‹ EthelChapitre 110 sur 172 · CHAPITRE XV. 2il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 2il

« — Vous n'en devez accueillir aucun.

« — Moi qui vous divinisais !

« — Vous me croirez , niylord , vous me croirez, j'en suis sûre :... je sens quand on va me croire!... Hé bien, je vous dis que ma conduite est parfaitement pure : j'atteste Dieu devant vous que je n'ai nul tort à me reprocher, ni d'action , ni d'intention. «

C'est jusqu'ici que le colonel Lyndsay avait entendu la conversation ; cette protestation d'Eihel sutrit pour le convaincre en homme d'honneur, qu'il croyait être, que son pari n'était pas gagné. C'est à la suite de cet entretien prolongé avec Ethel que le marquis partit plus amoureux, plus désespéré, mais plus convaincu que jamais de l'innocence de cette femme extraordinaire et dont le pouvoir se faisait sentir à quiconque s'approchait d'elle.

11 obtint du moins la promesse d'une amitié de sœur, mais à condition de ne plus suivre les traces d'Ethel,et de ne se présenter devant elle que lorsqu'elle demanderait son appui ou son conseil.

C'est ainsi que le duel fut évité par Ethel , qui ne savait pas même qu'un duel eût menacé Gaston.

La journée qui suivit cette scène se passa tristement. Ethel , lorsqu'elle avait pardonné des lèvres, se vengeait longtemps encore après

l'offense. La clémence, cet usage sublime de la force naturelle dirigée par une raison cultivée , était difïicile à son instinct sauvage ; ou plutôt elle ne pardonnait pas, mais elle finissait par oublier, parce qu'elle s'ennuyait du ressentiment.

Gaston , frappé des révélations du colonel , dont les conseils lui paraissaient raisonnables , rougit de se voir si patient; il eut honte du peu de progrès qu'il faisait, malgré l'excès de son amour. Il reconnut que sa passion se nuisait à elle-même , et fut moins disposé que de coutume à ramper, h s'annuler, à mentir aux pieds d'Ethel , à s'arracher le cœur pour marcher dessus : c'était à peu près là son unique travail lorsqu'il avait eu quelque altercation avec elle. Quant à elle, de quelque tort qu'elle se sentît coupable , jamais elle ne faisait les premiers pas pour se réconcilier avec Gaston.

L'idée qu'il était devenu la risée des deux sociétés les plus brillantes du monde l'aigrissait contre Ethel : l'amour-propre humilié balançait l'amour dans son cœur. Dieu seul sait quelle haine s'amasse au fond d'une âme en proie

à un amour longtemps contrarié surtout

d'une âme déjà gâtée par le monde.... Il se voyait la fable de Paris et de Londres , où il avait régné en tyran ; il sentait de loin le ridicule pleuvoir sur lui comme une grêle invi-

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