirait qu'à moins aimer pour pouvoir punir l'innocente Ethel. Innocente ! est-on bien innocente aux yeux de Dieu , quand on est si charmante et qu'onne peuléprouver d'amour?... Qui sondera

le cœur d'Ethel , pour savoir si elle est aussi incapable d'amour qu'elle croit l'être?...

Ces mystères s'éclairciront , peut-être , par la suite de cette histoire.

A la fin du jour, Gaston s'approcha d'Ethel, et lui dit à peu près ceci :

« Vos affaires se prolongent ; le délai obtenu en votre faveur retarde de quelques mois l'issue du procès; d'ici là, que nous restions en Angleterre ou que nous vivions à Paris, peu importe, puisque nous ne faisons rien h cette affaire , et que notre intervention se réduit à répondre aux lettres qu'on nous écrit : d'ailleurs, la saison s'avance , il est temps que je retourne en France ; et si cela vous convient , je vous mènerai à Paris , près de votre sœur.

« — Je voulais vous demander de prendre ce parti ; me rendre auprès de ma sœur est la seule ressource qui me reste : je n'ai pas le choix.

« — Le marquis de Broadlands est déjà parti pour Paris , » dit Gaston avec une indifférence mal affectée ; car, dès que la jalousie était en jeu, il retombait dans toute la sincéi'ilé, c'està-dire dans toute la maladresse de sa passion.

« Je le crois , » répliqua Ethel , qui n'en savait rien.

Un serpent au cœur n'aurait pas causé à Gaston une douleur plus aiguë.

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