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CHAPITRE III

le défendaient des atteintes de la foule. Ce peuple si grave dans ses divertissements les plus animés , cette joie morne, lui rappelaient le mot de Froissart lorsqu'il fait la description du camp du Drap d'or : « Messieurs les Anglais s'amusaient moult tristement, selon leur coutume. »

Si la société anglaise est plus ennuyeuse que celle de France, il faut convenir qu'elle est moins exigeante ; elle se laisse quitter plus facilement. En Angleterre, la nature est toujours h la portée du monde : les environs des villes sont champêtres dès l'abord ; point de murailles dans la campagne ; à la place de ces immenses guinguettes mal badigeonnées, espèces de palais de plâtre qui déshonorent les environs de Paris, de petites auberges en briques couvertes de plantes grimpantes abritent les promeneurs à leur sortie de la cité; point de routes pavées , mais en revanche , des allées de jardins tournant dans des prairies, des vergers clos de haies vives et coupés de petits chemins qui, grâce au respect des Anglais pour l'œuvre du temps, sont bordés d'arbres séculaires intercalés dans les clôtures à de petites distances les uns des autres ; des collines en friche couvertes de moutons qui cherchent le thym parmi la bruyère; des pâturages parsemés de frênes et d'aunes ; de vieilles églises avec leurs parvis ombragés de grands arbres , espèce de

cloître naturel qui s'élève autour du pieux édifice; des châteaux gothiques entourés de leur promenoir de chênes aussi vieux que la famille; de modestes gentilhommières bâties à côté de leurs rookeries (bouquets d'ormes antiques réservés aux corbeaux) : voilà l'Angleterre hors des villes. Londres même a des parcs qui ressemblent à des campagnes ; les plaisirs en plein air , la chasse , les courses , les promenades , attirent incessamment les Anglais loin des villes. Ajoutez à ces jouissances naturelles que leurs solennités de salon sont si insipides, que personne ne s'aperçoit de l'absence de personne : pourvu qu'il y ail foule, qu'importe qui vous étouffe? On choisit pour causer; pour se coudoyer, tout le monde est bon.

M. de Montlhéry, tout en rêvant aux différentes manières de se divertir adoptées par les peuples de l'Europe , longeait une haie qui le séparait de l'enclos où l'on garde les chevaux de course jusqu'au moment du signal ; les derniers venaient de sortir; l'enceinte était restée vide.

Tout h coup une voix de femme qui parle de l'autre côté de la haie vient frapper son oreille. Il frissonne en écoutant; jamais voix plus touchante n'avait frappé son oreille et troublé son cœur : c'est une voix jeune, vibrante , et dont le diapason est cependant très-bas; c'est une cloche

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